«Si tu ne l’as pas entendu de tes propres oreilles, vu de tes propres yeux, vérifié de tous tes moyens, empêche ton petit esprit d’inventer et retiens ta grande gueule de le répandre.» 

 

Croire et savoir sont deux modes de tenir pour vrai qui n’ont que très rarement la même validité.  À vrai dire, il y a une grande différence, que la plupart des gens semble ignorer, entre croire et savoir.

Croire peut mener au savoir, mais, à défaut de savoir, l’être qui se contente de croire sur parole ou sur lecture peut sombre dans l’illusion, même s’exposer à l’égarement.  Et, en spiritualité, cela peut confiner à l’illuminisme.  En effet, croire ne désigne jamais que l’expression d’une opinion ou d’un préjugé sans fondement parce que dénués de preuve.   On peut croire n’importe quoi, pourvu que cela flatte la sensibilité, satisfasse les appétits, gagne l’adhésion de l’intellect, mais, dans la croyance, il manque la démonstration suffisamment répétée pour conférer la certitude.

Dans nombre de cas, l’être humain présume certains faits véridiques, parce qu’ils semblent faire sens, alors qu’ils ne représentent qu’une hypothèse, qu’une prétention, qu’une illusion, qu’une tentative d’explication.  Cela dénote sa pensée servile et docile qui, trop souvent, avère son incompétence en ne détectant pas l’invalidité.  Ce n’est pas dire que toute croyance est fausse, car certaines peuvent être vraies.  Le problème se pose quand elle tient pour vrai ce dont elle ne connait pas sa réelle part de vérité.

Croire demeure un fait irrationnel, car il s’agit de tenir pour vrai sans preuve, donc sans savoir si telle proposition est vraie ou fausse.  On se situe dans le domaine des hypothèses qui peut comporter une part de vérité qu’il reste à déterminer.  En cela, celui qui croit sans voir, comme on dit, ne peut être qu’un ignorant qui croit savoir ce qu’il ne sait pas. Et qui dit croire admet dès le départ qu’il ne détient pas une certitude absolue.  Le plus grand danger, c’est que celui qui croit savoir n’apprend plus, se croyant dans la vérité, donc n’en sentant pas le besoin! Ainsi, stupidement, il peut croire sans raison ou nier sans savoir.  Or, sans le savoir, la croyance obscurcit le monde, devient pour lui une menace, car elle le met en danger.

Bien au contraire, la savoir exprime une affirmation fondée sur des raisons objectives, à savoir qu’on la tient pour vraie ou véritable, armé des preuves que la connaissance a acquises.  On exprime la vérité par rapport à une réalité quelconque parce qu’on s’en est donné la preuve, on s’en est fait la démonstration par soi-même.  Le savoir suppose la connaissance des raisons ou des motifs sur lesquels il se fonde par suite de l’analyse des faits ou des données.

Pour en venir à savoir, il faut commencer par douter de soi, donc par croire qu’on ne sait pas, mais qu’il est possible de parvenir à connaître par l’intellect.  On peut ainsi admettre que la croyance représente le premier pas dans la démarche du savoir, constitue une condition indirecte de l’accès au savoir.  Mais croire sans preuve ne fait aucun sens, confine à la crédulité.  Le savoir, produit de la raison, s’impose à un sujet à la suite d’une réflexion ou d’une recherche qu’il mène librement dans une quête sincère et profonde de vérité.  Il implique un questionnement de l’inconnu et une remise en question de ses prétentions habituelles ou nouvelles.  C’est-à-dire qu’il force à réviser ce qu’on pense déjà savoir ou ce que l’on croit être vrai ou ce que l’on vient d’entendre avoir été exprimé dans la vérité.  En ce sens, il dégage des opinions oiseuses ou trompeuses d’où il représente une reconquête de sa liberté

La croyance regroupe toutes ces idées et opinions qu’un être a glanées, d’abord dans le cercle familial et, ensuite, dans ses fréquentations sociales ou au cours de ses voyages dans le monde, mais qu’il n’a jamais pris le temps de passer au crible de la vérité pour en vérifier la consistance et la solidité et pour s’assurer qu’elles ne comportent pas d’erreurs, ne reposent pas sur des fondements faux, fragiles, contestables.  La croyance relève du domaine des relations humaines tandis que le savoir appartient au champ des objets et des pensées.  Autrement dit, la croyance demeure suspecte parce qu’elle a engendré nombre d’erreurs communément admises, comme de mythes tenaces de la culture de masse.  Pourtant, pour un temps, la croyance peut représenter une illusion nécessaire pour celui qui aspire au savoir, à titre de point de départ de sa quête.  Ne dit-on pas que c’est la croyance en la valeur de la vérité qui confère sa force et sa supériorité au savoir, une fois qu’il est acquis?

