QUE DIT DE JÉSUS LA RELIGION MUSULMANE?

   Le premier devoir d’une religion, c’est de relier les êtres humains à Dieu et, au-delà des divergences, de les rassembler dans une seule et même Grande Famille spirituelle et de diffuser des valeurs spirituelles menant chacun à la réalisation de sa raison d’être sur Terre, l’accession au Salut, la sortie de la Roue de la Vie, par la Maîtrise totale.

    Aussi est-il étonnJésusant que les trois grandes religions que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam évoluent en parallèle et aillent jusqu’à se détester et à se dénigrer, quand tant d’éléments les rassemblent.  Le Judaïsme et le Christianisme partagent la Thora, que les Chrétiens appellent l’Ancien Testament, une partie de la Bible.  Religions de deux peuples demi-frères, le Judaïsme et l’Islam partagent la lignée prophétique composée d’Adam, de Noé et d’Abraham, leur père commun.  Forcément, avec le Christianisme, la religion musulmane partage la lignée des prophètes mentionnés et la reconnaissance de Jésus comme un prophète et le Messie promis aux Juifs et à l’humanité.

   Puisque ce message s’adresse surtout à des lecteurs chrétiens ou anciennement chrétiens, c’est sa version du rôle de Jésus, dans la lignée des prophètes qu’il  conviendrait d’étudier.  D’entrée de jeu, les Églises chrétiennes considèrent les Musulmans comme des hérétiques, du fait qu’ils n’admettent pas la divinité de Jésus, alors que le Coran et la Tradition islamique donnent de sa mission une version qui se rapproche sensiblement de ce qu’en disent les Archives akashiques et la Tradition ésotérique.  Alors, ne serait-il pas étonnant d’apprendre que la religion musulmane, fondée sept siècles après le Christianisme, donne de la vie et de la mission de Jésus une version plus plausible, voire véridique et séduisante, que le Christianisme lui-même.

La perception de Jésus dans l’Islam

   Dans le Coran, Jésus figure comme un prophète, annonciateur de Muhammad, qui prêche le monothéisme pur, accomplit des miracles, opère des guérisons, ressuscite les morts, même qu’il «connaît les secrets du cœur».  Il s’est incarné pour confirmer les principes de la Thorah, dont il atténue, pour les besoins de l’époque, les prescriptions jésus-enseignantlégales, tandis que son «Écriture», contenue dans l’«Injil» (ou l’Évangile), est présentée comme une «direction spirituelle et une lumière» que les Chrétiens auraient trop négligées. Ibn Arabi.  Ibn Arabi, dit le plus grand maître arabe de l’Espagne andalouse, à son époque, un poète, théologien, métaphysicien, le premier philosophe musulman à donner forme à la Tradition soufie, lui a conféré le titre de «sceau de la sainteté» et du «plus grand témoin par le cœur», tandis qu’il désignait Mahomet comme le «sceau des prophètes» et le «plus grand témoin par la langue».   Sauf que la prédication de Jésus, auprès des juifs, aurait abouti à un échec, n’ayant été suivi que par ses disciples.  D’après les Musulmans, les Juifs auraient alors voulu faire disparaître ce messager dérangeant en le crucifiant, mais Dieu ne l’aurait pas permis et il lui aurait alors substitué un sosie avant de le rappeler à lui, comme le dit le Coran (Sourate 4, 157), homme dont les Juifs se seraient emparés pour le faire périr.

   Lors de l’avènement de l’Islam, il y avait de nombreux sujets de division entre les différentes communautés chrétiennes (les Monophysites, les Nestoriens, les Priscilliens, les Ariens et autres, autant de sectes qui se réclamaient du message de Jésus.  Les Chrétiens se disputaient à savoir la place qu’occupait Jésus dans la Synarchie divine, s’il était le Fils de Dieu ou Dieu lui-même.  Dans ce contexte hostile, le Prophète Mohammed, à travers la révélation coranique, a choisi d’honorer et de réhabiliter Marie, la mère de Jésus, et préciser la mission de son fils.

