L’INITIATION À TRAVERS LES ÂGES

Le but de l’initiation est de faire de chacun une personne nouvelle, un être nouveau, de modifier entièrement le cœur et l’esprit, de donner au corps de nouvelles habitudes. Tout cela demande une ascèse persévérante et sans faille, y penser souvent et longuement, avoir sans cesse devant les yeux le résultat à atteindre. C’est le début d’une nouvelle vie….une renaissance.  Tous les grands courants initiatiques n’ont d’autres buts que celui-là et ont utilisés à cet effet nombre de symboles. Nous nous bornerons ici à tenter d’en découvrir quelques uns, laissant le soin à chacun de chercher plus loin, de découvrir, et d’avoir le mérite de son propre avancement s’il sait non seulement étudier, mais aussi, bien sur, mettre en pratique ce que le symboles lui auront appris.

«Les symboles sont la source. Ils permettent par le canal de l’intuition d’être guidé vers la lumière Divine, en laissant de côté le mental et l’analytique. C’est en scrutant les symboles avec les yeux de l’âme que le postulant aura accès à des mondes d’enseignement que nul ne peut lui apporter en dehors de lui-même. Les symboles sont la marque Divine des mondes cachés intérieurs et extérieurs de l’homme. Étudier les symboles donnera la clé de beaucoup de questions dont les réponses sont inscrites dans l’inconscient collectif et que chacun aura loisir d’aller chercher au plus profond de lui-même». (Spirite)

Tout est symbole sur terre car « tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut »…symboliquement.  Nous allons donc, pour cette fois, tenter de comprendre un peu une signification probable de certains symboles dans des courants initiatiques.  Bien entendu, tous les symboles ne peuvent être approchés, aussi nous n’en avons choisis que quelques uns que nous espérons complémentaires les uns des autres,  afin de permettre au lecteur une ouverture supplémentaire à sa recherche personnelle. Ces symbolismes sont choisis parmi quelques grands courants initiatiques que nous avons sélectionnés parmi ceux que nous pensons ne pas rencontrer souvent au fil de nos lectures, afin d’apporter à chacun un autre regard complémentaire, voire plus rare, sur ce qui est le plus souvent croisé.

En passant, on appelle «Mystères».certains cultes dont les pratiques, les cérémonies, les enseignements ou théologiques ou moraux, au lieu d’être accessibles à tous sans conditions, sont réservés à ceux-là seulement qui, au préalable, ont accepté de passer par les formalités de l’initiation.

EN CHINE IMMÉMORIALE

Pleine de mystères et de poésie, la légende du dragon ailé a été formulée en Chine et revête la plus haute image de l’adepte.  Le dragon, animal fabuleux, dont le corps de serpent ailé est couvert d’écailles et dont les pattes sont armées de griffes redoutables, représente le Verbe Divin ou l’initié formé à son image. Ce dragon peut vivre dans l’eau, sur la terre et dans l’air. Il connaît tous les secrets de la matière et de l’Esprit. C’est le symbole de l’initié qui, par son adaptation intérieure, peut vivre sans difficultés dans les mondes supérieurs, médians ou inférieurs, parce que l’essenceinitiation lui en est connue. La légende rapporte qu’un jour, un dragon sortit du Fleuve jaune. Il portait dessiné sur ses écailles, des cercles de couleur claire ou foncée. C’est sur les écailles de son dos que le Dragon conserve son savoir. Tout au long de son corps onduleux, ses écailles sont couvertes de figures sacrées.

Ce sont ces images qui, reflétées sur le chaos lui ont imposée leur rythme et ont formé tout ce qui existe sur la terre. De même le véritable initié, qui a compris les formes sacrées et en a pénétré son esprit par l’adaptation de sa volonté à une volonté Divine, peut, après l’entraînement nécessaire de son esprit, de son cœur et de son corps, projeter sur les autres les rythmes qu’il possède, transmuer leur esprit et la matière elle-même à l’image des formes qu’il a conçues dans son esprit. Il répercute autour de lui, mais ce n’est qu’après de longs travaux et de savantes études qu’un tel pouvoir est conféré à l’adepte. Il doit franchir bien des stades avant d’atteindre ce but. Ces stades de l’initiation chinoise sont figurés par les six manières dont le Dragon est représenté. Ce sont autant de transformation de celui qui est appelé à suivre la voie. Il lui faut quitter la matière, symbolisée par l’eau, qui est la mère universelle et le sein où se créent les formes pour gagner le ciel de l’Esprit. Le dragon, nous l’avons dit, peut vivre dans l’eau, sur terre et dans l’air.

Six dragons pour six images avons-nous dit. Nous ne ferons ici qu’énumérer les six dragons, nous attardant pourtant sur l’un d’entre eux car il mérite réflexion particulière.

Le dragon caché, enfoui au fond des eaux, «l’esprit est enfoncé» dans la matière).  Le dragon dans la rizière, sorti des eaux (prise de conscience du monde extérieur). Le dragon visible (s’élève au sommet des eaux mugissantes). Le dragon bondissant, et c’est là qu’il nous faut faire un petit arrêt car le dragon bondissant est celui du choix : l’être a compris qu’il ne doit pas rester dans le milieu morbide, il a trouvé la terre ferme qui lui permettra de s’élever mais il n’a pas pris conscience de ses ailes. C’est alors le moment du choix décisif, deux choix s’ouvrent devant l’âme humaine en travail : l’appel de l’Esprit. Triomphant de toutes les forces matérielles, des plaisirs et des appétits, des craintes et des violences. C’est l’union parfaite avec Dieu qui, en voie d’accomplissement révèle à l’être ses vrais moyens d’ascension;  l’appel de la matière : le dragon s’est lassé de bondir inutilement, mais ne tente pas d’ouvrir ses ailes, il ne ressent pas assez violemment l’appétit du Ciel pour les ouvrir d’un seul coup. Il rentre dans les eaux primitives, il renonce au Ciel de l’Esprit.

C’est le moment du problème absolu : il faut avancer ou reculer, monter vers le Ciel ou se laisser tomber dans la matière.  Le cinquième dragon est le dragon volant qui a enfin trouvé sa voie dans le domaine de l’Esprit. Enfin, le dernier dragon est le dragon planant, le symbole de l’initié qui a vaincu toutes les épreuves et dont la mission n’est plus sur Terre: il plane dans l’éther sur le cœur du Soleil et le sol ne l’attire pas, il est libéré, il vit pleinement la vie de l’Esprit, il a conçu l’Unité Divine, il a atteint le présumément inaccessible Nirvana.

EN ÉGYPTE

La voile tendue : L’Unité de Dieu, est à la base de la religion égyptienne dans son anciennement supérieur, et concernant l’évolution de l’esprit et le développement de la force psychique, les égyptiens avaient une immense connaissance dans le maniement des forces cachées. Les prêtres et les initiés savaient qu’il existe dans l’être humain une force qui irradie de toute sa personne et qu’il peut extérioriser pour le bien de ses frères. Cette force, qui lui est ainsi transmise est souvent symbolisée par une voile gonflée (qui ressemblerait un peu à nos cerfs-volants). Dans d’autres documents, cette force est symbolisée par un serpent. Ces deux symboles avaient une signification caractéristique au sujet de la force psychique et de son utilisation. La voile tendue l’est par un souffle qu’on ne voit pas, ainsi la force psychique ou magnétique est un moteur puissant qui ne se laisse pas percevoir et qui ne laisse pas de traces. Mais le serpent est plus mystérieux encore. Caché dans la terre et cependant naissant d’œufs comme les oiseaux, il semble une forme hybride qui sert de lienÉgypte à toutes les formes de la vie sur la terre. Ses changements de peau, considérés comme des renaissances, étaient l’emblème de plus hauts mystères. Enfin l’habitude qu’il a de se tenir lové et enroulé avait fait créer l’image du serpent qui se mord la queue formant ainsi le cercle parfait, le cycle qui finit et recommence sans cesse, le signe de l’éternité. Aussi symbolisait-il l’intelligence Divine communiquée à l’être humain et se trouvait il de ce fait sur la couronne des pharaons, initiés et fils du soleil.

