L’AUTHENTICITÉ, UNE CONDITION INDISPENSABLE DE L’EXPANSION DE LA CONSCIENCE

 

     Être authentique, c’est se montrer tel qu’on est, avec ses grandeurs et ses faiblesses apparentes, sans en rajouter ni en soustraire.  Ainsi, elle repose d’abord sur l’intégrité et la sincérité.  

 

IL Y A D’ABORD L’INTÉGRITÉ…

L’intégrité exprime la vérité que chacun peut afficher de sa réalité personnelle.  Anaïs Nin (1903-1977), une écrivaine étasunienne d’origine franco-cubaine, a su écrire: «À la racine du mensonge, on retrouve l’image idéalisée qu’un être se fait de lui-même et qu’il souhaite imposer à autrui.»   Dans le monde, on reconnaît généralement l’intégrité ou l’honnêteté d’un être humaine à ce qu’il agit toujours dans la pureté d’intention, qu’il fait toujours ce qu’il dit et croit, qu’il agit avec une honnêteté rigoureuse, qu’il se conforme à son système de valeurs supérieures, qu’il ne se laisse pas ternir par les mauvaises influences et qu’il résiste aux tentatives de séduction et de corruption.  En fait, l’intégrité implique la franchise avec soi-même;  la pureté dans l’intention ou la transparence dans la conscience;  la clarté et la précision dans les objectifs personnels et dans le but ultime;  l’authenticité de l’estime de soi;  la véracité dans l’expression des pensées, des setéléchargementntiments et des ressentis;  l’honnêteWoman-taking-off-a-maskté dans les actes;  la probité dans les relations avec autrui;  la loyauté envers ses semblables;  la fidélité aux promesses, aux engagements, et surtout au rôle fonctionnel (devoir d’état ou plan de vie);  la responsabilité dans les choix;  la justice dans les décisions et les jugements;  la sincérité dans les attitudes et les comportements.  Autrement dit, elle exige que la conduite d’un être concorde avec les principes de vie les plus élevés du fait qu’il doit s’accomplir dans sa perfection et servir de modèle à d’autres personnes.

 Comme on le constate, l’intégrité représente la faculté qui porte à bénéficier de la vie sous toutes ses formes, dans la reconnaissance, la gratitude et la sincérité.  Elle incite tout d’abord au respect de soi-même puisque chacun détient l’entière responsabilité de sa vie.  Simultanément, elle incline à inclure dans ses relations la confiance à l’égard des autres et de la vie conformément à son bon sens et à ce qu’il ressent intuitivement.  Il ne s’agit pas, selon le point de vue, d’une vertu ou d’une faculté qu’on peut estimer et appliquer au rabais, dans un désir de se donner bonne conscience, car elle n’accepte pas le fard,  les masques personnels, les travestissements intimes ni les illusions sur soi-même.  Et plus un être aspire à s’élever dans les niveaux de la conscience ou plus il compte occuper une position élevée en tant que figure d’autorité ou de meneur, plus il doit démontrer d’intégrité, encore plus s’il est naturellement doté de charme, de profondeur ou de charisme.  Car plus un être représente spontanément ou naturellement un modèle enviable, digne d’admiration, plus il s’expose à être choisi ou suivi par d’autres.  Alors, à moins d’être intègre, il ne deviendra qu’un aveugle qui guide d’autres aveugles, qui risque de conduire son troupeau à la ruine, au lieu d’être, au pays des aveugles, un roi borgne qui le mène au Pays de la Lumière.  On sait que, en spiritualité, le borgne représente celui qui est doté de la vision subtile et de la compréhension de la Réalité divine, celui qui peut observer le monde contingent par sa vision physique et contempler les plans supérieurs par sa clairvoyance.

La Loi de l’Intégrité stipule que l’être évoluant doit vivre sa propre vérité dans tous les aspects de sa réalité.  Elle recommande de penser, de parler, d’agir et de réagir d’une manière qui exprime la fierté et la dignité et qui honore son être et celui des autres créatures.  Ainsi, l’individu est appelé à réfléchir avant d’agir et à ne faire et à ne dire que ce qu’il sait être véridique.  En d’autres mots, elle suggère que chacun commence par exprimer la vérité qu’il connaît et ressent bien en restant ouvert à la possibilité qu’elle puisse se transmuer en une vérité plus grande au gré de ses expériences.  De ce fait, chacun gagne à faire des choix en harmonie avec ses croyances et ses valeurs, n’acceptant d’incarner une vérité plus grande que lorsqu’il a appris à l’aimer et se sent en mesure de l’appliquer harmonieusement.  En s’appliquant de son mieux au gré de ses connaissances et de ses moyens, chacun prépare sa croissance spirituelle, puisqu’il apporte de la clarté et de l’ordre dans tous les domaines de sa vie.  Voilà qui lui permet de considérer toutes les occasions de la vie qui s’offrent sur son sentier, à ne pas les retenir en raison de leur attirance, mais comme un soutien de son progrès ou de son avancement.  Sa démarche évolutive en devient plus facile, plus agréable, plus paisible et plus joyeuse.