   D’abord, l’Islam considère Jésus comme l’avant-dernier prophète envoyé de Dieu, comme le Messie («al Masïh») et, on verra plus loin comment, comme  l’annonciateur de Mohammad, le fondateur de la religion musulmane et le Messager de la Dernière Révélation.  Dans l’acception de ce texte, l’Islam désigne la religion musulmane, rien de plus, surtout pas l’aspect politique et culturel qui l’entoure dans certains pays arabes.  Dans la conception musulmane, un prophète, choisi parmi les meilleures entités de la Création, est un émissaire choisi par Dieu lui-même pour transmettre, dans la continuité de ses prédécesseurs, sa Révélation aux hommes à travers les temps ou à travers l’histoire évolutive, Dans l’Islam, Mahomet est considéré comme celui qui bouclait la boucle de ce Grand Cycle de Révélation divine, ce qui présage de la fin imminente d’un monde.  Dans la religion musulmane, bien que les prophètes puissent être considérés comme des êtres supérieurs, même comme des avatars, aucun prophète ne mérite l’adoration, strictement réservée à Allah.

   Beaucoup vont s’étonner d’apprendre la considération que la majorité des Arabes ont pour les personnes de Jésus (qu’ils nomment Îsâ ou Sidna Aissa), de Marie (appelée Mariam), de Jean le Baptiste (Yahyâ) et de son père Zacharie, qu’ils proposent comme des modèles à suivre.  Ainsi, tel que déjà mentionné, le Coran affirme de façon péremptoire que Jésus est un prophète du lignage authentique, donc  de la Famille d’Imram, envoyé aux Juifs, qui n’ont pas su le reconnaître, pour les ramener à la religion de leurs Pères, parce que, avec le temps, ils s’étaient éloignés des enseignements de Moïse et de ses successeurs.  Bien formé par sa mère, Il aurait vécu en conformité avec la Parole de Dieu, telle que rapportée dans  la Loi de Moïse, et il aurait enseigné à ses fidèles à faire de même.

   Même que, devant l’étonnement de ses disciples pour ses pouvoirs miraculeux, Jésus aurait annoncé la venue de Mohammed en soulignant clairement que, après lui, un autre viendrait, qui ferait bien davantage qu’il avait fait.  Jean l’Évangéliste (Jean, 16, 28) aurait confirmé cette annonce par ces mots : «Et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour être avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité.»  Les Musulmans traduisent plutôt cette intervention de Jésus comme suit: «Et moi, je demanderai au Père de vous donner un autre Défenseur de sa cause, afin qu’il reste pour toujours avec vous».  Chez les Chrétiens purs et durs, dans certaines consciences sectaires, cette dernière version peut causer problème.  Car on dira qu’une autre religion est mal placée pour prétendre savoir ce qu’une religion particulière, qui n’est pas elle, doit croire.

   Partout dans le Coran, Jésus est identifié comme un prophète de Dieu qui a été  envoyé aux Juifs parce que ceux-ci s’étaient, avec le temps, éloignés des enseignements des Patriarches.  Dans la religion musulmane, le présumé fondateur du Christianisme est considéré comme un être exceptionnel, une exception que Mohammed lui-même confirme quand il annonce le retour de Jésus pour les temps messianiques, alors que, par l’union de tous les êtres incarnés, il devrait assurer le bien de l’humanité et terrasser le mal, pour faire triompher la paix, la justice, l’égalité entre tous, sur terre, ce qui devient un point d’espérance même pour les Musulmans.  Dans le Coran toujours (4 : 171), ce Grand Prophète est reconnu comme le Verbe incarné de Dieu, ce qui ne l’amène pas pour autant à le reconnaître comme le Fils unique de Dieu et comme une hypostase de la Trinité, mais en fait tout de même un être prestigieux qui aurait émis un message intemporel que personne ne peut jamais cerner, connaître ou localiser à moins d’accéder à la Source d’origine d’où a émané cette Réalité divine.

Pour sa part, la Tradition du Soufisme (Tacawwuf), considérée comme la Voie ésotérique de l’Islam, établit des degrés spirituels de réalisation (stations ou «maqqam») pour chaque prophète, plaçant Jésus dans un état particulièrement élevé, d’où ils considèrent son enseignement comme fondant une spiritualité pure qui transcende le temps et l’espace, surtout en cela qu’elle établit la force de l’amour comme la puissance suprême de la réalisation.

