LA DÉSILLUSION DE LA QUÊTE SPIRITUELLE GUIDÉE

   Condition de la liberté, avec l’indépendance, l’autonomie réfère à la faculté de se déterminer par soi-même dans ses choix et ses actes, au droit d’un être de déterminer pour lui-même les règles auxquelles il veut se soumettre, à l’exercice libre de toute activité.  Quant à l’indépendance, elle implique autant la libre-pensée que le détachement de toute autorité, le refus de la soumission ou de la contrainte, l’autosuffisance des moyens de survie.  Sauf que ces deux éléments ne doivent pas conduire à la séparativité, conservant la nécessité du discipleslien de la fraternité et de la solidarité humaine, pour conserver dans la collaboration au destin commun.  Se détacher des autres créatures, c’est se détacher du Tout et s’empêcher de fusionner dans l’Unité.

   La liberté doit revêtir une importance considérable puisque le Bhagavad-Gitâ, un livre de la sagesse hindoue, affirme: «Mieux vaut suivre sa propre loi, soit-elle médiocre, que la loi d’autrui, conçue comme meilleure.»  Dans cette perspective, la quête spirituelle guidée a ses avantages, notamment d’aller plus droit au but, en évitant les tâtonnements inutiles, mais la quête spirituelle solitaire, si elle prend plus de temps, permet de tirer des leçons plus personnelles et plus convaiquantes.

   Il faut dire que la quête spirituelle guidée sert à mener un chercheur du Point alpha (le Point d’Origine) au Point oméga (le Point de Réintégration) qui, tous deux, prennent leur source dans la même réalité, l’Être-Un ou le Royaume originel.  Idéalement, ce parcours évoque la Grande Spirale évolutive, soit le passage du Soi au Soi, par le soi, impliquant le passage d’une obnubilation plus ou moins complète qui permet, par l’expérience personnelle, d’amener à la Maîtrise totale, par l’acquisition de la pleine conscience, la parfaite connaissance de soi-même.

   Mais, en fait, comme la quête du Saint-Graal dans la légende du Roi Arthur, elle consiste souvent à faire visiter au candidat des pays étrangers, soit à l’induire dans son plus grand cercle vicieux, afin de lui fait parcourir sa trajectoire illusoire, ce lui permet de découvrir que, ce qu’il cherchait ailleurs avec tant d’ardeur, depuis sa sortie de l’Éden, réside et a toujours résidé en lui-même.  En d’autres mots, sur une période plus ou moins longue, selon les besoins du candidat, l’assistance d’un guide ne sert qu’à dégonfler son ego, créature du mental, et à identifier ses illusions afin qu’il comprenne qu’il porte en luit tout ce qu’il cherche à l’extérieur et que, tant qu’il cherche son salut dans une source extérieure, par interposition de personne, il se dépersonnalise, il trahit son unicité, d’où il ne peut que comprendre à demi et obtenir des résultats évolutifs mitigés.  Cette sévère défaite, qu’il prend d’abord pour de la haute trahison, lui apprend une fois pour toutes où réside l’essentiel, de même que la part de nécessaire qu’il doit inclure dans sa quête intime.  Le malheur serait que, n’ayant pas suffisamment compris, il aille se jeter dans le sillage d’un autre guide, ce qui lui ferait prendre un immense retard.

   En fait, pour se réaliser, nul être n’a quoi que ce soit à chercher ni à faire, il n’a qu’à redécouvrir, en s’intériorisant, ce qu’il est et a été de toute éternité, une Étincelle divine, un Atome divin détenteur de tous les attributs divin.  L’histoire du parcours évolutif, c’est celle de la connaissance parfaite de soi-même à travers de soi-même.  Dans les temps présents, soit dans la nouvelle matrice terrestre, nul n’a besoin d’un guide, hors sa conscience, pour compléter le petit parcours qu’il lui reste à couvrir en conscience.

   Ainsi, tant qu’un être ne se tire pas des apparences du monde, pour plonger pas dans les profondeurs abyssales de son être, en s’abandonnant inconditionnellement à la Lumière qui lui provient de l’intérieur et en se laissant guider par son Centre divin, il se maintient dans la Roue des existences du fait qu’il n’obtient qu’une compréhension partielle de sa propre réalité.

   C’est cette expérience risquée que la Mère, Mirra Alfassa, compagne de Sri Aurobindo, a si clairement expliquée, en disant : «On ne veut rien laisser tomber du passé et on est de plus en plus courbé sous le poids d’une accumulation inutile.  Vous avez un guide sur un morceau de chemin, mais quand vous avez passé ce morceau de chemin, laissez le chemin, et le guide, et allez plus loin.  C’est une chose que les hommes font avec difficulté; quand ils attrapent quelque chose qui les aide, ils s’accrochent et puis ils ne imagesveulent plus bouger.»

   La quête de la réalisation ou de l’Ascension amène à tout dépasser, à commencer par soi-même.  Cela n’est possible que si on récupère sa liberté, choisissant d’agir dans l’autonomie et l’indépendance, sans couper le lien d’amour avec la Source divine et tous les êtres.  Cette quête de liberté, un attribut d’abord intérieur, commence par le choix de faire table rase de son passé et par le dégagement de toute affiliation spirituelle, de toutes croyances religieuses, de toutes considérations morales, de manière à s’assurer de ne pas colorer ses perceptions intérieures par des réminiscences mentales.

   Dans sa démarche, nul ne gagne à tenter de faire passer par l’entendement ce qui le dépasse, surtout que l’intellect divise et morcelle tout pour l’inclure dans des cadres rigides qui briment la spontanéité et limitent l’expansion de la conscience.  En outre, chacun doit suivre sa propre voie, par sa propre vérité, en ne s’en remettant qu’à l’Esprit de Vie qui l’habite.

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