LA VAINE, ÉPHÉMÈRE ET ILLUSOIRE QUÊTE DE NOTORIÉTÉ…

 

La notoriété désigne le caractère de ce qui est connu d’une manière générale ou avantageuse.  Dans cette perspective, un être peut accepter avec modestie la notoriété qui lui échoit naturellement, mais il gagnerait à éviter de la rechercher, puisqu’elle comporte ses pièges et son prix dans lesquels les avantages ne priment pas toujours sur les bénéfices.  Dans un petit marché comme le Québec, où les gens restenregard-sur-soit généralement courtois et discrets, cela peut aller, mais devenir vedette ou star mondiale, c’est autre chose.  Quel lieu reste-t-il pour vivre sa vie personnelle à part le domicile et les clubs sélects, bien retirés.  Encore qu’ils ne savent jamais ce qui peut leur pendre au bout du nez avec les paparazzis.

Notoriété, renommée, célébrité, vedettariat, vie d’artiste…   Par vide intérieur, par manque d’estime personnelle et de connaissance de nous-même, nous portons tous cette inclination qui nous incite à désirer être remarqués parce que nous attribuons plus de valeur à un être connu et reconnu, surtout s’il a belle apparence et est riche, qu’à un quidam de talent égal.  Et les médias la renforcent en convoquant les gens connus dans toutes sortes de panels télévisés pour qu’ils se prononcent sur toutes sortes de sujets, comme s’ils étaient des sommités en la matière et que leur opinion importait davantage que celle des autres citoyens.  Du reste, les producteurs n’hésitent pas à les sortir de leur ornière pour les impliquer dans des rôles où ils n’ont aucune formation, faisant d’un imprésario ou d’un humoriste un acteur;  d’un chanteur, un humoriste;  d’un journaliste, un chroniqueur;  d’un homme d’affaire, un panéliste;  d’un participant à une émission de télé réalité, un animateur.  Ces substitutions, souvent produites par soucis d’économie sur les spécialistes, mais qui engendrent souvent un nivellement par le bas de la culture et des idées, apportent de la variété, aiguisent l’intérêt public et  permettent, occasionnellement, de faire des découvertes intéressantes.  Le plus important c’est que leur présence répétée dans divers médias amène l’imaginaire collectif à les placer sur un piédestal.

Et il est vrai que les parvenus et les vedettes de tous genres obtiennent un rapport de force qui leur est favorable et que, s’ils sont le moindrement capricieux et ambitieux, ils peuvent se faire octroyer nombre de privilèges.    Le plus étrange, c’est que, dans le psychisme humain, à égalité de talent, celui qui jouit d’une reconnaissance supérieure est réputé plus talentueux.  Ainsi, il peut en faire un point de légitimité pour s’arroger des droits, notamment celui de creuser les écarts de revenu, se faisant payer plus cher.

Comme ces gens paraissent sympathiques, du fait que, révélant peu de leur vie intime, ils n’ont pas à y révéler leur petit caractère, leurs secrets intimes, leurs drames personnels et leurs côtés négligés, chacun aimerait bien les fréquenter personnellement, les inclure dans son cercle d’amis, en faire un membre de la famille.  C’est oublier qu’ils sont et restent des personnes comme les autres, avec leurs qualités et leurs défauts, pris dans leurs propres dilemmes.  Surtout avec celui de leur réputation qui leur enlève le droit à l’intimité, dès qu’ils se retrouvent en public, et des sollicitations de toutes sortes, de la part des admirateurs, parfois peu respectueuses, ce qui peut devenir harassant à la longue.  Les gens célèbres ne s’appartiennent plus dès qu’ils mettent les pieds dans le monde.  Souvent, ils se font exploiter dans leur puérilité, car peu d’entre eux sont de bons gérants.  Et c’est oublier à quel point ils doivent s’ingénier, jour après jour, pour durer.

Du reste, dès qu’ils y accèdent, les gens qui courent après la notoriété éprouvent un besoin constant d’être rassurés sur leur pouvoir d’attraction ou de séduction.  C’est précisément ce qui entretient chez eux la tentation de céder à certaines aventures dangereuses pour la réputation, aussi pour l’union du couple, s’ils sont mariés ou engagés de façon équivalente.  Ils doivent se livrer entre eux une concurrence sévère et redouter un passage éphémère sur la scène des mondanités, ce qui est leur plus grande phobie.  Et s’ils viennent à commettre un impair, quelle dégringolade, quel enfer!  Les fans, généralement indulgents, tolèrent mal d’être trompés dans leurs fantasmes.

Le danger est tel que, aux États-Unis, avant même le mariage, nombre d’artistes incluent désormais, lors de la préparation du contrat de mariage, une close de partage des biens, en cas de séparation, ce qui fait de cette institution, dans leur cas, une véritable prison.  Si on ajoute que, dans la vie courante, ils doivent abdiquer une part de leur liberté personnelle, pouvant difficilement sortir en public, ne pouvant pas souvent afficher tout haut ce qu’ils pensent vraiment tout bas, on peut se demander si le jeu de la course à la célébrité en vaut la chandelle.  Surtout qu’elle est si vaine par rapport au destin humain.  La valeur d’un être ne ressort pas du nombre de gens qui le connaissent et l’apprécient, mais de la qualité de son amour, de sa discrétion naturelle, de son degré de conscience.