La naissance mystérieuse de Jésus

   Pour les Soufis surtout, par sa naissance virginale, Jésus aurait appris au monde que le Créateur unique peut bouleverser, voire inverser les lois du Cosmos, pouvant jusqu’aller à permettre une naissance sans parents terrestres ou la résurrection des morts.  Comme le savent les Chrétiens, Jésus, parfois radical, a rappelé que les valeurs matérielles du monde ne sont que l’ombre trompeuse des illusions qui égarent l’humanité et exacerbent ses passions.  Il appelait à amasser des valeurs imputrescibles, soit à ne trouver de valeur que dans ce qui relie davantage à Dieu, d’où il invitait chacun à se purifier jusqu’à la suprême transparence.  Il évoquait une réalité où l’être incarné, triomphant de l’absurdité de son égocentrisme,  deviendrait prêt à se sacrifier pour le bien être d’autrui afin que la Vérité demeure parmi ses semblables et qu’il puisse renaître dans le Royaume parfait de l’Essentiel.

   Somme toute, dans la Tradition du Soufisme, Jésus aurait servi de démonstration physique au fait que, par une voie initiatique authentique, l’être incarné peut retrouver l’Essence universelle qui confère l’équilibre et l’harmonie au monde manifesté, ce qui devient un mystère de la Création.   Quant à Mohammad, par son message, il serait venu confirmer la véracité du message des prophètes antérieurs à lui et révéler le contenu du message christique dans son insondable profondeur.  Comme l’a dit lui-même le fondateur de l’Islam : «Nul n’est plus en droit de se réclamer de Jésus et Marie que moi-même, car entre lui et moi il n’y a aucun prophète».  Par ces mots, il exprimerait le fait que, par l’absence de rupture et d’altération entre Jésus et lui, il serait devenu son miroir révélateur, ce qui obligerait les chercheurs de Lumière, dans leur spiritualité, à chercher dans l’équilibre entre ces deux pôles l’état où le mystère de la vérité peut se dévoile à l’être humain.

   L’insistance marquée sur la filiation à Maryam est un clair rejet de la filiation divine d’Isâ ; néanmoins, La Tradition musulmane souligne le caractère miraculeux de sa naissance virginale, sans père, puisque Joseph étant considéré comme un cousin de Maryam.  D’après le Coran, Jésus fut  créé par le «Kun» (le «Sois!») prononcé par Dieu, donc par un «impératif divin», et il aurait été conçu par  son «rüh», son Souffle intemporel insufflé en Maryam  — le même souffle qui aurait permis d’animer Adam et de transmettre la Révélation à Mohammad.  D’après les exégètes, l’insistance marquée sur le lien de filiation avec cette jeune fille deviendrait un clair rejet de la croyance en un lien semblable de son rejeton avec Dieu, dans la Trinité.  En revanche, plus que le Nouveau Testament, le Coran confère à la relation de Jésus avec Jean le Baptiste une espèce de véritable gémellité spirituelle.

      Dans le Coran, la représentation de Jésus lui confère également une dimension eschatologique au sens que son retour sur terre, en tant que Musulman, serait le signe de la Fin du monde et du Jugement dernier.  Plusieurs «hadiths» préfèrent le présenter comme le principal compagnon du Mahdi, le Sauveur des derniers jours du monde.  Pour les profanes, les hadiths représentent des communications orales du Prophète Mohammed ou la «Tradition du Prophète», un recueil comprenant l’ensemble des traditions relatives à ce dernier ou à ses compagnons, glanés auprès de plus de 50 000 personnes,  que les bons Musulmans considèrent comme des principes de gouvernance personnelle et collective.  Pour résumer, pour se distinguer du Christianisme, le Coran présente quatre négations catégoriques concernant Jésus, par crainte d’associationnisme, ce qui pourrait donner une impression de subordination : cet homme n’est ni Dieu, ni son fils, ni le troisième d’une triade, la Sainte Trinité, assimilée au polythéisme.  Enfin, il n’a pas pu être crucifié, bien que l’ambiguïté du passage sur lequel se fonde l’affirmation de la plupart des commentateurs qui l’affirment, prête à discussion, ce qu’ils considèrent comme un traitement indigne d’un prophète de son importance et de son envergure.