Le voile symbolisait surtout le magnétisme curatif et la transmission de force d’une personne à une autre.  Le scarabée d’or et l’œil mystique : Le scarabée, en Égypte, surprenait l’observateur. Cet être nourri dans l’immondice, couvert d’une armure plus éclatante que n’en portera jamais un guerrier terrestre, était pris comme une image de la renaissance. Le logement qu’il prépare à ses larves dans une boule ou pilule de matières malpropres, donnait corps à cette conception. Ainsi quand l’esprit est assez évolué pour s’élever vers le soleil, il doit préparer la bonne évolution des autres en leur donnant les aliments physiques et intellectuels qui leur conviennent. Le scarabée est l’emblème de la transformation et du devenir.  L’œil mystique, quant à lui, que l’on trouve souvent aussi bien de chaque côté de l’étrave des barques que dans les bijoux les plus délicats, c’est l’image de la volonté bienveillante des dieux qui veillent sur nous en toutes circonstances et qui ne se repose pas, même durant notre sommeil. C’est l’image de la bonté qui survit à la tombe et qui donne à l’homme la certitude de vivre entouré de forces amies.

Le Sphinx : Cet animal allégorique, placé à 500 mètres en avant de la pyramide de Khephren, surmonte le plateau de Gizeh et est, aux dires de certains égyptologues, possible que cette figure soit la plus ancienne du monde, vestige des races disparues. La forme même de ce colosse est une énigme, que certains ont pourtant tenté de déchiffrer. Il a une tête de femme sur un corps de taureau, des ailes s’ébauchent à ses flancs et ses griffes fouillent le sable. Il a été sculpté à même le rocher qui formait crête sur le plateau de Gizeh. Sa longueur totale est de 57 mètres et sa face seule mesure 9 mètres de haut.  La tradition rapporte que la porte découverte entre ses pattes avant, conduisait aux pyramides, hauts lieux initiatiques.  Sur le granit sont inscrits les quatre mots qui résument l’initiation : «Savoir»«Vouloir», «Oser», «Se Taire» et «Agir».  La tête de femme personnifie l’Intelligence humaine, prescrivant de continuer la recherche. La tête de femme dit : «Travaille, pense», elle dit SAVOIR.  Les flancs du taureau enseignent le labeur acharné que le succès va couronner. La puissante et paisible poitrine du taureau dit VOULOIR.  Les griffes du taureau (ou du lion pour d’autres) disent que le royaume du ciel est à celui qui le force grâce à la lutte loyale contre l’idée fausse et la routine. Les griffes disent : OSER.  Les ailes de l’aigle ne sont pas déployées, mais ce n’est pas pour arrêter l’essor, juste pour faire comprendre que l’essor n’appartient qu’à soi même, que ce que tu as découvert tu ne dois le donner qu’à ceux qui en sont dignes et qu’il faut se recueillir. Les ailes de l’aigle repliées disent : SE TAIRE.

Les Mystères d’Isis

 

Au IIe siècle, Ptolémée Soter décida de renforcer son règne à l’aide d’une divinité acceptée comme suprême par les égyptiens et les grecs. Sérapis fut élevé au rang de grand dieu national. C’est le prêtre égyptien Manéthon et le grec Timothée (initié à plusieurs Mystères) qui établirent la structure du culte de Sérapis, ainsi que des Mystères d’Isis (et d’Osiris).  Osiris, en tant que seul dieu égyptien à être mort et ressuscité, assimilé à Ré au Nouvel Empire, avait une popularité exceptionnelle. Certains rituels secrets osiriens, accomplis à l’intérieur des temples, se rapportaient à la vie future.

Les Mystères d’Isis comportaient des fêtes publiques, un culte quotidien et des rites secrets. Les fêtes d’Isis célébraient le démembrement et la reconstitution du corps d’Osiris.  L’initié subissait une expérience de mort et de résurrection, dont on ignore le contenu spécifique. Il descend dans les Enfers et en revient en traversant les quatre éléments cosmiques ; il voit le soleil rayonnant en pleine nuit ; il s’approche des dieux, les contemple et les adore de près. Le myste finit par se sentir identifié à Osiris-Rê : c’est l’individu vivant qui est divinisé, et non pas l’âme dans sa condition post-mortem. L’initiation se termine le troisième jour par un banquet rituel. Deux autres niveaux d’initiations sont ensuite possibles, dont on ne sait rien.  La descente aux Enfers du myste et son ascension sont des aspects spécifiquement grecs.

Le culte égyptien devint très populaire dans tout l’empire romain à partir du Premier siècle, et au début de l’ère chrétienne. Certains traits de l’iconographie et de la mythologie de la Vierge Marie ont été empruntés à Isis.  Aujourd’hui encore, dans la spiritualité contemporaine, on présente Marie comme un aspect de la déesse Isis.

EN GRÈCE

Le sphinx d’Oedipe : En Grèce le monstre ailé est presque semblable qu’en Égypte mais il a été confié à la lyre des poètes et son mystère se transmet de bouche à oreilles. Il ne dit pas son secret, c’est le sphinx lui-même qui le révèle dans la question qu’il pose : «Quel est l’animal qui marche sur quatre pattes au lever de l’aurore, sur deux au milieu du jour et sur trois au coucher du soleil ?». Et c’est Œdipe qui répond : «L’homme», ayant percé le mystère : Les quatre saisons de la vie humaine correspondent aux quatre natures du sphinx.  L’animal à quatre pattes, l’enfant au lever de l’aurore, c’est la période de l’étude, c’est : savoir.  L’animal à deux pattes qui marche avec assurance, c’est cette phase en deux parties de la jeunesse période d’ardeur parfois irréfléchie mais toujours riche en activité qui est : vouloir et la seconde phase vient avec l’âge mur qui décroît déjà mais tient à accomplir et c’est : oser.  Enfin l’animal à trois pattes, le vieillardGrèce qui s’appuie sur son bâton qui s’est accompli, a recueilli ses fruits et est à l’âge de : se taire.

Homère : L’antre des nymphes.  Elle est située dans l’île d’Ithaké. Et est un lieu sacré qui renferme les richesses de l’initié. La description de l’antre par Homère traduite par Pierre Quillard nous dit ceci : «À la tête du port croît un olivier au large feuillage. /  Près de lui s’ouvre l’antre aimable et ténébreux, / Consacré aux nymphes que l’on appelle naïades. / Au-dedans il y a des cratères et des amphores / De pierre où les abeilles construisent leurs rayons; / Il y a aussi de longs métiers de pierre sur lesquels les nymphes / Tissent des étoffes teintes de pourpre merveilleuses à voir; / Là encore coulent des sources intarissables ; et il y a deux entrées: / L’une vers le Boréas, laisse descendre les hommes; / Mais l’autre, vers le Notos, est pour les Dieux et jamais par elle / Les hommes n’entrent ; mais c’est la route des immortels».

Porphyre explique : Cet antre est l’image mystique de la destinée des âmes. Il est le symbole du monde et pas un détail n’est sans importance. L’antre est le monde et il a deux ouvertures. L’une pour les hommes, l’autre pour les dieux, et les visiteurs, d’une nature si différente, ne changent jamais de porte. L’antre est plein d’ombre, mais cette ombre est douce et fraîche la rendant aimable malgré les ténèbres. Il faut y voir une allégorie du poète qui a aussi placé mystiquement un olivier près de l’antre.  L’olivier est un arbre sacré entre tous et la place de cet arbre pacifique, au seuil de l’antre des initiés suffirait pour attirer leur attention, car ce n’est, ni dans les tempêtes de la colère, ni dans les tumultes de l’ambition que les Dieux consentent à se révéler aux mortels. L’antre (d’après Porphyre, toujours) est le symbole du monde. C’est par lui que les âmes descendent dans cette vie matérielle et, c’est par lui qu’elles retournent dans le monde supérieur. Les anciens, consacraient les antres et les cavernes au Monde considéré dans son universalité ou dans ses parties. Ils prenaient la terre pour symbole de la matière dont est composé le Monde : là aussi on pensait que par la terre il fallait entendre la matière et l’on signifiait par les antres que le Monde est composé par la matière. L’antre est donc l’image du monde tangible.