L’idéal de l’être intègre consiste à agir selon la Loi cosmique ou spirituelle et conformément à sa vision la plus élevée, même si, parfois, même si, parfois, certaines impulsions le porteraient à faire le contraire et même si personne ne regarde ce qu’il fait ou surveille sa conduite.  Il n’existe pas d’autres moyens d’inspirer autrui par son exemple plutôt que par ses paroles.  Il doit veiller à retrouver son naturel inné en échappant de façon intelligente aux artifices sociaux et aux illusions du monde.  Au sens le plus profond, l’intégrité invite à se connaître dans sa vraie nature, c’est-à-dire à devenir vraiment soi-même et à le rester en tout temps, de sorte que ses actes témoignent d’authenticité et qu’elles correspondent à ses aspirations les plus nobles.  Or, pour chacun, l’aspiration la plus noble c’est de s’accomplir dans l’unicité ou la singularité de son être et de son rôle fonctionnel à l’intérieur du Plan cosmique.  Elle commence par apprendre à se connaître soi-même à l’intérieur de soi-même en considérant le monde extérieur comme le reflet de ses progrès.  L’intégrité suggère la notion de vie intégrée, ce qui lui donne une portée globalisante ou holistique, et évoque une prise en charge de tout son êtres dans l’autonomie, l’indépendance, la liberté, mais tout en restant fraternel et solidaire de ses semblables.  Car nul n’est une île, chacun fait partie de la même Humanité et, à un niveau supérieur, de la Conscience christique et cosmique.

La vision globale ou holistique veut qu’un être développe harmonieusement son corps, son esprit, ses sentiments, ses émotions, ses ressentis, ses attitudes de manière qu’ils se complètent, se répondent et se supportent mutuellement, jusqu’à former un tout cohérent qui révèle une plus grande identité que la simple somme de ses éléments.  Dans cette perspective, nul ne peut se dire intègre sans comprendre ses propres motivations, ses valeurs, ses motifs les plus intimes, tant qu’il n’accepte pas de présenter qui il est, cessant de prétendre être quelqu’un d’autre.  L’intention, les valeurs et les motifs individuels font toute la différence entre un être qui est réellement intègre et celui qui ne l’est pas.  Celui qui vit en fonction de ce qu’il y a de plus lumineux, en lui, ne peut que recevoir toujours plus de lumière.

Chacun doit en arriver à pouvoir dire, dans toute sa certitude : «Voilà ce que je suis, que cela vous plaise ou non, et je vivrai constamment cette vérité envers tous et contre tout.  Je n’ai pas à être parfait ou infaillible dès le départ pour gagner le droit d’être moi comme je suis, d’être aimé et reconnu comme tel.  Je m’engage à faire de mon mieux, au meilleur de mes connaissances, de ma compréhension et de mes moyens, et à tirer les leçons de mes expériences incomplètes, si jamais j’en fais.  Fièrement et dignement, je m’engage à reconnaître mes faiblesses et mes grandeurs, sans y ajouter ni en soustraire, et à faire appel à mes forces intérieures.  Mais je suivrai mon chemin, tel que je suis et tel que je le conçois ou le connais.  Que ceux qui aiment mon exemple s’en inspirent et acceptent de m’accompagner pour un temps, le temps qu’ils me trouveront apte à les motiver à trouver leur propre idéal de perfection.»

L’expérience atteste le fait que celui qui ne vit pas dans l’intégrité s’attire nombre de problèmes et qu’il finit par sombrer dans la dépression et l’isolement.  Dès qu’un être ressent que quelque chose ne tourne pas rond, il n’a pas à chercher midi à quatorze heures, il devrait immédiatement admettre qu’il s’y prend mal, quelque part, dans la gérance de sa vie.  Et celui qui refuse d’agir dans l’intégrité se retrouve, tôt ou tard, poussé dans un coin.  Par exemple, celui qui cherche à tromper les autres se trompe lui-même parce que tout ce qu’il fait part de lui pour revenir à lui au moment le plus opportun pour lui faire comprendre l’aspect erratique de son choix.  Rien de ce qu’il peut réussir à subtiliser à autrui autre ne restera, pour lui, une acquisition durable.  Et il n’y a pas d’exception à la règle.  Tout bien valable que l’on convoite, parce qu’on le reconnaît comme une part de la richesse et de la prospéritéintégrité-2 personnelle, ne peut être acquis que dans l’amointégrité-1ur, qui implique l’honnêteté envers soi-même et envers les autres et dans l’authenticité qui appelle à être soi-même et à offrir une part de soi dans ses échanges.  Plus un être offre d’amour, d’attention à ses besoins et à ceux des autres, de temps au service, plus il s’assure d’attirer vers lui le flot de l’abondance et la manifestation de la prospérité.

Chacun devrait observer comment, dans ses attitudes et ses comportements, il entretient d’habitudes qui font de lui un robot parce qu’ils servent de réponses réflexes, donc mécaniques, à des situations qu’il a vécu à nombre reprises.  Or les habitudes, comme les routines, peuvent faciliter la vie, mais elles induisent la monotonie, mère de l’ennui, et, brimant la spontanéité, elles engendrent la rigidité, ce qui amène à vieillir de façon prématurée.  Aussi rigides que peuvent être devenues les attitudes et les comportements, ces programmations stéréotypées et sclérosantes, chacun garde toujours le choix de les maintenir ou de les changer.  Dans chaque situation, au moment d’agir, il s’agit de s’insérer dans le moment présent et de se demander ce qu’il convient le mieux de faire, ce qui est le plus vrai, ce qui correspond le mieux à sa réalité personnelle et aux nécessités du moment, par rapport à son ressenti et à sa perception de la réalité, non par rapport à l’opinion des autres.

Dans tous les dictionnaires, le mot intégrité reçoit comme définition une gamme de critères un peu hermétiques qui tournent autour de l’application de principes moraux ou de valeurs spirituelles très élevées.  On comprendra qu’il n’appartient pas à un dictionnaire de donner dans le détail les normes de conduite éthique qui cernent la notion de ce mot.  Mais tous ces livres reconnaissent que l’intégrité sert à ramener un être à sa réalité propre, à l’amener à redevenir parfaitement lui-même et à exprimer le meilleur de son être à la face du monde, non pour épater la galerie ni pour obtenir la célébrité ou la notoriété, mais pour s’accomplir dans son propre destin, conformément à son rôle fonctionnel particulier, et pour devenir un modèle inspirant.  Elle amène à se dire que si, dans le choix de vivre une vie de probité et d’authenticité, définie à sa manière, on devait perdre tout ses amis, on gagnerait au moins la sérénité personnelle, la satisfaction du devoir accompli et la fidélité inconditionnelle et irrépressible de son Compagnon intérieur.  Car l’intégrité donne la force, la conviction, la détermination et la persévérance qui permettent, à travers les luttes de la vie, de s’accomplir dans sa réalité en dépit de tout, envers et contre tous.

