DIEU, TE FORMALISES-TU DES GROS MOTS, PAR EXEMPLE DES JURONS, ET LES RÉPROUVES-TU?

 

Mon enfant, si tu me permets de t’appeler ainsi,  quand comprendrez-vous que je ne participe pas de vos états émotionnels puisque, en tant qu’Esprit qui transcende la matière, je suis parfaitement impassible.  Comme il apert que ce phénomène linguistique humain du langage, vulgaire, blasphématoire et ordurier, est presque universel, qu’il inclut toutes les classes de la société et qu’il voyage bien, s’il fallait que je m’en soucie, c’est une large part de l’humanité que je devrais foudroyer!  Pour paraphraser l’un des vôtres, je pourrais dire que la bordée de vos gros mots n’atteint pas le parapluie de mon indifférence.  À vrai dire, à me crier après, vous soulagez plutôt votre mère, puisque, en général, c’est elle que vous appelez, quand vous avez un pépin, même devenus adultes, en vous exclamant : Maman!

gros-motsNombre d’entre vous aimez recourir à ces interjections qui sentent le soufre, à ces termes plus ou moins familiers et grossiers pour appuyer votre propos, étayer votre pensée, exprimer votre colère malgré que votre morale, il soit interdit, surtout si, à l’extrême de la frustration, du dépit ou de l’hostilité, il exprime une intention ou un contenu dit blasphématoire.  Selon les pays, elles traitent de la religion ou de la spiritualité, passant ailleurs au lit (à la sexualité) ou aux toilettes, quand elles ne décrivent pas les parties intimes de l’anatomie humaine.  Même que, selon les pays, les mêmes expressions ne revêtent pas la même gravité.  Bref, il paraîtrait qu’il y a des formules qui insultent le divin ou le sacré.  Moi je dis qu’il n’y a que des mots qui insultent votre propre intelligence, qui ou révèlent votre manque de dignité ou qui rappellent votre manque de respect entre vous ou pour vous-même.

Le seul fait que tu me poses cette question démontre qu’une large part d’entre vous redoute encore les conséquences de ces exclamations instinctives.  Au Moyen Âge, quand, au niveau du pouvoir, l’État et la religion conjuguaient leurs efforts pour assainir les mœurs, plusieurs d’entre vous ont recouru à cette forme d’expression au péril de leur vie, surtout après l’implantation de l’Inquisition.  Ce qui a amené plusieurs pays d’Europe à se policer et à s’aseptiser, trouvant une alternative dans l’euphémisme.  C’est ainsi que vous avez obtenu «torrieu» (tort à Dieu), «parbleu» (par Dieu), «morbleu» (mort à Dieu), «jarnibleu» (je renie Dieu), «sapristi» (sacristie) qui a évolué en «saperlipope» et en «saperlipopette» ou «cristi» (Christ).  Mais, maintenant qu’ils craignent de moins en moins le châtiment de Dieu, l’apparition du Diable ou les punitions humaines, il se produit une recrudescence.  Peut-être tentez-vous de m’épargner en faisant de votre principal gros-mot le mot Merde!

En effet, certains croient que le recours à des adjectifs forts, présumés sacrilèges, ponctués d’exclamations explosives, émises d’une voix forte, accompagnés d’un martelage du poing ou des gestes furieux leur permet d’insister sur leurs arguments, de les imposer à l’esprit d’autrui, de maquer des points par rapport à leurs convictions ou de manifester leur virilité et leur autorité.  Ces manières ne servent à exprimer que du désarroi et la peur de ne pas être pris au sérieux.  Remarque que, dans nombre de cas, il ne s’agit que d’injures qu’un individu s’adresse à lui-même suite à un incident ou à un acte manqué qui peuvent l’avoir physiquement blessé… ou avoir atteint son ego.  Et moi, je les prendrais au sérieux au point d’en faire des péchés mortels?

Tous les charretiers jureurs peuvent dormir en paix, ces mots qu’ils égrènent pour tenter d’impressionner ne me vexent nullement, pas plus que mes vrais saints.  La vérité, c’est qu’ils démontrent l’ignorance, le manque de culture, l’absence de raffinement, le manque de savoir-vivre, la prise au dépourvu.  Jusqu’à un certain point, ils peuvent être amusants si, par humour ou ironie, ils permettent de vous tirer de vos jugements par lesquels vous établissez des critères qui fluctuent du vulgaire au sublime et qui vous maintiennent dans la dualité des choix.  En lui-même, le juron ne révèle rien d’autre qu’un mépris ou un semblant de mépris de ce qui est beau, grand, digne, noble, même d’une faiblesse, dans certains cas particuliers, à céder à l’usage des bas procédés.

