LA FOLIE SPIRITUELLE, UN ÉTAT SOUHAITABLE…

Dans l’Évangile, il est dit : «La sagesse de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes.»  Dès lors, ce qui passe pour sage aux yeux des êtres humains devient souvent folie au regard de la spiritualité… et inversement.  Dans un monde au terme d’un Âge noir, la montée du scepticisme, de l’athéisme, du cynisme, de la méchanceté  de la violence criminelle, où on ne cesse de faire l’éloge de la laideur, de la complaisance, de l’émancipation, de la révolte et du rejet des anciennes valeurs,  les enseignements spirituels immémoriaux les plus nobles, qui ne semblent nouveaux que parce qu’ils viennent d’émerger des cercles initiatiques fermés, sont méprisés, présentés comme non scientifiques, tandis qu’on n’offre aucune valeur de rehomme-spiritualitéchange ou qu’on propage les idées nuisibles soutenus par une science aveugle et sans morale.  Au terme d’un Kali-yuga, la majorité des êtres ont choisi les pulsions les plus basses et les idéaux les plus faux, tandis qu’une minorité ridiculisée se prépare à l’Éveil spirituel.

C’est ainsi que dans un même monde, il y a la majorité de ceux qui vivent dans le matérialisme, perdus dans la densité et la dualité, et voient le monde à partir d’en bas, avec un regard tout humain, qui se butte aux apparences et ne dépasse pas l’aspect matériel, contingent et superficiel de la réalité;  puis il y a la minorité de ceux qui, inspirés par l’amour, cherchent la Lumière de l’Unité et voient le monde d’en haut, avec le regard de Dieu, d’où ils peuvent capter l’Esprit et les réalités spirituelles, voilées par les apparences ou les illusions terrestres.

Pour les hommes d’en bas, ces intellectuels, aveuglés par l’ego, qui se présentent comme les matérialistes, les savants et les scientifiques, les hommes qui détiennent la vision d’en haut sont des fous, alors qu’ils sont des sages, et ils les tournent en dérision.  Pour les  hommes qui détiennent la vision d’en haut, ces amoureux, empreints de simplicité, d’humilité, de transparence et de candeur, considèrent les hommes d’en bas comme des fous, bien qu’ils ne prononcent nul jugement à leur encontre.  Autrement dit, pour les gens du monde, la sagesse est folie tandis que, pour celui qui est sage, le monde est folie.  Il y a la masse apathique qui tourne en rond autour de la Montagne sacrée et les rares courageux qui en gravissent les pentes abruptes, même quand ils en viennent à manquer d’air et qu’un vent glacial les plaque contre la paroi, confiants qu’ils jouiront de la protection de la Présence unique pour les protéger et les guider jusqu’au sommet malgré les obstacles.

Ainsi, il y a la folie du monde et la folie de Dieu.  Sauf que l’expression «folie de Dieu» n’englobe pas cet illuminé fumeux et prétentieux qui croit qu’en suivant n’importe quelle voie, il pourra atteindre l’état d’Illumination, ou qui tient des discours insensé, dans sa faiblesse psychique;  ni le drogué qui s’est perdu dans un trip spirituel; ni l’évangéliste prosélyte qui veut convertir le monde de gré ou de force;  ni le fanatique religieux qui, croyant son Dieu absent du monde ou incompétent à le gérer, cherche à refaire la Création et va jusqu’à tuer au nom de ses croyances.  La majorité des gens ne vont pas forcément jusqu’à contester l’enseignement d’avatars comme Krishna, Bouddha, Jésus ou Mahomet, mais ils ne le mettent pas en pratique ou ils n’en retiennent que ce qui justifie leurs sombres fins.  Leur fausse sagesse s’avère veine dans la quête du salut, soit de la Réalisation transcendantale ou l’accession à la Maîtrise totale.

Ce sont ces derniers qui, risibles pour les premiers, sauront dire aux gens qu’ils sont consciemment ou inconsciemment responsables de tout ce qui leur arrive, sans possibilité de projection sur autrui, ce qui leur paraîtra pure folie puisqu’il se prennent encore pour des bêtes de somme qui doivent trimer dur pour gagner leur subsistance et mériter le salut et qui se croient les victimes d’un sort arbitraire et injuste.  Ce sont encore eux qui présenteront l’autre joue, après avoir été souffletés sur la première.  Ce sont eux qui rappelleront à un être qui croit la vie sans but, d’où il agit en mondain qui aime s’étourdir dans le travail, l’acquisivité, les plaisirs et les divertissements, qu’il convient de découvrir sa finalité terrestre avant de consacrer tant d’énergie à accumuler dans l’immédiat les moyens que jamais ils n’apporteront avec eux au-delà de la transition finale.  Ce sont eux qui recommanderont de chercher d’abord les biens imputrescibles que la rouille et la gale ne peuvent attaquer.  Ce sont eux qui savent tout pardonner jusqu’à l’oubli.

