LES MÉFAITS SOURNOIS DE LA PUBLICITÉ

La publicité recouvre l’ensemble des moyens employés pour accroître la vente d’un produit ou pour mousser l’intérêt d’une chose en exerçant une action psychologique sur un public-cible.  Cette technique de propagande coûte cher.  Aussi,  si les entreprises y investissent autant d’argent, c’est qu’elles obtiennent nécessairement un retour sur investissement et que par conséquent, elle donne des résultats.  Elle réussit à faire des victimes par ses moyens insidieux, séduisants.  Si ce n’est pas vous qu’elle aguiche directement, c’est votre jeune enfant, votre partenaire, ou la corde sensible qui vous relie à vos animaux familiers, à votre domicile, à votre propriété, à vos voisins.  Tout régime dictatorial jongle entre oppression et persuasion, pour soumettre les foules.  La puissance de persuasion de la publicité vient justement de l’association entre le sentiment de sympathie (produit par l’humour, le rêve, le bonheur, ou tout autre notioréclamen positive mis en scène par une pub) et un produit qui n’a rien à voir avec ce que la réclame vous raconte.  C’est le règne du mensonge et de la fraude à l’état pur.  Mais la connexion ne s’en fait pas moins au niveau de l’émotionnel, d’où il devient ensuite difficile d’expliquer rationnellement le choix d’achat d’une marque plutôt que d’une autre.

La publicité se fonde sur une technique de conditionnement (choc psychologique), flattant les instincts, pour masquer ses détours, afin de fabriquer une opinion.  Elle corrompt l’âme d’une victime consentante et elle la rend complice de son oppression.  C’est le modèle le plus pernicieux et le plus insidieux de la communication puisqu’il réduit l’impact des symboles premiers sur la conscience.  La publicité réduit la portée de tout ne misant que sur les instincts et les pulsions, de manière à abolir la raison.  Elle parvient ainsi à diriger les gens, à standardiser les opinions, instaurant le culte de l’objet et de la sensualité.  Elle n’entend pas informer, mais former de bons consommateurs par l’impulsion et la compulsion.  Elle agit souvent à rebours du bon goût, des valeurs, du bon sens, de l’intelligence et de l’équilibre psychique.  Souvent médiocre, vicieuse, saturante, abêtissante, abrutissante, polluante, elle agit comme un poison sournois.

La publicité forme des consommateurs et d’autant plus sûrement qu’elle atteint les jeunes générations.  Or, un consommateur, c’est d’abord un acheteur, un être qui dépense de l’argent et qui finit par s’endetter.  Mais certains rétorquent que le shopping est d’abord pour eux un plaisir.  C’est oublier les motifs qui se cachent sous l’impulsion de faire des achats, souvent plus ou moins inutiles.  Comme tout petit plaisir (une gourmandise, une sortie dans un restau chic, un voyage aux antipodes), cela fait partie de la vie des privilégiés de la planète, quand cela se produit de manière très sporadique, sinon, il peut s’agir d’un réflexe qui apporte un exutoire à l’ennui.  Aucun produit qu’on se procure à petit ou grand prix ne peut accorder le bonheur à long terme.  Si un tel produit existait, cela se saurait!  Ainsi, la plupart du temps, l’achat comble un besoin insatisfait, besoin d’affection, de reconnaissance, de récompense.  Mais, une fois cet ersatz utilisé, ça ne règle rien.  Il apert que les personnes heureuses, comme les moins fortunés, ne sont pas portées à acheter par impulsion.  Comme quoi il n’y a rien comme d’investir dans son bonheur pour cesser d’investir dans les achats.

Dans nos pays, l’économie n’est plus un moyen de fournir les denrées essentielles, elle n’est plus qu’une gigantesque machine à produire, à vendre et à faire acheter, même l’inutile.  Avec les années, les pratiques commerciales en sont arrivées à imposer la consommation comme le plus grand idéal de vie.  Dans ce contexte, la publicité n’a rien d’altruiste, elle ne peut pas simplifier la vie, régler les problèmes intimes, procurer le bonheur.  Elle ne vise qu’un but : à partir de l’argent qui provient d’un prix gonflé de ses produits, pour se payer les moyens de vous séduire, donc de votre propre argent, aider le fabricant à faire passer l’argent qui reste dans vos poches, quand même durement gagné, dans les siennes.

La publicité joue sur la tentation : elle ne dit pas la vérité, elle dit ce que les gens veulent entendre qui fait vibrer leurs fibres intimes, dans un sens unique qui ne tolère pas de réponse.  Amorale, souvent immorale, supportée par les consommateurs eux-mêmes, elle dégrade les mœurs, elle fausse la communication par ses sophismes, elle flatte les sens et l’imaginaire, elle encourage la rivalité, elle infantilise les gens, elle contribue à l’abrutissement des citoyens, elle pollue la planète, elle enlaidit le paysage, elle génère et entretient les effets de mode, mais en veillant à gommer toute information objective en matière de risques pour l’individu et la société.  Elle qui ne devait servir qu’à aider un marchand à trouver des clients et à se faire une réputation, elle ne vise plus qu’une fin : faire consommer comme des robots.

Qui le sait devrait analyser attentivement les publicités qu’il lit, regarde ou écoute pour découvrir le moyen qu’elle prend pour le séduire, pour lui lessiver le cerveau  (qualité générale, message intriguant, dessin animé, appel à la sympathie, recours à l’humour ou aux sentiments, fibre patriotique, flatterie de l’ego, esprit de concurrence, etc.).  Et il ne devrait cesser de se dire que même s’il ne découvre pas comment, elle tente de le manipuler, se fichant royalement de lui et de ses problèmes.  Elle ne veut qu’une chose : lui soutirer son argent avec son consentement.   Il y a quand même une limite à jouer au consommateur docile.   Tout être détient un pouvoir immense, celui d’acheter et d’enrichir ses exploiteurs, voire ses prédateurs, et celui de ne pas acheter, pour contribuer à sa disparition… du moins à son retour au bon sens.

© 2012-15, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

A propos de l'auteur