PUIS  IL Y A LA SINCÉRITÉ

 

La sincérité exprime la vérité du cœur, non le débordement des émotions ou les tiraillements des viscères, surtout pas la dissimulation qui vise à attirer la confiance d’autrui.  Dans la majorité des Traditions spirituelles, comme principe éthique des religions ou comme Loi cosmique de la spiritualité, toute démarche spirituelle se fonde sur la sincérité, parce que cette vertu fonde la validité de la quête évolutive et qu’elle en assure l’efficacité.  Bien sûr, on parle ici de la sincérité du cœur.  L’intention intime d’un être humain détermine largement le fait qu’une action devienne bonne plutôt que mauvaise ou inversement.  Dans toutes les conceptions spirituelles qui admettent l’existence de Dieu, l’Être suprême est perçu comme celui à qui on ne peut rien cacher parce qu’il voit ce qui se passe dans les esprits ou qu’il «sonde les reins et les cœurs».  La notion de sincérité apparaît d’abord vaguement dans la Tradition orientale, dans le concept de «chéng», lancé par Confucius, qui exprime l’inclination à admettre ses ressentis intimes.

Dans le Confucianisme, un traité de spiritualité dit : «La sincérité, c’est la Voie du Ciel;  développer la sincérité, c’est la Voie de l’homme.  La sincérité porte à accomplir ce qui est juste sans effort et elle suscite la compréhension sans avoir à y penser.»  Cette notion, qui exprime l’inclination à se rapprocher de son monde intime, s’est répandue en Chine, en Corée et au Japon, où elle a lancé des rites sociaux et établi une hiérarchie sociale.  Pour cette raison, encore aujourd’hui, un chef politique puissant aime qualifier le chef d’un autre royaume de «sincère» pour l’appeler à «garder son rang», donc «à bien tenir sa place» en sa présence.  Au Japon plus précisément, elle fut ensuite renforcée dans les arts martiaux par l’expression «makoto» qui désigne  recouvre le premier sens d’«aveu loyal de sa pensée et de ses croyances».

Dans le Taoïsme, on assure que celui qui pleure sur son sort et qui fait un grand étalage de tristesse, n’éveille pas la pitié s’il manque de sincérité, de vérité et de pureté.  Il précise qu’il y a des réalités qui se sentent au-delà des mascarades.  Ainsi, celui qui affiche faussement la colère n’entraînera pas à l’action, tout féroce qu’il essaie de se montrer.  Encore, un imposteur a beau se montrer sincéritéaffectueux, en témoigner par des sourires, son affectation finira bien par trahir son manque d’harmonie et de cohérence.  Autrement dit, la véritable tristesse n’a pas besoin de s’accompagner de soupirs, la véritable colère, d’un étalage de gestes agressif, la véritable affection, de sourires apparemment complices.  Cette Voie spirituelle conclut que celui qui porte la Vérité à l’intérieur de lui-même peut se déplacer en esprit parmi les réalités extérieures, ce qui appelle à porter un grand prix à la réalisation dans la Vérité.

Au Japon, dans la Tradition shintoïste, la notion de «makoto», qui se traduit sommairement par «sincérité», peut s’élargir pour prendre le sens de «la cohérence intime et harmonieuse de la pensée et de l’action» de la volonté individuelle et de celle du «kami» (adepte des arts martiaux).  Le kami démontre une attitude parfaitement honnête quand il laisse surgir la sincérité de sa réalité la plus authentique et la plus profonde.  En toute occasion, il applique cette sincérité dans sa quintessence jusque dans ses moindres activités.  Sans cette sincérité, alliée à l’honnêteté, tout déploiement rituel et toute démonstration de courtoisie restent de l’affectation et dénotent un degré insuffisant de compréhension.  Alors, comme il est dit allégoriquement dans des textes de nature à inspirer le kami, croire agir dans la sincérité revient à saisir son arc et à en tendre mollement la corde sans assurer sa main ni viser sa cible ou à tenter de faire avancer une embarcation aquatique sans aviron.  À la vérité, le mot japonais «makoto» désigne la sincérité par l’expression de «simple cœur sincère».  Ce mot provient d’un pictogramme chinois complexe qui signifie «devenir sa parole et parler du plus profond du cœur, en conformant son action à sa parole et en proférant et en faisant ce qui doit être fait au moment le plus opportun même si cela devait mettre sa vie en péril»Et on applique rigoureusement cette conception dans la forme de judo du système Kodenkan jusqu’à ce que l’adepte devienne lui-même «makoto».

Dans le Bouddhisme, le «Dhamapada» insiste sur le fait que l’action commence dans l’esprit, qu’elle est engendrée par l’esprit et qu’elle s’exprime conformément à l’état d’esprit intime.  La sincérité y prend parfois le sens du «cours naturel et spontané de l’esprit, dénué de prétention et de toute attende égoïste», mais ailleurs, elle semble résulter de «l’examen personnel qui amène à cultiver cette attitude d’authenticité» ou de conformité avec soi-même.  Ce texte laisse entendre que même si un être se conforme extérieurement, par une apparente obéissance ou une apparente foi, un jour ou l’autre, il finit toujours par trahir ses intentions profondes.  Vers la fin, certains passages examinent comment les aspirants à l’initiation s’impliquent différemment, au niveau du cœur, dans leur devoir d’état, ce qui fait toute une différence au niveau de leur progression spirituelle.  Il conclut que la sincérité représente la seule vertu capable d’unir dans l’unité la divinité et l’être humain.

Dans la Tradition musulmane, Abu Huraira résume bien la pensée du «Coran», relativement à la sincérité, quand il rappelle que le prophète, messager de Dieu, aurait dit : «Allah ne regarde pas votre forme ni vos possessions, mais il scrute vos cœurs et vos actes.»  Ainsi, la sincérité se relie à la vérité et à la pureté.  Cela semble pertinent puisque celui qui n’est pas à la fois vrai, pur et sincère ne détient pas une grande crédibilité et qu’il ne peut pas vraiment motiver les autres à l’action.

Dans la culture occidentale, ce n’est que récemment que la sincérité a été élevée au rang des vertus.  Elle a commencé par y représenter un idéal artistique, celui qui a inspiré, au XVIIe siècle, le mouvement Romantique.  Dès lors, elle a rapidement imprégné la pensée sociale pour devenir, à la fin du XIXe siècle, l’idéal des bonnes manières, surtout dans le code de la coiffure et de la mode vestimentaire des femmes et dans la littérature américaine.   Dans les langues européennes, on a longtemps cherché l’étymologie du mot «sincère» dans deux racines latines, «sine» = «sans» et «cera» = «cire».  Il faut expliquer que, dans l’Antiquité gréco-latine, des sculpteurs malhonnêtes masquaient les défauts de leurs œuvres en les recouvrant de cire.  Ainsi, celui qui présentait une pièce «sans cire» était considéré comme un modèle de perfection dans le domaine de l’honnêteté, d’où il recevait l’estime de la société.  Mais des recherches plus récentes laissent entendre qu’il vaudrait mieux en chercher l’étymologie simplement dans le mot latin «sincerus» qui signifierait «propre», «pur» ou «sain» ou qui, dérivant d’un mot indo-européen formé sur «sem» et «ker», prendrait le même sens ou signifierait «d’une seule venue».

On peut tenter de définir la sincérité, on trouvera toujours de multiples définitions de ce terme, dans la vie mondaine ou dans le monde profane.  Ce mot représente l’un de ceux qui font appel à l’affectivité de chacun, d’où il aboutit souvent à une définition subjective, ce qui en change l’acception au gré des utilisateurs. On définit généralement la sincérité comme la qualité qui consiste à dire ce que l’on pense, à le dire sans contrainte, parfois sans réserve ni ménagement.  Mais il faut bien admettre que, dans cette vision réductrice, on n’identifie pas vraiment la sincérité, mais le franc-parler.  Si on définit la sincérité uniquement comme le fait de tout dire comme cela vient et veut sortir, sans y mettre les formes, ce qui devrait constituer une qualité risque de devenir un défaut chez celui qui manque de jugement ou de civilité.  Car elle nierait la validité d’un frein naturel qui, dans une circonstance particulière, devrait amener à comprendre que, dans certains cas, on fait mieux de se taire.

Pour cette raison, il semblerait qu’il faille donner à la sincérité une extension qui implique le tact et qui en fait une histoire de cœur.  Combinés, le cœur et le jugement peuvent éviter que la sincérité ne devienne un bien vilain travers, comme le fait de déverser inutilement sur les autres son surcroît d‘amertume, de colère ou de fiel.  L’étude du Misanthrope, le chef-d’œuvre de Molière, révèle ces nuances subtiles en la matière.  Et s’il y a une leçon qui y prévaut sur les autres, c’est le fait que chacun juge et agit d’après ce qu’il est dans son entièreté.  Ainsi, on devrait plutôt définir la sincérité comme le fait d’agir avec le cœur pour penser ce que l’on dit –car dire tout ce qu’on pense et penser tout ce qu’on dit sont deux choses bien différentes–, dire ce que l’on pense et agir selon ses paroles.  Chose certaine, la sincérité sied mieux au cœur de celui qui connaît ses limites et qui comprend les difficultés d’apprentissage d’autrui.  Normalement, on ne fera les mêmes reproches à un jeune en apprentissage qu’à un adulte supposément averti.  Avouer son manque de connaissance et de compétence permet d’étoffer ses connaissances par les réponses qu’on reçoit de ceux qui savent.  Ainsi, le courage d’être sincère devient fort payant, disons plutôt enrichissant.  Il ne faut pas croire que la sincérité doive confiner à l’innocence, mais, avec le temps, sa pratique peut représenter le gage d’une certaine candeur de l’âme et d’une certaine naïveté généreuse à l’endroit de ses semblables.

 Quoi qu’il en soit, au sens le plus ordinaire du terme, le mot sincère, associé à l’authenticité et à l’honnêteté, traduit la propension ou l’inclination à exprimer clairement ses sentiments, ses pensées, ses désirs.  Voilà qui présente un risque pour celui qui se permet de s’exprimer sans fard du fait que les filtres auxquels il recourt ordinairement l’empêchent de s’ouvrir complètement, même s’il requiert lui-même, surtout de ses amis et de ses êtres chers, qu’ils «soient sincères» et qu’ils «agissent avec sincérité».  Autrement dit, par les pressions sociales, qui peuvent contenir des menaces de rétorsion, comme l’exclusion ou le rejet, il est souvent porté à témoigner de moins de sincérité qu’il n’en réclame d’autrui.

Néanmoins, par cette définition, on commence déjà à comprendre que la sincérité renvoie à la motivation fondamentale de chacun et qu’elle s’enracine dans l’honnêteté.  Car celui qui est honnête avec lui-même l’est tout autant avec les autres, ce qui lui confère l’aptitude de parler et d’agir avec franchise.  Trop souvent, dans une tentative mal éclairée qui vise à éviter l’embarras ou la confrontation, l’individu est porté à cacher ou à feindre ignorer la vérité d’une situation.  Bien que ce choix puisse temporairement l’aider à sauver les apparences et à maintenir une harmonie apparente, il ne contribue, en réalité, qu’à se compliquer l’existence et à nourrir un problème, qui continue de s’amplifier.  Il gagnerait à suivre plutôt l’avis que, dans Hamlet de Shakespeare, Polonius a donné à son fils : «Par-dessus tout, sois vrai avec toi-même/ Fais-en une habitude qui t’accompagne nuit et jour / Car ainsi, tu ne tromperas jamais aucun autre être humain.»  Chacun devrait se convaincre de ce fait : la sincérité facilite la vie, elle colore la réputation d’intégrité et elle accroît l’aptitude à maintenir des relations saines avec les autres.

La sincérité émane de la connaissance de soi et du courage d’être pleinement soi-même.  Celui qui sait vraiment qui il est et ce qu’il vaut, qui maintient fermement ce qu’il croit, qui a le courage d’agir en conformité avec ses croyances, celui-là ne peut qu’être sincère.  Car il n’y a que la peur, qu’il s’agisse de celle de la confrontation, du rejet, de l’échec ou de l’agression, qui empêche d’être sincère.  Or l’être en évolution doit entreprendre de transmuter ses peurs et à d’écarter les tentations s’il compte entrer sur la voie facile et relever les défis qui se présentent à lui avec fierté, dignité et confiance.  Dans cette perspective, la sincérité représente un but qui digne d’être choisi et une qualité qui mérite l’admiration.  Dans la société, peu de qualités personnelles méritent autant l’appréciation que l’honnêteté et la sincérité.  Car celui qui veille à les développer en lui sans fausse pudeur parvient à s’harmoniser avec la Nature, avec les membres de sa famille, avec les gens de son entourage, mais surtout avec lui-même             

En spiritualité, la sincérité est considérée comme la qualité qui fait la boucle de la vie spirituelle, puisqu’elle doit présider à toute sa démarche, du début à la fin.  C’est dans la sincérité qu’il faut se présenter sur le Sentier initiatique et c’est dans la sincérité qu’il faut recevoir l’initiation qui la couronne.  C’est ainsi que, même chez les gens ordinaires, on en est venu à dire que c’est la sincérité qui sauve, bien que la voie de l’enfer, comme celle du ciel, soit pavée de bonnes intentions.  La sincérité désigne l’expression d’un être ouvert, simple, franc, loyal, intègre, authentique, qui se met à la disposition de la vérité, qui ouvre à la compréhension de l’amour et de la sagesse.  D’une part, elle le prépare à accepter la vérité dans un esprit réceptif alors que, d’autre part, elle l’incline à l’émettre sans déguisement, sans artifice, sans détour, sans leurre, refusant de s’abuser, donc de résister à l’évidence, comme il refuse de tromper les autres et de les ménager indûment.

L’être sincère agit tel qu’il est, en toute bonne foi, au meilleur de ses connaissances, de sa compréhension et de ses moyens.  Il se mêle de ses affaires, vivant pour lui-même, et il laisse les autres vivre à leur guise.  Autrement dit, il applique la maxime du vivre et laisser vivre.  Selon son degré de conscience, il dit ce qu’il pense et ressent réellement et il s’investit à son rythme, dans la patience et la persévérance, se hâtant lentement sur sa voie propre, offrant aux autres toute sa compréhension du moment.  Il refuse toute domination et toute sujétion.  Il comprend que, dans la vie, il faut aspirer fortement, qu’il faut s’investir avec audace, mais sans témérité, de façon indépendante, autonome, libre, mais sans oublier la fraternité et la solidarité, qu’il faut s’appliquer méthodiquement et qu’il faut agir dans la sincérité, s’il compte atteindre les plus hauts sommets.

La sincérité découle du degré de communication d’un être avec son âme, qui représente son essence authentique et qui, en tout temps et en tout lieu, reste parfaitement sincère, égale à elle-même, le disposant à suivre son élan vital, qui est évolutif.  En se reliant à son âme, enveloppe de l’Esprit, tout être devient indiscutablement sincère avec lui-même, loyal avec son monde intime et fidèle à Dieu, d’où il se consacre spontanément et fermement à sa mission évolutive.   Mais cette sincérité doit se traduire dans les faits de la vie quotidienne, car si l’esprit est prompt, la chair est faible.  La véritable sincérité résulte d’une illumination du mental.  Autrement dit, la Lumière, qui se fraie un chemin de la Source divine à la matière, commence par traverser les plans spirituels, situés au-dessus du plan mental, des niveaux de conscience qui offrent une essence éternellement pure.  Puis elle atteint le Royaume des ombres qui ne commence à envahir l’être qu’au niveau du mental, donc au niveau de la raison, qu’il faut éviter de confondre avec le causal, le niveau de la créativité spirituelle.  De ce fait, quand la Lumière spirituelle commence à affluer dans un être, elle développe d’abord sa sincérité au niveau de son mental.  Il faut entendre par là que c’est d’abord au niveau mental que l’être incarné l’idée d’un but évolutif à atteisincérité-conversationndre.  Avec le temps, cette notion devient un puissant sentiment ou une profonde aspiration que rien d’autre que l’accomplissement du but ne peut conduire au bonheur et à la réalisation de soi.  C’est également au niveau mental que la Lumière commence à révéler, par le jeu des contrastes, les ombres et les obstacles qu’elle rencontre.  Ainsi, elle permet à l’être évoluant de découvrir les points d’ombre qu’il doit corriger, harmoniser, dissoudre.