Ces gens vivent dans le besoin constant de cueillir de la reconnaissance publique, des honneurs, des passe-droits, des signes d’appréciation.  Il faut voir avec quelle émstatue-equestreotivité difficilement contrôlée ils se présentent sur la scène pour recueillir un trophée lors des galas ou se découvrent absents de la liste des élus de l’année.   Sans compter que, dès qu’ils ne sont plus vus, parce que la popularité use et dure peu, grillant les images dans leur surexposition — car il faut sans cesse renouveler le cheptel des artistes populaires par des vedettes plus aguichantes ou intéressantes, pour maintenir l’intérêt du public — ils passent dans l’oubli et, s’ils n’y sont pas préparés, ils sombrent dans la dépression et le désespoir fatal, finissant souvent dans la solitude ou la pauvreté, comme des loques.

Du reste, l’âge convient mal aux gens renommés, surtout aux femmes, qui sont remplacées dès leurs premières rides, ce qui entraîne des frais supplémentaires de chirurgie esthétique, menée dans la plus grande discrétion, bien que certaines en ressortent presque méconnaissables dans leurs traits tirés et reluisants.  Quant aux hommes connus, ils dépensent de plus en plus en soins et traitements personnels dans l’espoir d’entretenir plus longtemps une apparence de jeunesse, ce qui en rend certains d’entre eux tout simplement ridicules à voir.

Il faudrait se demander ce qui se cache derrière ce rêve de tant de personnes, surtout des jeunes générations, d’accéder à la notoriété.  Bien sûr, il est toujours flatteur, pour un ego surdimensionné, de recueillir régulièrement son tribut d’hommages.  Mais on peut penser que, plus un être se sent ordinaire ou petit, peut-être diminué, plus il veut être connu, apprécié et reconnu.  N’est-ce pas ce qui maintient un gourou dans l’enseignement, même quand il est dépassé, qu’il a vieilli et qu’il ne peut plus apporter grand-chose, les nouvelles générations montantes se démontrant bien plus adaptées que lui aux nouveaux paradigmes?

C’est oublier le fait que, grand ou petit, connu ou inconnu, tout être peut toujours exercer un effet aussi puissant que les autres sur l’Humanité s’il sait bien tenir son rôle fonctionnel inné.  La collectivité associe la valeur du rayonnement d’un être à la notoriété qu’il reçoit.  Pourtant, la plupart du temps, les plus grandes missions s’exercent dans l’anonymat.  La grandeur d’une mission ne s’évalue pas à l’impact apparent des œuvres accomplies, au nombre de personnes qu’elle attire, à la position sociale occupée, au métier exercé.

Pour connaître la valeur de son rôle personnel sur Terre, il faut s’extraire des normes de la personnalité, puisque celle-ci n’observe que la forme des choses, les normes des autres et de la société, pour regarder sa vie avec les yeux de son âme.  Une très large part de l’évolution de l’humanité est assumée, de façon subtile, par des Êtres qui engendrent des pensées aux vibrations élevées ne recevant aucune reconnaissance publique.  Cette œuvre opère par la télépathie qui ouvre le cœur et permet de se lier d’âme à l’âme.  Pour avoir un grand impact sur les autres, nul n’a besoin d’être connu, reconnu, célébré.

Présentement, des millions d’êtres entretiennent de grandes visions pour libérer leurs semblables du joug de l’oppression et des limites, la notoriété faisant tout le contraire, confinant à une prison et à un comportement artificiel.  La majorité de ces êtres d’amour et de bonté vivent très solitaires, complètement inconnus, dans des endroits très retirés, souvent sans se connaître entre eux.  Tout ce qu’ils font, c’est d’entretenir ces visions évolutives et libératrices pour que tous ceux qui le désirent puissent trouver ces images subtiles disponibles par la télépathie ou la contagion spirituelle.

On peut juger d’une société par les gens qu’elle considère notables ou notoires.  Généralement, elle leur dresse des statues ou des sites commémoratifs.  Mais qui sont-ils : des hommes politiques, des chefs religieux, des héros de guerre, surtout des conquérants, des artistes, des hommes de loi, des hommes d’affaires, des saints présumés.  Pourtant, du point de vue évolutif, bien peu d’entre eux méritent cette reconnaissance, ce dont les biographies ou hagiographies relatives à leur vie révèlent à un être de Savoir sans parti-pris religieux.  Mais admirationcombien de statues a-t-on érigées aux véritables grandes âmes?  Peu, parce qu’elles ont opéré dans l’ombre, sans attente, pour rester efficaces.

Il faudrait se demander en quoi un être réputé est plus valable et méritoire que le simple citoyen, méconnu dans son dévouement, qui accomplit parfaitement bien sa tâche et qui, souvent, s’ajoute un devoir de faire du volontariat pour supporter la société, améliorer le bien commun.

Car, souvent, la personne célèbre qui s’implique dans des activités bénévoles, fournit peu, à part un peu de temps et son image, qu’elle prête pour amasser plus de dons, puisque c’est le public qu’elle parvient à émouvoir qui remplit la caisse des bonnes œuvres.  Surtout, que, bien souvent, elle ne s’implique que pour se redonner bonne conscience, se sentant un peu coupable de son mode de vie particulier.  N’est-il pas notable que les petites vedettes stagnantes ou en montée se montrent souvent plus généreuses que les grandes vedettes ou les grosses poches de l’humanité?  Quoi que leur geste n’est pas plus désintéressé et sincère s’il vise à maintenir un minimum de visibilité pour prolonger leur statut privilégié, même s’Il reste mitigé.

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