DIS, DIEU, VOUDRAIS-TU NOUS INSTRUIRE SUR LES SUPERSTITIONS?

 

Exemples de superstitions populaires : Crainte révérencieuse du vendredi 13;  peur de passer sous une échelle, de renverser du sel, de casser un miroir, de rencontrer un infirme, de mal boutonner un vêtement, d’allumer trois cigarettes avec une même allumette; hostilité pour le chat noir, la chouette ou la corneille;  espérance de trouver un trèfle à quatre feuilles ou un fer à cheval;  envie de lancer de lancer de la monnaie dans un puits ou une fontaine; hantise de changer de sexe en traversant un arc-en-ciel; besoin de placer une chaussure à l’envers sur le seuil de sa porte pour écarter la mort;  désir de porter un chandail à l’envers pour attirer la chance;  chat qui éternue attire bonheur ou pluie;  manie de jeter du sel par-dessus son épaule pour attirer la chance.  Grand Dieu, que peut-il bien en être de la superstition?

 

Le meilleur moyen de réprimer la superstition pourrait passer par l’humour s’il ne risquait pas d’éveiller la méfiance, l’hostilité ou la division dans l’esprit de gens pusillanimes, surtout parmi les plus susceptibles, les plus crédules ou les plus malveillants.  Il suffirait de les prendre à rebours pour découvrir l’ineptie des croyances aveugles.  C’est ainsi que les Anglais ont développé la coutume d’aller noyer le présage d’un miroir cassé en allant jeter à la rivière tous ses morceaux et débris.  Dans cette veine, l’un des vôtres a dit : «Treize à table n’est à craindre qu’autant qu’il n’y aurait à manger que pour douze.» Et un autre n’a-t-il pas superstitionsdit que c’est «un signe que quelque chose arrivera si rien ne se passe».  Alors, dans la même veine, ceux qui ont développé plus d’esprit que les autres devraient vous rendre ce service de tourner vos superstitions en dérision.

La superstition désigne la croyance que certains actes ont toujours une conséquence positive ou négative;  que certains objets, animaux ou personnes portent systématiquement bonheur ou malheur;  que certains phénomènes sont des présages automatiquement suspicieux ou funestes.  Et tout cela pour des raisons que la personne superstitieuse ne saurait jamais expliquer ou pour des raisons considérées comme irrationnelles que la science moderne ne peut évidemment admettre.  Si, par anthropocentrisme, un être revêt les phénomènes, les événements aléatoires ou les objets d’une signification et leur prête une intention, là, il sombre dans la pensée magique.  Ou il tente d’échapper à sa responsabilité de bien gérer sa vie.

Pour ma part, je conçois jusqu’à la dévotion religieuse d’un peuple comme une superstition, bien que je n’entende nullement blesser qui que ce soit dans la manière d’exprimer sa foi.  Quelle est cette manie de prier pour la victoire de votre armée quand tous les soldats, du bon camp comme du mauvais, sont mes enfants?  Quelle est cette manie de vous signer de la croix ou de fléchir un moment le genou avant un match sportif, comme si je pouvais privilégier un adversaire ou une équipe détriment de l’autre?  À quoi peut bien vous servir de porter des amulettes, des talismans, des médailles, des scapulaires, des articles de piété?  Comment pouvez-vous croire à l’efficacité de l’eau bénite contre l’orage?  Comment pouvez-vous croire au culte des reliques ou aux indulgences rattachées à un rituel religieux?  Mais me prenez-vous pour un Créateur débile qui se charge de faire de vos rêves, de vos vœux et de vos illusions des réalités?  Il y en a d’autres qui accordent autant de foi à l’horoscope qu’à leurs principes religieux.  N’est-ce pas un être bien étrange que cet humain que j’ai créé?

Me croirais-tu si je te disais que la majorité des superstitions reposent sur des fondements logiques, par exemple sur d’étranges phénomènes concomitants, à l’origine,  qui, au fil des ans, bien qu’ils aient perdu toute leur signification, continuent de déclencher un comportement irrationnel?  Comme tu le sais, la superstition révèle un état d’esprit, souvent formaliste et conventionnel, qui porte à attribuer à certaines pratiques une efficacité magique, à certains signes une signification surnaturelles qu’elles n’ont pas, à craindre tout ce qui est sacré.  On peut inclure à cette définition les attitudes religieuses parfaitement vaines.  Par eux, un être en vient à croire que certains actes ou signes entraînent, d’une manière occulte ou automatique, des conséquences favorables ou défavorables, agréables ou désagréables.  Et je conviens que, si elles disparaissaient, la conscience du monde s’améliorerait, amenant le visage du monde à se transformer pour le mieux, laissant surgir une plus large part de la vérité.

