LA TRAHISON ET LE RENIEMENT, DES PASSAGES OBLIGÉS DE L’INITIATION SPIRITUELLE…

On gagne à d’abord aborder le thème de la trahison.  En effet, dans la Tradition chrétienne, on a souvent parlé du fait que Judas a renié Jésus et on a fait de lui un traître maudit qui n’a eu d’autre choix que de reconnaître sa scélératesse et qui, dans son désespoir, n’aurait eu d’autre choix que d’aller se pendre à un arbre.  En spiritualité, la trahison de Juda renvoie à la configuration du thème astral de Jésus, au moment de sa passion.  Au moment de sa crucifixion, Mercure (la loyauté des amis) et Vénus (la fidélité des femmes et de la mère) étaient en conjonction à trente-deux degrés dans la XIe Maison, celle des amitiés, mais il y avait opposition de Neptune avec les objectifs de la Nativité, ce qui servit d’agent de la trahison.  Dans ce contexte, les quarante deniers que le disciple aurait acceptés figurent le prix d’un renseignement qui ajuste aux temps plus que celui d’une dénonciation.

Dans le contexte chrétien, qui n’est pas le nôtre, le «Traître béni» désigne Judas, le Recteur du centre-racine, associé à la vitalité, au pouvoir matériel, à l’affirmation de soi et au choix d’évoluer ou d’involuer.  En spiritualité, cette entité reliée au centre-racine, rend le service de décevoir les illusions chimériques, les objectifs irréalistes, les choix qui manquent de pertinence, pour éveiller l’aspiration spirituelle.  Il prévient l’encombrement de la vie et de la conscience par des artifices qui mènent davantage à l’édification d’un paradis artificiel qu’à la quête du Paradis perdu.  Il évite qu’on trahisse sa mission terrestre qui consiste à trahisons’accomplir sans cesse davantage.  Le traître n’est pas l’auxiliaire qui avertit, mais l’individu qui s’accapare des choses et des gens.

Lorsqu’on voit Judas suspendu à un arbre, après son crime apparent, il faut éviter de voir en lui un être qui se suicide par désespoir, pour lui donner le sens de la carte du Tarot : il illustre celui qui voit la vie et le monde à l’envers de la majorité de ses semblables parce qu’il s’est délivré de ses liens et a développé une conscience supérieure.  L’arbre qui le porte n’est jamais que l’Arbre de Vie.  À la surprise de plusierus, ce symbole spirituel, au lieu d’exprimer une déchéance, rappelle que, pour avoir bien servi la Cause de la VCréation, en raison de son degré élevé de conscience, il a fait l’expérience du Grand Retournement des valeurs qui l’a ramené à la Maison du Père-Mère.

En spiritualité, on dit qu’il n’y a pas de personnage plus utile que le traître, comme l’ennemi, car il ramène sur la voie droite celui qui tente d’errer et de se dévoyer en suivant les illusions de son ego.  Comme valeur symbolique, le traître désigne celui qui cesse d’être fidèle à quelqu’un, l’abandonne, le livre à un autre ou passe à l’ennemi, oubliant sa parole donnée, un pacte établi ou la solidarité naturelle.  Ainsi, il peut devenir celui qui, selon toute apparence, livre un secret majeur ou trompe sur la vérité.  Mais, si on cesse de projeter et se fait responsable, on doit admettre que le traître n’est qu’un miroir de soi dans un aspect ou un autre de sa manière d’agir, consciemment ou inconsciemment.  N’empêche que, du point de vue humain, plus la confiance est grande, plus la douleur de la trahison est surprenante et intense.

En effet, la présence d’un traître dans les parages témoigne d’un manque de conscience personnelle : il atteste qu’on ne sait pas voir venir ou qu’on n’a pas su voir venir, d’où il rend un grand service.  Il débusque une force négative qui cherche à faire obstacle à la Lumière ou une résistance à la vie.  Il aide à identifier les obstacles méconnus en soi.  Car le traître occupe une place définie dans l’ordre des choses.  Il représente une force négative et obscure qui agite et défie constamment les activités et les pouvoirs des forces constructives de la vie.  Par ses résistances et ses défis, il favorise la démonstration des facultés et des pouvoirs latents d’un être ou d’un groupe, aidant à reconnaître et à écarter les obstacles.  Il favorise l’épanouissement du caractère, l’apprentissage du détachement, le développement de la personnalité et l’acquisition de la maîtrise.

