LES PRÉTENTIONS ERRONÉES DES PROPAGANDISTES DE LA PENSÉE POSITIVE

Le Nouvel Âge véhicule, depuis plusieurs années, un enseignement particulier, que des motivateurs assoiffés de richesse, de notoriété et de succès, présentent comme une potion magique à des adeptes en quête d’une transformation facile, rapide et radicale de leur misérable existence.  Il s’agit de la pensée positive qui, ignorante des mécanismes complexes de l’évolution, qui inclut l’incidence du libre arbitre, souvent contré par le destin, offre une vision réductrice de l’expérience humaine.  Mais lorsqu’on visite le site de ces enseignants ou qu’on assiste à leurs conférences, on découvre la véritable raison de leurs initiatives, souvent bien mercantiles, car ils ont toujours toute une panoplie d’objets à offrir en vente, pour compléter leur enseignement, notamment des séries de livres simplistes qui répètent ad nauseam, sous un angle à peine modifié, le propos fondamental.

Pour la pensée positive, la réalité d’un être n’est rien d’autre que la densification de la projection de ses pensées conscientes et inconscientes, de sorte que, si un être négatif parvient à transformer son mental, parpensée positive la répétition de pensées positives, il parviendra à s’engendrer un paradis concret.  Par la puissance de ses pensées positives, tout être pourrait donner une forme définie à ses efforts, d’où, avec la puissance d’une ardeur soutenue, il pourrait transformer ses pensées et, par ricochet, sa réalité extérieure, s’assurant une vie d’accomplissements et de plénitude.  N’est-ce pas assez attirant comme moyen d’évoluer dans le bonheur contre l’assistance à de longues sessions de cours, généralement assez chers, où on vous truffe l’esprit de sornettes éculées, mais séduisantes pour un nouveau venu, surtout s’il souffre grandement et présente un peu de naïveté ou de débilité.

Pour commencer, la loi de la Causalité, dans sa version complète, s’exprime ainsi : tel un être agit, pense, ressent et parle, consciemment ou inconsciemment, telle réalité il s’attire, par le retour mécanique des énergies, le mal se détruisant par lui-même tandis que le bien se multiplie au centuple, tout cela non comme sanction ou punition, mais pour comprendre les modalités de l’Énergie cosmique.  Cette loi se complète par la loi des correspondances qui stipule qu’un être attire par contagion ce qui lui ressemble et repousse ce qui ne lui ressemble pas, amplifiant souvent la portée de ses karmas.

Mais, en regard du destin, il s’ajoute un autre facteur, qui est l’effet de la loi de l’Acceptation qui invite à se soumettre sans résistance à l’inévitable, à exprimer la sagesse de changer ce qu’on peut, mais de s’adapter et de s’abandonner pour le reste.  Enfin, petit clin d’œil aux suppôts de la magie noire, nul ne s’accomplira par la pensée négative et, petit clin d’œil aux fumistes du Nouvel Âge, nul ne s’accomplira par la pensée positive, puisque l’accomplissement résulte de l’attitude constructive.  Or, la pensée positive tient compte des aspects négatifs de la vie personnelle, qui éclaire ce qu’il faut éviter de reproduire, comme des aspects positifs, qui indiquent ce qu’il faut encourager, de manière à établir sa maîtrise par la compréhension du juste milieu.  C’est ainsi que l’être humain, à titre de co-créateur divin, apprend progressivement à s’engendre un monde à son image et à sa ressemblance.

Mais quelle est la différence entre la pensée positive et l’attitude constructive, demanderont les non initiés?  L’attitude constructive exprime la parfaite alliance en soi de l’énergie négative et de l’énergie positive qui aide à découvrir le point d’équilibre absolu en tout et à conférer la maîtrise totale de son être et de sa réalité.  Elle amène à constamment rechercher à vivre dans l’ordre, la méthode et l’harmonie.  Car si un être ne respecte pas les trois critères de l’ordre, de la méthode et de l’harmonie, qui inclut la discipline, il aura beau répéter toute sa vie des phrases positives, il ne découvrira pas la voie douce, simple et facile de progresser dans la vie.  Encore moins s’il ne sait pas exprimer la loi de l’Amour — qui implique la compassion, la compréhension, l’oubli et le pardon des fautes, exprimés dans l’impersonnalité, l’inconditionnalité, le bannissement des attentes et le refus des jugements de valeur —  et qui est la Clé des clés d’une vie réussie.

La difficulté de la dénonciation de la pensée positive réside dans le fait que, dans les premiers temps, le processus proposé fonctionne chez plusieurs personnes.  Car on ne doit pas s’étonner qu’après avoir été bien stimulé par un animateur charismatique ou persuasif et avoir répété assez longuement  des phrases sensées, bien tournées, le subcopensée-positivenscient s’en imprègne et modifie la situation d’un sujet jusque-là enclin à la négativité.  Mais, tôt ou tard, le processus bloque, comme s’il atteignait un plateau, d’où l’être rechute dans sa régression.  Même que  parfois, à cause de sa déception et de sa frustration, il tombe plus bas que d’où il était parti.

