LA VALEUR ET LE SENS DES VALEURS

Les systèmes des valeurs varient dans notre petit monde, selon les traditions, donc selon les formation, l’éducation, les habitudes, les us et coutumes qui, bien sûr, reposent sur des systèmes philosophiques, religieux ou spirituels.  Un proverbe persan dit: «Quelle est la valeur des hommes? — Ce qu’ils cherchent.»  Pourtant, en spiritualité, on dirait plutôt: «Ce qu’ils sont essentiellement ou ontologiquement.»  Alors, on peut digresser et dire qu’un bijou ne perd nullement de sa valeur faute d’être porté, apprécié ou estimé.  D’autres, ignorant sa fonction universelle, oseront affirmer que la perle reste sans valeur tant qu’elle est au fond de l’océan.  Un être ne reconnaît la valeur de quelqu’un ou de quelque chose surtout lorsqu’ils disparaissent, alors qu’ils lui manquent.  Pour connaître la valeur d’un objet, il suffit d’essayer de svaleure le procurer.  Certains pérorent que la valeur spirituelle ne peut se remplacer par la valeur intellectuelle, alors que chacune détient son sens dans l’Ordre de l’Évolution.  On peut se mettre en valeur sans faire d’ombre à autrui.  On n’estime pas toujours un conseil à sa juste valeur.  Chaque mot porte sa valeur propre avant d’exprimer un nombre multiple de sens, donc de valeurs.

Comme on le voit, le mot «valeur» peut prendre plusieurs sens.  Il peut désigner ce par quoi une personne est digne d’estime; le prix d’achat, de vente ou d’échange d’un objet; une quantité approximative;  une détermination variable d’un élément;  l’importance d’un objet ou d’une réalité;  le sens d’un mot ou d’un symbole dans un contexte déterminé;  ce qui répond aux normes idéales d’un genre;  la mesure conventionnelle d’un signe.  Mais, au sens spirituel, il réfère à ce qui produit des bienfaits pour le Tout ou ce qui sert de principe pour distinguer ce qui est évolutif ou involutif, donc pour discerner le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le beau du laid, le bon du mauvais, selon les critères personnels, le consensus social, les normes esthétiques, les règles morales ou religieuses.  Ainsi, on appelle «valeurs» l’ensemble des règles de conduite et des lois conformes à un idéal, accepté par une personne ou une société, et auquel ils se réfèrent pour évaluer leurs actes et leurs comportements.

Les valeurs sont formées des critères extérieurs dont l’enfant apprend les rudiments, comme un ensemble de prescriptions utiles, permettant à un sujet de mieux vivre en commun, à partir de ses relations avec son père, sa mère, ses frères et sœurs, ses amis, ses voisins, ses compagnons d’étude et de travail, enfin avec toute la société.  Au fil de l’évolution, le changement des valeurs constitue un signe de maturité dans la mesure où on ne change pas ses valeurs pour accommoder ses buts évolutifs.  Il est normal de changer ses valeurs à mesure qu’on expérimente de nouvelles réalités, qu’on recueille de nouvelles informations, qu’on entre en contact avec de nouvelles idées, qu’on s’ouvre à de nouveaux points de vue, qu’on redéfinit qui on est.  Il est naturel de grandir en devenant plus conscient, en exprimant une version améliorée de soi-même.

Tout être a besoin de valeurs et de croyances comme point de référence, dans son aspiration à édifier la structure de sa vie, sauf qu’il gagnerait à toujours les concevoir comme transitoires et relatives.  Au terme de sa vie, un être se découvre souvent à croire, dans nombre de domaines, le contraire de ce qu’on lui a appris dans sa jeunesse.   Pourtant, renier l’importance de s’ériger des valeurs contribuerait à défaire le tissu de l’expérience personnelle.  Il faut éviter de jeter tout son édifice par terre sur un coup de tête, car on vivrait une terrible insécurité.  Mais, avec le temps, il faut les examiner une à une, les réviser à la pièce, pour vérifier si elles sont conformes à ce qu’on veut devenir.  Alors, on peut progressivement  remplacer celles qui sont déficientes et inconsistantes, qui ne soutiennent plus convenablement sa structure.  On ne doit changer que ce qui rend malheureux et n’aide pas à se sentir satisfait de ce qu’on est.  On doit retenir les valeurs et les croyances qui servent encore, mais ne s’attachant qu’à celles qui servent sa finalité.  Car elles ne sont que des repères de vie, pas une réponse.  La réponse, on la trouve en se mettant à l’écoute de ses désirs légitimes et de ses besoins réels, non de ses valeurs.

