L’ÉQUANIMITÉ, L’IMPASSIBILITÉ, L’IMPERTURBABILITÉ, LA SÉRÉNITÉ, DU PAREIL AU MÊME…

L’équanimité est un synonyme de l’imperturbabilité, de l’impassibilité et de la sérénité.  Ce mot exprime la paix du mental, l’égalité d’âme, la patience, le calme qui résulte de l’identité spirituelle.  Il s’agit d’un état de paix permanent de l’esprit qui ne se laisse plus déranger par les perceptions, les sensations, les émotions, les passions.  Cet état d’immobilité de l’esprit, au-delà de la conscience de l’ego, est une condition essentielle de la connaissance réelle et de l’expansion spirituelle.  Elle amène à tout considérer d’un regard égal et serein, libre de tout attachement, en acceptant tout et  tous comme ils sont, sans aversion ni préférence.  Elle n’implique pas une tiédeur mêlée d’indifférence, mais l’état lumineux qui résulte d’un centrage sur l’essentiel, chez un être qui maîtrise la satisfaction et la peine dans leurs aspects illusoires et dans leurs manifestations incontrôlées.  Dans la Tradition hindoue, il évoque particulièrement la paix intérieure qui résulte de la maîtrise de l’agressivité.  En spiritualité, il s’agit de la faculté de celui qui comprend que tout est juste et que tout ce qui arrive est  approprié.

C’est l’état d’égalité d’humeur et d’âme de celui qui se confie en Dieu.  Cette qualité suppose la pensée juste, l’équilibre du mental, la discrimination entre le réel et l’illusoire, entre l’absolu et le relatif.  Elle repose également sur le détachement intérieur et la compréhension correcte.  Elle rend rigoureux, objectif, impartial, intègre.  Elle confère le sens de la justice et de la équanimitémiséricorde qui se résument dans le mot compassion.  Pour connaître l’équanimité, il faut, non devenir indifférent, mais devenir conscient.  Lorsqu’on a compris que le règne minéral répond à la Loi de la patience, on s’en sert à bon escient.  Lorsqu’on a compris que le règne végétal répond à la Loi du service, on se relie à elle à lui avec respect.  Lorsqu’on comprend que le règne animal répond à la Loi de la Force, on accepte de le mettre à son service, mais on ne s’étonne pas de son comportement agressif.  Lorsqu’on comprend que le règne humain répond à la Loi de la mentalisation, on accepte de se connaître, sans dispersion, sans émotion, sans passion.  Voilà comment on accède à l’équanimité.  On vit sa vie dans le silence et le secret, ne s’en remettant, pour son destin, qu’à Dieu-en-soi.  On vit de façon libre, indépendante et autonome, tout en sachant échanger et partager, ce qui évite les liens gluants qui agissent toujours, tôt ou tard, sur les émotions.

L’équanimité est un état permanent de calme, de tranquillité, d’égalité d’humeur, un état fondé sur la compréhension et le dégagement de soi et sur un fonctionnement harmonieux du cerveau.  Il exprime une richesse intérieure qui élève au-delà des contingences matérielles et des fluctuations émotives du fait que, l’être étant comblé, il ne connaît plus le moindre trouble ni l’agitation.  Lanza del Vasto confirme: «La sérénité, c’est le sentiment qui accompagne l’impassibilité, qui couronne le détachement, c’est le contraire de l’indifférence et c’est le contraire de l’ennui.»  C’est l’état des êtres réalisés.  Aussi, serait-il bien fastidieux de jouer de la harpe sur son petit nuage, pendant l’éternité, à contempler Dieu face à face, comme nous le promettent les religions.  L’équanimité est un état très vibrant, donc dynamique et extatique, loin d’être ennuyeux.  Un être en vient à vibrer constamment à la fréquence de son Centre divin, car il a retrouvé la Conscience de l’Unité.