Avec un peu d’intégrité, d’authenticité et d’objectivité, on peut constater que l’on croit savoir ou que l’on sait que l’on croit, donc qu’il reste des confirmations à se donner.  Savoir croire, c’est rendre la croyance consciente tandis que croire savoir exprime un savoir fragile qui incline vers la fausseté.  La croyance reste un jugement, une représentation, un sens plausible qu’on donne autant au réel qu’au fictif.  Le savoir vise à se représenter le vrai et le réel en leur assurant un fondement solide et plutôt stable.  Croire, comme savoir, implique le fait de tenir pour vrai une proposition, une doctrine, un fait : le premier le fait sans appeler de preuves, sans fournir de raisons objectives, tandis que le deuxième réclame, exige même cette preuve.

Croire implique une adhésion aveugle qui s’en tient aux apparences, se fonde sur des préjugés ou des opinions, alors que savoir implique la détermination objective du réel.  Croire désigne ce que, personnellement, on tient pour vrai, sans savoir s’il en est ainsi.  En général, celui qui s’en tient à la croyance peut admettre ne pas détenir de preuve justifiant la position qu’il avance, mais il s’estime en droit de continuer de l’avancer, de l’affirmer comme une vérité, par une sorte de conditionnement social.

Le savoir invite à découvrir les raisons véritables qui poussent à penser d’une certaine manière; il résulte du fait d’avoir cherché à se représenter ce qui est la vérité d’un phénomène, d’une pensée, d’un fait, d’une expérience.  Il impose de disposer de connaissances précises et de fondements solides dont le tenant est en mesure de justifier le bien-fondé, ce qui autorise à le transmettre à d’autres.  Il s’oppose à l’ignorance, mais pas au doute.  Car l’être sage recourt souvent au doute rationnel.  Ainsi, de deux versions d’une vérité, une version démontrée et une version hypothétique, la première ne peut que prévaloir sur la deuxième.  Le fait de croire doit rester provisoire.  Celui qui croit doit se méfier des fumisteries et des rumeurs, tout en restant ouvert à des avis divergents.  Croire que l’on sait, alors qu’on ne sait pas vraiment, peut conduire à de graves dérives, surtout quand celui qui croit ne cherche plus à se réviser ses notions pour en déterminer la valeur.

Le savoir désigne la représentation juste ou adéquate de la réalité.  Et ces raisons doivent permettre de donner une démonstration qui renforce la certitude personnelle.  Le savoir, qui relève de l’esprit critique, s’acquiert à travers des démonstrations probantes, d’où il peut se rendre raison de lui-même.  Il implique une connaissance avérée et une compétence pratique, donc vraie, ce qui en fait une certitude.  Cependant, il faut admettre que, dans certains cas, le savoir n’est pas toujours définitif; il peut se démontrer provisoire puisque toute prétendue vérité peut s’élargir ou finir par révéler qu’elle restait incomplète ou qu’elle comportait une part d’erreur à rectifier en son temps.

Il est plus facile de vivre de croyances que de savoir parce que, en raison de la loi du moindre effort, il est plus simple ou commode de se faire une opinion en se mettant à l’écoute de ce que l’entourage dit, surtout ceux qui savent mystifier, subjuguer ou dominer par leur charisme et se permettent de présenter des arguments d’autorité, qu’en s’imposant, dans l’effort patient et persévérant, de se forger un avis réfléchi par le biais de démonstrations personnelles ou par le truchement de lectures scientifiques.

Dans pareille étude, certains incluraient probablement, assez longuement, une vertu théologale, la foi, le fait de croire, jusqu’à en faire un crédo, chez certains, à des réalités supérieures, par exemple à l’existence de Dieu, comme à d’autres vérités religieuses, souvent dites révélées.  Quand elle est authentique, marquée du sceau de l’intégrité, elle permet d’accéder à des vérités qui transcendent le monde matériel ou la troisième dimension, donc qui dépassent l’entendement, mais sans forcément lui être contraire.  En général, la vérité de foi complète les connaissances humaines.  En l’occurrence, pour admettre cette notion, il faudrait comprendre que la foi se fonde sur l’intuition, cette forme de connaissance immédiate qui échappe au raisonnement, une faculté supérieure qui confère à un être incarné un savoir sans qu’il puisse expliquer la raison du degré de la certitude qui s’impose à lui.  Mais, dans l’histoire des religions, trop d’hérésies ont été propagées et trop d’atrocités commises, et le sont toujours, au nom d’une foi aveugle, mal définie, qui n’est qu’une connaissance sectaire irrationnelle, donc imposée, issue d’un dogmatisme religieux s’attribuant une présumée supériorité morale sur les autres religions, pour que la foi reste bien comprise.

