LA JUSTICE, RENDRE À CHACUN SELON SON DÛ…

   La justice désigne la vertu morale, donc l’injonction religieuse, de remettre à chacun ce qui lui revient selon son mérite et le principe de loi qui stipule que chacun doit faire une juste appréciation, reconnaître équitablement et respecter rigoureusement les droits de chacun.  Mais n’est-ce pas là se donner une idée étroite de ce que cet attribut spirituel implique?  Car, dans ces définitions, pour chaque être, la compréhension personnelle de la justice correspond à ce qui répond à ses attentes humaines et à besoins sensibles surtout et qui mènent à prendre les moyens d’obtenir ce qu’il veut, d’après ses critères subjectifs et arbitraires.  Et c’est ce qui produit les conflits interpersonnels autant qu’internationaux et mondiaux, puisque, dans la partialité, chacun cherche à tirer à lui la couverture.   Car, dans une définition aussi réductrice, bien peu de gens osent se demander si leurs attentes ou leurs exigences servent leurs intérêts personnels réels, les aident justice-imagesplutôt que de leur nuire, attentent au bien d’autrui ou améliorent le bien commun.  C’est ce qui explique la dérive actuelle des mœurs qui, avec la chute des valeurs spirituelles, amène chacun à se servir grassement, sans plus de sens civisme que d’éthique, dans toutes les sphères de la société et de l’activité humaine.

   En spiritualité, bien qu’il arrive qu’on évoque la Justice immanente, dans la Conscience de Dieu, il n’existe aucune notion de justice, il n’existe qu’une Providence ou un Approvisionnement universel qui, par l’attraction individuelle, attire à chacun ce qu’il vibre le plus puissamment.  Cela signifie que Dieu, qui est impassible, ne juge jamais les actes des êtres humains et qu’il ne cherche jamais à sévir ou à punir.  Toutefois, son Plan cosmique est régi par une Loi unique qui veille à maintenir l’Ordre cosmique ou à tout y ramener, en cas de déséquilibre.  Dès lors, pour ceux qui tiennent à ce mot, ils doivent concevoir la justice comme la nécessité de laisser s’accomplir librement à travers soi l’Ordre cosmique.

   C’est le sens de l’injonction spirituelle : «Que ta Volonté soit faite, afin que la mienne se fasse.»  Cette maxime impérieuse n’exprime pas qu’un être s’en remet à une autre instance pour décider de ce qui lui revient, mais que, par la voie du cœur, il se lie à l’Amour qui l’habite ou qu’il est , qui écarte de lui-même toute danger, tout arbitraire et toute limitation.  Elle démontre qu’un être accepte un retournement de conscience par lequel les moyens peuvent se remettre au service de la fin ou du But ultime de l’existence, plutôt que le contraire, à savoir que l’expérience individuelle se mène, comme l’engagement d’une mission sacrée d’un émissaire de l’Absolu en incarnation qui tient à se maintenir à l’intérieur du Plan cosmique de la Manifestation divine.  Il dépasse son ego pour laisser son Centre divin l’inspirer sur ce qui compte et importe vraiment par rapport à sa destinée éternelle de membre de l’humanité et du Cosmos.

LA JUSTICE IMMANENTE

 

   Pour faire suite à cette introduction, qui peut susciter des réactions plus ou moins pondérées, selon le degré de conscience et d’émotivité des lecteurs, il convient d’expliciter la notion de la justice telle que la conçoivent les Maîtres spirituels de la Hiérarchie divine.  Chacun peut prendre ou laisser ces propos, à sa convenance, mais, s’ils résument la Vérité, par les implications qu’ils contiennent, il perdrait grandement de les écarter à la hâte, dans une réaction émotionnelle, sans d’abord les méditer en présence de son Centre divin.

   Comme le hasard ne peut exister dans le Système divin, qui se fonde sur l’Ordre parfait, au niveau de l’expérience concrète, tout répond à l’enchaînement rigoureux de la loi de la Causalité (d’Action et Réaction ou de Cause à Effet).  Il s’agit de ce qu’on appelle diversement la compensation, la rétribution, le juste retour, l’effet de boomerang, le déterminisme psychique.     Le principe immuable de la Causalité prévoit que toute action déclenche automatiquement des forces constructives ou destructives sur celui qui la pose, conséquence qui, par des cercles concentriques, rejaillit tôt ou tard dans sa sphère d’influence, soit au moment le plus opportun d’après la leçon évolutive qu’il doit prendre.

    Dans le Cosmos, tout est supervisé par la Justice immanente ou la Causalité éthique, qu’il vaut mieux appeler l’Approvisionnement universel ou de Providence divine.  Il s’agit du système immuable voué à maintenir éternellement l’Ordre cosmique au cours du déroulement du Plan divin de la Création infinie.  Ainsi, la Justice immanente devient une force de rédemption ou de salut qui anoblit, raffine, développe la conscience individuelle.    Dans notre système solaire, elle est reliée à la planète Mars, qu’on appelle le Chef de Armées célestes, qui régit la Causalité éthique.