Mais la sincérité mentale ne suffit pas, car, affectée par la dualité, elle peut entraîner dans une double vie: à divers degrés, l’être sent et comprend ce qu’il doit faire, mais il peut répugner à le faire et résister à la nécessité d’éliminer ce qui l’entrave, pris dans l’inertie.  En d’autres mots, il peut manquer de motivation ou d’aspiration à cause de son mépris de l’effort.  En pareil cas, la sincérité doit compter sur une autre instance ou sur un autre allié, sur le mode de la sensibilité et du sentiment, la source de l’affect et du désir, qui seul peut mettre la volonté en œuvre.  Dès lors, la Lumière active le feu sacré qui remplit l’âme d’ardeur, allumant en elle le désir de se convertir, de retourner sa conscience vers l’intérieur, vers la Voie évolutive, droite et directe, pour échapper aux misères du monde contingent.  Tant que l’être ne sent pas le besoin d’être transformé, il n’accomplit pas grand-chose au niveau de la conscience.  Ce n’est que par l’aspiration qu’il en vient à accepter d’immoler sa vieille nature pour être progressivement régénéré, transmuté, transfiguré et illuminé.

Ainsi, chez l’être évoluant, la sincérité représente l’audace sereine, mais enthousiaste, qui surgit de l’afflux du feu sacré et qui l’amène à collaborer avec Dieu.  Elle produit en lui l’effet le plus dynamique et le plus déterminant au niveau évolutif.  De ce fait, on comprend que c’est la force vitale qui allume la forme de sincérité la plus vraie.  Car, dès qu’il en est rempli, il s’ouvre à l’intuition.  De ce fait, au lieu de rester une simple poursuite intellectuelle, sa quête de vivre toujours plus pleinement s’affermit.  Par un renoncement volontaire, de plus en plus spontané, il accepte de laisser aller tout ce qui l’entrave, d’où la Lumière peut atteindre le corps, la portion la plus réfractaire de son être, pour l’imprégner, le raffiner, le rendre plus subtil.  Lorsque la Lumière commence à envahir le corps, tout l’être veut suivre les recommandations de la conscience qui l’habite et le guide afin de parvenir à se mouvoir totalement de façon spirituelle ou divine.  Cela permet à ce que le psychisme conçoit dans la Lumière divine de se reproduire naturellement dans la partie matérielle de l’être, soit dans son corps, ce qui amène l’Esprit ou l’Essence et la chair à fusionner.  Par l’illumination qui en résulte, la conscience s’étend à tous les plans, révélant une colossale Pyramide de sincérité.

Les Maîtres aiment rappeler que Sentier mène tout droit vers la Réalité, mais que la Porte qui y donne accès est étroite.  Pour la franchir, l’être doit être animé de sincérité, c’est-à-dire qu’il se doit de se dédier totalement à l’œuvre de s’accomplir parfaitement.  La sincérité relève effectivement du bon vouloir de chacun, mais son degré s’y mesure par la détermination constante et par la persévérante de poursuivre l’effort évolutif.  Il n’est demandé à personne de spéculer sur l’Inconnu, de rendre compte de ce qui est au-delà de ses moyens, d’essayer de faire son salut.  La réalité qu’il cherche et à laquelle il aspire est déjà toute accomplie : il lui suffit de la reconnaître dans l’abandon créatif.  Autrement dit, il lui faut vivre au jour le jour, bien inséré dans l’instant présent, animé d’un grand idéal, de s’investir de façon consciente, cohérente, ordonnée, de se tenir à jour et d’y mettre le zèle requis.

C’est bien connu, la sincérité se révèle par l’attitude et le comportement.  Ne dit-on pas pouvoir juger un arbre à ses fruits?  Dans cette perspective, on peut dire que seul un être amoureux peut être dit sincère, car lui seul peut reconnaître que sa liberté est largement conditionnée par les incidences du Plan divin et qu’il gagne à s’y dédier totalement.  Et, une fois engagé, sa pensée ne dévie pas d’une fraction, ne connaissant nul doute ni nulle hésitation.  Un tel degré de dévotion au but présuppose un haut degré de sincérité qui commence forcément par l’authenticité qui implique l’amour de soi et la fidélité à soi-même.  L’être sincère se connaît tel qu’il est et il se présente tel qu’il se connaît, évitant de se nourrir d’illusions et d’offrir des images.  C’est ainsi que, par sa foi en Dieu, son Créateur, il peut rayonner et éclairer les autres dans le silence et le secret, les inspirant par son exemple discret.  Il a compris que la sincérité consiste à présenter un cœur pur et brûlant.

La sincérité a trop souvent servi d’alibi à la dégradation des mœurs.  Que de péchés ont été commis au nom de la sincérité.  En principe, le péché n’existe pas, et sa notion n’est utilisée ici que comme point de référence aux anciennes notions religieuses.  Dans le présent contexte, le péché désigne le choix délibéré de se couper de Dieu, la Source unique de toute énergie (séparativité ou péché contre l’Esprit), ou de commettre le mal (rébellion de celui qui choisit de faire ou de répéter ce qu’il sait clairement desservir son destin évolutif ou nuire aux autres).  La sincérité porte à agir dans la cohérence, c’est-à-dire à chercher à coïncider le plus parfaitement avec son Essence et avec ses valeurs propres.  Voilà pourquoi, pour devenir sincère, au vrai sens du terme, il faut commencer par se connaître, découvrir les lois profondes de sa nature et de son individualité particulière, suivre sa loi d’aussi près qu’on le peut.  L’être sincère accepte l’écart entre ce qu’il est et voudrait être, mais il s’applique, jour après jour, à le réduire, pour devenir égal en lui-même.