Par définition, ces attributions n’ont aucun rapport au destin heureux ou malheureux d’un être particulier et ils ne peuvent en rien permettre d’anticiper le bonheur ou l’infortune.  Elles résultent de connaissances que les gens ont omis de vérifier, mais auxquelles ils persistent à recourir pour guider leur vie, alors qu’elles sont parfaitement dénuées de fondement immédiat, surtout au niveau du contenu religieux ou moral.  Comme le sujet ignore la cause subtile des incidents psychiques ou des accidents concrets, il ne pense pas à la chercher dans ses motivations personnelles inconscientes, dans ses idées fixes, dans ses états obsessionnels, dans ses tendances refoulées.  Bien qu’elles soient innombrables et tenaces, elles n’en restent pas moins infantiles et ridicules, témoignant à un certain degré d’une fragilité mentale.  Mais vois-tu, les gens préfèrent vivre de croyances que de Savoir.

L’ignorance consciente et la connaissance inconsciente de la motivation des incidents psychiques forment l’une des principales racines de la superstition.  Celui qui y croit ne sait rien de la motivation de ses propres actes accidentels.  Alors, puisque celle-ci tend à  s’imposer à sa connaissance, il est obligé de la déplacer en la projetant dans le monde extérieur.  C’est surtout chez certains névrosés, souvent très intelligents, affligés d’idées fixes ou d’états obsessionnels, que la superstition prend davantage naissance dans leurs tendances refoulées de coloration hostile et un peu cruelle.  Pour eux, la superstition prend d’abord l’inclination d’anticiper un malheur.

L’être qui vit dans la culpabilité et l’incompréhension du monde spirituel, par exemple celui qui ne s’aime pas ou a souvent souhaité du mal aux autres, mais qui, éclairé par son éducation, a refoulé ces souhaits dans l’inconscient, celui-là peut être porté à vivre dans la crainte perpétuelle qu’un malheur ne vienne le frapper pour le châtier de sa méchanceté inconsciente.  Tu sais, même le religieux ou le mystique peuvent développer leurs propres superstitions en se fondant sur leurs convictions profondes.  Par exemple, ils doivent constamment se prémunir contre la propension à croire tout ce qu’ils lisent et entendent.  Ils négligent trop souvent de prendre garde de gaver leur intellect au détriment de leur intuition ou de s’emplir la tête de principes spirituels sans les vérifier dans l’expérience.  Alors, ils deviennent des cerveaux encyclopédiques qui sans rapport avec leur manière d’appliquer les principes qu’ils disent connaître.

Pourtant, nul n’a pas le droit d’accepter pour vrai ce qu’il n’a pas fait passer à travers la démonstration de sa propre expérience.  Croyance n’est pas science!  Celui qui vit de ses superstitions, de ses croyances, de ses tabous, n’ira jamais bien loin sur le Sentier de l’évolution, d’autant plus qu’il risque de devenir un fanatique et, à l’extrême du rigorisme et de l’intégrisme, un terroriste.

Tu pourras admettre, comme moi, que la superstition est universelle et que la majorité des gens se montrent superstitieux à divers degrés.  Les superstitions participent souvent d’un ordre culturel au sens où la personne superstitieuse les partage à divers degrés avec le milieu social dans lequel elle vit.  Pourtant, elles diffèrent d’une culture à l’autre.  Par exemple, alors que le chat noir représente en un lieu la malchance, il évoque ailleurs la chance et le bonheur.  Mais il existe des superstitions purement individuelles, ce dont les artistes de scène et les sportifs de compétition pourraient vous parler.

Historiquement, les superstitions ont surgi de l’effort des premiers hommes pour expliquer les phénomènes de la Nature et pour comprendre le sens de leur propre existence.  Devant des forces qui les dépassaient, ils ont cherché à se concilier le Destin et à appeler sa protection pour déjouer la malchance, le malheur, les mauvais esprits.  C’est la raison pour laquelle, la plupart du temps, la superstition repose sur une croyance au surnaturel motivée par la peur (surtout celles des diables et des démons) et sur la motivation de la vaincre, sur l’ignorance ou sur le fruit de coïncidences qui lui ont confsel-salt-téléchargementéré un fond de vérité.  Alors, ces croyances ou ces coutumes locales continuent de se répéter de bouche en bouche.  Tout compte fait, il semble plus facile à l’humaind’observer des signes et des règles plutôt que d’assumer ses responsabilités et de croire en Dieu.

La superstition découle d’une foi dénaturée ou d’une foi matérialiste : par elle, ce n’est plus moi, Dieu, qui agit, c’est la puissance du geste, de la parole, du phénomène, de la coïncidence ou de l’objet.  Chez le superstitieux, la validation subjective fait percevoir comme reliés deux événements qui ne le sont pas et ne peuvent pas l’être, simplement parce qu’une envie, une hypothèse ou une croyance requiert ou semble imposer une telle relation.  Ce qui induit un comportement fondé sur la conviction que ses propres actions déterminent le cours des événements, même s’il ne peut rien en être dans la réalité.  Et il arrive qu’à force de croire quelque chose, cela se manifeste dans la vie de celui qui le croit.  Car, dans votre vie, ce que vous croyez finit par devenir la trame de votre vie, même si tout se passait autrement dans la vie de tous les autres.

Voilà où réside le plus grand danger des superstitions : celui d’amener une illusion à prendre le pas sur la réalité et celui de tenter de détrôner Dieu dans son principe de Causalité éthique ou de Justice immanente.

© 2009-2012 Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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