C’est à cause de matière, que le monde est obscur et ténébreux : mais la forme s’y ajoute et l’ordonne et, par là, il devient beau et agréable. On peut donc le comparer à celui qui se tient sur le seuil, parce qu’à l’entrée les formes y sont distinctes mais obscur à quiconque en imagine les cavités profondes et entre en esprit dans cette ombre. C’est au point que l’extérieur et les premiers abords en sont agréables et que les profondeurs intimes en sont ténébreuses.  C’est donc en se dégageant de la matière, en l’éclairant de la lumière qui lui est extérieure, qu’on parvient à lui donner toute la beauté qui lui est accessible et qu’elle est susceptible de rendre.  L’antre est consacré aux nymphes, comme la plupart des antres.  Les Naïades, les nymphes sont les énergies personnifiées de la matière et cet antre, où les eaux coulent perpétuellement, ne symbolisent pas l’essence intelligible, mais la substance unie à la matière. Les naïades sont les âmes qui veulent naître. Quant aux cratères et aux amphores de pierre ce sont, les symboles des nymphes hydriades, car elles sont le symbole de Dionysos, car ils plaisent au dieu de la vigne dont le fruit a été mûri par le feu ouranien.  Les étoffes de pourpre quant à elles sont la chair unie au sang, comme le corps est le vêtement de l’âme, en union avec l’âme.

Le miel et les abeilles sont symboliques de pureté et de liberté. Le miel purifie et conserve, il purifie la langue de toute erreur, c’est donc une nourriture sacrée, nourriture des dieux utilisée comme préservatif de la décomposition naturelle. L’abeille est sacrée également et est l’image d’une âme déjà évoluée qui vient en ce monde pour faire son miel qui est bon et utile. L’abeille est un animal instruit par les dieux et la perfection des alvéoles où elle distille son miel a toujours frappé d’admiration les observateurs, miel préparé avec la quintessence des fleurs qui elles mêmes sont le plus pur des végétaux.  L’antre à deux issues. L’ouverture de l’antre tourne vers le Boréas, servait à la descente des âmes, quant au Notos, il est réservé, non aux dieux, mais à ceux qui montent vers les cieux (la route des immortels), c’est la route de ceux qui désormais victorieux des épreuves ont vaincu la seconde mort et qui ainsi ne naîtront et ne mourront plus.  L’olivier, est signe de la sagesse Divine. Le monde n’est, en effet pas né arbitrairement et au hasard mais il est l’œuvre de la pensée Divine et de la nature intelligente et, devant l’antre, image du monde est planté l’olivier. L’olivier est toujours vert et convient donc aux changements des âmes en ce monde. Le monde est ainsi dirigé par la pensée éternelle et toujours verte d’une nature intelligente.

Ces sens secrets sembleraient correspondre à la pensée d’Homère qui, sous le voile de la poésie, avait su faire passer quelques secrets de l’initiation hellénique.

Orphée : Ce héros passe pour le plus ancien initié grec dont l’histoire nous ait conservé le souvenir, bien qu’il ne nous reste aucune preuve de son existence matérielle (Orphée : homme ou groupe initiatique ?). Orphée s’adresse plus à la sensation qu’à la pensée pure ou au jugement, et utilise pour cela la poésie et la musique. Sa lyre à sept cordes symbolisait l’ordre parfait, l’ordre de l’esprit, assimilé aux sept astres du ciel. Chaque corde représentait un mode d’expression intellectuelle : science, art, etc.…  Mais la clé semble aujourd’hui perdue de ce symbolisme harmonieux.

Les travaux que la légende prête à Orphée sont aussi ceux que l’initié doit accomplir. Le son de sa voix et de sa lyre symbolise cette maîtrise sur les rythmes sacrés. Ses autres œuvres symbolisent l’action de l’adepte sur les éléments : il peut, connaissant les rythmes qui modifient jusqu’à la nature des corps, apporter des changements dans les choses qui paraissent le plus immuable.  La musique, dont l’effet si direct et si puissant sur les organismes nerveux, est toujours apparue comme une inspiration Divine. Dans les applications du magnétisme la musique a été utilisée avec profit. Pour les anciens elle n’était pas seulement un plaisir mais on lui reconnaissait un pouvoir individuel ou collectif. Pour Orphée, la musique avait à ses yeux ce grand pouvoir de mettre l’être en rapport avec les plus hautes harmonies, avec les sphères Divines où l’ordre est si pur qu’il devient rythme et musique. Il savait que notre devoir est de libérer l’âme de la prison de son corps, et son moyen immédiat était l’enthousiasme vers la beauté. Mais ce moyen est transitoire et ses effets éphémères. La délivrance vient lentement et non sans peine, car la mort ne fait que conduire à de nouvelles existences. C’est pour expier une faute inutile que l’âme est liée à la matière, c’est parce qu’elle n’a pas su éliminer ce qu’elle a de trop matériel que l’âme recommence ses douloureuses migrations dans les corps.

L’initiation unit l’homme à Dieu et pour cette union l’homme doit vivre une vie saine et naturelle. Quant au domaine moral, l’homme qui veut évoluer doit se tourner vers Dieu, se détacher de la matière, respecter Dieu dans ses créatures. Ainsi se détachant de tout ce qui est mortel, il se prépare une vie immortelle qui ne sera plus soumise à la mort ni à la renaissance. Orphée voulait faire comprendre tout cela par la voix des arts musicaux et poétiques.

Les Mystères d’Éleusis

Un des points les plus secrets de l’initiation hellénique fut la célébration des mystères d’Éleusis qui avaient trait à des mythes agricoles et se référaient aux travaux des champs par l’organisation de fêtes en l’honneur de Déméter, déesse de la terre. Ces fêtes sous la représentation du mythe de Perséphone, perdue et revenue à la lumière exposaient des théories semblables à toutes les initiations.  Similitude entre de la disparition de la jeune déesse et celle de la disparition du grain de blé, mis dans la terre comme un mort pour y pourrir et qui, sous une influence mystérieuse triomphe du poids de la terre, renaît à la clarté, fleurit, porte des fruits nombreux. Tout esprit élevé et porté au symbolisme voyait dans cette image les destinées de l’âme qui, rentrée dans l’apparent non-être, revient à la vie et, riche de nouvelles expériences, porte des fruits d’éternité en vue de ses futures réincarnations. Sitôt semé, le grain disparaît. Le corps, à la mort est confié à la terre. Mais le blé rassemble les éléments d’un nouveau corps, comme fait l’âme humaine. Tout deux recommencent un nouveau cycle et le retour des saisons fut pour les grecs, l’image de l’ordre immuable et divers de la création.

La victoire que l’agriculteur remporte sur les éléments hostiles, sur l’aridité de la terre, symbolisait pour eux la victoire que nous devons remporter sur nos passions.

Déméter, la terre mère, se voyait enlever sa fille Perséphone (Proserpine) par le farouche Pluton. Elle lui était ensuite rendue, mais jamais complètement car le Dieu des enfers avait pris soin de lui faire manger quelques pépins de grenade, symbole de la fécondité.  Du point de vue exotérique (enseignement pour les foules), la destinée de Perséphone était le symbole de l’agriculture qui confie le grain à la terre afin qu’il soit fécondé et rapporté au centuple, mais le sens ésotérique (caché et réel) était que l’âme, après les funérailles, entrait dans les ténèbres et qu’elle s’y purifiait, mais jamais complètement, car nous gardons jusqu’à la fin de nos incarnations le désir de vivre et de produire. Ce n’est que quand nous serons entièrement dépouillés de tout désir égoïste, que nous serons délivrés du retour en ce monde, que Perséphone, rendue définitivement à la splendeur du jour, représentera l’intelligence Divine, la lumière céleste, que nous cherchons si longuement, qui se refuse aux yeux de chair.

DANS L’EMPIRE ROMAIN

Le Mithracisme : Mithra est une divinité indo-iranienne dont on peut faire remonter l’origine au second millénaire av. J.C.  Son nom est mentionné pour la première fois dans un traité entre les Hittites et les Mitanniens, signé vers 1400 av. J.-C.   En Inde, Mithra figurait dans les hymnes védiques comme dieu de la lumière, associé à Varuna.  Dans l’Avesta iranien c’est un dieu bénéfique, collaborateur d’Ahura Mazda, il reçoit aussi le surnom de «juge des âmes». Il est possible que son culte soit arrivé dans l’Empire romain depuis lRome‘Iran grâce à la diffusion du Zoroastrisme qui en serait une forme d’Hérésie. (Zoroastre, d’après la tradition, aurait commencé sa vie comme prêtre de la religion alors régnante en Perse, le mithraïsme.) Cependant, les études actuelles tendent à considérer qu’on ne peut pas admettre un lien de parenté direct entre le Mitra indo-iranien et le mithraïsme, du fait de l’utilisation de la forme grecque « Mithra » au lieu de « Mitra » pour le différencier. Les informations, plutôt fragmentaires, qui existent sur le culte de Mithra concernent sa pratique pendant le Bas Empire romain. C’était un culte à mystères, de type initiatique, basé sur la transmission orale et un rituel d’initié à initié et non sur des écritures sacrées. C’est pourquoi la documentation écrite concernant le culte de Mithra est pratiquement inexistante. L’étude de cette religion est principalement basée sur l’iconographie qui décorait les «mithræa».