Enivré par les découvertes de la science, l’être humain a perdu le sens des valeurs.  Il a d’abord rejeté les valeurs religieuses, leur découvrant trop d’imperfections, ensuite les valeurs sociales et humaines.  Maintenant, il cherche à combler le vide laissé en lui en instaurant ses valeurs propres, qui peuvent aller jusqu’à la purgation de l’espèce, par exemple à l’élimination des présumés rivaux ou au génocide.  Mais, comme ces valeurs misent davantage sur ses droits que sur ses devoirs ou ses responsabilités, il devient un individualiste dominateur et revendicateur jusqu’à fourbir des armes redoutables ou à détruire la Nature autour de lui.  À défaut d’adorer Dieu, le Créateur, l’être humain s’est déterminé le centre du monde.

Il n’y a probablement pas que du négatif dans ce rejet des valeurs anciennes suspectes, car, avec le temps ce dernier permettra de faire table rase des valeurs surannées et d’en inventer de nouvelles, plus conformes au destin de l’humanité.  Du reste, la notion de valeurs maintient dans la dualité en perpétuant les notions d’extrêmes entre le bien et le mal, la Lumière et les Ténèbres, deux réalités pourtant compatibles et complémentaires, donc conciliables à quelque égard, ce qu’il reste à comprendre et à réaliser.

L’être humain établit toujours ses valeurs à partir de la satisfaction qu’elles fournissent, des résultats sensibles qu’elles procurent, ce qu’il identifie comme un bien.  Ainsi, ce n’est que progressivement qu’il peut s’élever à des valeurs très nobles.  Et, dès que plusieurs valeurs sensibles et concrètes sont mises à sa disposition ou qu’on peut les lui faire mirer, il peut facilement régresser dans ses choix.  C’est toujours ce qui marque le déclin d’une civilisation.   La motivation primaire de l’être humain consiste prioritairement à satisfaire les exigences de son existence et de sa nature.  Il faut avoir développé une conscience très élevée pour échapper à cet appel lancinant.  L’être humain pense en termes de désirs et de besoins concrets avant de penser en termes d’idéal.

La hiérarchie des valeurs humaines se développe progressivement selon son intelligence, son imagination, son sentiment et son degré de sagesse.  Quand le discernement spirituel fait défaut, l’être humain privilégie les valeurs de la matière et des sens.  Il cherche son plus grand plaisir, établissant ses critères à partir de son ego plutôt qu’a partir de sa Conscience divine.  Et tant qu’il n’a pas connu un échec cuisant dans cette quête d’un paradis artificiel prolongé, il ne songe pas à aspirer à des valeurs spirituelles.   Il les choisit souvent quand il ne conçoit plus d’autre refuge au terme de grandes douleurs ou d’énormes souffrances.  Pour mieux se tromper, il cultive un vague sentiment religieux dans une pratique épisodique.

Les caractéristiques qui ont toujours distingué les valeurs vitales de l’espèce humaine résident dans le bien qu’il en tire.  Les valeurs transcendantales ont surgi assez tôt, dans son évolution, mais elles ne l’ont pas vraiment motivée, n’en ayant pas clairement perçu les avantages.  Elle est plus encline à vivre intensément dans ce qui grise ses sens et omble son ego qu’à préparer son salut pour accéder à un ciel hypothétique, sauf peut-être sur ses derniers jours.

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Pour ce qui a trait à la «valeur personnelle», celle-ci ne se détermine pas par le rang ni le titre, mais par la qualité de l’amour, du service et du don de soi.  On prend conscience de sa valeur personnelle en cherchant à connaître et à exprimer ses vérités les plus profondes, en portant attention à ses propres sentiments.  Conscient de ce qu’on veut vivre, on comprend qu’on n’a aucune raison à donner pour expliquer se choix, qu’on n’a jamais à se justifier de quoi que ce soit.  De même, on réalise qu’on n’a pas à prouver aux autres sa propre valeur.  Accepter ses sentiments n’appelle pas à les analyser, mais à les considérer comme réels, à refuser d’en douter, à faire des choix conformes à eux, sans référence à aucune autorité extérieure.  Tout être est une individualité riche de valeur, quel que soit son passé, ses pensées ou ses croyances.   Chacun exprime la vie elle-même qui grandit, se développe et s’élève progressivement.  Toute personne détient sa valeur, sa beauté et son unicité.  Toutes les expériences qu’elle a vécues visaient à engendrer l’amour dans sa vie.  Chacun doit se souvenir qu’il compte pour quelque chose, qu’il est important, qu’il détient une contribution unique et spécifique à apporter au monde.  Chacun doit savoir qu’il est un être spécial.  Ainsi, ses rêves et ses buts sont aussi importants que ceux de toute autre personne.

Quant au «jugement de valeur» consiste en un concept formé à partir de ses normes personnelles, établies au fil de son expérience, relativement à ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais, beau ou laid, juste ou injuste, vrai ou faux, énoncé qui peut différer du consensus des gens de son milieu.  C’est l’histoire du verre d’eau que l’un dira à moitié plein ou à moitié vide selon sa mentalité négative ou positive.

Enfin, l’«échelle des valeurs» réfère aux normes morales, classées de la plus haute à la plus faible, dans la conscience, et servant de fondement à ses jugements et à sa conduite.

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