DIEU, AS-TU BESOIN QU’ON T’OFFRE DES VICTIMES ANIMALES OU D’AUTRES SACRIFICES AU COURS DE RITUELS RELIGIEUX?

De toute évidence, je n’ai que faire de l’immolation de quelque victime que ce soit, un rituel parfois injurieusement qualifié de religieux, qui ne m’ajoute rien et qui n’apporte rien au sacrificateur ou à la personne au nom de laquelle il est accompli.  Et si, par surcroît, il s’git de victimes animales, je déclare une telle pratique primitive et inhumaine en raison de sa violence et de sa cruauté.  Mais comment puis-je en convaincre des êtres humains qui, très attachés à leur culture immémoriale, se sont toujours livrés à de tels rituels, d’abandonner de telles pratiques vaines et stériles à tous égards, à part, peut-être le soulagement de la culpabilité personnelle ou l’apaisement de la crainte envers une force supérieure.

Car c’est depuis que l’homme s’est densifié sur votre planète qu’il commet des délits à l’encontre des animaux qui veillent sur lui et l’accompagnent, pour des raisons qu’il ignore lui-même et se soucie peu de connaître, dans son périple évolutif.

En fait, le sacrifice des animaux perdure sur la Terre en raison de ses vertus présumées d’apaisement et de régulation.  Diversement, selon les peuples, on s’y est livré pour apaiser les éléments de la Nature, pour amadouer une divinité, pour glorifier Dieu, pour accompagner une initiation, pour attirer la chance, pour honorer les ancêtres, pour soulager sa conscience, pour assouvir une vengeance, pour susciter la terreur, pour souligner une grande étape de l’existence (rite de passage, par exemple), etc.  Victime expiatoire, bouc émissaire, entité sacrificielle de substitution, fétiche, l’être humain a trouvé toutes les raisons d’entretenir cette coutume inique.

Certains peuples lui sont si attachés que, en masses, ils se précipitent dans les rues, pour protester, dès que les autorités compétentes du lieu présentent un projet de loi préconisant l’abolition d’une telle pratique, pour répondre à une attente de plus en plus universelle.  Pourtant, le meurtre même rituel des animaux n’apporte aucune solution au problème d’un être humain ou d’un groupe d’êtres humains, contribuant même largement à les déresponsabiliser.  Car, dès qu’ils se sentent coupables d’avoir commis un acte que leur conscience réprouve, ils tentent d’expier leur faute par procuration, se faisant croire que, en prélevant un élément de leurs biens et en l’offrant à Dieu, ajoutant l’acte de repentir à la pensée et à la parole, ils annulent les effets de leurs péchés ou de leurs dettes karmiques.

Les peuples primitifs s’y sont livrés et, par la suite, dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains, les premiers finissant par se moquer des derniers qui ont prolongé cette coutume plus longtemps qu’eux.  Les Égyptiens et les peuplades de toutes les régions du monde, d’un continent à l’autre, en ont fait autant.  Ce n’est qu’avec Constantin, le grand empereur romain, qui a fait du Christianisme, alors une secte prohibée, la religion favorisée de son empire, que s’organisa une lutte structurée pour abolir l’immolation sacrificielle des animaux.  C’est assez largement grâce à lui que cette religion a présenté Jésus comme l’agneau immolé pour le salut du monde.  S’il a plutôt bien réussi à restreindre ces pratiques, il n’est pas parvenu à mettre un terme aux combats de gladiateurs, une coutume trop incrustée dans les mœurs de son peuple.

N’empêche que, encore actuellement, malgré la loi interdisant les sacrifices animaux, plus d’un million d’Hindous s’adonnent, aux cinq ans, au Festival de Gadhimai, la déesse du pouvoir assoiffée de sang, dans le sud du Népal.  Pendant cette célébration, ils mettent à mort des rats, des poules, des chèvres, des cochons et des buffles, pouvant atteindre un total de 150 000 à 400 000 bêtes sacrifiées, selon les années, ce qui fait de cette rencontre l’occasion du plus grand sacrifice d’animaux au monde.

Les adeptes de la religion musulmane ne sont pas trop en reste eux qui, lors de la Fête du Sacrifice (lors du Korbane), durant le mois du pèlerinage, qui aboutit idéalement à la Mecque, sacrifient de nombreux animaux en accomplissant leurs préceptes religieux à travers le monde.  Les Juifs, membres d’un peuple hybride descendant des Hébreux et d’autres peuples du Moyen-Orient, ont mis un terme au sacrifice des animaux lors de la destruction du Temple de Salomon.  Mais, paradoxalement, plusieurs d’entre eux, surtout chez les traditionalistes, rêvent de la reconstruction du Temple de Jérusalem et de la restauration de leur culte antique.  Ils opinent même que, advenant cette possibilité, il faudrait probablement reprendre jusqu’au rituel ancien de l’abattage de victimes.  Pourtant, même leur pratique ancestrale étonnait, si l’on retient que la Thora, leur Livre sacré, s’est toujours souciée de protéger les animaux, allant jusqu’à interdire de leur infliger des souffrances inutiles.

Hors des rituels religieux, dans le monde profane, vous, les hommes contemporains, spécialement les grands mangeurs de viande, vous forcez l’abattage quotidien de millions d’animaux, notamment dans vos sociétés qui peuvent se permettre deux repas de viande par jour.  Et vous ne vous en émouvez pas trop parce que, puisque tout se passe dans des abattoirs fermés, vous n’avez pas conscience de la violence avec laquelle on tue ces bêtes.  À preuve de ce que j’avance, certains enfants de vos villes croient que des denrées comme le lait, le beurre et la viande proviennent de productions industrielles.  Quant à ceux qui participent directement à cet acte cruel, ils trouvent facilement une excuse dans la nécessité de garder un gagne-pain ou ils trouvent refuge dans leurs croyances ataviques.

Quoi qu’il en soit, dans votre libre arbitre, il vous appartient de déterminer votre mode d’alimentation.  Mais, au niveau des valeurs, vous ne devriez considérer comme seules victimes qu’il soit licite d’immoler que les éléments désuets et nuisibles qui peuvent faire obstacle à votre évolution.  Celles-là, il convient que vous les écartiez, les dissolviez ou les éliminiez.  Tout le reste m’appartient déjà, je ne vous l’ai que prêté, et je n’ai nul besoin que vous me rendiez mort un être que j’ai créé, auquel j’ai insufflé une part de ma vie et auquel, souvent, vous ajoutez l’injure de le consumer ou de le consommer.  Qui a décrété que l’animal était moins noble que l’être humain, si ce n’est la créature prétentieuse que vous êtes, cette entité qui, à défaut que sa victime se détermine à se venger, s’arroge le droit d’en disposer à sa convenance, comme si elle n’était qu’un objet à son service exclusif?

 

© 2009-2012 Bertrand Duhaime (Douraganandâ). Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Emprunté au site www.larchedegloire.com.  

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