Le mithræum : Le culte de Mithra s’exerçait dans des temples nommés «mithræa» (au singulier, «mithræum»). Ces endroits étaient au départ des grottes naturelles, et plus tard des constructions artificielles les imitant, obscures et dépourvues de fenêtres. Ils étaient exigus, la plupart ne pouvaient pas accueillir plus de quarante personnes.  Dans un mithræum type on peut distinguer trois parties : l’antichambre ;  le «spelæum» ou «spelunca» (la grotte), grande salle rectangulaire décorée de peintures et deux grandes banquettes le long de chaque mur pour les repas sacrés ;  le sanctuaire, au fond de la grotte, dans lequel on trouvait l’autel et l’image — peinture, bas-relief ou statue — de Mithra donnant la mort au taureau. Les rites.  Pour la reconstitution des rituels mithriaques, on ne peut compter que sur les textes des Pères de l’Église qui critiquent le culte de Mithra, et sur l’iconographie retrouvée dans les mithraea.

Les femmes étaient exclues des mystères de Mithra. Quant aux hommes, il semble qu’il n’y avait pas d’âge minimum requis, et que des enfants y furent admis. La langue utilisée dans les rituels était le grec, mélangé de quelques formules en persan (certainement incompréhensibles pour la majorité des fidèles), cependant le latin s’est introduit progressivement.  Il semble que le rite principal de la religion mithriaque ait été un banquet rituel, que l’on peut rapprocher d’une certaine manière de l’eucharistie du Christianisme. Selon le témoignage du chrétien Justin, les aliments offerts durant le banquet étaient du pain et de l’eau; cependant les découvertes archéologiques montrent que c’était du pain et du vin, comme dans le rite chrétien. Cette cérémonie se célébrait dans la partie centrale du mithraeum, dans laquelle deux banquets en parallèle offraient un espace suffisant pour que les fidèles pussent s’étendre, selon la coutume romaine. Les «Corbeaux» (Corax) remplissaient la fonction de serveurs des nourritures sacrées. Le rituel incluait aussi le sacrifice d’un taureau, bien qu’on sacrifiât également d’autres animaux.  La statue de tauroctonie remplissait sans doute un rôle dans ses rites, bien qu’il ne soit pas très clair. Dans certains mithraea, on a découvert des piédestaux tournants, qui peuvent montrer et cacher alternativement l’image divine aux fidèles.  À un certain moment de l’évolution du mithraïsme, on utilisait aussi le rite du «taurobole», ou le baptême des fidèles avec le sang d’un taureau, qui se pratique également dans d’autres religions orientales.

D’autres rites devaient être en relation avec la cérémonie d’initiation. Grâce à Tertullien, on connaît le rite de l’initiation du «Soldat» (Miles) : le candidat était «baptisé» (probablement par immersion), il était marqué au fer chaud et enfin on le mettait à l’essai avec le «rite de la couronne» (le néophyte devait laisser tomber la couronne dont on l’avait coiffé, en proclamant que c’était la couronne de Mithra). À chaque niveau d’initiation correspondait un rituel.  Festivités : pendant le 25 décembre (qui coïncide à peu près avec le solstice d’hiver), se commémorait la naissance de Mithra. Les seize de chaque mois étaient sacrés également.  Les adeptes de Mithra louaient également le dimanche, jour du Soleil.

LE CATHARISME-Moyen Âge

Le Catharisme est une secte médiévale qui est apparue en Europe vers la fin du XIe siècle. Ce mouvement chrétien et métaphysique a connu une très forte pénétration dans le sud de la France, en particulier sur Les Terres du comte de Toulouse.  Combattu par l’Église catholique et le roi de France, le Catharisme est officiellement disparu au début du XIVe siècle.  Principalement concentré en Occitanie, le Catharisme subit une violente répression armée à partir de 1209 lors de la croisade contre les Albigeois puis, durant un siècle, par la répression judiciaire de l’Inquisition.  À leur époque, les Cathares se considérant alors comme les seuls vrais disciples des apôtres, adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils s’appuient principalement sur les enseignements du «Nouveau Testament», leur unique prière étant le «Notre Père». Ils considèrent que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l’Église catholique romaine tout au long du Haut Moyen Âge, n’ont aucune valeur : le sacrement du baptême d’eau que les prêtres catholiques Catharismeconfèrent aux nouveau-nés (incapables selon eux de comprendre l’engagement qu’est le baptême pour celui qui le reçoit) ; la médiation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts) ;  le sacrement de l’Eucharistie : refusant de croire en la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sans du Christ lors de leur consécration par le prêtre lors de la messe. En mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les Cathares bénissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. C’est le rituel du «pain de l’Oraison»;  le sacrement du mariage, celui-ci légitimant à leurs yeux l’union charnelle de l’homme et de la femme, union à l’origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la «Genèse».

De même que dans certain courant de l’Église chrétienne primitive, l’idéal cathare est basé sur une vie ascétique, alors que le sacrement du mariage aurait été créé tardivement afin de permettre aux fidèles d’être chrétiens dans le mariage, leur donnant la possibilité d’accéder au salut sans suivre la voie monastique.  Ils n’attachent pas d’importance aux églises bâties qui ne sont pas pour eux les seuls lieux du culte car la parole du Christ peut être enseignée partout où se réunissent les fidèles.  Leur seul sacrement est le baptême, ou consolament.  Le sacrement du consolament (consolation, en occitan du latin «consolamentum») ou «baptême d’esprit et du feu» par imposition des mains, comme pratiqué par le Christ, est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l’homme : l’esprit. Il met en contact l’esprit divin de l’homme et le Saint-Esprit, lui permettant de reconnaître sa nature divine et d’accéder au salut. Ce sacrement joue un rôle fondamental dans les communautés cathares car il est à la fois sacrement d’ordination et de viatique (extrême-onction), alors appelé «consolament des mourants».  Le consolament est conféré par un membre de la hiérarchie et engage celui qui le reçoit dans une vie religieuse qui, comme toute ordination, suppose la prononciation de vœux et le respect d’une Règle : pratique de l’ascèse, abstinence de toute nourriture carnée, la pratique de la morale évangélique : interdiction de jurer, de mentir, de tuer. Il fait d’un croyant cathare un Bon Homme ou une Bonne Dame,  un «Parfait», membre du clergé, prédicateur, capable d’apporter lui-même le consolament aux mourants.  Il était donc aussi administré aux mourants qui en faisaient la demande, c’est-à-dire aux simples croyants qui n’avaient pas franchi le pas de l’ordination durant leur vie, mais souhaitaient rencontrer le Saint-Esprit, leur donnant une chance d’accéder au salut, avant de mourir. Les prières des parfaits après la mort du consolé pouvaient durer encore quatre jours, et si le mourant survivait, il devait alors embrasser la vie de parfait avec les contraintes associées.

Pour Rome, les Cathares sont pires que les infidèles (Juifs et Musulmans) car, tout en étant chrétiens, ils interprètent différemment certaines croyances et contestent la doctrine des sept sacrements que les théologiens catholiques ont fixée dès le début du XIIe siècle. Les cathares poussent à l’extrême le sens du message des Écritures qui formule la croyance dans l’existence de deux mondes, l’un bon et l’autre mauvais. Le premier, le monde invisible aux créatures éternelles, est l’œuvre de Dieu le Père ; le second, visible et corruptible, est l’œuvre du Diable. Désirant exempter Dieu du mal expérimenté dans le monde matériel, les cathares échafaudent leur propre système de croyances, variable selon les périodes et les aires culturelles d’implantation. Il est tout de même possible de tenter la description générale de ces croyances. Dieu a créé uniquement le monde invisible et éternel ainsi que les créatures qui le peuplent : les anges. Parmi eux, l’un pèche par orgueil en se révoltant contre le Père afin d’égaler sa puissance : c’est le diable. Cet ange déchu est expulsé du ciel avec d’autres, pécheurs comme lui ou entraînés par lui dans sa chute. Introduits dans des corps charnels fabriqués par le diable, ces anges deviennent les âmes des hommes et des femmes. Le Christ, fils de Dieu, vient révéler leur origine céleste et montre le moyen de retourner au ciel. Le Christ est donc uniquement l’envoyé du Père venu porter le message du salut aux hommes, il n’est pas, comme pour les catholiques, le rédempteur du péché. Il n’a pas souffert la Passion, il n’est pas mort sur la Croix car il n’avait un corps de chair qu’en apparence.