La mission de salut de Jésus

D’autre part, l’Islam nie la croyance selon laquelle Jésus aurait été envoyé sur terre pour racheter les péchés d’Adam, d’Ève et de toute l’humanité en sacrifiant sa vie.  Cette Tradition spirituelle rejette totalement ce concept voulant qu’une personne porte le fardeau des péchés des autres en rappelant qu’Allah aurait dit : «Nulle âme ne portera le fardeau d’une autre. » (Coran 39:7)  Cette grande religion insiste sur le fait que Dieu est capable de pardonner tous les péchés dans la mesure où un être se repent sincèrement et s’abstient de répéter les mêmes péchés.   Le Créateur divin n’aurait besoin d’aucun sacrifice sanglant pour y parvenir, et encore moins de descendre lui-même sur terre, sous les traits d’un homme, à cette fin de mourir pour racheter les péchés de tous les hommes.  Sa vérité, c’est que la miséricorde de Dieu s’étend à toutes les créatures, aux croyants comme aux non-croyants, d’où la porte du pardon reste ouverte à tous ceux qui veulent bien l’emprunter.

L’Ésotérisme chrétien croit la même chose, enseignant que Jésus est venu rappeler au monde la manière d’opérer lui-même son salut par l’application de l’amour inconditionnel et impersonnel.

 

Les miracles de Jésus

Comme les Chrétiens, les Musulmans croient que Jésus a accompli de nombreux miracles bien que, ils n’ont pu se produire que par la volonté de Dieu, qui détient le pouvoir sur toute chose, et par une permission spéciale de sa part.  À cet effet, le Coran (5 :110) rapporte : «Alors Dieu dira : «Ô Jésus, fils de Marie!  Rappelle-toi Mon bienfait dont Je vous ai comblés, ta mère et toi, et comment Je t’ai fortifié du Saint-Esprit, de sorte qu’au berceau, tu parlais aux gens, de même qu’en ton âge mûr.  Je t’enseignais le Livre, la sagesse, la Torah et l’Évangile.  Par Ma permission, tu façonnais l’argile en forme d’oiseau; puis, tu soufflais dessus, et par Ma permission, elle devenait (un véritable) oiseau.  Et tType = ArtScans RGB : Gamma = 1.9u guérissais, par Ma permission, l’aveugle-né et le lépreux.  Et par Ma permission, tu faisais revivre les morts.  Je te protégeais contre les enfants d’Israël quand tu leur apportais des preuves claires, et ceux d’entre eux qui ne croyaient pas disaient : « Ce n’est que de la magie évidente.»»   

Dans la conception musulmane, Dieu a habilité tous ses prophètes du pouvoir d’opérer des prodiges en son nom, une faveur destinée à conforter la foi de la nation à laquelle ils étaient envoyés, en prouvant la véracité du message qu’ils délivraient.  Dans ce contexte, les prophètes n’ont pas pu eux-mêmes les accomplir, Dieu lui-même en engendrant la possibilité par un acte de volonté.  De ce fait, les miracles de Jésus n’ont pu échapper à cette règle.  Jésus a accomplis des prodiges en tant que thérapeute formé au Carmel.  Il a procédé selon la mesure de la bonne connaissance de la médecine de la part de ces Initiés esséniens, une secte juive de son époque.

D’autre part, les Musulmans croient en l’unicité absolue d’Allah, qui est un Être Suprême dépourvu de toutes limites, de tous besoins et de tous désirs humains.  D’après eux, aucun de ses associés de la Synarchie spirituelle ne peut partager entièrement sa divinité à titre de Créateur de toute chose totalement distinct de sa Création, donc situé hors du Cosmos, son Grand Corps.  En outre, la latrie, le culte d’adoration, doit lui être vouée exclusivement, d’où Jésus ne peut recevoir qu’un culte de dulie (vénération des saints), comme tous les grands prophètes.

D’après la Tradition islamique, ce qui est repris par la Tradition ésotérique, Jésus n’aurait jamais prétendu détenir des qualités divines différentes des autres humains.  Il n’aurait pas davantage dit qu’il était le «Fils unique» de Dieu ou qu’il faisait partie de la Sainte-Trinité ».  Il n’a jamais qu’affirmé qu’il était un serviteur de Dieu envoyé aux Juifs pour les ramener vers la bonne religion, c’est-à-dire à l’adoration du Dieu unique et à l’obéissance à ses commandements.  La majorité des versets coraniques qui mentionnent Jésus rappellent en ces termes les divers aspects de sa mission, celle d’un simple Messager divin.  Ils allèguent que Jésus n’est devenu un objet d’adoration qu’à la suite d’inventions pieuses, mais sacrilèges, à son sujet.  Le Coran dit également confirmer des passages de la vie de Jésus où celui-ci nie lui-même mériter l’adoration, en plus de soutenir l’idée que par les exemples de ses paraboles, inspirés de Dieu, il démontre sa nature mortelle plutôt qu’une prétention à la divinité ou à une relation filiale avec lui.

