L’AUDACIEUSE ET PRÉTENTIEUSE INVENTION DE LA SAINT-NAPOLÉON…

Napoléon Premier, un grand mégalomane, ne manquait pas de considération pour lui-même.  Il se sacra lui-même dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, le 2 décembre 1804, puisque, au moment où le pape Pie VII, allait prendre la couronne, dite de Charlemagne, pour la lui placer sur la tête, l’empereur s’en empara pour accomplir le rite.  Devenu empereur des Français, après s’être lui-même couronné, il voulut avoir, comme chacun, son «giorno onoglowing_halo mastico» ou «jour homonyme» catholique et c’est ainsi que, par un décret impérial de 1806, il imposa la célébration, le 15 août, d’un saint Napoléon, un nom qui ne figurait même pas dans le Martyrologe romain, autant pour célébrer sa grandeur, puisque cette date coïncidait avec son anniversaire de naissance, en 1769, que pour rappeler la date anniversaire de la signature du concordat de 1801 qui, grâce à son intervention, avait rétabli la religion catholique en France, antérieurement abolie par la Révolution.   Dans le décret du 19 février 1806, il est stipulé que, ce jour-là, celui de l’Assomption, dans tout l’Empire, le peuple, guidé par ses ministres religieux, devait  rappeler la conclusion dudit concordat en se joignant à une procession hors des églises, dans toutes les communes où l’exercice saint-napoleonextérieur du culte est autorisé ou à l’intérieur des églises, ailleurs.  Mais cet évènement devait impérieusement être précédé d’un sermon de circonstance, prononcé par le ministre du culte, et être immédiatement suivi d’un «Te Deum» solennel.

Puisque l’Église romaine ne pouvait qu’émettre des réserves à cette célébration, peu conforme au droit canonique, puisqu’il n’existait pas de saint Napoléon, le cardinal légat Giovanni Battista Caprara usa d’une astuce de nature à convenir à l’impérieux personnage.  En effet, il retrouva dans le Martirologio Romano un saint Neopolis (ou Neapolis), martyr du début du quatrième siècle.  Il réussit à faire croire que le nom de ce martyr s’était progressivement transformé en «Napoleo», puis en «Napoleone».  Ce personnage aurait été martyrisé lors de la cruelle persécution des empereurs Dioclétien et Maximien.  Parmi tant de fidèles qui avaient versé leur sang pour la défense de la foi, ce saint aurait été l’un de ceux qui, à Alexandrie, auraient soutenu avec un courage extraordinaire, à travers des tourments inouïs,  l’expansion du christianisme au nom de Jésus-Christ.  Il ne restait au bon cardinal qu’à convaincre l’Empereur de déplacer son jour anniversaire du 15 août au 16 août, pour éviter qu’il coïncide avec l’Assomption.  Un vrai chef d’œuvre de diplomatie lorsque l’on sait que, à l’époque, les hagiographes contestaient sérieusement l’existence historique de ce «saint Neopolis», dont le Martyrologe catholique situait la fête au 2 mai.

© 2015, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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