La tristesse définit l’état affectif pénible et durable qui exprime une insatisfaction, un malaise, une peine, une affliction, un chagrin, une mélancolie, bref une souffrance intime dont le porteur ne saisit pas la cause et qui empêche de se réjouir du reste.  Cette émotion se caractérise par des sentiments de désavantages, de perte, de pénurie, d’impuissance, de chagrin et de rage et elle se signale surtout par les pleurs.  Consentir momentanément à la tristesse, c’est démontrer un certain degré de vulnérabilité, ce qui démontre une velléité de changement.  Mais se complaire dans la tristesse dénote clairement un problème psychique grave pour lequel il faut demander de l’aide auprès d’une personne compétente.

La tristesse ne repTRISTESSErésente pas une douleur aussi vive et immédiatement reconnaissable qu’un éclat de colère ou un accès de peur.  Il s’agit plutôt d’un mal de langueur pesant, qui finit par lasser ou épuiser, parce qu’il réduit la puissance d’agir.  Certains sont d‘avis qu’elle intervient quand la peur et la colère ont échoué, d’où, n’ayant pas su fuir ou exploser, le sujet ouvre les vannes sombres, en signe d’impuissance.

En elle-même, nul n’a à juger de sa tristesse dans un monde où, devenu adulte, il n’est plus convenable d’exprimer ses frustrations par des larmes.  Celle-ci représente une émotion indispensable pour évacuer un surplus de douleur intime.  En outre, par le repli sur soi qu’elle impose, elle invite à chercher une protection contre ce qui a pu agresser, voire à s’en défendre, par un appel à la compassion d’autrui ou à la complaisance en soi-même.   Mais elle ne devient salutaire que si elle fournit l’occasion de se recentrer pour s’interroger sincèrement sur ce qui blesse et, surtout, sur ce qui paraît manquer.  Après s’être accordé un moment d’apitoiement, il faut se motiver à agir, à trouver une résolution à sa situation pénible.

La tristesse qui suit un deuil, une séparation, un échec (l’absence de réussite du premier coup), la sensation d’être exclu (le manque de lien), exprime toujours une absence, un vide.  Alors, pour toute consolation et toute réparation, un être ne peut que compter sur le temps, sur les autres et sur lui-même, mais à la condition de se mettre à l’écoute de ce chagrin, de ce signal d’alarme, de manière à percevoir ce qu’il cache.  Et, la plupart du temps, on découvrira qu’il masque une incapacité d’exprimer une colère, une angoisse inconsciente, une peur inavouée, l’avivement d’une blessure ancienne non résolue.  Alors, il faut les laisser s’exprimer par des larmes d’apaisement.  Mais on peut préférer recourir aux mots, ou, à défaut de les trouver, à des voies temporairement détournées comme jouer, écrire, peindre, chanter sa tristesse.  Chose certaine, il faut en faire quelque chose de sain pour éviter que la souffrance se fige en soi et ne s’y loge à demeure.

Ceux qui craignent leur sensibilité peuvent transformer la tristesse en colère.  Ils se concentrent alors sur l’objet, la personne ou l’événement qu’ils considèrent responsable de leur frustration et l’attaquent (en pensée, en parole ou en action).  Un être peut se laisser obnubiler par ce qu’il juge être le responsable de son insatisfaction au point de perdre tout contact avec son besoin initial.  Ce genre de détournement de l’attention donne lieu à des joutes interpersonnelles aussi stériles qu’interminables. D’autres personnes vivent mal la colère ou l’affirmation, d’où elles ont tendance à pleurer lorsqu’elles éprouvent de la colère ou de la rage. La partie de tristesse qu’elle laisse entrevoir traduit à la fois la frustration et l’impuissance à obtenir satisfaction.  À d’autres moments, la frustration prend l’allure d’une plainte teintée d’hostilité.  Ce genre de détournement donne lieu à des impasses, car en s’effondrant, au lieu de confronter ce qui est responsable de sa frustration, un être s’empêche de canaliser l’énergie et de la diriger là où il le devrait.

Selon les caractères, dans la tristesse, l’un se repliera sur lui-même, évitant d’entrer en rapport avec les autres, dont il pourrait pourtant obtenir du soutien, du moins de la part de certains;  l’autre l’exprimera en le regrettant par la suite;  l’autre essaiera de l’oublier en espérant qu’elle disparaisse d’elle-même, alors que, la plupart du temps, elle ne fera que stagner sous le tapis;  l’autre refoulera ses sentiments dans la pensée qu’il est trop risqué pour un être sain ou fort de l’exprimer;  l’autre les réprimera les croyant injustifiés;  l’autre les retiendra par crainte qu’à les exprimer, ils ne partent plus jamais;  enfin, un dernier cherchera du soutien moral ou du réconfort en choisissant d’en discuter avec d’autres personnes de confiance.  Dans tous les cas, la tristesse n’en reste pas moins, pour une part, une diversion, une projection quand elle ne représente pas un moyen de diversion.