Par nature, l’expérience de l’incarnation, qui implique une descente dans la matière, où préside la dualité, implique le contact permanent avec les deux extrêmes apparemment opposés de la Lumière et des Ténèbres, à partir du point de vue où l’expérimentateur se trouve, par sa mission cosmique ou son rôle fonctionnel.  Dans sa compréhension du monde, il ne peut jamais nier l’un ou l’autre, ni faire abstraction de l’un ou de l‘autre, car il risque de se perdre : d’un côté, il peut s’enfoncer dans les ombres et errer dans un monde infernal, mais illusoire, se densifiant à outrance et devenant le pire des désespérés ;  de l’autre, il peut s’élever dans les ondes lumineuses et errer dans un monde céleste, mais illusoire, devenant le pire des désincarnés ou des fumistes.  L’un incline vers le pessimisme dur tandis que l’autre incline vers l’optimisme béat, alors que la vérité se situe dans le réalisme pur.  Or le réalisme, lié à la Vérité, appelle à fusionner le Ciel et la Terre – non à fuir l’un pour gagner l’autre — de manière à transcender les deux au point d’Unité.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’être humain, une Étincelle divine, a accepté de collaborer au Plan cosmique de la Source suprême dans la mesure où celle-ci lui accorderait le libre arbitre et lui permettrait de parvenir un jour à en savoir autant qu’elle.  Cela ne pouvait se produire que dans la mesure où l’être humain pouvait être doté des moyens qui lui permettraient de sonder tous les plans de conscience, du plus haut au plus bas ou, mieux dit, du plus subtil au plus dense.  En outre, pour obtenir la conscience totale de lui-même, il lui fallait apparemment se détacher de sa Source originelle, en laquelle il était sans réaliser qu’il était, pour plonger au plus bas de l’Échelle évolutive, et accepter l’oubli à peu près complet de ses origines et de ses potentialités, pour ensuite les retrouver à travers ses expériences.

Depuis qu’il évolue dans la troisième dimension, l’être humain est forcé d’explorer à tâtons, autant dans l’Obscurité que dans la Lumière pour découvrir l’ampleur de sa réalité propre.  Ainsi, s’il veut parvenir à tout savoir, il n’est pas question qu’il néglige de connaître le moindre aspect de l’un ou l’autre aspect de la polarité.  C’est la raison pour laquelle, depuis des éons de temps, il explore au meilleur de ses moyens et à son rythme évolutif, le monde de la densité, s’étant diversement incarné dans tous les rôles humains, des plus nobles aux plus vils, dans toutes les cultures, dans tous les systèmes politiques, dans toutes les religions, dans toutes les cultures, bref dans tous les domaines explorables accessibles à l’humanité, ce qui lui a précisément permis de s’élever au niveau de conscience qui pourra maintenant lui permettre, sous peu, de faire son ascension ou de s’extraire définitivement de la Roue des Existences.  La maîtrise totale ne peut s’acquérir qu’à ce prix.

C’est la raison pour laquelle nous pouvons affirmer sans ambages, en tant qu’initié, que les cours de motivation reliés à la pensée positive, qui représentent une dépense plus ou moins grande, ne servent à presquflotter-illusione rien, si ce n’est à apprendre à se servir de son discernement, pour éviter de se faire avoir.  Par le pôle qu’ils privilégient, appelant à n’étudier que le côté lumineux de la vie, ils déséquilibrent davantage qu’ils ne font évoluer, engendrant notamment des illuminés et des orgueilleux spirituels, dotés d’un grand ego, mais dépourvus d’objectivité, de réalisme et du sens des responsabilités.  Dans le processus évolutif, tous les aléas de la vie sont à prendre et à considérer comme autant de leçons salutaires qui renseignent sur son degré de conscience.

La pensée positive peut marcher le temps de la conviction qu’elle suscite d’abord, mais l’inclination de l’habitude ne tarde pas à revenir au galop, dès que la motivation fléchit en raison des résultats mitigés obtenus.  Elle amène à flotter temporairement dans l’illusion.  Nul être humain ne peut croire pouvoir évoluer par l’application de la pensée positive, qui représente souvent une contrainte ou une négation de la pensée contraire, ce qui engendre de la résistance, attise une réaction sourde et finit par compliquer le destin.  La Vérité consiste à fusionner et à  harmoniser les contraires, jamais à les fuir ou à les oblitérer.  La Vérité représente l’ensemble du spectre de la Création, de l’Ombre à la Lumière, non simplement son pôle lumineux.

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