 

La mort hypothétique de Jésus  

   Selon l’ésotérisme musulman, par réciprocité, si Jésus, de par sa naissance, avait échappé aux lois physiques de la vie, il devait aussi se démarquer dans sa mort, qui ne pouvait ressembler à celle des gens du commun.  Pour les Musulmans en général, mais plus encore pour les Soufis, Jésus a été élevé directement jusqu’à Dieu.  D’ailleurs, il n’aurait pas été le seul à éprouver une telle occultatiJésus-suppliciéon du monde de la densité puisque d’autres messagers, notamment Elie, Idris et Énoch, en auraient bénéficié, élevés dans une autre présence, mais permanente.

   Cette Tradition opine que Jésus fut, mais n’est plus, bien que personne ne puisse où il se trouve, ou qu’il n’existe plus.  Nul ne peut le situer dans l’espace ou dans le temps, sans pouvoir nier sa présence.  Ainsi, si un être tente de lui assigner une place, un rôle, une fonction même la plus sacrée, elle demeure en dessous de la vérité qu’il incarne, car son message spirituel, des plus élevés, reste intemporel.  Et ce n’est que dans démarche de purification, menée dans l’amour, l’humilité et le pardon qu’un chercheur peut en retrouver l’essence, en exprimer le parfum, la sublimité et la béatitude.

   Mieux encore, une minorité musulmane résidant dans les montagnes du Cachemire, les Amadis, voue à Jésus un culte tout comme aux saints de l’Islam autour d’un tombeau de Srinagar qu’elle dit être le sien.  Ce courant religieux développe une christologie particulière, appelée l’«évanouissement», selon laquelle Jésus se présente comme un prophète de Dieu qui aurait été déposé de la croix en état de coma, non mort, et que, une fois soigné par Joseph d’Arimathie et sa famille, il serait rendu finir sa vie dans ce pays où il aurait atteint l’âge de 120 ans.

Le retour de Jésus

   Comme les Chrétiens, les bons Musulmans croient que Jésus va un jour revenir sur la terre.  Cependant, sa mission, comme la raison de son retour, différeront de ce que s’imaginent les Chrétiens.  En effet, il devrait y revenir d’abord et avant tout pour rappeler, avec preuves à l’appui, qu’il est d’origine mortelle et pour réfuter les fausses croyances que les gens auront émises et entretenues à son sujet.  Ainsi, il devrait mener une vie normale, se marier et mourir comme tout être humain.  À ce moment-là, tout aspect mystérieux à son sujet s’éclaircira et le monde entier ne pourra que constater qu’il est véritablement mortel.  À ce sujet, il est écrit dans le Coran : «Parmi les gens du Livre, il n’y en aura pas un qui, avant sa mort, n’aura pas foi en Jésus.  Et au Jour de la Résurrection, il sera témoin contre eux.» (4:159)

   À son retour, Jésus devrait également combattre le faux Messie, qui sera apparu juste avant son retour et qui aura invité les gens à croire qu’il est Dieu incarné.  Ce prophète de retour devait le vaincre, amenant tout le monde à croire en la vraie religion de Dieu, dans le Dharma rétabli.  Dès lors, le monde devrait connaître une paix et une sérénité jamais connues.  Surtout, tous adorerons le même Dieu, tous lui seront soumis, vivant de manière pacifique les uns avec les autres.

 

La position de Muhammad à l’endroit de la religion chrétienne

    Pour ce qui a trait aux relations du prophète Mohammad avec les Chrétiens, dans l’Arabie préislamique, deux événements majeurs marquèrent son destin.  Le premier se produisit lors d’un voyage en Syrie, avec son oncle Abu Talib, alors qu’il n’était âgé que de l’âge de 7 ans.  Dès lors, le prophète  Mohammed semble avoir été reconnu, à certains signes, par le moine chrétien nestorien, du nom de Bahira. Le second a lieu lors de la première révélation du Coran au mont Hira, qui le troubla tant, alors que c’est un Chrétien appelé Warraka, parent de sa femme Khadija, qui lui confirmera sa mission prophétique.  N’est-ce pas assez révélateur du fait que les Chrétiens et les Musulmans se fondent sur des fondements qui peuvent les rassembler au lieu de les diviser.

