Dans la Tradition slave, le vampire désigne simplement l’«esprit d’un mort».  En fait, il s’agit d’un mot d’origine serbe qui signifie «Dragon démoniaque» et qui désigne un mort qui est censé sortir de son tombeau, de nuit, pour aller sucer le sang des vivants endormis, ceux qui sont les victimes d’un tel traitement devant vampires à leur tour.  Dans les contes et les légendes, ce revenant en corps, puisqu’il n’est pas un esprit, se fait accompagner par des chauves-souris, craint l’ail, l’eau bénite et tous les symboles religieux, surtout la croix.  Il ne peut être annihilé que par l’enfoncement d’un pieu dans sa poitrine, au niveau du cœur.

Ce monstre dérive des êtres surnaturels surtout issus de divers folklores européens, notamment de la tradition slave, faisant suite aux esprits, aux démons, aux revenant, aux possédés ou, plus particulièrement, de l’«appeleur», du «frappeur», du «visiteur», de l’«affamé», du «nonicide», de l’«appesart», du «cauchemar», de l’«étrangleur», du «mâcheur» ou, pourquoi pas, du «revenant» empruntant une forme animale.  Selon le folklore et les superstitions populaires, le vampire représente toujours un mort-vivant qui se nourrit indifféremment du sang des vivants afin d’en tirer sa force vitale. La légende du vampire puise ses origines vampire-vampirismedans des traditions mythologiques plus anciennes qu’on ne le croit généralement puisque, dès qu’on creuse le moindrement, on en trouve des descriptions dans toutes sortes de cultures, souvent fort anciennes, à travers le monde, en commençant par le «revenant» ou le «zombie».

Contrairement à l’être blafard et pâle du cinéma, dans les cultures anciennes, cette créature surnaturelle hideuse, qui dort un œil ouvert, apparaît gonflée et rougeaude, parfois violacée ou de couleur sombre, des caractéristiques attribuées à la consommation régulière de sang qui, ingurgité à satiété, peut l’aider à rajeunir.  On pourrait trouver l’explication de ce mythe entre autres dans les rites sanguinaires voués à une divinité, dans le phénomène mal compris ou mal perçu de la décomposition des cadavres, dans le drame d’enfouissement de certains vivants qu’on croyait morts, dans l’avènement de maladies redoutables telles que la tuberculose, la rage et la porphyrie, même dans le vampirisme clinique tels qu’en ont témoigné des tueurs en série, consommateurs de sang humain.  Mais pour ceux qui en font une réalité, au point d’y croire mordicus, on peut considérer le cas comme pathologique.

En fait, la cause de la transformation en vampire varie beaucoup d’un folklore à un autre. Dans les traditions slaves et chinoises, un corps enjambé par un animal, particulièrement un chat ou un chien, peut devenir un mort-vivant.  De même, un corps blessé et non traité au moyen d’eau bouillante peut devenir un vampire. Dans le folklore russe, les vampires passent pour être d’anciens sorciers ou des personnes s’étant rebellées contre l’église orthodoxe.  À moins que la personne ait elle-même été mordue par un autre vampire.  Dans d’autres cultures populaires, le vampirisme peut résulter d’une malédiction.  Le vampire pourrait choisir de transmettre son état en mordant une victime, d’où il s’ensuivrait une transformation plus ou moins longue et douloureuse, l’un des signes annonciateurs devenant l’allongement des canines.  Pour parvenir à ses fins, il se présente sous la forme la plus séduisante, selon les phantasmes de chacun, pour ensuite l’envouter et le soumettre à sa torture de se repaître de son sang, ce qui fait de cet être, par contagion, un nouveau vampire.

Dans les temps modernes, le fascinant et inquiétant personnage du vampire ressort de deux fictions.  Il est d’abord apparu avec la publication, en 1819, du livre The Vampyre de John Polidori, le médecin personnel de Lord Byron, qui lui airait inspiré son héros du mort-vivant. Bien que cette publication ait remporté un grand succès, c’est surtout l’ouvrage Dracula de Bram Stoker, paru en 1897, qui devint la quintessence du genre, esquissant l’image du vampire toujours populaire de nos jours dans les ouvrages de fiction, même s’il est assez éloigné de ses ancêtres folkloriques avec lesquels il ne conserve que peu des spécificités originelles.  On comprend mal pourquoi, dans nos siècles scientifiques, surtout au cinéma, le vampire reste une figure incontournable, puisqu’on le retrouve toujours autant dans la littérature, les jeux vidés, les jeux de rôle, l’animation populaire, que dans la bande dessinée.  Même que, outre le folklore populaire, il a donné naissance à une sous-culture, celle des «gothiques» qui s’identifient à lui.

En réalité, le pire des vampires, c’est la peur d’un sujet qui le vide de sa propre substance, puisque celui qui tente de fuir une réalité la voit lui courir après.  Ainsi, le vampire représente le persécuteur persécuté, l’avaleur avalé, l’arroseur arrosé.  Il exprime encore l’appétit de vivre qui renaît sans cesse, même quand on le croit apaisé, et que l’on s’épuise à satisfaire vainement, tant qu’il n’est pas maîtrisé.  Celui qui répond à tous ses désirs finit par les comprendre insatiables, la satisfaction des sens attirant la volonté de jouir toujours davantage.  Or la jouissance est une gobeuse d’énergie.

Sauf que, au lieu de reconnaître son travers, on le projette sur autrui.  En réalité, un sujet se tourmente et se dévore lui-même tant qu’il ne se reconnaît pas responsable de ses propres revers et échecs.  Alors, il refuse de s’assumer lui-même par manque d’estime de lui-même.  Il témoigne d’une désadaptation sociale.

On peut croire que le vampire, qui vide d’énergie, laissant affaibli et desséché, exprime l’inversion des forces psychiques contre soi-même.  Il illustre symboliquement l’être humain ordinaire, à moitié endormi dans l’ignorance et l’aveuglement spirituel, sans motivation pour son évolution et l’Idéal cosmique, qui, à force de succomber à ses désirs, s’enfonce dans la débauche.  À défaut de croire au ciel ou de croire possible d’y accéder, il s’invente un paradis terrestre à sa mesure qu’il tente de rendre permanent.   Une fois qu’il a épuisé ses propres ressources, il se fait prendre en charge par les autres, parasitant leurs moyens, pour survivre.

Le «vampire psychique» ou «spirituel» désigne une personne qui, consciemment ou inconsciemment, tire son énergie essentielle en se nourrissant de la vitalité des autres, les vidant de leur ressort.  Pour y arriver, elle recourt différemment aux jeux de pouvoir, au chantage émotif, au marchandage subtil, à la culpabilisation, quand ce n’est pas à la démagogie, à la flatterie et à la flagornerie.  En ce sens, la plupart des artistes, des gourous et des gens qui cherchent la célébrité ou la notoriété deviennent des vampires pour ceux qui les estiment et les adulent.

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