Ainsi, si le recours aux jurons est sincère, il dénigre d’abord son auteur, témoignant de son degré d’éducation… et de tolérance à la frustration ou à la contradiction.  Car celui qui est sûr de ses arrières n’a pas besoin de faire l’étalage de sa force brute ou de sa voix dominatrice par des marques extérieures.  Ce moyen ne peut que soulever des doutes sur la probité, la crédibilité et l’assurance personnelle de celui qui les utilise.  Ils dénoncent simplement leur auteur qui s’attire un choc en retour proportionnel à la charge émotive qu’il y met.

Mais les jurons ont au moins le mérite de faire sortir tout de suite le méchant, comme vous dites, au lieu de le retenir.  Toutes ces manifestations négatives font partie de la récupération progressive de votre liberté.  La plupart du temps, ils témoignent de sentiments de frustrations accumulés, longuement réprimés.   Il y a tellement de gens qui se contentent de serrer les dents et de tout avaler sans protester, oubliant à quel point il est nocif pour leur santé physique et leur équilibre psychique d’agir ainsi.  Du reste, ce genre de langage provoquant ne résulte de rien d’autre que d’un mécanisme instinctif, certes primitif, mais qui n’en permet pas moins d’atténuer la douleur ou l’angoisse.  À preuve, il prend son origine dans les centres émotionnels de l’hémisphère droit du cerveau alors que la plupart des productions du langage se produisent dans son hémisphère gauche.

Même vos experts savent que vos jurons ont cet effet anesthésiant et qu’ils augmentent votre seuil de tolérance à la douleur, surtout lorsque vous les proférez sans censure, dans un chapelet de mots présumément blessants ou attentatoires, car vous avez un fichu répertoire en la matière.  Comme quoi on peut probablement en conclure qu’un être équilibré n’a pas besoin de recourir à ce procédé pour se défouler, car, par sa maîtrise, il ne trouve plus de raison de le faire.  Le problème, avec les jurons, c’est qu’en blasphémant contre la Vie, celle-ci devient votre propre blasphème, une création que vous devez par la suite dissoudre et harmoniser.

Toutefois, dans votre parcours évolutif, vous vous montrez trop souvent bien plus sévères, à votre égard, que je ne le suis moi-même.  Pensez-vous que je ne comprends pas vos dilemmes et que je n’ai pas pour vous de la compassion?  Vos petites colères ne m’atteignent pas et, si elles vous font du bien, si elles vous libèrent d’un trop-plein d’amertume ou de frustration, donnez libre cours à vos mouvements intérieurs.  Ce n’est peut-être pas le comportement idéal, mais, si vous ne pouvez vous en empêcher, s’il vous permet d’avancer avec plus d’aise et de retrouver plus rapidement votre harmonie, il devient un moindre mal.

Somme toute, vos écarts de langage servent souvent d’exutoire ou d’exorcisme à vos frustrations, à votre révolte contre la société, la religion ou autre et à la désapprobation des travers de votre époque.  À la manière d’électrochocs, ils contribuent à libérer votre conscience et le monde de leur vulgarité, à les secouer de leur apathie ou de leur torpeur, pour leur rappeler à quel niveau d’inconscience ils se sont rabaissés par leurs déséquilibres.  Ils n’en restent pas moins les symptômes d’une déviation de votre comportement, la preuve d’un manque d’authenticité, une invitation pressante à vous transformer et un moyen détourné de mieux tenter de maîtriser votre univers.  Comme défoulement, ils sont quand même moins néfastes que l’effort pour voiler entièrement la réalité.  Il vaut mieux s’adonner à des excès de langage que d’agir de façon constipée ou de se montrer faussement vertueux.

Sans recommander les jurons ni la grivoiserie, pourquoi ne pas vous demander qui est le plus hypocrite : celui qui se défoule, celui qui refoule ou celui qui s’en vexe?  Pour sûr, la bouche parle de l’abondance du cœur.  De ce fait, la propension à jurer révèle la somme de travail qu’il reste à effectuer sur soi.  Mais comme un être n’est jamais choqué que par quelque chose qu’il porte lui-même et qu’il réprouve, celui qui se vexe des jurons et des propos grivois n’a pas moins de travail à faire sur lui-même que celui qui y recourt.

 

© 2009-2015 Bertrand Duhaime (Douraganandâ). Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.    

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