LES CROISADES, CAMPAGNES MENÉES PAR LES CROISÉS, DES NOBLES D’EUROPE ET DES SOLDATS CHRÉTIENS MARQUÉS D’UNE CROIX

Les croisades évoquent diverses expéditions militaires des Chrétiens d’Occident contre les Musulmans en Terre Sainte.  On peut dire qu’elles ont répandu, chez les  peuples opprimés, surtout chez les Arabes, les germes de la haine de l’Occident et les querelles religieuses dévastatrices.

Depuis la prise de  Jérusalem par le calife Omar, en 637, les Lieux Saints étaient demeurés sous la domination arabe.  En général, les Musulmans y respectaient les Chrétiens, bien qu’ils aient été chargés de lourds impôts, leur laissant la liberté de culte et respectant les monuments chers à leur piété.  Mais le calife Hakem déchaîna une véritable persécution contre les Chrétiens de ses états.  À Jérusalem, il fit détruire l’église de la Résurrection, la basilique établie par Constantin sur le Golgotha, l’église latine Sainte-Marie, fondée par Charlemagne et plusieurs monastères.  En 1009, les précieuses reliques, conservées dans la Ville Sainte, furent anéanties et les trésors mis au pillage.

Quant aux Byzantins, depuis la dynastie macédonienne, leurs empereurs avaient repris la lutte contre les Arabes pour reconquérir les provinces perdues en Acroisadessie Mineure et en Syrie, conformément à des objectifs à la fois politique et religieux.  Les véritables motifs étaient d’élargir les bornes de l’empire byzantin et les attributions du patriarcat œcuménique.  Malheureusement, l’avancée byzantine fut ralentie et annihilée par des intrigues de cour et la prédominance de la bureaucratie sur l’armée, d’où sa force militaire s’amoindrit considérablement.  Les Turcs Seldjoukides en profitèrent pour écraser Diogène, l’empereur romain, à Malâzgerd, en Arménie, d’où l’Asie Mineure était livrée sans défense aux envahisseurs.

En 1055, Toghroul-beg, un chef de horde sorti de la steppe kirghize, était entré à Bagdad et s’était imposé au calife arabe comme vicaire temporel et sultan, prenant en 1058 le titre de roi d’Orient et de l’Occident, étendant sans cesse ses incursions vers l’ouest, y menant, comme son successeur, Alp Arslân, des razzias dévastatrices et des expéditions de pillage, ouvrant toute la route de l’Asie aux bandes turques insaisissables.  Même des généraux byzantins, qui se disputaient le trône, s’allièrent aux Turcs et les aidèrent à s’établir en face de Constantinople.  En 1081, un cadet de la famille Seldjoukide mettait les Byzantins à la porte et fondait, avec Nicée comme capitale, un royaume turc particulier d’Asie Mineure.  Pendant ce temps, d’autres chefs turcs enlevaient Jérusalem aux Arabes d’Égypte, Antioche aux Byzantins, étendant, de 1072 à 1092, l’empire turc de Boukhara à Antioche (Melik-châk).

Dans l’Asie orientale, l’armée désorganisée ne savait que se faire battre, ce qui attisait les guerres civiles, contribuant, avec l’invasion étrangère, à répandre la mort et la ruine.  Les Turcs n’occupaient pas tout le pays de façon stable, certaines bandes dispersées, souvent ennemies les unes des autres, empêchant la constitution d’un véritable État turc, mais leurs incursions multiples, fort sauvages, semaient la ruine.  Installée sur la côte, de Cyzique à Chrysopolis, ils pouvaient par un coup de main s’emparer de Constantinople.  Les empereurs de Byzance ne pouvaient ignorer le danger, d’autant plus menaçant que leurs armées n’étaient plus sûres, s’usant dans des luttes partisanes.

Certains firent appel aux divers papes, pour obtenir du secours, mais, empêtrés dans leurs propres démêlés avec les rois d’Occident, ils ne purent donner suite à ces requêtes.  Ils allaient jusqu’à proposer les négociations en vue de terminer le schisme byzantin en échange de leur aide.  Mais ces empereurs n’étaient pas les seuls à jeter l’alarme.  Sur les routes d’Occident, les mendiants chrétiens exilés de Jérusalem ou d’Antioche ajoutaient leurs gémissements aux échos des pèlerins des Lieux Saints sur la situation terrible des Églises d’Orient.

Ce concert de plaintes a ému Urbain II.  Il a pris nettement conscience du danger que l’Islamisme faisait courir, non seulement à l’Orient, mais à la Chrétienté tout entière.  Aussi, élargissant le projet de Grégoire VII, conçu pour la Castille et l’Aragon, en Espagne, il a résolu de s’occuper de l’Orient avec l’aide de la Chevalerie française.  Il ne visait pas seulement à fournir quelques troupes auxiliaires aux empereurs de Byzance, mais à refouler les Turcs dans les régions asiatiques d’où ils étaient sortis et à délivrer les Lieux Saints de leur joug dit «honteux».  En outre, il estimait faire tomber les préjugés qui prolongeaient le schisme byzantin en assurant la sécurité de l’empire grec de manière à ramener dans l’unité romaine les églises dissidentes.  Mélange de religion et de politique, quoi!