Dans le présent contexte, on ne peut que gagner à éviter de trop parler de la foi qui, même naïve, permet à un être incarné de croire en l’Amour de Dieu, qui lui vaut le titre de «Maître de Tout Bien et Bienfait», comme le qualificatif «bon», malgré les épreuves de la vie à traverser.  On ne peut qu’ajouter qu’elle ne peut se passer de réflexion propre à éviter autant la crédulité servile que l’obéissance aveugle.  Toute religion qui se donne comme savoir expose à l’aveuglement, car, dirigée par des êtres peccables, chacune a permis la justification de grandes faussetés et de crimes graves, souvent en contradiction avec leur propre enseignement.

L’intention du présent texte demeure celle de faire comprendre que, en spiritualité, il n’y a pas grand place pour les croyances, qui, selon leur degré de vérité, peuvent autant mener à la réussite qu’à l’échec, à la compréhension qu’à l’illusion, car cette démarche doit conduire à l’Initiation qui couronne la Sagesse.  Les croyances peuvent mener à la fumisterie ou à l’illuminisme celui qui se perd dans ses illusions.  L’aspirant à l’Ascension ne peut se permettre d’accepter un énoncé spirituel sans le passer au crible de sa raison et sans l’appuyer sur des démonstrations personnelles qui forment la conviction intime.  Il gagne à de donner des preuves de tout que qui lui est proposé ou enseigné.  Bien sûr, ce même aspirant peut préférer s’en remette à son intuition et à ses ressentis, pour en capter, de l’intérieur, son degré de vérité ou la hauteur de sa fréquence vibratoire, mais ce recours n’est pas, au départ, à la portée de tous les chercheurs, dont, au début, les facultés subtiles ne sont pas toujours très développées ou activées.

Chose certaine, celui qui fonderait sa formation spirituelle sur des croyances, le résultat d’interprétations plutôt que d’une profonde compréhension, plutôt que sur la quête de la vérité, qui impose, pour probation, une recherche personnelle de preuves, s’exposerait, finalement gavé d’illusions, à l’errance spirituelle.  En spiritualité, la distinction entre le croire et le savoir s’impose, car il y va de son destin, qui peut autant s’assombrir que s’illuminer, ce qui n’est pas à prendre à la légère!  Dès lors, chacun ne peut que gagner à considérer comme hypothèse à confirmer toute proposition qui lui est faite afin d’éviter des conséquences plus ou moins désastreuses selon le degré de fausseté de celle-ci.

© 2021  Bertrand Duhaime (Douraganandâ)  Note : Autorisation de reproduire ce document uniquement dans son intégralité –donc sans aucune suppression, modification, transformation ou annotation, à part la correction justifiée d’éventuelles fautes d’accord ou d’orthographe et de coquilles– veillant à en donner l’auteur, Bertrand Duhaime (Douraganandâ), la source, www.facebook.com/bertrand.duhaime, ou le site www.larchedegloire.com, et d’y joindre la présente directive, en tête ou en pied de texte.

 

 

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2 Responses

  1. Laura

    ô combien de vérité, combien de sagesse et de générosité dans ces mots!
    croire savoir ou savoir croire, tel est le carrefour des chemins qui s’ouvrent à nous en ce temps si criblé d’affirmations de toute sorte.
    seule la lumière de mon coeur illumine la page qui m’apportera mon savoir.
    merci encore, cher Bertrands, de mettre les mots justes

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  2. A

    Bonjour,

    C’est la première fois que je poste un message ici, mais je vous suis depuis des années.
    Vous avez fortement aidé à mon developpement personnel et je vous en suis très reconnaissant.
    C’est un plaisir de vous lire de nouveau.
    J’imagine que le choix de l’illustration n’est pas anodine ? J’étudie justement le sujet actuellement et suis plein d’interrogations.

    Bien le bonjour
    -A

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