ME CORRIGERAI-JE DE MES CHOIX IMPULSIFS? 

 Un récit métaphysique pour les amateurs d’animaux…

   Au cours de l’été 2012, comme la plupart des gens, j’ai dû m’habituer au détachement puisque j’ai perdu, en quelques semaines, des amis, un co-loc et mes deux chats, ces merveilleux compagnons d’évolution, après, respectivement, 17 et 15 ans de vie commune.  Inutile de vous dire que, malgré ma sérénité joyeuse coutumière, j’ai été très affecté par ces nombreuses séparations.  Et je m’étais bien juré que, en raison de mon âge, plus jamais je n’hébergerais d’animal de compagnie.  En effet, avec l’avancement de la science, on peut prolonger l’espérance de vie des animaux, comme celle des humains, de sorte que, pour un nouveau bail, de 15 ou 17 ans, je me retrouverais à 83 ou 85 ans, lors de sa transition, ce qui brouillait considérablement mes conceptions.

   Sauf que, trois jours après l’euthanasie, l’un et l’autre chats, dans une même séquence, mais décalée dans le temps, conformément à la date de leur départ de ce monde, ont commencé à habiter les songes de meIM000024.JPGs nuits, pouvant même apparaître sur mon écran mental en plein jour, jusqu’à ce que, après une rencontre particulièrement touchante, remplie d’amour inconditionnel, leurs visites nocturnes ont commencé à s’espacer.

   Cet espacement des visites m’a grandement inquiété du fait que, comme toute personne, après un deuil sincère et douloureux, je n’appréciais pas la perspective de devoir renoncer à une expérience qui me servait encore de baume dans ma nouvelle vie de solitude.  D’autant plus que je savais ne pas pouvoir compter sur le retour en incarnation de l’un de mes chats qui, ayant accédé à sa maîtrise spirituelle, dans son règne, n’était pas censé revenir dans le plan de la matérialité.  Quant à l’autre, ma chatte, pour qui une pareille éventualité restait possible, je ne savais pas ce qu’elle aurait pu choisir de faire, en raison de son libre arbitre et de la manière différente des animaux de considérer la séparation même avec les êtres les plus chers.  Elle aurait bien pu décider d’aller accompagner un autre être humain dans son expansion.

   L’espacement des visites à fini par s’agrandir au point que je pensais que mes deux amis subtils avaient vogué vers d’autres plans supérieurs de la Conscience cosmique.  Toutefois, au moment où je m’y attendais le moins, probablement après s’être occupés des impératifs de leur propre destinée, l’un ou l’autre réapparaissait, mais ils ne se présentaient plus jamais ensemble, comme il pouvait arriver assez souvent, pour me signaler que, dans l’Au-delà, ils continuaient à garder entre eux d’étroites relations.

   Un de ces soirs, alors que je dormais et que je planais dans d’autres plans, quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître quatre chats: un chat rayé de fauve ou de couIM000023.JPGleur caramel, le petit mâle que j’avais eu comme compagnon de vie, accompagné de ce qu’il est convenu chez nous d’appeler une petite chatte d’Espagne;  et un chat chamarré, rayé de brun foncé, de gris et de fauve pâle, la petite femelle que j’avais eu comme compagne de vie, accompagnée d’un chaton noir portant de rares petites touches de blanc.  Le contexte me laissa comprendre que, par je ne sais quelle grâce divine, ces deux petits animaux connus semblaient songer à la possibilité de venir me retrouver dans le plan de la densité.

   Bien sûr, je ne voulus pas le croire et je ne pus que penser m’être accordé un rêve compensatoire.  Pourtant, à partir de ce moment, l’un et l’autre chat continuèrent de se présenter à moi, rarement sans leur contrepartie en instance d’incarnation.  Pour éviter d’en faire une obsession, je choisis de ne plus penser à l’éventualité que mes deux chats transités puissent bientôt se réincarner.

   À quelques jours de là, voilà que l’une de mes sœurs m’apparaît en rêve et m’offre deux chatons.  Devinez leur forme!  Eh oui, il s’agissait de deux chats de ruelle: d’un chat noir maculé d’un tout petit peu de blanc, à la queue terminée en petite houppe blanche, et d’une petite chatte d’Espagne.

   On aurait dit que mes deux chats avaient choisi de revenir dans le monde concret en inversant les rôles, comme pour procéder à des ajustements mineurs de leur comportement.  Car, dans sa vie réelle, mon petit mâle, si gentil avec les êtres humains, pour qui il n’a jamais témoigné la moindre marque d’hostilité, même dans les pires traitements vétérinaires, s’adonnait parfois à des petits jeux assez machistes et odieux avec sa petite compagne, lui imposant toujours de lui céder le terrain en toute occurrence et, surtout, de ne jamais m’approcher lorsqu’il choisissait de m’accorder une amitié de proximité.

   Suite à toutes ces visions, je n’avais pas d’autre choix que d’attendre pour vérifier leur validité.  Même pour un médium, dans sa vie personnelle, il est parfois difficile de départager le vrai du faux, le réel de l’illusoire, en raison de sa partialité et de sa subjectivité.  Mais figurez-vous que, lors de sa dernière visite, alors qu’elle se fait généralement plutôt rare, ma sœur, qui est au courant du chagrin que j’ai éprouvé, lors du décès de mes chats, mais ne sait rien des informations que je détiens, me demanda si, après près d’un an du trépas de mes copains de l’autre règne, je n’avais pas changé d’idée par rapport à l’adoption de nouveaux chats.  Elle m’expliqua que, grâce à des fermiers, son fils pourrait me procurer, dans l’immédiat, un chat noir maculé de blanc, fraîchement sevré, âgé de huit semaines, et, quelques semaines plus tard, une chatte d’Espagne d’une autre portée plus récente, qui n’était pas disponible, n’étant pas encore sevrée.

