LES CÉLÉBRATIONS DE LA SAINT-JEAN, UN RITE CHRÉTIEN DU SOLSTICE D’ÉTÉ DANS L’HÉMISPHÈRE NORD…

Peu après sa naissance, le monde chrétien a institué différentes fêtes, apparentées à la fête de la Saint-Jean (vers le 23 ou 24 juin), copiées sur les rites celtes et germaniques de bénédiction des semences ou des moissons, afin de se concilier les populations païennes ou de s’approprier leurs fêtes.  Dans le monde francophone, cette tradition survit toujours.  Ainsi, la Saint-Jean est encore célébrée dans différentes régions de France, notamment dans un feu-de-la-saint-jeancertain nombre de villes de Lorraine (Harsault), dans le Vosges (Fontenoy-le-Château), en Bretagne, ainsi que dans le Roussillon (Catalogne Nord)), principalement à Perpignan.

À cette occasion, dans certaines communes françaises, on dresse un bûcher de bois d’une dizaine de mètres de hauteur pour le brûler le soir de la fête.  C’est notamment le cas dans le sud de l’Alsace, dans les communes de la vallée de la Thur et du pays de Thann, avec le célèbre bûcher de la région qu’est celui de Bourbach-le-Bas, haut de 18 mètres.  En Alsace, on appelle ce bûcher un «fackel», tandis que, dans les Vosges et dans le Sud de Meurthe-et-Moselle, on nomme cette construction une «chavande».  À Sierck-les-Bains, en Lorraine, à la tombée de la nuit, on éteint les lumières de la ville et on lance une roue de feu le long d’une colline qui termine sa course dans la Moselle.  Cette tradition remonte au moins à une cinquantaine d’années, ce qui n’empêche pas les spectateurs de se présenter au rendez-vous chaque année.  Dans les Pyrénées, et particulièrement en Comminges, le feu de la Saint-Jean, constitué par un tronc de conifère préparé longtemps à l’avance, s’appelle le brandon. On le fend longitudinalement, sur tout le pourtour, en plaçant dans les fentes des coins de bois.  On lui donne la forme d’un fuseau qu’on dresse et auquel on met le feu.

Les Parisiens ont longtemps célébré cette fête, alors que les autorités de la ville se chargeaient de son organisation, mais elle a fini par être interdite en raison des dangers d’incendie.  Plus récemment, en France, en remplacement, on a initié la fête de la Musique (1982) qui donne lieu à des festivités organisées le jour du solstice d’été.  La même coutume semble vouloir s’établir dans d’autres pays du monde.

En Belgique, on tient toujours cette fête folklorique à Chièvres et à Mons, où elle prend des proportions considérables.  Suite à un incendie survenu dans une ville du pays, le collège des bourgmestres et des échevins de l’époque a longtemps interdit la fête, ce qui priva plusieurs communes de cette célébration.  N’empêche que, dans chaque quartier, à Mons, jusqu’en 1822, la Saint-Jean se fêtait par l’allumage d’un feu.  Au départ, des cortèges accompagnés de tambours parcouraient la ville pour annoncer la mise à feu d’un bûcher sur la Place Nervienne.  Au même endroit, de nombreuses animations culturelles se déroulaient toute la soirée, de même que dans les casemates (anciens dépôts militaires) y attenant.  Depuis 1990, dans un programme d’animations très étoffé, lors d’une célébration de deux jours, les enfants récoltent du bois et montent le feu de joie.  La festivité s’accompagne d’un concours de chant pour lequel, comme premier prix, on attribue un coq vivant retenu dans sa cage.

On fête également la Saint-Jean au Canada.  Au Québec, par l’instigation du clergé, les Francophones ont depuis longtemps fixé leur fête nationale au jour de la Saint-Jean du fait que, depuis le début de la colonie, les habitants du pays ont toujours dressé d’immenses bûchers, en guise de feux de joie, tout le long des rives du fleuve Saint-Laurent.

Au Canada, hors du Québec, les plus importantes célébrations de cette fête se déroulent dans le cadre du Festival franco-ontarien, qui se tient chaque année à Ottawa.  La Saint-Jean-Baptiste reste aussi une célébration importante pour la région du nord de l’Ontario, largement francophone, notamment dans les petites villes, dont Kapuskasing.  En Acadie, bien que les gens célèbrent la Saint-Jean-Baptiste, à titre de fête du calendrier catholique, celle-ci est largement surpassée par les festivités de la Fête nationale de l’Acadie, instituée en 1881 à l’occasion d’un congrès, dont on a fixé la date au 15 août, une date alors en concurrence avec le 24 juin.

En vertu de la Loi sur la fête nationale, le 24 juin est considéré comme une journée fériée et chômée au Québec, une semaine avant la fête du Canada.  Évidemment, cette date est d’abord celle de la fête religieuse célébrant le cousin de Jésus, Jean le Baptiste, mais elle s’est plus tard imposée comme fête nationale des Canadiens-français qu’on appelait alors «Canadiens», dans le premier tiers du XIXe siècle.  Reconnue jour férié par la province de Québec dans les années 1920, le gouvernement souverainiste du Parti québécois l’a déclarée «fête nationale du Québec» en 1977. Certains voudraient que la reconnaissance de la Saint-Jean comme fête nationale efface le nom historique de la fête, sans doute à cause de son héritage catholique, mais les Québécois continuent communément de se souhaiter «Bonne Saint-Jean!»

