L’ÊTRE HUMAIN : UN ÊTRE PARTAGÉ ENTRE L’HUMANITÉ ET L’INHUMANITÉ…

La Comédie humaine se poursuit jusque dans les plus grands drames, comme nous le rappellent les moyens d’information.  Au cours des dernières années, on a pu le constater au moins à deux reprises, au Québec, Canada : d’abord lors du déraillement d’un train en plein centre-ville de Lac-Mégantic et, ensuite, lors de l’incendie d’un centre d’hébergement pour personnes âgées, à l’Île Verte.  D’autres événements beaucoup plus récents pourraient mener à porter les mêmes jugements ou à faire des constats identiques.   Ainsi, pendant que des êtres dévoués et compatissants se démenaient, dans la simplicité et l’anonymat, pour soulager les misères des sinistrés de ces deux localités, on voyait d’autres citoyens, bouffis d’ego et de prétention, courir les caméras des journalistes, nombreux dans la ville, pour assurer la couverture d’un drame sans précédent, afin de s’exhiber, se faire voir, certains osant s’emparer des micros pour faire valoir leurs droits présumés à la vindicte, les médias cédant au jeu pour amplifier un certain pathos.  Une telle maimages-17nière d’agir est assez coutumière dans les milieux geste-humanitairepolitiques, policiers et  artistiques, des gens qui, par amour du pouvoir ou en quête d’amour, aiment faire étalage de leur puissance et de leurs exploits, de sorte qu’elle n’étonne plus.  Mais, de la part de citoyens ordinaires, à part chez les jeunes, on éprouve toujours un petit pincement quelque part lorsqu’on constate un manque de modestie ou de discrétion.

Il ne s’agit pas d’un reproche particulier aux gens de cette petite municipalité, il se produit toujours le même phénomène dès que les stations de télévision couvent pour quelques jours un événement public d’envergure.  Même que cela se produit assez régulièrement dès qu’un journaliste couvre un événement à l’extérieur des studios.   Du reste, Dans le cas particulier qui nous occupe, il n’y a pas que les gens du lieu qui se sont prêtés à ce petit jeu du paon puisque des vacanciers, temporairement déguisés en touristes, apparemment émus, ont afflué sur place pour partager, à l’écran, leur sympathie et faire l’étalage de leur générosité.  Un être qui se complaît dans sa générosité, au point de la nommer de lui-même et de la décrire, ne provient jamais de bien profond, d’où elle sert difficilement sa fin d’exprimer une véritable solidarité humaine.

On rapporte que François de Sales, l’évêque savoyard, grand théologien, fondateur d’un ordre religieux, aurait dit un jour : «Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.»  En passant, pour les moins cultivés, le mot français «hommerie»  existe bel  et bien, et il survit allègrement au Québec, dans le sens «des manifestations de bassesse ou des aspects corrompus de l’espèce humaine», cette caractéristique qui lui est propre «de tromper ses égaux ou d’en abuser pour s’avantager, notamment pour obtenir des gains, du respect ou de la crédibilité» ou d’«utiliser tous les moyens disponibles, malhonnêtes et déloyaux pour autrui, afin d’arriver à ses fins», ce qui pourrait revenir, pour détendre l’atmosphère et faire sourire, à démontrer qu’il n’y a que l’être humain qui puisse se révéler inhumain.

Avec la chute des valeurs, les gens en viennent à tout banaliser au point qu’on ne souligne plus différemment les actes de vice que les actes de vertu.  En cela, si l’être humain peut si bien se mentir à lui-même, dans la reconnaissance de ses grandeurs et de ses limites, pourquoi ne mentirait-il pas aux autres et ne s’en prendrait-il pas à eux.  Dans l’oubli de veiller à un constant dépassement, n’est-il pas devenu courant de se tirer d’une simple altercation en attaquant son adversaire à l’arme blanche ou de se suicider pour un premier chagrin d’amour?

Mais comment pourrait-il en être autrement dans un monde où les peuples ont appris à obtenir la paix en préparant la guerre ou en la forçant en faisant couler le sang ou à imposer leur apparente supériorité par la loi du plus fort, en menaçant, en provoquant une pénurie, en affamant, en organisant des représailles, en retirant son support, en punissant par l’humiliation ou la culpabilisation.  Un être sans conscience ne peut qu’adopter le même comportement et la même attitude dans ses activités courantes.

Comme on l’a récemment constaté au Québec, par le truchement d’une certaine commission d’enquête, les mœurs corrompues ont pris libre cours, prenant la couleur de la normalité, jusqu’aux échelons les plus élevés de la société.  Lorsque le «MacLean’s Magazine» en a souligné l’ampleur, il y a plusieurs mois avant l’instauration de ladite commission, les commentateurs habituels de l’actualité ont vite opiné qu’il s’agissait d’un «backlash» récurrent des Orangistes de l’Ouest, des anglophones hystériques, contre la communauté francophone du Canada, et particulièrement contre la religion et la langue de cet ennemi  présumé et séculaire.  Mais force est d’admettre que ce magazine d’actualités avait raison.   Disons que les autres provinces ne doivent pas échapper à ce fléau de la corruption dans l’attribution des contrats gouvernementaux, mais qu’elles ne semblent pas en avoir encore assez souffert pour entreprendre leur nettoyage.

