LA SUPERSTITION NE RAMÈNE D’ÉNERGIE SOMBRE QU’À CELUI QUI Y CROIT, PARCE QU’IL Y CROIT ET QUE, DU COUP, IL LE CRÉE 

Certains disent que le mot «superstition» provient du latin «superstitio», qui provient lui-même de «superstite», désignant le soldat resté debout après le combat.  Pour la majorité des autres sources, il provient plutôt de «superstes», de même souche, qui signifie «survivant», découlant de «superstare», qui signifie «se tenir dessus» ou «rester après».  Il aurait été inventé pour désigner ceux qui avaient l’habitude de prier pour que leurs enfants leur survivent.  Dans les deux cas, il n’en évoque pas moins les croyances ayant survécu aux religions, aux révolutions, à la modernité, à la physique ochat-corbeauu à la médecine, à l’oubli et à l’outrage du temps.

En fait, la superstition, qui a longtemps désigné la «religion des idolâtres» ou le «culte des faux dieux», désigne désormais le comportement irrationnel, souvent formaliste et conventionnel, en regard du sacré.  Il peut s’agir d’une attitude religieuse considérée comme vaine, parce que fondée sur des préjugés ou des croyances, plutôt que sur la vérité de la raison.  Mais surtout, elle exprime le fait de croire que certains actes ou signes entraînent d’une manière occulte ou automatique des conséquences bonnes ou mauvaises.  On prête alors un pouvoir magique à des objets, à des êtres ou à des gestes.

En effet, la superstition suppose la croyance dans une réactivité de l’Univers ou d’entités surnaturelles, face à certains comportements humains, qui n’ont rien de conforme aux théories scientifiques.  Lors qu’elle atteint un certain stage obsessif, elle dérive en pathologie mentale. Alors, défiant le bons sens ou sens commun, elle fait perdre toute objectivité, prêtant à des faits, des évènements ou des objets visiblement inoffensifs et sans signification, pour le commun des mortels, des pouvoirs surnaturels, une force cachée ou, à un moindre degré, un contenu symbolique signifiant.

À la différence de la superstition populaire, qui est souvent anodine, la superstition pathologique est fortement individualisée puisqu’un tel degré de superstition amène le sujet à se sentir en défi perpétuel avec le monde ambiant et à passer son temps à vérifier si les augures ou les circonstances lui sont favorables.  Ainsi, par exemple, va-t-il compter les carreaux d’un parquet, pariant avec lui-même qu’il doit y en avoir un nombre pair ou impair, ou éviter de marcher sur les fentes entre les plaques de trottoirs, se créant ainsi des frayeurs, des angoisses, si le résultat obtenu ne correspond pas à son souhait ou s’il transgresse son édit personnel.

Pour tout dire, le superstitieux pathologique considère l’existence d’un ordre supérieur, invisible, qu’il est rarement capable de décrire, mais qui existerait quelque part et imposerait ses lois.  De tels comportements entrent dans la catégorie des troubles obsessionnels compulsifs et il semblerait que les autistes et les maniaco-dépressifs seraient particulièrement enclins à de nombreuses superstitions, souvent imbriquées les unes dans les autres.

Chez certains névrosés, souvent très intelligents, souffrant d’idées fixes ou d’états obsessionnels, la superstition prend sa racine dans des tendances refoulées d’un caractère hostile et cruel.  Pour eux, la superstition signifie avant tout l’anticipation d’un malheur.  Celui qui a souvent souhaité du mal aux autres, mais qui, éclairé par son éducation, a refoulé ces souhaits dans l’inconscient, sera porté à vivre dans la crainte perpétuelle qu’un malheur ne vienne le frapper à titre de châtiment pour sa méchanceté inconsciente.

Ainsi, la superstition porte à attribuer aux actes et aux gestes un pouvoir qu’ils n’ont pas ou ne peuvent avoir par rapport au destin heureux ou malheureux d’un sujet et qui ne peuvent permettre d’anticiper le bonheur ou l’infortune.  Elle résulte de connaissances non vérifiées, donc dénuées de fondement, surtout au niveau du contenu religieux ou moral, auxquelles le sujet recourt pour guider sa vie.  Comme celui-ci ignore la cause subtile des incidents psychiques ou des accidents concrets, il ne la cherche pas dans ses motivations personnelles inconscientes, ses idées fixes, ses états obsessionnels, ses tendances refoulées de caractère hostile la source de ses ennuis.  Quoi qu’il en soit, toutes les superstitions, ridicules, témoignent d’un esprit infantile ou immature.   Et que dire des religions animistes qui croient pouvoir lancer des sorts ou produire des sortilèges.  Ceux qui croient aux vertus de la circoncision et de l’excision ne démontrent pas plus d’intelligence et de compréhension spirituelle.  Comment un même Dieu pourrait-il imposer autant d’obligations différentes, selon les cultures ou les continents, à une humanité qui n’est qu’Une dans sa Totalité?

Parmi elles, sans devenir exhaustif, on peut mentionner la peur de passer sous une échelle, de rencontrer un chat noir, de répandre du sel, de croiser un Leadership-Superstitionsinfirme, d’ouvrir un parapluie à l’intérieur d’une maison, d’apercevoir le chiffre treize, de casser un miroir, d’écraser une araignée, d’échapper une pièce du couvert de table.  Ou de croire à la  protection du fer à cheval dans la mesure où il est orienté correctement.  On peut ajouter l’habitude de dire «merde» à un artiste pour lui souhaiter «bonne chance» avant un spectacle, de se signer avant de se lancer dans une activité, de toucher un bossu pour s’attirer le succès, et quoi encore.  Il en va de même si on croit attirer la chance en jetant une pièce dans une fontaine ou si on cherche à voir une étoile filante dans la même intention.  Car sa chance on la fait, elle ressemble à qui l’appelle.  C’est aussi ridicule de croire qu’en croisant les doigts ou en touchant du bois, en soufflant sur des dés, on peut conjurer le mauvais sort ou faire tourner sa chance.