L’équanimité naît du bonheur d’être comme on est et de savoir qu’on n’est jamais seul dans sa tâche évolutive.  Elle provient de la certitude que rien ne pourra vaincre sa foi en son idéal et ne pourra compromettre son accomplissement dans l’Unité.  Ainsi, on peut rester calme et tranquille même au milieu du chaos.  Elle procède de la sagesse qui révèle la Lumière spirituelle et qui confère une vision globale qui transcende les apparences.  Elle permet de percevoir l’ordre et l’équilibre qui existent en toutes choses.  Cet état de paix divine ou céleste ne découle pas du fait qu’un être ignore les problèmes, mais qu’il ne les laisse pas engendre en lui de tension, évitant de provoquer une situation plus complexe.  Il lui impose de se concentrer sur le moment présent dans la paix, au-delà des problèmes, en formant en lui des pensées constructives.  Il permet de présenter un nouveau visage qui esquisse un sourire de compréhension, ce qui amplifie son inclination à se sentir bien.

Dans son aspect d’imperturbabilité, l’équanimité revêt un aspect théologique qu’on retrouve dans différentes religions.  Alors, elle ajoute la nuance ce qui n’est pas susceptible de souffrance.  Dans le langage courant, on croit qu’elle implique le fait de n’éprouver aucun sentiment, de ne trahir aucun mouvement intérieur, de cacher ses émotions, de retenir son trouble.  Au sens spirituel, elle traduit plutôt la maîtrise de soi qui implique l’absence d’émotions.  C’est la faculté de garder, sans effort, l’égalité d’humeur et la paix d’esprit en toute situation.  Elle devient synonyme de l’«égalité de conscience» qu’on retrouve dans le mot «sérénité» ou de l’imperturbabilité.

Comme attribut divin, ce mot exprime que Dieu ne peut ni souffrir ni ressentir de sentiments, qu’il ne peut être atteint ni troublé en aucune matière.  En effet, en tant qu’Essence pure, Dieu ne peut avoir de ressenti, de sentiment, d’impulsion, d’inclination, de penchant, de passion, de mouvement d’humeur, de ressentiment, d’affection.  Dieu n’est affecté par rien: il n’a pas d’appétence, de désir, de besoin.  Il est tout court.  On lui prête donc à tort une personnalité et des mouvements d’âme.  Dieu ne ressent les choses qu’à travers ses créatures parce qu’il est à la fois impersonnel et personnel.

Pour l’homme, l’invitation à être impassible lui apprend à vivre sans tension: elle constitue un obstacle à la conscience.  L’homme ne doit pas s’attacher au bien ni résister au mal.  Il doit être neutre, encensé comme critiqué.  Il doit s’élever le plus rapidement possible au-dessus de la douleur et de la souffrance pour exprimer des sentiments dignes et nobles, mais jamais d’émotions.  Lanza del Vasto précise: «L’impassibilité n’est pas l’insensibilité, c’est le contraire de l’indifférence.  Puisque la douleur et la peine ne sont que les oscillations d’un seul pendule, l’impassibilité consiste à se placer au point d’attache du pendule, c’est-à-dire au point qui ne bouge pas, qui n’oscille pas, mais d’où les oscillations sont perceptibles et sensibles.»

Le Maître Janakanandâ a dit: «Il est difficile d’éliminer les sources de distraction comme les bruits, mais il y a des distractions plus subtiles qui font de plus grands effets négatifs sur la conscience.  Ces distractions sont les souvenirs désagréables.  Notre émotivité est nourrie de compliments et d’insultes.  Nous devons ignorer tous les deux, car ils agissent de façon destructive.  Ce ne sont pas les compliments qui doivent nous stimuler, car les insultes auront par la suite la capacité de nous déprimer.»  L’être humain ne doit jamais être optimiste ni pessimiste: il doit être réaliste.  Sri Aurobindo Ghose parlait d’un état «blanc comme neige», sans mouvement intérieur, qui permet à tout ce qui est discordant de passer à travers un être, pour retourner à sa source,  sans rien en retenir, sans lui résister, évitant que cela le trouble ou l’affecte.  Car l’imperturbabilité comporte la notion d’éviter de se laisser déranger, de maintenir la paix d’esprit en tout temps, quoi qu’il arrive.  En fait, il ne s’agit pas d’éviter de se laisser déranger, mais de vivre un état dans lequel tout dérangement devient impossible.

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