Voilà ce qu’on a voulu en dire et en retenir.  Mais en fait, le Catharisme était relié à Manès (ou Mani), fondateur du manichéisme, qui vécut au IIIe siècle en Mésopotamie. Certaines similitudes existent en effet, en particulier en ce qui concerne l’approche dualiste du monde, séparant ainsi le matériel du spirituel, le mal du bien.  Comme on l’a dit, les Cathares eux-mêmes ne se dénommaient que bons chrétiens ou bonshommes, mais, foncièrement, ils adhéraient à la même école de pensée que les Albigeois.

Les Gnostiques 

La gnose dont le nom grec signifie connaissance eut, dès ses premières manifestations, l’intention de se poser en science de Dieu, de pénétrer tous les mystères, Gnosticismepour les révéler à ses adeptes. D’après les gnostiques, la gnose donne le secret de l’univers, le secret de l’évolution, mais les théories officielles des maîtres ont été fréquemment modifiés, car, à côté de l’enseignement officiel gnostique, une large part est laissée à l’illumination personnelle qui doit être prise en considération.

L’initiation gnostique a  pour but de mettre sur le chemin celui qui cherche la lumière, de faire servir son initiation à son évolution, comme c’est le but véritable de toutes les initiations. Pour cela, la pierre brute doit devenir la pierre taillée, afin qu’elle puisse faire partie de rythmique architecture de celui qui crée les mondes. Pour que la pierre brute devienne pierre taillée, il faudra employer le marteau qu’est la volonté et le ciseau qu’est le jugement. Le marteau représente la force inconsciente, la volonté brutale, massive, qui, comme le marteau, doit être tenue bien en main par l’esprit, seul capable de diriger cette puissance quasi animale. Le ciseau, au contraire c’est le jugement, la force organisatrice de l’esprit. L’esprit doit retrancher du désir aveugle tout ce qui nuirait au plan éternellement préconçu, dû la matière et même la sensibilité, en souffrir. C’est le discernement de l’esprit qui doit appliquer le ciseau sur les points où il est nécessaire. Comme dans toutes les initiations, nous voyons que les impulsivités humaines sont soumises à la direction de l’esprit qui les conduit et s’en sert au mieux de l’intérêt collectif.

Malgré sa précision parfaite, le ciseau ne peut frapper que sous le choc du marteau. C’est un symbole d’ailleurs fort beau de l’impuissance de la science sans un animisme bien dirigé qui lui donne son élan et sa force.

Cette action du marteau et du ciseau nous enseigne que l’homme doit maîtriser ses impulsivités et rendre sa volonté ferme et semblable à un métal affiné, de telle sorte que ses impulsivités habilement canalisées puissent, dans un cas donné, frapper avec énergie et justesse et accomplir l’acte souhaité avec toute la force et la précision possible.  Les gnostiques subissent aussi des épreuves initiatiques et reçoivent la communion du pain et du vin. Le pain symbolise la lettre et l’explication exotérique de la loi, tandis que le vin réservé aux clercs indique la révélation intégrale, l’ésotérisme.

Les Néo-gnostiques 

Les néo-gnostiques, groupe formé à partir des gnostiques, ont disposés les phases de leur initiation suivant les saisons de l’année et de manière à symboliser, par l’âge du soleil annuel, l’état d’âme et d’esprit du nouvel adepte ; ainsi se perpétue la pensée de l’existence cyclique de l’âme humaine qui parcourt tour à tour chaque saison, subit les jours et les nuits jusqu’au moment où le temps disparaîtra pour chaque âme parvenue enfin au but de son évolution terrestre.

Le premier état de l’élève (ou apprenti) est symbolisé par l’hiver. A ce moment l’être est dans le chaos et dans l’obscurité, mais, comme la terre en hiver, il contient toutes les possibilités de l’espoir en une prochaine rénovation. Il est dans la matière, mais le blé semé ne demande qu’à croître et à fleurir avec le temps et les soins qui lui sont nécessaires.

Au degré suivant, il devient disciple (ou compagnon gnostique). C’est le printemps. La parole des maîtres, de même que le soleil propice, a répandu la chaleur qui fait éclore les germes. La nature s’éveille. Celui qui était dans l’ombre comprend enfin la clarté et il tend toutes ses forces vers elle. Le monde renaît à la force et à la joie. L’année nouvelle vient d’éclore.

L’adepte devient ensuite maître gnostique.  C’est l’été, l’épanouissement de ce qui ne fut tout d’abord qu’une promesse. Le blé mort dans la terre est devenu moisson abondante.  Le soleil de la vérité s’est levé sur l’intelligence. Une immense joie rayonne sur l’univers qui n’est que l’emblème de l’âme renouvelée.  Elle bénéficie du fruit de ses efforts.

Enfin, vient le degré de maître-élu-gnostique. Les mystères sont accomplis. Les récoltes sont dans la grange. Celui qui, dans cette vie atteint le sommet de ce qu’il est permis de recevoir, peut se réjouir de son travail. Mais l’automne est la saison des souvenirs et de la méditation. Le véritable adepte sait que son royaume n’est pas de ce monde. Il se prépare à une nouvelle étape de son évolution par la méditation et par l’étude, par la pratique des œuvres de bienfaisance, afin que ses frères aient part à son bien et qu’il sorte de la matière.

LA FRANC-MAÇONNERIE 

Pour aborder les symboles maçonniques, il faut dépasser les rumeurs et les accusations pour regarder de plus près le lieu où se donne l’initiation : c’est la loge.  La loge est l’image de l’univers. Son plafond est une voûte azurée constellée d’étoiles qui est l’image du firmament tout fleuri d’astres. Le sol, ou pavé de la loge est dallé de grands losanges blancs et noirs, indiquant pour les initiés de hauts grafranc-maçonneriedes, l’harmonie qui naît de l’équilibre des contraires. Pour les adeptes de rangs inférieurs elle symbolise toutes les races, toutes les doctrines, toutes les opinions mêlées et unies, c’est l’image de la fraternité qui doit régner entre tous les humains. Le vrai maçon doit assister et éclairer indifféremment tous les hommes, à quelque race, quelque pays, quelque religion qu’ils appartiennent.

À l’orient est une estrade à trois marches où se trouve le fauteuil du vulnérable. Les trois marches disent qu’il doit surpasser ses élèves sur les trois domaines : physique, sentimental et intellectuel. Il doit leur enseigner la lumière de l’esprit, c’est pourquoi son siège le présente comme venant de l’orient où naît le jour, car il est celui qui éclaire les esprits.  A terre est posée la pierre brute, symbole de l’homme avant son initiation, la pierre prendra forme géométrique à mesure de l’initiation du maçon. Le fauteuil du vénérable est surmonté d’un dais. D’un côté de ce dais on voit le soleil image de la lumière directe qui se répand sur le monde y apportant vie et chaleur, comme doit l’être l’initié qui a reçu l’initiation pour en faire bénéficier ceux qui sont moins avantagés. De l’autre côté du dais se voit la lune, principe passif qui exprime mieux la situation des disciples : la lune reçoit la clarté du soleil et la réfléchit dans la nuit.  Le tableau est un tapis rectangulaire étalé sur le dallage, les emblèmes des trois grades corporatifs d’apprenti, de compagnon et de maître y révèlent la synthèse de l’ésotérisme maçonnique.