Celui qui a développé la sincérité agit dans la sérénité et l’égalité d’humeur, il sait faire ses propres choix et les mener à terme.  Il est capable de rompre avec ce qui l’aliène, autant dans son milieu que dans son espace psychique.  Il sait admettre ses envies, tenir parole, rompre avec les pouvoirs obscurs et les poussées anarchiques.  Pendant que l’Esprit le cherche d’en haut, il le cherche d’en bas, pour aller le rencontrer à mi-chemin, au centre de lui-même.  Les citations qui suivent pourrait représenter un bon point de départ pour celui qui veut réfléchir sur la notion de sincérité : «Ce qui probablement fausse tout dans la vie c’est qu’on est convaincu de dire la vérité parce qu’on dit ce qu’on pense.» (Sacha Guitry)  «La sincérité est trop facile pour que la vérité ne soit pas difficile.» (Roger Judrin)  «Jugez-vous d’après le critère de la sincérité et vous jugerez les autres d’après celui de la charité.»  (John Mitchell Mason)  «La sincérité, c’est la voie du ciel.» (Mencius, philosophe chinois de la lignée de Confucius)

Ces propos semblent pleins de justesse et ils illustrent un mécanisme récurrent dans la manière que l’être humain conçoit le monde.  Chacun se dit : «Ma pensée est dépourvue d’artifices et de dissimulation, elle représente le mieux possible ma réalité;  ma réalité ne peut être remise en cause, car c’est la mienne, qu’elle est incontestable) et qu’elle me sert de vérité.»  Gloser sur ce qu’est la vérité représente une entreprise stérile, mais en revanche, comprendre ce qui n’en fait pas partie peut servir.  En notant sa tendance à qualifier une pensée de sincère en vérité, on franchit une étape majeure de la prise de conscience qui consiste à distinguer la sincérité de la vérité.  Quand on décide d’agir dans la sincérité, on s’offre le plus précieux des présents, à soi comme aux autres.  Et, chaque fois qu’on s’offre un peu aux autres dans cet état, ils ne tardent pas à le rendre par beaucoup d’estime et de support, ce qui accroît son bonheur.

On raconte que, dans les temps très lointains, vivait un grand roi, autour duquel se pressaient chaque jour une grande cour et des foules attirées par sa sagesse, qui n’avait d’égale que sa bonté.  Ce roi avait un serviteur dont la pureté de cœur et la fidélité ne cessaient de l’émerveiller.  Cet homme vouait à son seigneur un amour et une confiance qui faisaient frémir d’humilité tous ceux qui prétendaient à la sincérité.  Un après-midi de grande chaleur, le roi s’était fait apporter une orange pour se rafraîchir.  Avant même d’en prendre une bouchée, il en donna la moitié à son serviteur dévoué qui, le remerciant d’un éclatant sourire, se mit à en déguster un quartier sans plus attendre.  Le voyant se délecter, les yeux fermés, le visage ravi, le roi lui demanda: «Ainsi, elle est bonne?» –«Succulente,  mon roi!», lui répondit l’autre.  Le roi en prit alors un morceau qu’il cracha aussitôt en s’exclamant: «Mais elle est terriblement sûre et amère! Comment peux-tu trouver bonne une chose aussi détestable au goût?»  –«Oh, mon roi», lui répondit le serviteur, «comment pourrais-je trouver amère une chose qui m’est donnée par mon seigneur bien-aimé?  Tout ce qui vient de lui ne peut être qu’excellent.»  À ces mots, les yeux du roi et de bien des membres de sa cour s’emplirent de larmes, le cœur ému par ce témoignage d’une sincérité aussi éminente.  Le serviteur avait témoigné du fait qu’une épreuve, aussi amère qu’elle soit, reste insignifiante aux yeux de l’être sincère dont l’élan amoureux l’éveille au dévoilement infini de la miséricorde.  Aujourd’hui, on ne considérerait probablement pas très édifiant un tel degré de soumission, mais il n’en illustre pas moins le propos de ce texte.

Au début du parcours, la sincérité de l’aspiration au sacré stimule le cœur, l’éveille et le dispose à recevoir la nourriture spirituelle dont il se languit.  En chemin, sa sincérité lui ouvre les portes de l’expérience spirituelle qui fait grandir son amour pour Dieu et le soutient dans le raffinement de son cœur jusqu’à ce que, libéré des voiles de son faux-moi, épaissi par les tendances égotiques (l’orgueil, la cupidité, le culte de l’image de soi, la soif de pouvoir, la concupiscence, etc.) qui l’éloignent de sa Source, il parvienne aux plus hauts degrés de l’amour et de la sincérité.  Cela permet de produire une coïncidence de l’intérieur et de l’extérieur, un unisson dans laquelle tout se dissout par la contemplation du Bien-aimé.  En fait, la sincérité et l’humilité représentent les deux plus précieux alliés du pèlerin spirituel dans le processus de sa transmutation par lequel, au fur et à mesure que se dénoue l’emprise de l’ego, il voit se révéler à lui la Réalité divine jusqu’à dans son cœur, qui s’irradie de Lumière, tandis que son ego s’éteint dans l’expérience de l’Unification, comme la Lune disparaît au lever du Soleil.

Pour être sincère, c’est-à-dire disponible à reconnaître la vérité, à faire connaître ce qu’on sent et  ce qu’on pense, sans chercher à tromper ni les autres ni soi-même, il faut aimer la vérité.  Se consacrer à la vérité n’est pas aussi simple qu’il y paraît car, souvent, par commodité, on reçoit dans le monde l’enseignement inverser, à savoir qu’il faut mentir pour se protéger ou garder son lustre, son prestige, sa crédibilité.   Par réflexe, on en vient à mentir aux amis, aux professeurs, même à ses parents, puis à soi-même, car il faut bien se protéger aussi de la vérité qu’on n’aime pas ou qui appelle à produire un grand effort.  Voilà comment, petit à petit, en prenant de l’âge, les mensonges deviennent plus graves parce qu’un mensonge forme le réflexe de mentir, mais aussi parce qu’un mensonge en appelle un autre plus grand pour le couvrir.  Si on y pense bien, on admettra qu’il faut un grand courage pour aimer la vérité au point d’accepter de la dire aux autres et de se la dire à soi-même.  Mais c’est un élément de la sincérité, une condition indispensable de l’honnêteté et une des qualités essentielles d’une existence menée dans la transparence.