   Pour tout dire, dans le Système divin, il n’y a pas de justice, c’est-à-dire qu’il n’existe aucune Loi chargée de châtier un être évolutif.  Plutôt, la Providence témoigne de la Causalité naturelle, non d’un jugement de la Source divine.  Car, dans le Cosmos, il n’existe ni Juge ni Tribunal susceptibles d’approuver ou de sanctionner les actions d’un être libre.  Chacun est bien à Même de se juger par lui-même, suite à la rétribution de ses choix.

   Justement, chacun est, pour lui-même, son juge et son tribunal, souvent trop sévères.  Par son regard personnel, chacun sanctionne ses actions et la liberté d’expression qu’il s’accorde ou se refuse.  Cette liberté influence son espace, son champ d’expérience et de découverte.  En cela, la Source divine et les Guides ne servent qu’à fournir des repères et des balises évolutives, non à faire le travail à la place d’un chercheur ou candidat à la Grande Initiation.

   Ainsi, Lanza del Vasto définissait avec raison cette vertu dans les termes qui suivent: «La justice c’est l’exactitude mathématique dans les actes, et c’est encore l’irrépressible enchaînement de la logique et les implacables conclusions pratiques de la vérité.»  Il définissait là exactement la loi de la Causalité qui régit l’Attraction.

   Dans ce contexte, les gens ont tort de croire que la Providence s’exerce dans une miséricorde telle qu’elle pardonne tout pour autant on la prie.  En lui-même, la Source divine, qui est Amour pur, n’a nulle conscience de ce que les êtres humains appellent la justice.  Car celle-ci ne conçoit rien en termes de sanctions, mais en termes de leçons de vie amoureuses et salutaires.  C’est ce qui a amené Lahiri Mahasaya, un Sage hindou, à tenir ce propos réconfortant: «Bien que l’ingéniosité de l’homme à se mettre dans le pétrin soit sans fin, le Secours Infini n’est pas moins ingénieux.»

   En mots humains, on pourrait dire que la Providence, capable de tout pardonner, ne pardonne qu’à celui qui a compris et s’est amendé.  Autrement dit, un être particulier n’échappe aux conséquences de la Causalité que lorsque, après avoir compris ses errements ou errances, il a retrouvé son équilibre et son harmonie et s’est rétabli dans l’Ordre cosmique.  Car, la Providence, c’est la Puissance qui élève ou abaisse, sauve ou terrasse, selon le mérite de chacun.

   En vérité, ce n’est pas la Source divine qui applique le principe de la Causalité, c’est l’être qui, par ses choix conscients ou inconscients, le met en branle.  Ainsi, par métaphore, on peut dire que la Providence n’élève que l’être sage, sincère, humble, conscient, imbu de l’idéal de s’accomplir dans sa réalité propre.  C’est ce qui explique que celui qui se livre à ses pulsions et à ses passions, ne cherchant pas à maîtriser le puissant courant de la vie qui le traverse, peut être emporté, charrié, broyé contre les rochers de sa résistance, de son ignorance ou de son inconscience.

   La Providence divine préside au déroulement naturel des choses et elle se manifeste, au moment opportun, par le principe rigoureux d’Action et Réaction, rapportant à chacun la moisson de ce qu’il a semé.  En principe, par la Providence divine, la Source spirituelle unique exerce une règle équilibrée qui résulte de la pondération parfaite de la miséricorde et de la rigueur.  Celle-ci intervient toujours de façon neutre, impersonnelle, impassible, exacte, rigoureuse, ponctuelle, d’où on gagne à éviter de voir dans ce qu’elle rapporte une atteinte personnelle.  Régie par l’Amour pur, elle n’entend jamais punir, simplement instruire, afin de rendre plus sage et prudent.

    La Providence divine, judicieusement liée au nombre 8, qui rappelle la lemniscate de l’Infini, désigne le Principe de l’Équilibre universel et cosmique et de l’Éternel Retour, mais dans un plus grand état d’achèvement.  Elle amène la Nature à se maintenir dans un état d’ordre et d’harmonie.  Si l’harmonie de la Nature est altérée par une force extérieure, la Volonté du Ciel se charge de la restaurer.  Aussi, s’il survient au-dehors un mal inattendu dans lequel un être particulier n’est pour rien, sa responsabilité n’est pas engagée, d’où il ne peut être impliqué directement dans cet événement ou cette situation.  En pareil cas, l’être particulier doit se garder de recourir à des moyens extérieurs et de chercher à rétablir l’équilibre rompu et laisser la Nature suivre son cours.

   Comme tous le savent, nul ne peut se faire justice par lui-même.  Il n’appartient pas à l’être humain d’essayer de dominer la Nature et de forer les choses, ce qu’il peut avoir l’impression de réussir à faire temporairement, mais qu’il ne réussira jamais à faire définitivement.  Son intervention dans l’ordre de la succession céleste ne ferait qu’accentuer le déséquilibre et le perpétuer.   Tôt ou tard, son activité instinctive irréfléchie ne pourrait que produire l’infortune et le chaos.