Le tableau de maître a son fond décoré de losanges et non plus de carrés comme le dallage. Ils sont en effet composés de deux triangles droits et inversés respectivement reliés au plan divin et terrestre et indiquant la maîtrise. S’y trouve le cercueil d’Hiram, recouvert d’une draperie ornée des larmes d’argent du sacrifice et la croix latine du double épanouissement de l’être. La tête du cercueil porte un triangle orné d’un G et s’oriente vers l’occident ou pays des morts. L’autre extrémité sur laquelle sont posés le compas et l’équerre est tournée vers l’orient, la gauche du Tableau vers le septentrion, la droite vers le midi. Le rameau d’acacia symbolise la vie nouvelle, la résurrection succédant à la mort. Les tibias placés sous des crânes adoptent la forme de la croix de Saint André, symbole de vie et de perfection.  Le tableau de compagnon porte des colonnes surmontées de sphères céleste et terrestre et trois marches mènent au temple. Le tableau d’apprenti est basé sur la même disposition que celui de compagnon, mais les deux colonnes sont surmontées de grenades ; en outre, 5 ou 7 marches donnent accès au temple.

L’œil, souvent représenté, indique la Lumière, le principe Créateur, le soleil physique d’où émanent la vie et le Grand Architecte de l’Univers. « Recevoir la lumière » signifie être admis à l’initiation. Le Vénérable la transmet au moyen de l’Épée flamboyante, symbole du Verbe, ornée en son centre de la lettre G.  La lettre G, est proche de l’idéogramme du sel emblème de la sagesse et du discernement, ainsi que le Gamma qui dessine une équerre. Elle a diverses significations qui, toutes, se rapprochent de la connaissance initiatique : Gnose ou connaissance, God, Dieu (en anglais) ou Goth (en allemand), Géométrie sacrée, Génération, rendue possible par la conjonction du plus et du moins, de Jakin et de Booz.  L’étoile flamboyante à cinq branches ou pentagramme : placé face à l’occident est considérée comme androgyne (5=3+2) et peut être rapprochée de la rose rosicrucienne. Discrète, l’étoile parait le soir, remplace le soleil et prépare le lever de la lune, astre des philosophes, elle peut pénétrer à l’intérieur de tout chose.

La chambre du milieu fait tomber le compagnon (sans la lumière de l’étoile il est dans le noir absolu) : l’équerre et le compas ne mesure plus que vanité mais il s’y trouve un rameau d’acacia qui l’incite à s’orienter vers les valeurs du pur esprit animant le maître ressuscité.  Le maillet et le ciseau symbolisent les outils nécessaires à la pierre brute.  Le niveau et le fil de plomb sont attribués aux surveillants. Leur perpendiculaire est en rapport avec le symbolisme des deux colonnes (voir la légende d’Hiram, un peu plus loin). Le niveau est constitué par une équerre au sommet de laquelle est suspendu un fil à plomb : le passage de la perpendiculaire au niveau est le passage du grade d’apprenti à celui de compagnon. La synthèse des deux est réalisée par l’équerre, attribut du vénérable.  L’équerre symbolise la perfection du carré.  Le compas symbolise la perfection du cercle et du cosmos.  La règle symbolise la rectitude, l’unique direction.  La pierre cubique à pointes ou cube surmonté d’un triangle, est l’attribut du maçon capable de devenir pierre taillée et de s’insérer dans l’édifice cosmique ou humain : les quatre éléments constituants sont surmontés par le ternaire divin, leur quintessence.

L’évolution humaine en symbolisée en trois paliers : la pierre brute reliée à l’apprenti qui doit se dégrossir au fur et à mesure de son ouverture intérieure. La pierre cubique reliée au degré de compagnon qui doit encore se purifier et la pierre philosophale, reliée à l’état transcendantal du maître.  La planche à tracer est en rapport avec le grade de maître dont le plan dirige la construction. Elle comporte deux signes qui constituent la division du carré non tracé en carré magique et la division du carré non tracé par les diagonales qui le séparent en quatre zones orientées. Ces mêmes signes figurent aussi sur le plan de la pierre cubique et sur celui de la pointe pyramidale du tableau d’apprenti.  Le soleil et la lune symbolisent la complémentarité des deux principes qui régissent la vie terrestre.  La houppe dentelée ou corde nouée en lacs d’amour, symbolise, autour du tableau, la chaîne qui unit les frères, et dont les nœuds dessinent l’idéogramme de l’infini.

La franc-maçonnerie comporte des grades qu’il nous parait utile d’effleurer ici.

L’«Apprenti» (la pierre brute) : Le travail des apprentis est le perfectionnement de leur personnalité et est décrit par leur rituel (dépouillement de bijoux, une partie des vêtements, épreuves des 4 éléments) que nous n’exposerons pas ici pour des raisons de longueur de textes, préférant aller à l’essentiel de la compréhension. L’apprenti travaille à dégrossir la pierre brute afin de la dépouiller de ses aspérités et la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination. La pierre brute est l’homme tel que l’ont fait la nature et la société. Il est encore tout pénétré de matière et son jugement endormi est faussé par avance par les intérêts matériels et les passions. C’est donc à l’apprenti de comprendre combien il est éloigné de l’idéal qu’il veut atteindre, de se rapprocher de cet idéal en se dépouillant de ses imperfections. Deux outils lui sont donnés pour cela : le maillet et le ciseau.

Le ciseau c’est le jugement mais le jugement est sans action, de même que le ciseau est sans force si le marteau ne lui prête son rude appui.  Le maillet c’est la volonté quand elle est bien dirigée.  L’un ne peut se passer de l’autre et leur développement crée déjà un heureux équilibre dans la personnalité de l’apprenti. Si le maillet existait seul il serait une force aveugle qui, se ruant sur la pierre,  la briserait au lieu de la dégrossir. La volonté est une force admirable mais si elle n’est pas conduite par un jugement éclairé, elle est mauvaise aussi bien pour celui qui la possède que pour celui en subit les effets.  Les enseignements du grade d’apprenti apprennent à l’homme, par son symbolisme et ses épreuves, à se connaître, à se perfectionner mais il n’arrivera à ce but qu’avec les outils confiés au compagnon.

Le «Compagnon» (la pierre cubique) : À ce stade, il convient de faire œuvre positive. Il faut construire, il faut créer une personnalité nouvelle et se diriger vers des actes conformes à ses pensées. C’est le rôle du compagnon. Ici se placent 5 épreuves (5 rituels) se rapportant aux 5 sens, ce sont les armes de la connaissance (connaissance de soi, des autres, de la nature..). Puis il reçoit une règle et un compas puisque ayant appris à se servir de ses sens il doit apprendre à les diriger et les maintenir dans la voie droite. On montre alors à l’initié les moyens de bâtir et par conséquent les 4 principaux ordres de l’architecture : le dorique, l’ionique, le corinthien et le toscan.

Les outils confiés au novice sont la règle et le compas.  La règle lui enseigne la droiture, lui montre qu’il doit racer son chemin droit pour arriver à son but sans forfaire à sa parole.  Le compas lui enseigne la mesure, la prudence, la circonspection qui étudie le chemin avant de s’engager, non pour reculer mais pour en connaître tous les obstacles, les éviter ou les franchir suivant leur nature et ne pas se laisser attarder par eux.  On lui donne plus tard, après d’autres rituels et d’autres apprentissages (mathématiques, musique etc.) la pince ou le levier qui, suivant la pensée d’Archimède est capable de soulever le monde. Elle représente l’effort humain qui ne doit jamais se décourager quand une fois le but élevé de cet effort lui a été révélé.  Puis lui est remis l’équerre qui lui apprend à soumettre ainsi toutes ses actions à la raison, à la loi morale que représente la mesure. Le symbole de l’équerre est tout aussi transparent que les autres symboles maçonniques. Elle est le moyen d’établir des figures géométriques d’une parfaite harmonie et d’une entière rectitude. Telle doit être la vie de l’adepte, il ne doit admettre aucun détour. S’il n’a pas pour ses propres actions cette implacable sévérité, il n’obtiendra rien de durable au point de vue morale et moins encore au point de vue initiatique. L’adepte doit réserver son indulgence pour les fautes et les défauts de son prochain.

