DIEU RÉCOMPENSE-T-IL LES ACTES QUI OUVRENT LA CONSCIENCE?

Dans le langage courant, la récompense désigne un don ou faveur qui compense une perte ou confirme un mérite.  Ailleurs, soit dans d’autres contextes, elle désigne un bien matériel ou spirituel donné ou reçu pour une bonne action, un service rendu, des mérites accumulés.  En spiritualité, puisque l’Absolu est impassible et n’accorde jamais de privilège, de faveur à qui que ce soit,  elle évoque la compétence, la maîtrise personnelle, le degré de conscience, donc le nouveau degré de discernement et de sagesse qui résulte, en juste retour, d’une expérience.

Il se peut que plusieurs l’ignorent, mais contrairement à la croyance générale, les récompenses diminuent l’intérêt intrinsèque pour une tâche, ce sentiment qu’une chose vaille la peine d’être faite pour elle-même, diminuant la créativité, même que celui qui la reçoit ne tarde pas à la considérer comme moins agréable, ce qui limite son sens de l’invention.  Il se produit insidieusement un transfert de l’intérêt pour la tâche à l’intérêt pour la récompense qui lui est rattachée ce qui amène à un relâchement au chapitre de l’implication.  Et orécompoensen ne tarde pas à le croire quand on entend un certain enfant avouer de lui-même que, chaque année, ses parents le trouvent plus docile à l’approche des fêtes de fin d’année.  Le sujet concerné ne tarde pas à jouer d’astuces pour s’assurer la récompense, mais il ne s’amende en profondeur dans son comportement ou sa conduite.

On gagne à éviter de nier l’effet incitatif de l’offre d’une récompense, mais il faut comprendre qu’elle ne produit de bons résultats que dans un contexte restreint.  Dans certains cas, une telle offre ne réduit en rien la motivation intrinsèque.  Le problème de la perte d’intérêt semble plutôt se développer lorsqu’elle vise la réalisation ou le dépassement d’une tâche donnée présentée comme indispensable à sa formation personnelle ou à son accroissement individuel.  Ainsi, il y a fort à parier que la récompense offerte pour participer à une recherche scientifique augmente le nombre de participants au lieu de le réduire ou de décourager les participants potentiels.  Mais, dans le cours normal de la vie, le fait d’offrir une récompense à un sujet, pour l’amener à mieux se conduire ou à performer davantage dans une tâche considérée comme inhérente à son apprentissage naturel ou normal peut, se démontrer contre-productif.

Ce qui se passe, c’est que, pour un moment, celui qui se voit offrir une récompense pour exécuter sa tâche se centre étroitement sur elle, s’empressant de la rendre à terme ou de l’exécuter de son mieux, mais il évite évidemment de prendre des risques.  En effet, inconsciemment, ce n’est plus tellement l’amélioration de la tâche pour explorer d’autres facettes de son travail ou pour produire un dépassement personnel qui le motive désormais, c’est la récompense elle-même.  Ainsi, pour se l’assurer, il ne va sûrement pas s’exposer à innover, ce qui comporte toujours autant le risque de réussir que d’échouer.  En outre, le sujet en vient à comprendre que, en quelque sorte, la récompense exerce sur lui un contrôle, sert même de manipulation, ce qui lui fait sentir son autonomie comme écorchée et qui, à long terme, interfère dans ses résultats.  Enfin, la récompense extrinsèque finit par éroder l’intérêt intrinsèque, de sorte que le sujet trouve sa tâche moins plaisante et l’accomplit de moins en moins bien.  Quant on se découvre réduit à travailler pour obtenir un bien, on ne tarde pas à percevoir cette activité comme fastidieuse et sans valeur.  C’est ainsi qu’on découvre qu’on ne peut pas aussi facilement que cela substituer un moyen à une fin puisque le travail, surtout créatif, ne s’impose pas, il faut le laisser se produire à son rythme.  Du reste, les liens entre la personne qui récompense et celle qui la reçoit ne peuvent que commencer à biaiser. Celui qui la donne tente d’acheter une conduite tandis que celui qui la reçoit ne se sent plus apprécié pour ce qu’il est en lui-même et fait.

