LA FIDÉLITÉ, UNE NOTION À BIEN INTERPRÉTER…

Dans la vie courante, la fidélité évoque la constance dans ses amours, dans ses attachements ou dans son affection.  Elle suggère encore la pérennité dans une relation de couple ou l’attachement à une relation conjugale, impliquant généralement l’exclusivité sexuelle des partenaires.  Au sens large, elle peut exprimer le dévouement à une cause, à un idéal, à un but.  Mais, en spiritualité, ce terme désigne un attribut de Dieu, le révélant comme remplissant toujours rigoureusement les engagements pris lors de son Alliance originelle et éternelle et qui manifeste à tous les êtres un intérêt constant et égal, donc qui ne varie jamais dans le déploiement de son Plan cosmique.

Étymologiquement, la fidélité décrit l’«acceptation humble» ou une «allégeance qui repose sur la foi».  Elle implique la notion d’un attachement fondé sur le dévouement, la loyauté, la véracité, la correction, la fiabilité».  Elle témoigne d’un choix confiant permettant de se faire réceptacle, d’accueillir en soi une réalité et de se conserver dans pigeons-fideliteun état d’abandon total.  Mais, fondamentalement, la loyauté ne peut se maintenir sans la constance, la constance sans la fidélité et la fidélité sans l’authenticité.

La fidélité consiste à bien remplir ses engagements, à respecter les clauses de ses contrats et à témoigner de son attachement sincère à un être ou à un idéal commun, donc à tous ses collaborateurs.  Pour le reste, nul n’est tenu à être fidèle aux autres.  Autrement dit, la fidélité ne compte pas parmi les devoirs spirituels.  En outre, elle  ne s’impose pas : il y a des gens qui sont capables de s’engager à la fidélité, parce que cela fait partie de leurs affinités ou de leur apprentissage, et d’autres qui en sont incapables, parce que cela ne fait pas partie de leur texture d’âme ni de leur destin.  Ainsi, si on participe de la fibre des gens fidèles, on gagne à s’adjoindre un être du même acabit, parce qu’on n’a pas le droit d’imposer un tel comportement à un être volage, au sens de désireux de cumuler la variété des expériences, dont certaines peuvent susciter sa désapprobation personnelle.

Dans la vie, chacun doit plutôt être fidèle à sa parole, à ses engagements, à ses responsabilités, tant que ceux-ci tiennent et font sens, mais il doit surtout se montrer fidèle en regard de son destin, en commençant par être fidèle à lui-même.  Ainsi, toute personne peut réviser et changer les clauses d’un contrat dès le moment où elle réalise que celles-ci dépassent sa compréhension et ses moyens ou entravent sa liberté.   Car, au premier chef, la fidélité implique la conservation de son identité personnelle en répondant à ses propres engagements ou choix, non à ceux d’autrui.  En tout et partout, il faut commencer par être fidèle à soi-même.  Si le mot «fidèle» signifie «avoir foi», tout doit commencer par la foi en soi.  En revanche, la fidélité bien comprise mène à la joie et à l’accomplissement puisque rien ne vient, ne se produit ou ne s’accomplit sans discipline et sans foi.

Quant à la fidélité conjugale, qui n’est que la norme d’une époque, elle fut imposée pour assurer la cohésion sociale, tout en servant d’apprentissage au concept des «noces mystiques».  Elle fut instituée à une époque où l’espérance de vie ne dépassait guère trente ans.  En réalité, cette obligation entre deux personnes ne repose sur aucun principe cosmique ou spirituel : elle n’a servi qu’à assurer la cohésion du noyau familial, aidant à stabiliser une société.  Ainsi, elle peut être rejetée dès qu’un être a atteint sa maturité psychique et une suffisante maîtrise personnelle.

Comme expérience humaine, jusqu’à ce jour, la fidélité conjugale a servi à démontrer que le monde inférieur agit selon les préceptes divins, rendant tout apprentissage facile et rapide.  Mais, au sens propre, elle évoque une union interne, une heureuse intelligence entre l’esprit et le cœur, une harmonie entre la Volonté et l’Imagination, entre le Corps de la Pensée et le Corps du Désir (mental et astral).  Elle suggère un grand synchronisme et une grande harmonie entre les diverses tendances de l’âme.

Bien des auteurs ont abondé en ce sens, témoignant du fait qu’ils étaient en avance sur leur temps ou qu’ils osaient affirmer tout haut ce que la majorité pense en secret.  À ce propos, Jean-Jacques Rousseau disait déjà : «Le devoir d’une éternelle fidélité ne sert qu’à faire des adultères.»  Quant à Étienne Rey, il n’avait pas tort de dire : «Il y a dans la fidélité de la paresse, de la peur, du calcul, du pacifisme, de la fatigue et quelquefois de la fidélité.»  Quant à George Bernard Shaw, il a osé affirmer : «La fidélité n’est pas plus naturelle à l’homme que la cage au tigre»).  Decoly a raillé : «La fidélité est l’art de ne pratiquer l’adultère que par la pensée.»  Voilà qui campe bien le contexte d’un tel engagement.

Pour continuer à s’amuser, voyons comment Aurélien Scholl en rajoute en disant : «La fidélité conjugale, une terrible démangeaison avec défense de se gratter.»  Serge Losique ne se moquait pas moins en rappelant : «Comment arrêter son regard sur la première à laquelle on a juré fidélité éternelle quand il y en a des milliers qui nous obligent à renier sans cesse nos premières paroles?»  Roland Jaccard a précisé : «Qu’est-ce que la fidélité sinon le désir de poursuivre son combat avec le même ennemi.»  Ainsi, on peut conclure sur ce mot d’un certain Denis Robert : «La fidélité, c’est de la mauvaise colle.  Une invention pour faire croire que les deux parties tiennent debout ensemble.»

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