Mais c’est tout autant une superstition que de prier pour qu’un club sportif l’emporte sur un autre ou pour qu’un pays sorte victorieux d’une guerre.  Car comment la Source unique, toujours amoureuse et sans jugement, de qui tous les hommes sont les enfants, pourrait-telle prendre le parti de l’un contre l’autre, même si l’un des deux était dans l’erreur ou dans son tort? On retrouve également des symboles et accessoires religieux parmi le grand nombre d’objets de protection dans lesquels les superstitions se matérialisent : talismans, amulettes, porte-bonheur, médailles, crucifix, gris-gris, fétiche ou objet fétiche, trèfle à quatre feuilles, nombre chanceux.

En fait, les religions se mêlent elles-mêmes de répandre de telles sornettes.  Par exemple, comment croire aux indulgences qui accompagnent une prière ou à celles qui accompagnent la vénération des reliques?  Comment croire qu’un être humain peccable puisse devenir soudainement si lumineux ou inspiré qu’il puisse devenir infaillible s’il se prononce ex cathedra?  Malgré tout le respect que nous devons au Catholicisme, comment un être sain peut-il accepter que, à la messe, les paroles d’un être humain, dit consacré, puisse changer le vin et le pain en le sang et le corps du Christ?  Et surtout, comment croire à la résurrection des corps à la fin du monde pour le Jugement dernier, surtout si la réincarnation existe, car alors, certains doivent renaître dans bien des corps, ce qui pourrait les forcer à devoir se battre pour récupérer toute leur chair et tous leurs os aux vers, à la vermine ou aux charognards!  Comment croire que l’ascétisme aide à accéder au salut, quand c’est renoncer aux bonnes choses de la vie et que le respect de la loi du juste milieu suffit pour y arriver?  N’est-ce pas la même chose de la croyance en la vertu de la virginité quand celle-ci se définit comme la pureté d’intention dans l’acte sexuel plutôt que la pureté dans le refus de l’acte.

Et toutes les religions propagent de telles impostures, notamment la religion bouddhique qui fait croire qu’en tournant des moulins à prière ou en faisant battre au vent des bannières à prières, on peut soi-même se dispenser de prier?  Ou la religion hindoue avec ses animaux sacrés qu’il faut éviter d’abattre, même quand ils deviennent une nuisance patente?  Ou les gens qui se prosternent devant Dieu par déférence ou crainte révérencieuse.  Si tous sont fils de Dieu, ils sont des princes, et s’Ils sont des princes pourquoi s’inclineraient-ils devant leur Père ou leur Roi?  N’y a-t-il pas que les sujets ou vassaux qui s’inclinent devant un souverain?

Comme on ne peut jamais rien dire de la religion musulmane sans s’exposer au danger, celui d’extrémistes, on va la laisser elle-même découvrir ses travers, soit ses croyances futiles ou erronées, au gré de sa maturation psychique et spirituelle.  N’empêche qu’on ne doit pas s’étonner que nombre de grands esprits aient qualifié les religions d’«opium du peuple», de «superstition infantile» ou de «principe de contagion sacrée» quand on voit les religions chrétiennes attribuer autant d’importance à la Bible, un document truffé d’incongruités, considérée comme un Livre sacré ou les religions catholiques ou orthodoxe accorder autant d’importance aux reliques et aux indulgences.

Les superstitions sont innombrables et tenaces, et d’autant qu’on refuse de s’ouvrir à l’évidence  ou aux cultures d’autrui.  L’ignorance consciente et la connaissance inconsciente de la motivation des incidents psychiques forment l’une de leurs racines principales.  Celui qui y croit ne sait rien de la motivation de ses propres actes accidentels et, comme elle cherche à s’imposer à sa connaissance, il est obligé de la déplacer en lasuper-superstition situant dans le monde extérieur.  Les superstitions n’en sont pas moins infantiles et ridicules, voire débilitantes.  Elles expriment la peur de substituer les illusions par la vérité et le refus de placer la réalité des faits au-dessus des croyances approximatives ou des peurs intimes.

Les chercheurs spirituels doivent particulièrement éviter que les études qui accompagnent leur quête tournent en superstitions en n’acceptant pour vrai que ce qu’ils parviennent à se démontrer.  Plaçant au-dessus de tout l’estime de soi, le discernement, la prudence et la sagesse, ils doivent se prémunir contre la propension à croire tout ce qu’ils lisent et entendent parce que c’est écrit noir sur blanc ou parce que cela provient d’une présumée source avérée.  Il gagne à éviter de gaver son intellect au détriment de son intuition, comme il doit refuser de se farcir la tête d’idées sans les vérifier dans l’expérience.

   Nul n’a le droit d’affirmer pour vrai ce qu’il n’a pas fait passer à travers lui, qui reste ainsi une hypothèse, par une démonstration et s’il détient ce droit, il perd à l’appliquer.  Celui qui vit de ses superstitions, de ses croyances, de ses tabous, n’ira jamais bien loin sur le Sentier de l’évolution spirituelle.

© 2012-14, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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