Un proverbe russe dit : «Si un fou porte une bosse, personne ne l’observe, mais si un sage a un furoncle, tout le monde en parle.»  Un proverbe chinois complète : «Un sage ne dit pas ce qu’il fait et il ne fait pas ce qui ne peut être dit.»  Un proverbe allemand renchérit à sa manière : «Le sage pardonne les insultes aussi facilement que l’ingrat oublie le bien qui lui a été fait.»

La folie spirituelle s’apparente à la folie douce de l’enfant qui s’oppose à la folie dure des adolescents perturbés et des adultes compassés, déformés par leurs angoisses et leurs conditionnements.  C’est l’esprit d’enfance.  Il procède d’un contact prolongé avec l’Absolu et il résulte d’une inversion, ce qui donne l’impression à la majorité des êtres incarnés que celui qui en est atteint va à contre-courant du monde.  Il devient, comme le pendu du Tarot, un être qui lévite dans la grâce, puisque dans sa nouvelle position, rien ne le retient à ce qui lui sert présumément de potence, le monde de l’expérience.  Elle atteint un être qui a découvert la prédominance de l’Esprit sur la Matière et qui, dans sa nouvelle conscience, voit le monde autrement que le commun des mortels.  Au lieu de se laisser guider uniquement par sa tête, ce qui rend froid, calculateur, captatif, rigide, sévère, sérieux, facilement hostile et suspicieux et enfle l’ego, il se laisse guider par le cœur qui rend amoureux, simple, humble, transparent, candide, pur d’intention.  Il a été transporté au-delà de la raison dont l’entendement est limité.  C’est ce qui fait dire à la masse qu’il a perdu la raison, car il est redevenu comme un enfant, vrai, spontané, confiant, naturel, léger, plein d’entrain, ouvert à l’inédit, rempli de vitalité et de joie sereine.

La folie du sage l’a amené à tout remettre en question au nom de l’Idéal suprême. Il a pris la Voie qui mène au plus profond de l’intérieur.  Il a appris à se détacher de tout pour faire plus de place à l’Absolu et pour s’unir uniquement à lui, quand tous cherchent à généralement s’attacher à un ennemi déguisé, à un bourreau, à un exploiteur, à un prédateur, à un parasite humain, à un être avec qui il a des liens karmiques à dissoudre, mais qu’ils ne réussissent qu’à renforcer.  Il a choisi la voie du cœur qui permet à un être d’accéder à l’universalité, parce qu’elle relie à la Source unique et à tous les êtres vivants, ce qui le porte à leur exprimer sa bonté et sa bienveillance au lieu de tenter de les dominer et de les asservir.  Comme il a découvert que l’être humain souffre et erre parce qu’il s’est éloigné de son Centre intime, lui, il privilégie tout ce qui rapproche de son Créateur et l’unit à lui.  Bref, au terme d’éons de souffrances vaines, c’est la vanité, la stupidité et l’ineptie du monde dont il provient lui-même qui ont fini par lui inculquer la folie spirituelle, le goût de l’Absolu.  Et il l’admet, qu’il est un fou, rempli de zèle, mais pas un détraqué.  Il est pris de l’idéal, de l‘ardeur et de la sagesse de ceux qui s’appliquent à reconstruire le Monde sur le Dharma universel et sur les véritables valeurs de la vie.

Beaucoup le savent, il a été dit que ce qui passe pour sagesse aux yeux des hommes devient souvent folie aux yeux de Dieu.  Dans ce contexte, la folie humaine consiste à recourir sciemment à l’énergie qui a causé un problème pour tenter de le réparer.  Clairement dit, les gens ordinaires répètent sans cesse les mêmes comportements tout en s’attendant qu’ils donneront des résultats différents.  Alors, ils feignent que le pire ne peut se produire, tout en se demandant pourquoi il continue à se produire.  Ils donnent l’exemple des comportements qu’ils disent ne pas vouloir répéter ou ne pas vouloir être copiés ou imités des autres.  À ce titre, le comble de la vraie folie consiste à tenter de s’édifier dans la matière un paradis artificiel éternel.

À l’inverse, la folie spirituelle implique l’impulsion intime qui pousse à aller vers l’inconnu dans une quête spirituelle pour vaincre ses pulsions conservatrices et son attachement au monde extérieur ou aux richesses matérielles.  Cette expression recouvre cette part de l’être, reliée au monde des formes, des faits et de l’ordre logique, qui rend prudent et réaliste.  Elle décrit la terreur des gens ordinaires devant les projets audacieux de celui qui, confiant en son destin, sait plonger dans un vide plein qui, au lieu de l’entraîner dans l’Abîme, l’élève jusqu’au Ciel.  Elle décrit l’impulsion du changement qui habite tout être, à divers degrés, et qui amène à ne plus obéir à un plan établi uniquement par la raison, mais à y inclure l’aspiration spirituelle.  Mais, pour chacun, il reste difficile de percevoir clairement si cette pulsion vague provient du Ciel ou de l’Enfer.  Alors, la majorité hésite longtemps avant d’entreprendre la quête spirituelle.

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