   Dans ces trois cas précédemment mentionnés, plus un être individuel pense se rapprocher de la Volonté du Ciel, plus il s’en éloigne.  Et, en tel cas, la Volonté du Ciel ne peut lui accorder ses bénédictions.  Manque grandement de sagesse celui qui croit pouvoir corriger le cours de la Loi divine qui s’exprime par la Causalité.  Un être ne peut échapper à la Causalité qu’en s’élevant dans des plans supérieurs de la Conscience cosmique et en s’y maintenant en permanence.  C’est ce qui lui arrive lorsqu’il peut se fixer dans le cinquième plan, au niveau du cœur, siège de l’âme, où il apprend à tout voir avec d’autres yeux que la sensibilité émotionnelle et l’interprétation mentale.

   Hélas, souvent, ce titre divin porte à ne voir, dans l’expression du gouvernement divin, que les aspects bénéfiques et salutaires de la miséricorde du Créateur.  Cela amène à oublier que Providence divine, qui est la Régente de l’Ordre,  peut appliquer autant la rigueur que la miséricorde, selon les circonstances exactes, non selon l’appel à la clémence d’une créature particulière.  Car, pour jouir de la Grâce divine, il faut s’élever au niveau de la Grâce, qui n’est pas celui des contingences du quotidien dans la vie incarnée.

   En fait, l’Aspect divin qui conserve et élève le Cosmos est le même que celui qui détruit ce qui s’oppose à l’Ordre cosmique et qui abaisse l’inconscient, l’importun, l’imposteur, le téméraire — soit celui qui cherche à tout dominer jusqu’à prendre le Ciel d’assaut — selon les besoins de la compréhension individuelle.  En principe, par la Providence divine, la Source spirituelle unique exerce une règle équilibrée qui résulte de la pondération parfaite de la miséricorde et de la rigueur.

   On pourrait dire que la Providence divine est un attribut divin, voire un principe spirituel, qui conjugue les aspects de  l’Approvisionnement universel à la Causalité éthique, ramenant à chacun selon sa demande et son mérite personnels.  Elle révèle le sage gouvernement de Dieu sur sa Création.  C’est donc à tort que certains la conçoivent comme une loi d’exception qui peut sauver le fautif malgré ses œuvres mauvaises, du simple fait qu’il réclame la clémence et la miséricorde.

   Sri Aurobindo Ghose a dit un jour: «La Providence n’est pas seulement ce qui sauve du naufrage quand tous les autres ont péri.  La Providence est aussi ce qui m’arrache ma dernière planche de salut, tandis que les autres sont sauvés, et me noie dans l’océan désert.» Par cette sage remarque, il complétait le proverbe persan qui se lit comme suit: «Dieu n’est pas obligé d’aller sauver celui qui saute dans un puits.»  En effet, le Créateur, qui a créé tous les êtres parfaits, à son image et à sa ressemblance, n’est pas responsable de ce qu’un être aussi doté a fait, par la suite, de ses potentialités infinies.  

   Pour celui qui peut lire entre les lignes, il comprendra que le Père-Mère divin, le Principe créateur, veille, dans l’Amour pur, sur tous ses enfants.  Il les traite avec générosité et clémence bien que, dans sa miséricorde, il ne devienne jamais stupide, bonasse ni débonnaire.  Il n’empêchera jamais un être individuel en évolution de prendre une leçon de vie pertinente, tout en s’opposant aussi fermement, de façon toute naturelle et spontanée, à toute forme d’injustice qui pourrait tenter de s’exercer contre lui.  Ainsi, il est bien capable de laisser sa Loi unique déclencher ses foudres sur celui qui s’entête dans ses entreprises vaines, stériles ou hostiles, incapable d’accorder des privilèges, des faveurs ou de sauver par des prodiges ou des interventions d’exception.

   Dans ces circonstances, on peut comprendre que tout ce qui arrive à un être, celui-ci l’a consciemment ou inconsciemment attiré et que, s’il compte s’éviter un plus grand détriment ou s’attirer un plus grand bonheur, il doit se montrer responsable devant ce qui lui arrive.

   Du point où elle régit le Cosmos, la Source divine ne fait ni acception ni exception de personne, considérant tous les hommes comme égaux.  Elle les considère tous comme dignes d’un même amour.  Aussi, laisse-t-elle agir sa Loi rigoureuse pour chacun.

   À ce propos, Maître Aurobindo Ghose disait encore avec grande pertinence : «La vraie sanction pour le bien et le mal n’est pas le bonheur pour l’un et le malheur pour l’autre, mais que le bon nous conduit à une nature plus haute qui finalement s’élèvera au-dessus de la souffrance et que le mal nous fait descendre vers la nature inférieure qui reste toujours dans le cercle de la souffrance et du mal.»  Dans les plans supérieurs de la Conscience cosmique, l’être individualisé vit dans une telle communion d’Unité avec la Source unique que, vibrant constamment à son diapason, il ne s’écarte jamais de l’Ordre cosmique, échappant, du coup, à l’emprise de la Providence divine.  Dans cet état de liberté idéale, il se conçoit lui-même comme son propre Approvisionnement universel, comme sa propre source intarissable.

 

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