LA JOIE – I 

            Greffons des roses…  Comme la vie se transfigurerait si plusieurs d’entre nous prenaient la peine, tout en marchant, de greffer des roses, de fleurir de joie les haies piquantes entre lesquelles si souvent nous avançons au cours de notre vie humaine.

            À tout prendre, cet art charmant n’est pas si difficile.  Il suffit d’avoir du cœur et de penser aux autres.  Une toute petite greffe change un buisson en rosier.  Pour fleurir de bonheur les épines journalières, il n’en faut souvent pas davantage : un service offert spontanément à qui se trouve embarrassé;  un mot de réconfort dont l’accent va du cœur au cœur;  un sourire pour autant qu’il jaillisse des tréfonds d’une âme rayonnante.  À certaines heures, dans l’existence de certains êtres, même de tous, ces témoignages d’affection d’une grande simplicité ou, tout au moins, une bonne volonté cordiale, ont tellement de prix.  Un seul témoignage de ce genre peut embaumer une journée.

            Mais ce n’est pas dans ces témoignages en eux-mêmes que réside la valeur du don.  C’est la qualité du geste et le choix de l’heure qui en font le prix.  Savoir se rappeler la date que d’autres oublient… deviner la peine qui se dissimule dans le pli d’un visage… écouter la réflexion pénible dont on peut émousser la pointe par une parole amoureuse… pressentir les épreuves muettes, les blessures secrètes qu’il ne faut pas même avoir l’air de connaître… mais sur lesquelles une démonstration de tendresse, un témoignage de fidélité met un baume…

            Greffer des roses, c’est fleurir de joie les haies… les vies solitaires, désenchantées, les heures douloureuses, les cœurs froissés, les êtres en état d’échec…  On porterait plus volontiers des roses aux triomphants rosiers…  N’importe… ce qui est beau, ce qui vaut la peine, c’est de consteller les buissons de fleurs et de parfum les sentiers déserts… d’être le passant qui fait surgir un peu de bonheur, un secret alléluia dans les âmes justement dénuées ou passagèrement dépourvues…  Ce sont celles-là, dans ce moment dépourvu de soleil, qui ont besoin de cueillir, sur l’épineuse réalité, une rose inattendue.

            Marchons donc de l’avant…  Et partout où le cri du cœur l’indiquera, greffons des roses!

 

LA  JOIE – II    

 

            La joie, c’est un état d’être à mi-chemin entre aimer et être amoureux.  Corps rayonnant, gaieté de voix, mouvements libres et gracieux : manifestations vraies de la vie intérieure souriante, celle du ressenti, de l’esprit réceptif.

            La joie, c’est l’appétit exubérant de faire face à cette vie, merveilleuse en elle-même, offerte à profusion, une vie illimitée, divine.  Joie, c’est la clé magnifique sur l’anneau cosmique, la qualité du cœur amoureux : elle ouvre les cœurs, apaise les angoisses, dénoue les tensions, calme les nerfs.  Elle ouvre les cœurs fermés, apaise les angoissés, détend les tendus, calme les nerveux.

             Vivement, que vienne le Temps des Fêtes, ce peu de jours où sont redites les paroles lumineuses : «Paix sur la terre aux hommes de bon vouloir.»  Laissons naître en nous cette PAIX tous les jours, aux jours de fête comme aux jours de labeur, laissons-nous baigner dans la JOIE d’une renaissance totale.  Nous ne réentendrons plus ces mots.  Ils sont désormais vécus, ils ont l’éternité de notre conscience.

            La renaissance dans la joie, c’est notre héritage : Jésus nous l’a enseigné.  Dans l’État christique, c’est une réalité.  Vivre la Vie, Vivre la Joie.  VIVE LA JOIE! 

 

Janaka-anandâ © 1980-2014 Yogi Inn, Vermont, USA.

  

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