Ces manières d’agir rappellent trop bien que, individuellement, véritable Janus, être à deux visages, l’être humain détient cette faculté inquiétante de se démontrer au-delà de ce qu’il est, pour le meilleur comme pour le pire.  Dans son exploration des extrêmes, pour trouver le Juste Milieu, il peut se démontrer héros ou monstre, saint ou démon.  C’est ainsi que, de son mieux, il assume sa condition d’être perfectible dans sa grandeur et ses limitations temporaires.  En raison de son vide intérieur ou de son sentiment de petitesse, pour se rehausser de manière artificielle, il ne peut s’empêcher de mettre en avant l’égotisme qui, dans son évolution, le caractérise trop longtemps.  Quand on ne se reconnaît pas de substance intime ou de grandeur personnelle, ni d’autres moyens pour les appuyer, on renforce sa coquille, on investit dans les apparences.  Et, plus on se sent vide, plus on déploie d’efforts pour se faire voir, se faire entendre, s’attirer des louanges, se présentant toujours, dans la déveine, comme une victime du sort ou de l’incurie d’autrui.

Mais il vient un temps où un être de bonne volonté se lasse de vivre dans un monde ou chacun, pensant qu’il est le phénix du monde ou que sa manière de concevoir le monde est la meilleure, ne veut pas céder d’un centimètre dans ses prétentions.  Chaque être humain dépourvu de maîtrise personnelle et d’équilibre psychique, fort nombriliste, a tendance à croire qu’il est le centre du monde et doit faire l’objet de toutes les attentions, croyant que ses petits problèmes doivent devenir prioritaires, parce que, dans son esprit, il reste un problème général de portée collective.  Ou dans son moindre investissement social, il se croit devenir un chevalier digne d’un retour de reconnaissance, de privilège ou de promotion.  Ce mal ne serait que risible s’il n’affectait pas de plus en plus d gens, signe que l’humanité ne peut que s’attirer bien des maux, jusqu’à ce que sa conscience s’ouvre à ses responsabilités dans le jeu de la causalité éthique ou de la Justice immanente.

En vérité, qui sommes-nous pour en juger?  Nul n’est tenu de donner des leçons de vie aux autres.  Du reste, chacun ne peut que mieux constater que toute autre le comportement ou l’attitude qui l’agace et qui témoigne qu’il porte ou a déjà porté en lui l’équivalent de ce qu’il juge d’une manière ou d’une autre.  Ce qui continue de l’agacer l’interpelle personnellement!

Pour ma part, il est vrai que les manières orgueilleuses, prétentieuses et ostentatoires me dérangent du fait que, dans une mauvaise compréhension de l’humilité, j’se-péter-les-bretellesai longtemps cherché l’effacement le plus complet dans un investissement à rabais.  En outre, quelque part, je reste orgueilleux, ce que démontre un relent de susceptibilité que j’apprends à maîtriser, non à dominer.  Alors, comme il n’y a que celui qui est sans péché qui puisse lancer la première pierre d’une lapidation publique, j’ai absolument tort de m’en prendre ainsi à des gens qui ont le droit de faire ce qu’ils veulent, de se comporter comme ils l’entendent, d’évoluer à leur rythme et à leur manière.  Mais, ma foi, ce qu’il y en a du «pétage de bretelles» («être fier de soi» ou «se montrer vantard», «faire sa propre éloge»), comme on dit chez-nous, l’indice d’un complexe d’infériorité, l’expression d’un effort pour se montrer mieux qu’on est ou de se rassurer sur sa qualité ou sa valeur.  Et ce qu’il est parfois difficile de rester indifférent, de s’abstenir d’intervenir quand, sur commande, on a consacré des années à partager, sans concessions, la sagesse qu’on croyait porter et qu’on a l’impression d’avoir œuvré dans le vide ou d’avoir prêché dans le désert, n’ayant atteint que des êtres déjà convertis!

Rassurez-vous, je ne vais pas en pleurer ni m’en désoler puisque, d’une part, je maîtrise assez bien la technique de la dérision personnelle, que je me prends de moins en moins au sérieux et que, d’autre part, mes antennes me suggèrent un autre constat de mission.  Car, dans la patience de la Providence, je sais que tout Phare de Lumière ne peut que collaborer, apporter son écot, à l’expansion de la conscience de l’humanité et à l’Ascension de la planète.  Il faut laisser le temps à une semence de germer, de pousser, de fleurir et de porter fruit…

© 2013-16, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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2 Responses

  1. Nathalie BLEU

    Merci Bertrand, c’est criant de vérité, je partage votre point de vue.

  2. Anna

    Mr duhaime

    MERCI pour votre grande bonté et bienveillance ……MERCI sincèrement de votre grande générosité. …..vous etes aussi bon et bien veillant sur les melchedizech…..pour nous aider et soulager…..
    MERCI d exister……puissiez vous recevoir beaucoup de bénédictions et grande bénédictions.