La fête a débarqué en Amérique avec les premiers colons français. Les premières célébrations de cette fête chrétienne, en Nouvelle-France, auraient eu lieu dès 1606.  Des colons français se dirigeant vers ce qui devait devenir l’Acadie, faisant escale à Terre-Neuve, ont célébré la Saint-Jean Baptiste sur les côtes. Une seconde mention de la fête, qui remonte à 1636, se retrouve dans les Relations des Jésuites, dans un passage relatent les célébrations qui avaient cours à Québec, commandées par le gouverneur Montmagny.

Les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste ont pris une tournure très patriotique au Bas-Canada, entre autres, grâce aux actions de Ludger Duvernay, qui deviendra le premier président de la Société Saint-Jean-Baptiste.  C’est le 24 juin 1834 qu’est chanté pour la première fois le «Ô Canada! Mon pays, mes amours», de Georges-Étienne Cartier lors d’un grand banquet patriotique regroupant une soixantaine de francophones et d’anglophones de Montréal dans les jardins de l’avocat John McDonnell, près de l’ancienne gare Windsor.  Suite à cette première célébration, le journal «La Minerve» conclut, que «cette fête dont le but est de cimenter l’union des Canadiens ne sera pas sans fruit. Elle sera célébrée annuellement comme fête nationale et ne pourra manquer de produire les plus heureux résultats». C’est à partir de cette date que la fête nationale des anciens Canadiens en vient à correspondre avec la fête catholique de Saint-Jean-Baptiste, déjà bien ancrée dans la tradition.

Suite aux soulèvements des Patriotes de 1837 et 1838 et aux répressions militaires qui suivirent, la fête cessa d’être célébrée pendant plusieurs années. Lorsqu’elle réapparut, ce fut sous la forme d’une célébration essentiellement religieuse, bien qu’on n’y omette jamais les feux.  À Québec en 1842, elle donne lieu à une grande procession religieuse, inaugurant ainsi la tradition du défilé de la St-Jean-Baptiste, promis à une longue postérité.  En 1843, Duvernay établit l’«Association Saint-Jean-Baptiste», une société charitable et patriotique, en vue de la célébration de la fête de cette année-là, à Montréal, en 1843.  Le 24 juin 1880, les citoyens de la ville de Québec participant aux festivités de la St-Jean-Baptiste se firent chanter un autre «Ô Canada», cette même chanson dont les paroles sont d’Adolphe-Basile Routhier, sur une musique de Calixa Lavallée,  devenue l’hymne national du Canada entier.  Il devint très rapidement populaire rapidement et on le désigna même, dès lors, comme l’hymne national des Canadiens-français.

En 1908, le pape Pie X fait de saint Jean-Baptiste le patron spécifique des Canadiens-français. La procession de chars allégoriques fut introduite en 1874 et perdure toujours, bien que, de 1914 à 1923, ils furent interrompus.  En 1925, le Gouvernement du Québec décréta le 24 juin jour férié.  C’est le 11 mai 1977 que, par un arrêté ministériel du gouvernement de René Lévesque, premier ministre, le 24 juin devient officiellement le jour de la Fête nationale du Québec. L’année suivante, on créa le comité organisateur de la Fête nationale du Québec qui confia d’abord l’organisation des événements à la Société Saint-Jean-Baptiste.  En 1984, l’organisation fut confiée au Mouvement national des Québécoises et Québécois dont fait partie la Société Saint-Jean-Baptiste.

Bien qu’elle soit toujours la fête des Canadiens-français, la Saint-Jean-Baptiste devint, au Québec, la fête de tous les Québécois, et non plus uniquement celle des Québécois d’origine canadienne-française et catholique.  Par les actions de la «Société Saint-Jean-Baptiste» et du «Mouvement national des Québécois», principalement, la fête s’est graduellement laïcisée.  Malgré tout, la fête demeure toujours l’occasion d’un grand festival culturel dont les Québécois profitent pour manifester leur existence au monde et leur sentiment d’appartenance au Québec.  La tradition d’allumdrapeaux-fleurdeliséser des feux durant la nuit est toujours vivante.  La plus grande manifestation s’est toujours déroulée, traditionnellement, dans la ville de Québec (la capitale nationale du Québec) sur les Plaines d’Abraham, qui pendant des années ont réuni des foules de plus de 200 000 personnes.  Mais Montréal, qui a longtemps célébré ce jour sur le Mont-Royal ou, plus récemment, au Parc Jeanne-Mance, n’a jamais ménagé ses efforts pour en faire une célébration grandiose.  Du reste, grâce à des fonds gouvernementaux, cette fête est célébrée dans presque toutes les municipalités, si petite soit l’agglomération.

Comme l’agneau, le prénom Jean-Baptiste est très populaire au Québec, du moins, il l’a été.  Selon certaines statistiques, des milliers de personnes mâles ont porté ce nom à travers son histoire.  Le premier Jean Baptiste se serait marié à Québec en 1667 avec Françoise Herber.  Le deuxième aurait été́ baptisé à Cap-Saint-Ignace.  Le recensement du Canada de 1881 révèle également que le premier Jean Baptiste qui se serait établi à Montréal aurait été un veuf de 36 ans, chasseur et pêcheur de métier.  Enfin, selon le recensement canadien de 1916, une célibataire de 53 ans, portant le nom de St-Jean-Baptiste et née à Québec en 1863, aurait terminé sa vie dans une réserve indienne en Alberta.

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