   Du reste, après la fondation de l’Islam, ce prophète a su, au moins une fois, rendre la pareille, en précisant l’attitude que tout bon Musulman devait prendre à l’endroit des Chrétiens.  D’abord, au cours de la période où il habitait La Mecque, alors que les Musulmans subissaient de l’oppression, il recommanda à ses compagnons d’émigrer vers l’Abyssinie chrétienne avec qui il entretenait une relation amicale des plus cordiales.  En effet, le Négus, roi d’Abyssinie, avait entendu parler du Prophète et il avait lu les premiers récits coraniques élogieux à propos de Jésus et de Marie.   Touché de cette vénération respectueuse, il avait décidé d’offrir sa protection aux premiers émigrés de l’Islam malgré la réprobation répétée des Mecquois, avec lesquels pourtant il entretenait pourtant un fructueux commerce.

   On ne peut passer sous silence l’épisode étonnant, vécu en 628, qui rappelle la mansuétude du Prophète de l’Islam à l’endroit des Chrétiens.  Alors qu’il agrandissait les frontières de son royaume, des membres du monastère de Ste-Catherine, en Égypte, allèrent le rencontrer pour lui soumettre leurs craintes en tant que membres d’une religion dissidente.  Le grand homme émit un édit, qui tient toujours, qui se lit comme suit : «Ceci est un message de Mohammed ibn Abdoullah, constituant une alliance avec ceux dont la religion est le christianisme; que nous soyons proches ou éloignés, nous sommes avec eux.  Moi-même, les auxiliaires [de Médine] et mes fidèles, nous nous portons à leur défense, car les chrétiens sont mes citoyens.  Et par Dieu, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie.  Nulle contrainte sur eux, à aucun moment. Leurs juges ne seront point démis de leurs fonctions ni leurs moines expulsés de leurs monastères.  Nul ne doit jamais détruire un édifice religieux leur appartenant ni l’endommager ni en voler quoi que ce soit pour ensuite l’apporter chez les musulmans.  Quiconque en vole quoi que ce soit viole l’alliance de Dieu et désobéit à Son prophète.  En vérité, les chrétiens sont mes alliés et sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose.  Nul ne doit les forcer à voyager ou à se battre contre leur gré.  Les musulmans doivent se battre pour eux si besoin est.  Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, ce mariage ne doit pas avoir lieu sans son approbation. Une fois mariée, nul ne doit l’empêcher d’aller prier à l’église.  Leurs églises sont sous la protection des musulmans.  Nul ne doit les empêcher de les réparer ou de les rénover, et le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas.  Nul musulman ne doit violer cette alliance jusqu’au Jour du Jugement Dernier (fin du monde). »

 

Des prétentions outrancières, mais compréhensibles, qui n’excluent pas une part de vérité

Comme le Christianisme à une époque, l’Islam prétend être la seule religion que Dieu n’ait jamais prescrite à l’humanité, qu’il préserve les renseignements véridiques sur la vie des prophètes, qu’il transmet leur message unique, avec le mode de vie auxquels ils se sont tous conformés.  Ainsi, même de nos jours, seuls les Musulmans suivraient vraiment les enseignements et la Voie de Jésus.  Ils croient que leur mode de vie est bien plus en accord avec le mode de vie qu’il préconisait que ne l’est celui des Chrétiens, surtout des fidèles contemporains.  Pour tout bon Musulman, l’amour et le respect de Jésus représente un des articles de la foi puisque Allah a souligné l’importance de croire en lui dans de nombreux passages du Coran, leur Livre sacré.  Aussi ne doit-on pas s’étonner de leurs efforts de prosélytisme et de leur volonté de convertir le monde de gré ou de force.

 Sauf que, à trop insister sur la nécessité du fidèle musulman de prendre fait et cause pour Allah, le Très élevé et le  Vénérable unique, et d’agir à sa place, comme si Dieu, pourtant omniprésent et tout-puissant, comme ils le disent, avait, dans une certaine impuissance, besoin d’eux personnellement pour établir son Règne sur le monde à l’heure des hommes, plutôt qu’à son heure.  En outre, en omettant de croire que les Textes inspirés expriment un langage symbolique, Dieu ne parlant pas le langage des hommes, mais le sien, celui des archétypes, ils oublient que le pire ennemi de l’évolution, que le Coran décrit, c’est chaque être lui-même envers lui-même, non un ennemi extérieur.

