Nous sommes libres de nous sentir libres ou pas.  Et puis, peut-être pas, quelle importance.  Se sentir libre, n’est-ce pas merveilleux, de toute façon?  Être libre, ce n’est pas ne pas penser, ne pas ressentir, ne pas s’impliquer.  Se couper de la vie, ce n’est pas arrêter de vivre.  Si on se pense asservi, obligé et, par conséquent, on le ressent, on est le seul à pouvoir se délivrer.  Pas de se libérer de soi-même, d’une circonstance ou d’une personne, mais bien de l’idée d’asservissement.

Un être peut transgresser toutes les lois humaines, avec le temps, il finira par perdre le goût de la transgression.  Ce qui est défendu, réprimé, le tabou fascinent la nature humaine, d’où on veille à les entretenir.  S’il fallait se laisser aller à jouir de tout ce qui est humainement possible de vivre ou de ce qui est accessible, on commencerait vite à s’ennuyer.  Envisager différentes possibilités, considérer un choix, cela reste illusoire puisque, au fond, ceux-ci sont déjà connus, considérés.  On n’est pas libre de ne pas être soi-même, de ne pas avoir de choix à faire.

La liberté appelle la responsabilité, dit-on.  Voilà l’aptitude à répondre, à réagir, à s’accorder, à s’harmoniser avec elle… de faire UN avec elle.  Qu’on laisse tomber du mot «responsabilité» l’aspect obligatoire, contraignant, et on retrouve la détente, on se sent parfaitement disponible, dans une pure offrande de soi-même. 

Nous sommes libres dans la mesure où nous nous gardons libres… libres de nous adapter au rythme de la vie, d’épouser son mouvement, de nous y donner.  N’essayons pas de faire quelque chose de notre vie, respectons-la, aimons-la, elle saura quoi faire de nous.  En fin de compte, la racine sanscrite du mot «liberté» marque aussi l’origine du mot «amour», et inversement.  Cela ne mérite-t-il pas qu’on y pense un peu, même qu’on médite sur le sujet?

Janaka-anandâ © 1980-2014 Yogi Inn, Vermont, USA.

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