C’est à l’étape suivante que le postulant devra atteindre l’illumination. Il devra gravir 5 marches qui sont les 5 degrés mystérieux du temple, arrivé à la cinquième marche il verra une petite lumière qui s’agrandira rapidement et figurera une étoile. C’est l’étoile flamboyante dont les cinq branches représentent l’être humain et au centre de laquelle brille la lettre G (voir plus haut). L’étoile flamboyante, nous dit le rite français, est l’emblème du génie qui élève aux grandes choses. C’est l’image du feu sacré qui embrase l’âme de tout homme qui, résolument, sans vanité, sans basse ambition, voue sa vie à la gloire et au bonheur de l’humanité. Elle est l’image de l’homme évolué, qui se trouve de part son initiation en communion intime avec les lumières supérieures. Il possède la vision directe des autres mondes et cette clairvoyance lui est utile pour diriger ceux qui cherchent leur voie ou qui implorent un secours qu’il ne leur est pas encore donné de trouver par eux-mêmes.

Le «Maître» (la pierre philosophale) : Le grade de maître est celui qui succède au grade de compagnon. Avant de le recevoir il faut que le compagnon témoigne qu’il est devenu cette pierre cubique qui a été le but de ses efforts tant qu’il n’a pas reçu cette suprême initiation. Il doit récapituler tous les enseignements reçus, les épreuves et les rituels. L’initié meurt alors au monde pour renaître à la véritable vie (révélation des renaissances). La franc-maçonnerie perçoit et réalise cette partie de l’initiation par la simulation de la mort d’Hiram. Hiram symbolise le véritable initié.

La légende d’Hiram : Le compagnonnage franc-maçon prend son origine dans la construction du temple de Salomon à Jérusalem (967 avant JC), dont le maître architecte était Hiram de Tyr, fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, c’est pourquoi les Compagnons maçonniques sont appelés les fils de la veuve.  Hiram devint célèbre en élevant les deux colonnes du portique : Jakin (à droite) de polarité masculine et positive et qui est assimilée à la pierre brute (un carré porté par une croix) ainsi qu’à la jeunesse et au degré d’apprenti, et Booz, à gauche, de polarité féminine et réceptive, assimilée à la pierre cubique dégrossie et taillée (un carré seul) ainsi qu’à l’expérience de la vie et au degré de compagnon. Jakin (rouge ; principe mâle, force, l’Homme, le soleil tout ce qui est actif et positif)) et Booz (blanche, principe féminin, beauté, la Femme, tout ce qui est passif et négatif, tout ce qui ne vit pas d’une vie personnelle mais irradie une force reçue pour la transmettre autour de soi) symbolisent  les dualités qui supportent tout le monde matériel, et l’équilibre des contraires dont résulte la parfaite harmonie.  Les trois qualités essentielles d’Hiram étaient : le savoir, la tolérance et le détachement. Ses trois compagnons non initiés représentaient : l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Aux trois portes du temple, (celle de l’orient correspondant avec l’amour/sagesse, celle du midi à l’intelligence pure et celle de l’occident à la volonté), ils se postèrent pour inciter leur maître Hiram à leur livrer ses secrets. Hiram refusa car ils étaient sacrés, et chacun le frappa séparément : le premier lui porta un coup de règle à la gorge, symbolisant la mort physique. Le second le frappa avec une équerre de fer à gauche de la poitrine, symbolisant la mort sentimentale. Le troisième lui porta un coup de maillet sur le front, symbolisant la mort mentale qui l’acheva. Lorsqu’ils se retrouvèrent, les trois compagnons apprirent qu’aucun d’eux n’avait reçu les révélations du maître, pleurèrent leur crime inutile, inhumèrent Hiram et plantèrent sur sa tombe un rameau d’acacia, emblème d’imputrescibilité et d’immortalité. Hiram représenta alors l’initié, le héros sacrifié à une cause supérieure, avant d’accéder à la libération finale. Lorsque le temps fut achevé au bout de sept ans, Hiram entra dans la légende.

LA ROSE-CROIX

La Rose-croix est tantôt représentée par une croix dont le point d’intersection est formé par une rose, tantôt par une croix dont les quatre branches se terminent par la même fleur.  Dans toutes les religions, la croix que nous trouvons aussi bien Égypte que dans l’Inde, représente l’harmonie obtenue par un équilibre des contraires Elle est l’image de l’être humain quand il étend ses bras dans l’aspiration vers le bonheur ou dans l’accablement de la peine. Pour les européens, imprégnés de la donnée chrétienne, elle est le symbole de la rédemptrice douleur.

La rose qui est placée au centre, au cœur même de la croix, représente l’épanouissement sentimental, la pureté du cœur de l’initié et son expansion vers autrui. Eliphas Lévi nous dit : «La rose, qui a été de tout temps l’emblème de la beauté, de la vie, de l’amour et du plaisir, exprime mystiquement toutes les protestations manifestées à la Renaissance. Réunir la rose à la croix, tel est le symbole de la haute initiation».  En effet, elle seule pouvait tirer le plaisir de la douleur et l’idéal mystique de la beauté, parce que l’initié sait à quel point toute douleur est utile pour l’évolution de celui qui l’accepte, il sait qu’elle est conforme à une harmonie et que cette douleur s’apaise pour celui qui adhère au rythme vers lequel cette douleur a pour mission de le conduire.  Accord de l’intelligence et du sentiment, est l’apothéose qui complète l’homme entièrement évolué, tel est concernant le développement personnel l’enseignement des Rose-croix.

Les philosophes inconnus

Ces gens furent surtout des mystiques et en certains cas des illuminés. Leur enseignement comporte douze degrés ou grades, correspondants à douze opérations alchimiques qui vont de l’apprenti au «philarète», ou ami de la vérité.  Les philosophes inconnue s’adonnent surtout à la recherche des transmutations et considèrent que l’être humain dans son évolution initiatique doit suivre des étapes analogues aux transformations que subit la pierre philosophale, c’est dans cet esprit qu’ils ont divisé les travaux de la pierre en douze stades. On sait que la pierre philosophale est un corps hypothétique qui aurait la propriété de transmuer en or tout métal qui serait mis en contact avec lui dans certaines conditions. Il est donc naturel que le grade suprême, celui de philarète, corresponde à la perfection de la pierre en état d’être projetée sur le métal inférieur pour le changer en or, puisque l’initié a pour mission de changer l’homme inférieur, qui s’est placé dans des conditions convenables, en or solaire, de le faire accéder à une nouvelle vie, en lui faisant parcourir plus ou moins vite les stades qui séparent la calcination de la perfection.

L’ACLHIMIE

Le but des alchimistes se trouvait en la recherche de la pierre philosophale et l’élixir de longue vie, appelé aussi or potable, mais nous laisserons là l’élixir de longue vie (considéré comme un contrepoison préventif et duratif. Au niveau intérieur et symbolique, il faut se purifier pour retrouver en Soi le Corps Divin d’avant « la chute ») pour ne nous intéresser qu’à la pierre philosophale.  L’alchimie est la science des transmutations, une science sacrée à mi-chemin entre la poésie et les mathématiques.  C’est, nous dit Pernety, l’art de travailler avec la nature sur les corps pour les perfectionner. L’alchimie est basée sur l’expérience scientifique confirmant l’ancienne donnée hermétiste : non seulement l’être est une réduction de l’univers, mais Alchimisteschaque atome de cet être est un univers en miniature. Chaque particule de la matière est un petit système solaire et tout dans l’univers se compose de systèmes solaires différemment groupés suivant le corps qu’ils contribuent à former. Les corps ne diffèrent entre eux que par la quantité d’électrons qui gravitent autour du noyau central dans chacun des atomes considéré comme unité. Les alchimistes transmutent donc la matière mais cette action ne peut aboutir que par l’utilisation du magnétisme lequel sera à la mesure de la valeur de l’œuvrant : «l’alchimiste ne pourra réussir son grand œuvre que s’il a d’abord réussi sa propre transmutation initiatique».

L’Alchimie emprunte donc ses principes à la métaphysique, et concerne les rapports entre l’ombre et la lumière, en utilisant des symboles pour initier à ses mystères, un « argot de métier » souvent destiné à jeter le chercheur dans une inextricable confusion. Les écrits alchimistes s’adressent aux profanes comme aux chercheurs, justement en vue de les séparer en les obligeant tous à l’humilité. «Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas» (Lao Tzeu).  Mais l’étude de l’alchimie est complexe, aussi nous n’en aborderons qu’une infime partie qui nous parait suffisante pour la compréhension de base (nous n’aborderons pas donc, entre autres les appareils de l’alchimiste – l’alchimiste transmute les métaux alors que l’alchimiste transmute son âme – car cela engendrerait au total un paragraphe bien trop long et moins utile à la compréhension de l’alchimie à nos yeux).  Les alchimistes cherchaient donc la pierre philosophale qui, réduite en poudre et projetée dans certains corps travaillés jusqu’à l’obtention d’un état particulier, avait la propriété de les transmuter en or, mais, sous des couverts de recherches de transmutation des métaux, elle vise, en réalité à réintégrer l’homme dans sa condition originelle de pureté et se nomme aussi pour cela «art royal hermétique».