C’est peut-être en émettant certaines considérations sur la sexualité qu’on pourra comprendre les nuances que les explications précédentes comportent.  Tous admettront qu’il existe une différence entre faire l’amour et laisser l’amour se faire.  L’expression «faire l’amour» comporte l’aspect instinctif ou bestial, plutôt mécanique et rebutant d’une obligation.  Elle suggère que, jusqu’à un certain point, on se force pour performer au moins au degré de ses attentes afin de ne pas décevoir son partenaire.  Ici, la récompense, c’est le fait de se montrer à la hauteur de ses attentes, ce dont on reçoit l’attestation par le plaisir que le partenaire exprime.  Il est à espérer que cette attestation ne soit pas frimée.  C’est bien la plus grande crainte d’un homme qui se centre trop sur sa virilité que d’apprendre un jour que sa partenmériteaire puisse avoir simulé son plaisir lors des relations sexuelles.  Et c’est de plus en plus souvent le désir de la femme que de satisfaire au mieux son partenaire pour éviter qu’il l’abandonne.  Dans ce contexte où l’intention d’accomplir une performance dépasse celle de prendre simplement son plaisir, à sa manière et à son rythme, et de le partager avec un partenaire, on y perd vite ses moyens, passant à côté de l’essentiel.  Alors, peu à peu on se dégoûte de ce genre d’activité et on met de plus en plus de temps entre les séances.

En spiritualité, la notion de récompense représente un pur leurre.  Elle ne trouve aucune justification puisque le résultat d’une action ou d’une entreprise ne peut que mener, naturellement,  à prendre une leçon de vie et à devenir plus conscient.  L’être humain peut penser accorder des récompenses pour assurer un renforcement dans l’apprentissage ou la conduite, mais la Vie n’agit pas ainsi.  Nul ne peut être récompensé pour ce qu’il lui revient ou lui appartient de faire par devoir d’état ou par respect de son plan de vie.  La plus belle récompense qu’un sujet puisse recevoir pour son application assidue, ce sont les dons accrus de l’Esprit, jamais un bien ou un bienfait concret.  Tout cela à travers quoi un être passe lui sert simplement d’enseignement.  Car chacun doit d’abord poursuivre sa tâche évolutive pour recevoir des révélations sur lui-même, afin de mieux se connaître, de découvrir ses potentialités, d’accroître sa confiance en lui-même et son estime de lui-même, d’en venir à choisir de s’en remettre davantage à lui-même en s’assumant personnellement et en ouvrant son cœur.  Car un être reçoit d’autant plus qu’il co-crée et garde le cœur ouvert en toutes circonstances.  Et, par la direction invisible de son Centre intime, s’il est ouvert à la direction intime, il apprend à transformer les expériences de la vie en messages lui permettant de mieux écarter les obstacles qui surgissent sur sa voie.

Ainsi, tout être humain doit avancer sans désir de récompense, la loi du centuple se chargeant de lui rapporter, comme à tout autre qui fait comme lui, le juste retour de ce qu’il fslika_12xait dans la sincérité, la pureté d’intention, le détachement et l’amour.  Rien ne vient selon les désirs, mais selon la causalité, qui lui rapporte selon ce qu’il est réellement, non selon ce qu’il fait.  Tout est fonction du degré de la conscience personnelle.

Cette compréhension n’amène-t-elle pas à remettre en question les étrennes du temps des Fêtes de fin d’année qui, au premier chef, amènent à témoigner de manière bien matérialiste la qualité de ses sentiments profonds en plus d’encourager la consommation?  Ne servent-elles pas trop souvent à se redonner bonne conscience, en achetant l’amour, après un an de négligences dans les sentiments ou les actes?  Du reste, c’est pour cette raison que l’aspect commercial de cette période festive a fini par supplanter son sens originel au point même, chez les plus jeunes, d’en oblitérer complètement le contexte historique.  Il faut lire les blogs des jeunes, sur Internet, pour s’en rendre compte.  On pourra objecter que, lors de la naissance de Jésus, les Rois Mages eux-mêmes lui ont offert des présents.  Mais c’est interpréter abusivement la véritable histoire dans laquelle ces présents ne servirent qu’à illustrer allégoriquement le message et l’hommage symbolique qu’ils voulaient livrer au Messie au terme d’un long trajet pour lui rendre visite.  Du reste, le Christianisme a longtemps considéré les étrennes, qu’il bannissait de ses coutumes, comme une pratique purement païenne.

Comme le disent les sages, on peut témoigner de ses bons sentiments davantage dans les actes que dans les dons ou les offrandes de toutes sortes.  Surtout, ils s’expriment à longueur d’année.  Nous ne voulons pas nier la valeur des présents qui est de faire plaisir et d’augmenter la joie.  Mais s’ils ne servent que cette fin, une fois dans l’année, vaut-il la peine qu’on les offre?  La plus belle récompense ne réside-t-elle pas dans le sentiment d’expansion qui accompagne l’accomplissement du devoir?

© 2012-15, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.       

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