Ainsi, quand Allah appelle à livrer la guerre sainte ou sacrée, il appelle à l’incursion intérieure audacieuse et radicale pour dissoudre en soi-même ses points d’égocentrisme, d’hostilité, d’esprit rebelle et de séparativité qui coupent de Dieu et écartent de ses semblables.  Par ces omissions, dans l’esprit de bien des infidèles — les membres d’autres religions ou sectes —  ils discréditent eux-mêmes Celui qu’ils disent craindre, honorer et révérer, ne laissant pas d’autres choix à leurs frères des autres allégeances ou agnostiques de ne se convertir que s’ils y sont contraints par la force.  Car, pour ce qu’ils laissent entendre de leur Dieu, il n’apparaît pas, de prime abord, très amoureux et clément, tel que le Coran lui-même le décrit pourtant.

   Des êtres au cerveau lessivé, intoxiqués par la religion, stimulés par des brutes déguisés en prêcheurs, s’abattent sur le monde, comme des mercenaires, déguisés en missionnaires d’Allah, pour trucider les infidèles.  Incapable de pardonner jusqu’à septante fois sept fois, donc à l’infini, parce qu’Ils sont incapables de se regarder en face, d’accepter leurs responsabilités, de se pardonner à eux-mêmes et qu’ils ne comprennent rien au message des prophètes, qu’ils laissent interpréter par des ministres étroits d’esprit, fermés au monde et souvent incultes, le message d’amour de Jésus semble devenir d’une urgence capitale.  Car, dans notre monde gravement malade, seule cette panacée radicale peut le soigner et le sauver.

   Pourquoi tant de haine, de corruption, de violence et de dévastation, au nom de Dieu, masquant de plus en plus mal la volonté de se venger, de dominer, de projeter sur autrui ses torts et d’assouvir sa soif de sang chaud?  Au nom de Dieu, dit-on, mais pour servir quels intérêts?  Quel est le sens de notre monde dément, s’il ne révèle la dissolution d’un monde, une fin de cycle ou d’âge noir et l’extinction d’une race de prédateurs sadiques qui tentent d’empêcher qui que ce soit de dire la vérité, à savoir que toute quête qui oppose les êtres humains ne peut qu’être fausse et contraire à la volonté divine?  Du reste, dans leur haine congénitale, leurs suivants ne voudraient rien entendre dans une vaine tentative d’échapper à leurs responsabilités et à ses conséquences.   La vérité est exigeante comme l’est le message de Jésus, aussi, même encensé par Muhammad, vaut-il mieux l’ignorer.  Dans l’atmosphère dramatique de notre époque qui pourrait encore concevoir que pour trouver Dieu il fille tout donner?  En nos temps présents, quel serait le pays, la communauté, l’être capable de tout donner pour tout recevoir?

   Dans le monde actuel, chez la majorité, ne pas tricher avec soi-même et ne pas exploiter ses semblables soulève mépris, ironie et sarcasme.  Dans l’espoir d’assouvir ses pulsions et ses passions, il faut, sans vergogne, user d’astuces, se ranger du côté de ceux qui sont apparemment les plus forts ou les plus puissants, même s’ils ont tort et amènent à dévaster le monde.  Pourtant il n’a été demandé à personne de tant faire, mais plutôt d’apprendre à être, par l’amour, dans sa souveraineté et le respect de la liberté d’autrui.  Ce n’est qu’à ce prix que le monde pourra échapper au chaos et à l’anéantissement qui attend les ennemis de Dieu, non par une vengeance divine ni par une intervention humaine par procuration, mais par la rétribution de la Loi immuable.

   Par bonheur, il faut croire que la Lumière à déjà vaincu et que c’est son influence qui anime la Dernière Sédition et qui éveille chez les Forces de l’Ombre, partout infiltrées pour manipuler, l’énergie du désespoir.  Ainsi, plus les choses semblent aller mal, plus elles vont bien, démontrant comment la Lumière terrasse toutes les opacités qu’elle rencontre sur son chemin.

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