Le 14 février, il est devenu coutume de fêter les amoureux et les amis. Ce jour‐là, on retrouve, approuvé par le canon catholique, deux saints du nom de Valentin dont l’histoire, vécue au IIIe siècle, s’apparente assez pour laisser perplexe sur leur double existence. Le premier Valentin semble avoir été un prêtre de Rome qui aurait été arrêté par Claude le Gothique et qui, comparaissant devant l’empereur, confessa généreusement sa foi. Alors, interrogé sur Jupiter et Mercure, il déclara qu’ils étaient des impudiques méprisables. Dsaint-valentin-joure là, il fut remis aux mains d’un magistrat, nommé Astérius, dont la fille adoptive était aveugle. Il l’aurait guéri, convertissant du même coup le magistrat et sa famille.   Apprenant ce fait, l’empereur lui aurait fait donner la bastonnade avant de lui faire trancher la tête sur la Voie flaminienne.

On prétend que l’autre Valentin aurait occupé le siège de Terni, en Ombrie, dès l’an 223. Informé de ses vertus et de ses miracles, un philosophe romain, nommé Caton, l’aurait supplié de venir guérir son fils, atteint d’un mal incurable. Se rendant à Rome, l’évêque promit de se soumettre à ce qu’on attendait de lui pour autant le père et sa famille se convertiraient à la nouvelle religion, le Christianisme. La condition aurait été acceptée et remplie même au-delà des attentes du saint homme, puisque trois jeunes Athéniens, disciples de Caton, auraient renoncé aux dieux païens pour embrasser la nouvelle foi montante. De son côté, Valentin se serait exécuté et il aurait opéré la guérison demandée. Dès que le préfet Abundius apprit ce qui s’était passé, il aurait fait décapiter l’évêque. Par la suite, les Athéniens convertis auraient rapporté sa dépouille dans la ville épiscopale qu’il dirigeait, lieu où il est toujours honoré comme patron de la ville. À défaut de textes écrits, il est difficile de faire la part de vérité dans l’histoire de ces deux hommes et de décider lequel mérite le titre de patron des amoureux et des amis. Ce qu’en dit la légende, qui revient le plus souvent, c’est qu’il s’agit de ce prêtre qui fut emprisonné et décapité un certain 14 février sur l’ordre de Claude II.

À l’époque où Rome était engagée dans des campagnes militaires, cet empereur, surnommé Claude le Cruel, avait de la difficulté à recruter des soldats pour son armée, d’où il décida, imaginez, d’interdire le mariage ! Il pensait que les Romains qui vivaient en couple refusaient de combattre parce qu’ils préféraient rester avec leurs épouses. Sauf que, malgré les ordres de l’empereur, ce Valentin aurait pourtant continué de célébrer des mariages. Ainsi, lorsque le chef de l’État romain apprit l’existence de ces mariages secrets, il fit emprisonner Valentin.

C’est pendant son séjour en prison que Valentin fit la connaissance de la fille de son geôlier (gardien de prison), une jeune fille aveugle à laquelle, dit‐on, il redonna la vue et aurait adressé une lettre signée «Ton Valentin». La légende ajoute que les enfants aimaient beaucoup ce jeune homme, qui se montrait un véritable ami pour eux. Pour cette raison, afin de le réconforter, lors de son emprisonnement, ceux‐ci lui passaient des messages d’affection à travers les barreaux de sa cellule. C’est peut‐être l’explication des petits mots doux que les amoureux et les amants s’échangent, avec des fleurs et des cadeaux, le 14 février?

Chose certaine, la fête de la Saint‐Valentin ne peut être dite, à proprement parler, la fête de l’amour.   L’expérience de l’amour en est une énergie trop sublime pour qu’un être ose le rabaisser à ce qui n’est qu’une expression bien possessive et collante d’affection mutuelle. Car qui dit affection dit émotions et passion. Par sa définition l’affection désigne un sentiment tendre qui attache ou lie une personne à une autre. Mais cet attachement ne peut durer que le temps que les deux partenaires s’émoustillent réciproquement ou se trouvent quelque intérêt l’un dans l’autre. Car celui qui en vient à dire : «Je ne t’aime plus» n’a jamais vraiment aimé, il a affectionné, c’est‐à‐dire qu’il s’est aimé à travers un autre être, qu’il ne considérait que comme un objet jetable, lorsqu’il en aurait épuisé la substance ou en aurait fait le tour.   Ainsi, l’affection représente l’antithèse de l’amour, car, à titre de sentiment, elle se fonde sur un désir et, par ricochet, sur un intérêt, sur la jouissance, sur des attentes, sur un attachement, sur un jeu de pouvoir, d’où il cesse dès que le désir ne s’exprime plus.