Militaire par ses moyens, l’expédition devait demeurer religieuse dans son but et dans son chef, car le pape entendait bien en garder la direction.  Ainsi commença la prédication de la Croisade, au moment qu’Urbain II jugea propice.  Après la clôture du concile de Plaisance, il se rendit au Puy d’où il convoqua le concile qui devait se tenir à Clermont, sans faire la moindre allusion à la croisade.  L’assemblée s’ouvrit au jour fixé, s’occupant de questions d’ordre ecclésiastique.  Celles-ci réglées, le 27 novembre, devant la multitude rassemblée dans la plaine qui s’étendait en dehors des murailles de la ville, le pape exhorta ses auditeurs à porter secours à leurs frères dans le Christ, lançant officiellement la prédication de la nouvelle croisade.  Ses paroles provoquèrent une émotion qui se traduisit par le cri devenu le mot d’ordre de la croisade : Dieu le veut! Le discours du pape terminé, l’évêque du Puy s’agenouilla aux pieds d’Urbain II et, le premier, sollicita l’autorisation de prendre part à l’expédition.  À son exemple, nombre de chevaliers et de gens du peuple s’engagèrent à combattre les infidèles.  Comme signe de leur promesse, ils portèrent sur l’épaule droite une croix d’étoffe rouge cousue au vêtement.

La croisade ainsi décidée, Urbain II désigna son chef, l’évêque du Puy, Adhémar de Montiel, qu’il institua son légat, spécifiant également les conditions faites à ceux qui participeraient à la guerre sainte.  Le concile terminé, le pape mit tout en œuvre pour amplifier le mouvement créé à Clermont.  À côté du pape et des évêques, d’autres prédicateurs mandatés par eux parcoururent diverses régions de France en vue de provoquer des adhésions à la croisade.  Pierre l’Ermite fut sûrement le plus célèbre et le plus populaire, qui réunit 15 000 hommes, femmes et enfants à sa suite.  Toutes ces foules avaient été rassemblées en quelques mois.  Ces gens se réunirent à Cologne, les plus impatients partant, en mars 1096, vers Constantinople.  Pierre l’Ermite ne se mit en route que le 19 avril.  En octobre 1096, la croisade populaire cessa parce que les Turcs avaient exterminé la plupart des chevaliers et des gens.  Ceux qui survécurent se sont dispersés ou ils ont attendu les vrais croisés, les croisés proprement dits, mieux armés et structurés.

Au mois de décembre 1095, Urbain II envoya son légat à Constantinople, retardant les hommes de la guerre jusqu’au 15 août 1096.  Ces expéditions militaires durèrent du XIe au XIIe siècle, monopolisant l’attention et les énergies de toute l’Europe chrétienne.  De la sorte, on porta secours aux Chrétiens d’Orient, on reprit le Saint-Sépulcre aux Musulmans, puis on défendit les États fondés par les croisés en Syrie et en Palestine.

En général, l’esprit de la croisade a fait progresser l’Humanité apportant la lumière dans les coins obscurs de l’esprit humain et les régions du monde.  Souvent, les croisés ont noblement combattu les excès de la tyrannie et la mise en esclavage des êtres et des esprits.

Dans la langue commune, le mot croisade est devenu le synonyme d’une expédition militaire contre les païens et les hérétiques.  Et, dans le cœur de plusieurs mystiques, il existe un croisé qui sommeille.  On entend par un croisé cet être profondément blessé par ce qu’il conçoit comme une injustice ou un mal, qui choisit de s’y opposer activement et de remédier au tort qui a été causé.

Mais il existe différents types de croisés.  Certains se contentent de faire ressortir le mal qu’ils constatent et de le dénoncer.  D’autres, ignorants et intolérants, poursuivent des valeurs fausses, s’attaquant à des fonctions et à des idées qui sont bonnes en elles-mêmes.  D’autres jugent leurs intérêts personnels comme toujours justes, considérant les intérêts divergents comme nécessairement mauvais.  Tous oublient que, de nos jours, la croisade reste un moyen dépassé par rapport au défi que l’Humanité doit relever.  Ce n’est qu’en travaillant sur eux, un par un, que les êtres humains trouveront la paix et la Lumière.

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La Croisade des enfants identifie l’Épopée des jeunes prophètes de France et d’Allemagne, en 1212, qui attira nombres d’enfants vers les Lieux Saint.  Malheureusement, certains marchands marseillais en profitèrent pour les embarquer et les vendre comme esclaves en Égypte.

La Croisade d’Espagne évoque l’œuvre de conquête sur les Maures, menée par la Castille et l’Aragon, puissamment aidées par les Francs venus d’au-delà des Pyrénées.  Commencée dès la fin du XIe siècle, elle se développa tout au long du XIIe.  Toutes les passions nobles et égoïstes y trouvèrent leur compte : l’idéalisme chrétien, l’idéalisme chevaleresque, l’esprit aventurier et la pauvreté famélique.  Tous les Chrétiens virent dans la croisade le chemin de la fortune autant que celui du salut.

La Croisade des pastoureaux éclaire une aventure d’abord française.  Après l’expédition désolante de Louis IX et de ses frères, la France entière fut jetée dans une fermentation populaire, mêlée d’esprit de vindicte et d’enthousiasme pour la Croisade.  Le peuple se dit que, puisque les princes et les seigneurs avaient échoué, peut-être Dieu comptait-il sur une croisade de gens simples.  Un vieillard nommé Jacob, originaire de Hongrie, se fit le propagateur de cette idée.  Des milliers de laboureurs et de bergers se réunirent à Amiens et passèrent par Paris, faisant des recrues en route.  On en compta bientôt plus de cent mille, divisés en plusieurs groupes.  Malheureusement, indisciplinés, ils commirent des excès de toute sorte sur leur passage, armant contre eux  les populations qui les dispersèrent, pour la plupart, avant même qu’ils aient pu quitter la France.

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