L’être sincère développe un rapport franc par rapport aux choses et avec les gens.  Il ne cherche plus à voiler les faits, il n’avance plus masqué, il ne cherche plus à manipuler ou à ménager, il cherche à faire grandir la lumière et la conscience.  Il développe également un rapport direct, sans détours, candide, pur et naturel, ce qui rappelle l’étymologie latine du mot sincère.  Le mot «franc», qui a donné le mot «français», signifie d’abord «libre».  Il s’agit d’une liberté morale et psychique qui permet de vivre sans fard, sans gêne, sans crainte parce qu’on a vaincu la difficulté d’accepter ce qu’on ressent et de vivre dans la vérité. Un tel degré de liberté ne peut que conférer une grande force d’expression, d’accomplissement, de réalisation.  Plus encore, la sincérité rachète les erreurs, elle désarme et elle fait oublier le geste malheureux ou la parole importune, du fait que celui qui s’exprime fait connaître sa pensée et ses sentiments sans déguisement : il dit ce qu’il pense et ressent réellement et il conforme sa conduite à sa pensée et à ses ressentis.  Ainsi, il développe des attitudes et des comportements ouverts, spontanés, limpides, sans ambiguïté ni équivoque, collaborant d’autant au bien collectif.  Mais chacun gagne à éviter de confondre la sincérité avec le jugement et la critique qui ne visent qu’à établir des hiérarchies de valeur, à culpabiliser ou à dévoiler des revendications personnelles.

La sincérité amène à éviter tout décalage entre la pensée, les sentiments et l’action.  Elle amène à établir comme règle ferme le fait de dire tout ce qui est à dire et de faire tout ce qui est à faire, donc de s’exprimer sans réticence, mais au moment opportun et dans les formes.  Et ces formes ne doivent pas servir à mettre des gants blancs pour ménager les susceptibilités, mais elles doivent amener à s’exprimer dans la bienséance et la courtoisie, au moment opportun, en évitant de culpabiliser et d’accuser autrui.  Elle consiste à dire ce qu’on pense et ressent, non à dicter à l’autre une ligne de conduite.  Il y a une marge entre le constat des faits et l’expression du ressenti personnel et l’imposition d’un système de valeurs ou la projection de ses états d’âme.  Ainsi, chacun doit se garder, dans ce qu’il dit ou fait, de transgresser la loi de l’Innocuité : il doit éviter de blesser ou de meurtrir sans raison ou de déranger une conscience dans sa vitesse de cheminement.  Mais la juste compréhension impose d’éviter de réprimer l’expression d’un message salutaire qui vise à provoquer une prise de conscience.  Car,sinicérité en cas d’erreur, il suffit d’admettre sa peccabilité et de s’excuser du fond du cœur, non seulement du bout des lèvres.  La règle d’or consiste à traiter les autres comme on aimerait être traité, mais en les traitant conformément à sa vision supérieure, non selon leurs attentes, leurs caprices et leurs fantaisies.

Car la sincérité doit amener à éviter le recours aux deux poids deux mesures, ce qui attirerait, par la causalité, une forte rétribution cosmique.  On est trop facilement porté à croire inconsciemment tous ses torts minimes, mais à donner des proportions exagérées à ceux d’autrui immenses, ou à appeler la clémence et les délais dans l’application des sanctions visant à redresser ses propres erreurs, alors qu’on réclame une sanction sévère, efficace et expéditive pour l’autre qui a fauté contre soi.  Ces attitudes n’amènent qu’à dresser des grands murs d’incompréhension, de méfiance et d’hostilité entre les êtres humains.  Ce n’est pas ainsi que fonctionne la Justice immanente qui poursuit le même but évolutif et qui témoigne de la même patience, à travers toutes les consciences, en tout temps et en tout lieu.  Dans la perspective cosmique, les relations humaines répondent à l’intention spirituelle d’amener les membres de l’Humanité à échanger et à partager dans l’égalité et de les faire grandir et croître ensemble dans l’amour, dans la poursuite de leur idéal d’accomplissement, en s’inspirant mutuellement par l’exemple.  Dans cette expérience collective, ils agissent réciproquement comme des miroirs fournissant d’excellentes occasions de se connaître et de s’améliorer.  Et ils finissent par se respecter et se comprendre dans la mesure où ils parviennent à reconnaître et à accepter leurs propres difficultés évolutives, ce qui les porte à l’empathie, à l’indulgence et la compassion.

En revanche, la sincérité ne doit pas confiner à la faiblesse, à la démission, au déni de ses droits, au reniement de soi.  Elle ne doit pas davantage amener à tout partager de son intimité.  Cependant, la nécessité d’exprimer amoureusement la vérité requiert parfois qu’il faille faire des mises au point fermes, énergiques, voire catégoriques, pour supprimer une cause récurrente ou persistante de dissension, de désaccord, d’immixtion dans l’univers psychique d’autrui ou dans les affaires des autres, si les autres moyens ont échoué.  Mais alors, il faut maintenir la même pureté d’intention, le même degré de respect, la même vision amoureuse pour s’assurer que le but de la démarche vise uniquement à supprimer une cause de désordre, non à agresser ou à abattre un fautif.  Comme il a été dit, on peut détester la faute, mais jamais le fauteur.  Pourtant, tout bien compté, rien ne mérite le rejet puisque, dans le bonheur comme dans le malheur, tout vécu sert d’expérience instructive, fournit une leçon évolutive salutaire.

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