C’est loin d’être le cas de l’amour qui est la Source de la Vie, une énergie gratuite, impersonnelle, inconditionnelle, dénuée d’attente et de jugement, qui grandit sans cesse. L’affection, le temps qu’elle dure, implique la possessivité qui peut conduire à ce phénomène étrange de contamination psychique qui s’appelle le délire à deux.   Parce qu’ils vivent ensemble dans une grande intimité, deux personnes peuvent facilement en venir à se lier au point de partager leurs idées déraisonnables et leurs préjugés, se les communiquant et les renforçant réciproquement, au point que la pensée erratique de l’un devient la substance mentale de l’autre. Plus un être vit dans l’intimité de ses proches, plus il a tendance à emprunter leurs buts, leurs ressentis et leurs formes‐pensées, se dépersonnalisant progressivement.

À vrai dire, avec le temps, les partenaires déteignent l’un sur l’autre au point de ne plus être eux‐mêmes, bien qu’ils croient l’être resté. Cela devient évident lorsque l’un des membres d’un couple commence à s’exprimer à la place de son conjoint quand c’est ce dernier qui est interpelé ou interrogé. Et plus évident encore lorsque les deux partenaires commencent à reproduire mécaniquement les gestes, les attitudes ou les comportements de l’autre ou qu’ils se prennent à se vêtir de la même manière. Du reste, en général, dans la plupart des couples, au lieu de nourrir son propre projet, chacun des membres nourrit une forme de caricature de projet, formé de la moitié de l’idéal de l’un et de l’autre. Chacun s’en satisfait, bien qu’il en souffre, jusqu’au jour où il commence à manquer d’air.

C’est beau d’être apprécié, car cela est valorisant, mais dans la mesure où l’étau ne serre pas trop. En pareil cas, au terme d’une grande désillusion et au moment le plus inattendu, il peut se produire une explosion violente. C’est l’histoire de la goutte qui fait déborder le vase. Sans compter que, naturellement, l’attachement retarde le progrès spirituel parce qu’il lie aux jouissances charnelles, donc matérielles, enfermant dans la dualité de ses fluctuations.   Alors que l’affection attache et emprisonne, jusqu’à induire dans la passion et la possessivité, l’amour libère, retourne chacun à sa liberté, à son autonomie, à son indépendance, à sa vision, à sa vérité personnelle, à sa compréhension des choses, à son rythme évolutif, à ses moyens.

En outre, il conviendrait de s’interroger sur la pertinence d’avoir décrété une journée de célébration pour favoriser l’expression de témoignages d’affection ou d’amitié, d’intérêt mutuel, de support réciproque, de douceur, de tendresse. Car, en fait, n’est‐ce pas tous les jours qu’il faut s’aimer et rayonner l’amour vers autrui, voire vers toutes les créatures, y compris vers le Créateur de ses jours?

© 2012 Bertrand Duhaime (Douraganandâ) Note : Autorisation de reproduire ce document uniquement dans son intégralité ‐‐ donc sans aucune suppression, modification, transformation ou annotation, à part la correction justifiée d’éventuelles fautes d’accord ou d’orthographe et de coquilles‐‐ veillant à en donner l’auteur, Bertrand Duhaime (Douraganandâ), la source, www.facebook.com/bertrand.duhaime, ou le site www.lavoie‐voixdessages.com, et d’y joindre la présente directive, en tête ou en pied de texte.

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Une réponse

  1. p'tite gigi

    Merci pour ce texte si juste que je viens seulement de découvrir. Je souhaite qu’ il soit lu par le plus grand nombre. Il y a tant de confusion autour du mot amour…

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