Pour qui est le moindrement conscient, il ne peut qu’éprouver de la compassion pour sa situation difficile et son rôle ingrat, car il ne peut empêcher ce qui est vrai de s’exprimer.  Le traître ne trahit pas sans raison.  Pour ce qui le concerne, il démontre qu’il ne peut plus suivre un rythme évolutif qui s’est ralenti ou qui s’est accéléré.  Par rapport à l’autre, il lui révèle un excès de confiance dans son système.  Il figure la dernière attaque des instincts ou la dernière sédition du mental.  Il permet de retrouver sa voie et d’être glorifié dans sa victoire.  Il éclaire un refus de jouir pleinement de sa vie par l’entreprise de ce qu’on désire réaliser en ce monde.

Quant au reniement, qui est le propre du disciple Pierre, relié au centre du commandement, il évoque, pour un chercheur spirituel, le fait de déclarer faussement qu’il ne croit plus en une religion ou en une spiritualité ou qu’il ne reconnaît plus un chef spirituel particulier comme valable, comme authentique.  Le reniement peut encore exprimer le fait de renoncer à ce à quoi on aurait dû rester fidèle;  celui de couper le contact avec Dieu, sa Source, ce qui revient à nier le meilleur de soi.

Normalement, il se produit chez un candidat qui commet des actes abominables ou qui ne parvient plus à discerner le bien du mal, le vrai du faux.  Mais, dans certains cas, il peut aider à grandir en amenant à dénouer des nœuds ou à rompre des écorces, à sortir de l’immobilisme évolutif, pour élargir ses horizons.

Jusqu’à récemment, avant qu’on demande aux Maîtres incarnés de s’effacer, il existait une forme de trahison, qu’on appelle le «reniement mystique»  Celui-ci évoque un phénomène spirituel susceptible de se produire au cours de l’évolution d’un chercheur qui travaille avec un Maître.  Généralement, il est appelé à la trahir trois fois, dans une sédition plus ou moins puissante, chacune correspondant à la rupture définitive d’un lien frauduleux qui permet d’accéder à l’initiation correspondante.

Subtilement orchestré par la Hiérarchie cosmique, il permet d’ouvrir un portail, suite à une crise sérieuse.  Lorsque cet événement se produit, il est mené avec tant de subtilité, que le candidat trouve toutes les raisons de croire, dans sa bonne conscience, qu’il a eu raison de poser son geste.  Mais, s’il est le moindrement conscient, surtout authentique et intègre, il ne tardera pas à réaliser son erreur, après un moment plus ou moins long de souffrance, de découragement, de révolte, d’épuisement ou de désespoir.

Le reniement peut se produire parce que le guide spirituel a rabaissé son idéal ou son taux vibratoire, ce qui ne pourrait se produire que rarement chez un aidant que la Hiérarchie a confirmabandoné.  Dans la majorité des cas, elle arrive plutôt parce que l’aidé ne parvient plus à suivre le rythme évolutif que son précepteur spirituel lui assigne;  parce que, n’appliquant pas ses suggestions ou ne les appliquant pas correctement, il se produit un écart vibratoire entre l’aidé et l’aidant;  ou parce que, n’appartenant pas vraiment à la Famille spirituelle de ce guide, celui-ci ne l’a accueilli, temporairement, que comme un orphelin, le temps que son vrai guide se présente et l’accepte dans ses rangs.

Sur la Voie spirituelle, il arrive toujours un moment où la lumière de l’instructeur devient trop forte.  Alors, ne pouvant plus suivre le rythme évolutif qui lui est inculqué, le candidat à l’Initiation se rebelle et se révolte de façon plus ou moins forte et injurieuse, projetant sur son guide tous ses travers.  Ainsi, il est porté à chercher les faiblesses de son guide, à imaginer des failles dans son enseignement, à réfuter un point des principes qu’il enseigne, à désapprouver sa conduite personnelle ou à déserter son propre idéal, convaincu qu’il n’a pas de sens.  Sauf que celui qui cherche à découvrir les failles apparentes d’un guide avéré, ne pouvant les trouver, parce que cela n’est pas de ses affaires ni de son ressort, ne peut qu’observer ses propres reflets négatifs, dans la réflexion du  miroir clair et lumineux de son guide, mais sans pouvoir les reconnaître dans l’immédiat.

C’est normal, au cours de son évolution, un candidat trouve toujours certains principes un peu difficiles à assimiler parce qu’elles contrarient trop sa manière de vivre, bouscule trop ses habitudes ou perturbe sa zone de confort, ce qui suscite des pleurs et des grincements de dents.  Heureux celui qui n’en profite pas pour déserter son projet évolutif, car il ne peut tarder à acquérir une nouvelle lumière de nature à le ramener à la raison.  Car qui croit en trahir un autre ne trahit jamais que lui-même.

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