Il faut dégager trois ramifications alchimiques : l’alchimie qui opèrent sur la transmutation des métaux et qui consiste à fabriquer de l’or à partir du plomb. La spagirie, en rapport avec la chimie et enfin l’alchimie qui concerne l’évolution humaine.  Les alchimistes affirment cette doctrine que la matière est une et que suivant des affinités de rythme, certains métaux peuvent être changés, le plus imparfait en le plus parfait en le soumettant à certaines opérations magnéto chimiques. Il en est de même pour l’être humain : une recherche initiatique métamorphose l’être grossier assimilé au plomb, en être spirituel assimilé à l’or, ce qui conduit à la découverte de l’immortalité de l’Esprit et de l’être lui-même.  Le mortier symbolise le corps humain, modelé par le potier de l’Univers et le creuset dans lequel sont fondus les métaux,  est le cœur humain.  L’or est l’immortalité car il est astrologiquement relié au soleil et au signe du lion, tous deux apparentés au Christ ou Amour Universel. L’alchimiste doit découvrir en son propre cœur l’or pur de son âme divine. L’alchimie intérieure est donc bien une mystique : en faisant descendre l’Esprit dans la matière (ou la spiritualité dans la vie de tous les jours), l’opérateur doit finalement parvenir à se libérer de son corps physique et des sévices du temps.

Deux phases sont importantes : solve qui purifie ou dissout et coagula qui intègre ou restructure, ces phases sont reliées à l’inspir et l’expir : l’involution et l’évolution, la respiration étant elle-même une combustion, donc une voie vers la mort. Pendant l’œuvre, la fonte des matériaux est reliée à la Mère matière, mais l’ouverture du couvercle supérieur de l’athanor indique l’émergence vers le monde supérieur.  Il existe trois stades de réalisation spirituelle en alchimie :   La dissolution de la personnalité dans l’œuvre au noir ou état simplement humain;  l’épanouissement du cœur et de l’âme dans l’œuvre au blanc ou état christique; l’élévation des valeurs de l’âme au niveau de l’Esprit dans l’œuvre au rouge ou état Divin.

Pour cuire, préparer ou faire parvenir la pierre à maturité, trois coctions ou étapes sont nécessaires pour mener l’homme grossier à la perfection : l’adhésion totale à la Loi divine;  la maîtrise du dynamisme créateur, expression de cette loi;  l’accomplissement individuel.

Sous des couverts de recherches de transmutation des métaux, l’alchimie vise, en réalité, à réintégrer l’homme dans sa condition originelle de pureté et se nomme aussi pour cela art royal hermétique.  Trois lois de nécessité interfèrent aussi en alchimie : la loi d’analogie des énergies universelles, qui permet de comprendre les phénomènes à différents niveaux;  la loi de fusion, qui transforme les oppositions en complémentarités et en union, conformément au plan Divin;  la loi d’inversion, qui met en relation le macrocosme et le microcosme, l’un reflétant l’autre.  Il existe aussi trois tendances alchimiques : Aristote relia aux métaux les quatre éléments d’une manière scientifique;  Platon, défenseur d’un monde vivant, apparenta l’Âme universelle à la vie naturelle des métaux;  l’enseignement oral, qui se pratiquait, autrefois, d’initié à initié, fut inconnu des historiens (mais il existe des écrits comme Le Livre des rayons stellaires, d’origine arabe).

Quelques symboles alchimiques (quelques seulement car ils sont nombreux, notamment dans leurs pictogrammes, laissons-les là) : Les trois composants du Grand Œuvre sont le sel, le soufre et le mercure, base ternaire de la science hermétique qui permet l’extériorisation de la substance universelle.  Le carré, représente l’équilibre idéal de la matière, et le rectangle une matière encore peu spiritualisée, comme la pierre brute. Il prend des significations diverses si on lui adjoint la croix, pour arriver au final des transmutations par le symbole du carré surmonté d’une croix correspondant au grade de maître relié à la pierre philosophale et à la sagesse.  Le cercle symbolise l’éternel circuit de la matière et son unité de même le que le vide de l’espace, mais aussi le chaos originel qui réabsorbe tout avant une nouvelle manifestation.  La croix représente l’achèvement de l’œuvre. Composée d’une verticale de polarité masculine et d’une horizontale féminine, elle indique la fusion fécondante, le changement et l’élaboration.

L’élément le plus convoité de l’Achimie reste, certes, la pierre philosophale.  On représente celle-ci, dans sa totalité, par un grand carré (la perfection de la matière), un triangle équilatéral (le sel, le souffre et le mercure), pointé vers le bas et surmonté d’un cercle qui laisse apparente ses trois pointes sur les quelles apparaissent trois symboles.  L’Esprit : une lune en même temps pleine et décroissante, surmontée par une colombe, symbole du Saint-Esprit.  L’âme : un soleil au-dessus duquel se trouve une salamandre dans un brasier. Au-dessous une torche surmonte un roi assis sur un lion, à ses pieds rampe un dragon crachant des flammes.  Le corps : un cube entouré de cinq étoiles à cinq branches.  La couronne du cercle porte l’inscription V.I.T.R.I.O.L qui révèle les secrets du grand œuvre et qui signifie «Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem» c’est-à-dire «Descends dans les entrailles de la terre et, en distillant, tu trouveras la Pierre de l’œuvre». En d’autres termes, c’est en descendant très profondément en soi qu’il est possible de découvrir le joyau caché au fond de sa mémoire archaïque.   En son centre se trouve un aigle aux ailes déployées. Dans le cercle se positionne une étoile à sept branches, chacune portant un symbole planétaire et un nombre. Entre les branches de l’étoile, sept médaillons illustrent les opérations de l’œuvre. La pierre philosophale symbolise l’Unité Cosmique, l’Être originel. Ses noms sont telesma, la table d’émeraude, archée ou âme du monde. Son mystère se résume en un carré renfermant les symboles du sel, du souffre et du mercure, dominés par une croix qui rappelle celle de l’antimoine mais il peut s’agir aussi d’un ange qui surplombe l’état matériel.

Il y a de grandes analogies entre la transformation du plomb en or et celle de l’être humain en créature supérieure.  Dans toutes ces œuvres petites ou grandes c’est l’alchimie de l’être humain qu’il faut y voir et y chercher. Il ne nous est pas utile de chercher la pierre philosophale, mais utile de trouver par le perfectionnement de nous-mêmes, cette pierre idéale que représentent pour l’adepte l’équilibre de son corps, la sublimation de son esprit, l’élévation de son âme vers Dieu.  Dans son étude sur le Grand Œuvre, Grillot de Givry expose : « Il est une alchimie transcendantale, c’est l’alchimie de soi même. Elle est préalablement nécessaire pour parfaire l’alchimie des éléments. La noblesse de l’œuvre requiert la noblesse de l’œuvrant. La transmutation doit s’opérer en ton âme. La pierre dans son état définitif, c’est l’Absolu lui-même, le dissolvant purificatoire ce sont les formules de beauté et de perfection dont tu orneras ta vie. Tu es la matière du Grand Œuvre ».

AUTRES ÉCOLES

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Il a existé bien d’autres Écoles initiatiques, au cours des âges, destinées à transmettre intacte la Tradition primordiale, mais il serait trop long d’en dire davantage.  Pour notre part, notre enseignement est reliée à l’Ordre des Anciens Mystiques ou Mystiques Aînés, une Fraternité-Sororité invisible, qui compte notamment les Mayas, et qui régit toutes les associations mystiques terrestres.  Mais notre Mouvement spirituel ne possède aucune organisation visible ni aucun pied-à-terre concret.  Ici-bas, pour notre part, nous appartenons à la succession disciplique de Jatanandâ et de Janakanandâ, deux Maîtres déjà retournés dans les Royaumes supérieurs, qui ont collaboré à répandre le Yoga de Sivanandâ en Amérique.

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