La présence perpétuelle ou récurrente de la tristesse donne le signal qu’un manque affectif persiste. La tristesse demeurera et s’amplifiera dans le cas où un être évite de se mettre en quête d’un substitut aussi nourrissant que celui dont il accuse la perte.  Celui qui demeure en déficit trop longtemps s’attire une étrange répercussion dans sa vie : il en viendra à sentir que l’énergie lui fait défaut et qu’il a de moins en moins de volonté pour entreprendre un projet qui pourrait lui apporter une satisfaction compensatoire. Comme la satisfaction conditionne l’énergie psychique, il entrera dans un vicieux, à savoir qu’il restera en manque, mais sans avoir ni l’envie ni l’énergie de faire ce qu’il faut pour s’en sortir.  Alors, il s’expose à vivre dans la mélancolie et à finir par plonger dans la dépression, peut-être même, le désespoir.

Dans la tristesse, un être pleure rarement une situation, il se pleure, déplorant plutôt ce dont il doit accepter la disparition temporaire.  En pareil cas, la perte le ramène face à ses carences qu’il n’a pas su combler lui-même.  La preuve en est que celui qui vit sans attente et sans obligation ne sombre jamais dans la tristesse.  En effet, celle-ci résulte du regret que ses désirs ne soient pas comblées ou de l’impression de ne pas avoir rempli ses obligations.  On croit avoir reçu un tort ou une blessure parce qu’on grossit l’importance des faits ou qu’on les prend comme une atteinte personnelle.

C’est surtout quand on cherche le bonheur en se conformant aux attentes des autres ou dans la crainte de leur regard, qu’on finit aussi par sombrer dans la tristesse.  On se l’attire chaque fois que sa valeur personnelle semble en prendre un coup.  C’est ce qui arrive notamment quand on découvre l’erreur d’avoir cru que la perception des autres valait mieux que la sienne.  On se berce d’illusions à s’imaginer qu’on deviendra plus heureux si on adopte la façon de voir des autres.  En refusant de suivre sa vérité personnelle, on perd vainement ses énergies, diminuant sa puissance et sa joie.

Les êtres humains perdent beaucoup de temps à gémir dans la crainte et à se torturer par le chagrin alors qu’ils se trouvent tout près du Salut qui pourrait les sécuriser.  Au lieu de s’apitoyer sur leur sort et de quémander l’aide ou l’attention des autres, voire de Dieu, ils devraient se mettre d’eux-mêmes en route sur le Chemin de la Vérité.  Les larmes n’ont pas été données à l’être humain pour pleurer mais pour lui laver les yeux.  En conséquence, il devrait s’en servir pour retrouver la vision juste en se purifiant les yeux (en éclaircissant sa conscience obnubilée).  En elle-même la peine révèle un espace que l’âme n’a pas encore assez baigné de lumière pour permettre à la compassion de briller de toute sa douceur dans le cœur.  On referme encore son cœur à la vérité, on refuse de regarder ses torts en soi-même.  Les autres ne peuvent provoquer la peine, ils ne peuvent que mettre à jour des peines qui existent en soi.  S’il n’existait pas déjà de la peine en soi, personne ne pourrait la révéler.

La peine contribue à fermer un cœur qui avait déjà tendance à le faire.  Pour plusieurs, elle est le moyen d’expulser la tristesse de devoir dire adieu à quelque chose ou à quelqu’un.  En général, lorsqu’on a de la peine, on est invité à grandir dans l’humilité, l’innocuité ou le détachement.  Alors, il faut se demander ce qu’on gagnerait à apprendre de la relation qui révèle cette peine et comment on peut évoluer en vivant cette situation.  Surtout qu’à ce moment, on se trouve plus près de son âme qu’en n’importe quel autre moment.  Alors, il faut reconnaître l’aspect de sa vie qui se porte mal soit au niveau de ses croyances, de ses pensées ou de ses émotions et qui demande à être aimé et guéri.  Dégagé de tout jugement, de toute culpabilité, on devrait se donner l’occasion d’examiner, d’expérimenter et de guérir un aspect de sa vie.

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