LA PÉNITENCE N’EST ACCEPTABLE QUE SI ELLE EST BIEN DÉFINIE…

Dans le langage courant, la pénitence désigne le repentir, le regret des offenses, accompagné de la ferme intention de ne plus recommencer et de redresser les torts commis.  Il s’agit de l’un des sept sacrements de l’Église catholique par lequel un prête absout des péchés, apparemment au nom de Dieu.  Il peut encore s’agir de la peine imposée au pénitent par le confesseur.  Elle implique trop souventpenitence-confessions une mortification que l’être s’impose lui-même, présumément pour expier ses péchés et mériter son ciel, comme si Dieu avait besoin de plus que le repentir et du pardon personnel, avec  résipiscence, pour accorder sa miséricorde.   On observera que nulle restriction n’a été apportée au droit à la pénitence, mais qu’aucun péché n’est exclu du pardon.  Car c’est le fauteur lui-même qui, persévérant dans sa faute et demeurant étranger au repentir, se prive des bienfaits de la miséricorde.  En se pardonnant, un être reçoit le pardon de l’Univers et de Dieu.

En spiritualité, la pénitence désigne le discernement entre le bien et le mal dans le sens, non d’un jugement de valeur qui implique tous les êtres humains incarnés, mais d’une reconnaissance pour soi de ce qui convient à son évolution et la contrarie, de manière à choisir d’éliminer avec courage ce qui nuit à sa progression.  Elle implique la réalisation des erreurs, mais sans remords ni sentiment de culpabilité, le ferme propos de corriger les torts commis et d’éviter au mieux de récidiver.  Ainsi, la pénitence invite à appliquer les principes régulateurs pour pallier l’incurie d’un sujet et permettre de rétablir la circulation naturelle des énergies.  Elle ne doit jamais dévier en tortue égotique du corps dans l’austérité ou la répression, car nul ne gagne à réprimer ses élans de façon arbitraire, sans préparer le terrain.  Nulle pénitence qui agresse le corps, prive du bien-être légitime, dans un but méritoire, n’est licite.

L’être humain n’est pas appelé à gagner son ciel, qui lui appartient de toute éternité, mais à faire ce qu’il faut pour le retrouver.  En outre, le ciel n’est pas à faire, il préexiste à toute quête, il est simplement à reconnaître.  Il ne constitue pas un lieu, mais un état d’être de perfection, de plénitude, d’harmonie et de béatitude.  Mû par le sens de l’avoir (esprit de possession) et esclave du rigorisme (accumulation de préceptes), l’homme contemporain a bien du mal à comprendre le sens des mots jugement, pénitence, sacrifice.  Ils lui glacent le sang parce qu’il perçoit toujours en eux un sens de punition ou de vindicte céleste.  Pourtant, compris dans le sens de discernement entre le bien et le mal, d‘étapes nécessaires à la gestation, de nécessité d’écarter ce qui nuit ou entrave, ce sont des mots purement libérateurs qui identifient les obstacles à supprimer pour retrouver la vision juste.  Celui qui veut s’adonner à l’alpinisme spirituel n’a pas intérêt à s’encombrer ni à louvoyer sur le Sentier.

Dans la Tradition chrétienne, la «pénitence publique» désignait une épreuve plus ou moins longue et onéreuse, suivant le degré de culpabilité et la discrétion du pasteur, amenant la réconciliation ave l’Église, décidée par l’évêque ou par un prêtre désigné par lui.  Elle pouvait comporter l’aveu public de la faute, bien que cette disposition restât exceptionnelle. Elle se fondait sur un désir de concourir à l’édification commune et de faciliter la guérison spirituelle de l’individu.  En cas de pénitence publique, le coupable était séparé des fidèles, ne pouvant plus participer à la communion eucharistique.  En fait, celle-ci comprenait trois degrés de pécheurs.  Durant la première période, à titre de pleurant, ce qui pouvait durer penitencedes années, le pénitent ne pouvait entrer dans l’église, l’édifice physique, mais il devait se contenter de prier à la porte.  Dans la deuxième phase, comme auditeur, il pouvait entrer dans l’église, mais il ne pouvait prendre part aux prières et aux rituels.  Dans la troisième phase, comme prosterné, il était admis au bénéfice des prières, mais il n’était pas autorisé à présenter son offrande ni à communier au corps du Seigneur.  Une fois tous les exercices pénitentiels accomplis, il pouvait être réintégré à tous les services de l’église, comme consistant.  Celui qui ne se soumettait pas à cette pénitence était tout simplement excommunié.  Ces diverses classes de pénitents existaient déjà en Orient au IIIe siècle, bien qu’on ne les trouvât pas uniformément partout.  Depuis longtemps en décadence, elle disparut presque entièrement au XIIe siècle.

Cette pratique de l’Église primitive, nommée exomologèse, comportait des peines très rigoureuses.  On la considérait comme l’exercice de la discipline qui prescrivait à l’être humain de se prosterner et de s’humilier en s’imposant un régime de nature à attirer sur lui la miséricorde de Dieu.  Selon l’importance de sa faute, le coupable devait coucher sous le sac et la cendre;  s’envelopper le corps de sombres haillons;  s’abandonner à la tristesse, soit gémir, pleurer et mugir jour et nuit vers le Seigneur;  se corriger par de durs traitements;  ne prendre qu’un boire et qu’un manger tout simples par jour;  ponctuer son jeûne de prières;  se rouler aux pieds des prêtres et  s’agenouiller devant ceux qui étaient présumés chers à Dieu;  charger tous ses frères et sœurs d’agir comme des intercesseurs pour obtenir le pardon.  Voilà une pénitence qui pouvait durer des années, mais elle pouvait être abrégée en cas de menace de persécution;  suite à l’accomplissement d’un acte héroïque pour la foi sanctionné par l’évêque ou suite à une recommandation épiscopale pour avoir enduré les tortures du martyre interrompu;  au nom des mérites personnels;  en péril de mort, par exemple suite à une maladie grave ou à un accident.  Et, au terme de l’épreuve, l’évêque réconciliait publiquement le pécheur par une absolution démontrée par l’imposition des mains, accompagnée d’une formule déprécatoire.  En cas de rechute, toute absolution devenait impossible.  À la fin du IVe siècle, l’Église changea d’attitude et inclina vers l’indulgence, une tendance qui ne fit que s’accentuer au fil des siècles.

On pourra compléter avantageusement cette lecture en se rendant lire l’article sur le sens du sacrifice.

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