   Ma réponse fut assez sèche et laconique: «Je demande à voir, mais je ne confirme pas.  Alors, tu ne prends aucune décision tant que je n’aurai pas fait mes propres constatations.»  C’est ainsi que, à quelques jours de là, soit hier, elle m’appela au téléphone et me délivra, par répondeur, le message que, si je passais dans la journée, je pourrais jeter un coup d’œil au petit chaton puisqu’elle l’avait en sa possession.  Comme je flânais au lit, comme cela m’arrive de plus en plus souvent, maintenant que j’ai pris une présumée «retraite»,  j’entendis clairement le message qui me vitalisa d’un coup.  Malgré que je fusse couramment monopolisé par l’entretien de mes plates-bandes, pour lesquelles on m’apporte chaque année peu d’aide, je fus pris d’un tel mouvement de curiosité que, oubliant les corvées domestiques, je dînai et filai chez elle.

  Lorsque j’arrivai chez elle, la cour était pleine de voitures.  Alors, je me suis demandé si, comme cela lui arrive, elle n’avait pas organisé une rencontre avec d’autres gens, puisque, m’aimant bien, même si cela m’agace, elle s’amuse à me présenter à sa famille ou à ses amis.  Je me félicitai d’avoir pris le temps de faire un brin de toilette et d’avoir revêtu des vêtements seyants.  En vérité, il y s’y trouvait bien quelques visiteurs surprise, mais, comme elle dispense des cours de peinture, il s’agissait d’abord du regroupement habituel de ses étudiants.

   Malgré la chaleur du jour, au centre de la longue table de l’entresol, le jeune chaton dormait paisiblement dans son panier, emmitouflé dans une couverture, et, malgré le ton assez puissant des conversations, il ne s’éveilla pas de la longue heure que j’acceptai d’accorder aux visiteurs, histoire de renouer avec certaines connaissances et de connaître d’autres gens.  Avant de partir, je m’approchai du panier et je commençai à caresser le petit animal qui ne tarda pas à s’éveiller et à s’animer.  Puis il lâcha un miaulement étrange.

   Vous savez quoi?  L’avant-veille, de nuit, dans une scène d’une clarté indescriptible, j’avais revu ma petite chatte, en songe — la première de mes deux chats que j’avais dû faire euthanasier en raison de son état physique lamentable.  Dans mon rêve, je me souviens d’avoir esquissé le mouvement de la prendre pour la placer contre mon cœur afin de lui exprimer mieux que jamais mon amour cordial éternel.  Mais celle-ci, dans un miaulement puissant que je ne lui connaissais pas, se tira vers l’arrière comme pour me faire comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une rencontre banale.  Et la scène s’effaça dans ma surprise.  Cependant, dans le miaulement surprenant du jeune chaton, je reconnus l’exacte intonation de celui que ma chatte avait fait retentir dans mon rêve.  Aussi ai-je décidé sur le champ d’adopter le petit félin.

   Et c’est là tout mon drame, car ce n’est qu’après coup que j’ai pu mesurer la portée de mon choix impulsif, donc très peu réfléchi.  En effet, par expérience, je sais qu’il n’est pas anodin d’adopter un animal quand on entend lui accorder un mode de vie à la fois sain, agréable et diversifié, de manière à lui permettre de vivre nombre d’expériences enrichissantes.  Un tel engagement représente tout un contrat et, du coup, il réduit de beaucoup la liberté individuelle de tout bon maître consciencieux.

   Mais que voulez-vous, ce chat, je l’ai pris et je l’ai ramené chez moi.  Il s’est immédiatement attaché à moi, comme je me suis lié à lui, à ce point que, même s’il ne me lâche pas d’une semelle, il ne semble pas le moindrement souffrir de la récente séparation d’avec sa mère et de ses compagnons de portée.  Et moi, qui suis pourtant si rationnel, je me retrouvais déjà complètement perturbé… et littéralement gaga.

 Addenda:  Sauf que, ce qui est triste et incompréhensible, c’est que ce petit chat, le plus chaleureux de tous ceux que j’avais adoptés dans ma vie, s’est fait happer par une voiture, moins d’un an après son adoption, laissant un grand vide dans ma vie, un vide que j’ai rempli par l’adoption d’un autre chat, malgré la ménagerie que j’avais déjà, mais dont les membres, trop choyés, se montraient plutôt indifférents à mes attentes.

© 2012-16,  Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

A propos de l'auteur

Une réponse

  1. Yolande Mathey

    Elle est magnifique votre histoire d’amour avec ces chats, j’en suis très émue. J’ai une dizaine de chats, certains très indépendants, d’autres très « calineurs », mais tous m’expriment un amour si intense que lorsque je m’y laisse aller, je m’y noie presque.
    J’en profite pour vous dire que certains de vos messages me parlent beaucoup, d’autres moins, mais je parcours vos pages avec plaisir et y trouve souvent les réponses à mes interrogations existentielles.
    Merci de tout ce que vous faites!
    Je vous envoie de tout coeur une petite flamme de Belgique.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *