L’EGO, PEUT ÊTRE LE MEILLEUR AMI OU LE PIRE ENNEMI, MÊME QU’IL DONNE NAISSANCE À L’ALLÉGORIE DU DIABLE, LE GRAND ADVERSAIRE…

En réalité, l’être humain ne détient que deux facultés créatrices : l’intuition, voix de l’âme, qui lui fournit l’inspiration, et l’imagination, l’instrument de l’intelligence, qui lui sert à former des moules de pensée.  Dans cette dynamique, l’imagination, la folle du logis, gonfle le mental de prétentions et d’illusions, ce qui engendre les débordements de l’ego.  Voyons comment cela se produit.

LA DYNAMIQUE DE L’INTELLIGENCE

L’intelligence constitue la faculté mentale propre à un individu qui permet de connaître, de saisir et de comprendre par la pensée, qui élabore des concepts et des raisonnements, pour s’adapter au mieux à son environnement et aux situations de la vie.  Dressée à la sagesse, elle peut recourir à la lumière de l’intuition, pour s’en inspirer, mais elle privilégie habituellement l’intellect ou le mental, source de l’imagination, pour créer un monde à son image et à sa ressemblance.  Elle confère le pouvoir d’analyser les réalités dans leur juste perspective et de conserver les faits dans la mémoire.

En principe, elle devrait d’abord servir un sujet dans son projet d’assurer sa survie, ensuite, d’assurer sa vie, en l’aidant à comprendre la condition véritable, origiego-6nelle, naturelle et éternelle de l’âme, dont elle est l’instrument, pour l’aider à se situer dans le monde et à évoluer.  Elle devrait motiver la conscience à vouloir librement connaître Dieu, sa Source spirituelle, à travers ses œuvres, dans l’observation de ses lois naturelles et de ses principes cosmiques, pour vivre en conformité avec le Plan créateur afin d’évoluer dans l’ordre, l’équilibre et l’harmonie, sources du bonheur.

Par sa fonction de relier les faits, elle rend l’esprit apte à réagir à de nouvelles conditions, pour s’y adapter, en prenant clairement conscience de ce qu’elle perçoit et en formant des idées nouvelles à partir des impressions accumulées dans la mémoire.  Elle confère l’habileté à discerner ce qui convient de faire, de penser, de ressentir et de dire ou ce qui convient de ne pas faire, de ne pas penser, de ne pas ressentir ou de ne pas dire pour rester évolutif.

On l’appelle diversement le sens interne ou l’entendement, qui fonde le sens logique, recouvrant les idées, les mouvements de la pensée, bref, tout l’aspect rationnel de l’être, qui revêt d’une interprétation intellectuelle les faits bruts de l’existence et les processus abstraits du cerveau.  Elle désigne l’esprit qui raisonne, analyse, synthétise, compare, discrimine, établit des liens et construit des représentations mentales à partir des signes, des indications et des données recueillies dans le cerveau.

Elle représente l’outil indispensable à la découverte des solutions des problèmes du quotidien et à la prise de contact avec le monde matériel ou physique, concret, tangible et palpable.  Grâce à elle, l’être humain peut explorer le monde qui l’entoure, connaître objectivement les objets et les phénomènes, inventer, comprendre, s’exprimer, par l’intermédiaire des pensées et des jugements ordinaires, à la remorque de ses découvertes, emmagasinées dans la mémoire.

Elle analyse, synthétise, compare, visualise (imagine), induit, déduit, conceptualise, classe, met en ordre, ordonne et raisonne, se donnant, dans l’immédiat, la meilleure perspective, permettant de raisonner et d’expliquer les faits avant d’agir.  Elle vagabonde sans cesse, curieuse de tout saisir, captant et émettant des approximations, au gré des circonstances, cherchant partout des explications logiques et construisant des schèmes imagés, à partir des données acquises antérieurement, bien que nombre d’expériences intimes la dépassent.

Le comparse de l’intelligence : l’intellect ou le mental

L’intelligence est servie par l’intellect ou le mental, la faculté de forger des concepts, qui engendre l’ego ou le petit moi, car il est essentiellement égotique, en ce sens qu’il ramène tout à lui, comme s’il était le centre du monde et que tout devait graviter autour de lui.  L’intellect recouvre les idées, les pensées, tout l’aspect rationnel de l’être, tourné vers l’extérieur et attaché à la forme, bien qu’il soit capable d’introspection ou d’un retour sur lui-même.  Le problème relève du fait qu’il ne connaît pas de limites et que, jaseur et bavard comme un perroquet, sans cesse actif dans l’état de veille, il cherche à imposer sa vérité relative, de façon souvent tyrannique ou impérieuse, divertissant souvent de la direction intérieure, telle qu’elle est fournie par l’intuition.

L’intellect recouvre si rapidement l’intuition de son interprétation que le sujet en vient à confondre ce jugement avec le message premier, prenant souvent une décision qui le mène à l’échec ou à des demi-réussites.  En ce sens, il devient un obstacle à l’évolution.  Il empêche de reconnaître les états de conscience dans leur vraie nature, se limitant à l’aspect logique des réalités, parce qu’il s’accroche à sa propre identité, telle que révélée par la personnalité, l’ego ou le petit moi.  Ainsi, sans s’en rendre compte, il ne représente bien souvent, dans son affairement et sa fébrilité, qu’une excroissance illusoire et dominatrice des processus cérébraux fondamentaux.

En effet, l’intellect recouvre les processus de l’idéation consciente, mais également toutes les pensées aléatoires incontrôlées, qui surgissent du subconscient, et font surface comme des bulles d’illusions,  Par ses divagations, il établit son empire sur un être, lui imposant sa pseudoscience, car il ne tolère que ce qui est ou paraît logique, et il l’amène à réagir de façon réflexe, automatique ou conditionnée, aux pensées qu’il ne contrôle pas, de façon souvent anarchique et erratique.

Limité par ses découvertes, l’intellect empêche de saisir la réalité exactement comme elle est, au-delà des apparences ou dans sa perspective globale.  Incapable d’embrasser l’immensité du Cosmos et de Dieu, il ne réussit à percer qu’une petite portion de l’Univers, dans son analyse de la Terre, dans sa quête de lumière, d’entendement, de compréhension, de sagesse.  Comment mettre l’océan dans un verre à eau ? Partiel, il limite tout, rendant partial, subjectif, relatif et égoïste.  Bavard, se prononçant sur tout de façon péremptoire, redoutant tout ce qui lui échappe, s’apeurant d’un rien, il pousse à parler, à faire du vent, et il amène rarement à faire des affirmations qui vaillent la peine qu’on y prête attention.

L’intellect établit des normes rigides, conformistes, conventionnelles et stéréotypées, sous forme de clichés, qu’il impose à la majorité, fondant les coutumes, les usages et les modes.  Il  enferme dans des schèmes rigoureux et dogmatiques, pourtant formés d’éléments transitoires et mouvants, à une époque donnée.  Il amène souvent à rejeter la substance des réalités et à en faire perdre le fond, et il se perd dans les détails, les artifices, les complications et les notions superficielles.  Il accorde souvent plus d’attention à la forme qu’au contenu et il amène à des considérations plus symptomatiques que causales.

C’est lui le maître de la facilité ou de l’expédient qui suggère, par exemple, de prendre une aspirine, quand on a mal à la tête, croyant qu’il y a perte de temps dans le fait d’en chercher la cause, qui n’existe peut-être pas, pour régler le mal en permanence, puisqu’il existe un moyen aussi simple, à la portée, d’y remédier.

L’intellect propose toujours des solutions toutes faites, fixées par sa science prétendue, et il réagit à tout de façon aussi mécanique qu’un ordinateur.  Ainsi, il établit sa préséance sur les facultés internes, bloquant l’intuition et réprimant la spontanéité, rendant sérieux, rigide, austère, sévère, grave, compassé, perfectionniste, hiératique, condescendant, arrogant, ironique, sarcastique, sceptique, etc.  Or, qui n’est pas spontané n’est pas naturel.

L’intellect ne fait aucune différence entre une expérience réelle et une expérience imaginaire et il se laisse monopoliser son attention par l’une et l’autre, dans une alternance à la vitesse de l’éclair.  Borné, bruyant, tapageur, répétitif, rebelle, indiscipliné, il engendre des classifications nébuleuses et arbitraires, conformément à ses préférences, morcelant le monde, disséquant les réalités, séparant les êtres, divisant la conscience en aspect naturel et en aspect spirituel ou en aspect concret et en aspect abstrait, devenant la source de la dualité apparente et de toute séparativité relationnelle.  Il établit des barrières, réfractaire aux différences et aux exceptions, et il rend difficile l’approche de la globalité et de l’Unité.

L’intellect amène à se débattre dans les rets (filets) de la matérialité et de l’esprit matérialiste et il dissipe les énergies d’un sujet dans une quête de compréhension des reflets de la conscience, tels qu’ils apparaissent sur l’écran des phénomènes extérieurs de la vie.  Il cherche davantage à appréhender ce qui se passe à l’extérieur de lui qu’en lui et il accumule sans cesse des notions qui encombrent la conscience, faisant une tête bien pleine, mais un cœur sec et renfermé.  Par ses raisonnements, l’être humain accorde son attention presque uniquement à ce qui se passe en lui ou à ce que les faits extérieurs déclenchent en lui, ce qui le rend insensible et indifférent aux autres.  En général, une personne est d’autant moins intuitive qu’elle est intellectuelle ou d’autant plus intuitive qu’elle est peu intellectuelle.

Le mental agit ainsi comme un architecte rétrograde et nostalgique qui reproduit les vieilles structures du passé, les modifiant légèrement pour leur donne l’apparence d’une nouvelle réalité.  Il est la source des habitudes et des routines sclérosantes qui engendrent la monotonie et l’ennui.  Mais il compense en cherchant les moyens subtils de les percevoir autrement, en adoptant difficilement des visions nouvelles.  Il connaît des désirs comme le corps connaît des besoins.  Il est le ferment de la motivation qui meut la volonté, la pousse à l’action, selon ses intérêts.  Il fomente les divagations, les émotions et les passions.

Observateur, curieux, analytique, il est constamment à l’affût des impressions qui proviennent de son environnement.  Dès qu’il ne parvient pas à fixer son attention sur un fait, il se rebiffe, se vexe, s’impatiente, et il exprime du mécontentement et de l’irascibilité.  De la même manière que le corps s’ankylose, privé d’exercices, il paralyse s’il est limité ou restreint.  Car le mental ne reste alerte, aigu et lucide, que s’il est impliqué dans la réalisation d’objectifs au service d’un but.  Il faut lui concéder une part de ses désirs, le laisser les satisfaire, pour éviter qu’il entre en dépression et suscite des malaises vagues, difficilement explicables, comme le mal de vivre.

Du reste, nombre de ses inclinations favorisent le développement de l’être et l’amélioration de l’Humanité.  C’est dans ses aspects pervers, involutifs, qu’il faut le démasquer et le mettre au pas.  Il faut savoir le diriger en l’éclairant des inspirations de l’Esprit, qui parle par le cœur.  Dès qu’il devient statique, un individu commence à régresser, d’où ses facultés cognitives s’assoupissent ou s’ankylosent.  Aussi faut-il les nourrir de pensées créatrices, les impliquer dans des recherches constructives, les soumettre à son Idéal supérieur ou à son But ultime.

L’être humain se forme une vision de la réalité en puisant dans les idées qu’il a accumulées dans sa mémoire, de par le passé, et en les combinant différemment.  Mais il ne doit pas oublier d’y ajouter l’éclairage de l’intuition, nullement logique, qui lui permet d’accomplir un bond plutôt qu’un pas.  Le mental renforce constamment l’ego, si on ne l’utilise que pour accumuler des connaissances, renforcer son pouvoir créateur et améliore son coefficient mental.  Il faut maîtriser et dépasser son mental, une force apte à former des concepts, susceptibles d’élever la conscience personnelle et celle de l’Humanité, en lui apprenant à assimiler les choses différemment et à se laisser imprégner par l’énergie intime, au lieu de s’y opposer.

La majorité des gens s‘identifient d’abord à leur corps, à leur milieu et à leur mental, oubliant qu’ils sont d’abord une âme, mue par l’Esprit, qui habite un corps, son véhicule d’expression, mais qui n’est pas ce corps, puisqu’elle en est la Maîtresse.  L’intellect représente l’aspect logique, un instrument limité et mortel de l’âme, mais il ne constitue pas la véritable identité d’un sujet : il n’est que temporairement à son service.  Or, l’intellect est fort réducteur, en ce sens qu’il interprète tout à partir d’une règle qui établit des extrêmes, qu’il perçoit comme des oppositions irréconciliables, au lieu de les comprendre comme des réalités compatibles et complémentaires, qui ne représentent que l’envers d’un autre aspect, puisque tout reste dans l’unité de son tout et du Tout.

L’intellect conçoit tout ce qui lui échappe en termes de paradoxes, dans une lutte du mal contre le bien, du haut contre le bas, de la droite contre la gauche, de l’homme contre la femme, du jour contre la nuit.  Seul le cœur peut réconcilier les contraires apparents.  Dans sa perception biaisée, l’intellect engendre la peur, source de multiples confusions, et il amène au repli ou à l’attaque, selon la dynamique du sujet.  Ainsi, il divise l’être, l’induit dans le déséquilibre, l’empêchant de recevoir ce qu’il désire, un monde de paix et d’harmonie.  Sans cesse actif, interrompant le silence intérieur, il éveille les soucis et les doutes, coupant de l’Esprit qui sait dans la certitude qu’il n’y a rien à craindre, mis à part le fait de craindre.

La volonté de comprendre, telle qu’elle s’exprime par le désir de l’intellect, reste légitime.  Mais, dans sa froide énergie, il veut tout savoir et tout analyser, pour tout contrôler, ce qui freine l’évolution.  Car contrôler n’est pas maîtriser.  La maîtrise s’exprime par un commandement confiant, doux et ferme, quand on connaît les lois de l’énergie.  Le contrôle s’exerce dans l’effort et la coercition qui engendrent la tension et la contraction.  Plus on s’enferme dans son intellect, plus son océan de peurs se gonfle et exprime son tumulte, entraînant dans l’incompréhension, la souffrance et le désespoir.

L’intellect divertit de la direction intime du Centre spirituel, par son besoin impérieux de tout gérer et contrôler, à chaque instant de la vie.  Il cherche à tout prévoir et à tout planifier à l’avance, pour échapper aux aléas de la vie, dans l’espoir d’amener les faits à se produire à sa manière et à sa conception, tel un capitaine de navire.  Il représente un auxiliaire utile, pour clarifier son but et les objectifs qui y conduisent, mais on devrait plutôt accorder sa confiance à son Centre spirituel pour ce qui échappe à son contrôle.

Seul le Centre intérieur, paisible et patient, peut amener à se produire l’objet de ses voeux, au moment opportun et de la manière la plus parfaite, pas le mental impatient et frénétique.  Le Centre intime constitue le véritable Capitaine, à la barre du navire, le Maître de la synchronicité, qui maintient constamment dans les circonstances les plus parfaites, dans la perspective de son évolution, plutôt que de ses attentes humaines.  Celui qui s’abandonne aux plans tracés par son intellect doit déployer une énergie considérable pour les manifester, tels qu’il les conçoit et, souvent, uniquement pour se retrouver dans une impasse ou dans un problème plus grand que celui qu’il voulait régler.

Car, si le mental reste l’instrument du discernement, qui aide à distinguer ce qui plait de ce qui déplaît, ce qui fait du bien de ce qui fait du mal, ce qui nuit de ce qui sert, il ne détient aucune sagesse spirituelle.  Il induit dans une démarche visant à préciser tous les détails d’une expérience, à s’accrocher à ses vieilles idées, à surveiller constamment tout ce qui arrive, pour s’assurer que tout fonctionne bien.  Mais est-ce s’occuper ou se préoccuper que d’agir ainsi ?  Dans un contexte aussi rigide, tout se dérègle, se déglingue et se bloque.  Et si les faits ne se passent pas comme prévu, il amène à se culpabiliser, à s’inférioriser, à prendre peur, à se croire à la merci du sort.

C’est en restant à l’écoute des messages intimes, qu’on reçoit au quotidien, qu’on reste dans un courant élevé d’énergie, prometteur de grandes réalisations, non en tentant de tout structurer de façon rigoureuse, croyant ainsi assurer sa stabilité et sa sécurité.  Par la Causalité, la Vie s’amuse sans cesse à déjouer les plans trop bien tracés ou définis, les croyances trop imbues de certitude, la confiance apparemment inébranlable, pour rappeler que, si on avance vers le but, on ne l’a jamais atteint, sauf dans quelques contingences utiles ou pertinentes.

Celui qui se ferme à sa spontanéité, comme celui qui n’invente pas des images nouvelles  d’accomplissement personnel, reste prisonnier de ses schèmes de pensées rigides.  On cesse de se réfugier dans le passé et de se préoccuper de l’avenir dès qu’on se nourrit d’idées nouvelles, joyeuses, inspirantes, conformément au sens qu’on veut donner à sa vie.  Autrement, on s’agite en vain dans ses cercles vicieux.  En faisant évoluer son imagerie mentale, on accroît son potentiel énergétique.  Plus on lance haut l’ancre de son destin, plus on s’attire une grande énergie pour l’accomplir.

En raison des nombreuses occupations quotidiennes et des difficultés inhérentes à l’apprentissage, la vie ne peut être qu’une affaire d’entendement rationnel.  Pour que tout se déroule dans l’ordre, il y a tant de réalités qu’il faut concevoir et comprendre à un niveau plus intérieur et plus profond.  On s’illusionne à croire qu’on peut tout embrasser d’un seul point de vue intellectuel ou juger avec exactitude de tout ce qui entre dans sa sphère de perception.

Par exemple, est-il possible de raisonner une personne qui a été profondément bouleversée lors d’une tragédie, de la perte d’un être cher, de la cessation d’un emploi, de l’annonce d’une maladie grave ?  Certes pas ! En pareil cas, seule l’âme peut éveiller l’espoir, en s’adressant au cœur, en élargissant sa vision.  C’est souvent à l’occasion d’une catastrophe qu’on prend conscience des limites du mental, mais il est alors souvent trop tard pour puiser dans son âme les énergies de son salut.  Alors, si on se complaît dans son mental au point d’involuer, ne s’attire-t-on pas, de ce fait même, par la Causalité, les faits qui réveilleront à la réalité ?  Ce n’est qu’en restant en contact avec son âme qu’on écarte les catastrophes, car on permet alors aux faits de se dérouler de façon naturelle, toujours mieux qu’on aurait pu l’imaginer.

Ce qu’il importe de comprendre, c’est que l’intellect renforce l’ego qui est porté à se croire supérieur à l’Esprit et à la Nature, qu’il s’autorise de tenter de dominer, restant convaincu, même dans les revers, qu’il y parviendra un jour quand sa science sera plus complète.  L’intellect cherche toujours des raisons et des explications avant d’agir, entretenant dans l’hésitation, l’atermoiement ou la tergiversation stériles.  On ne doit pas l’ignorer complètement et le mettre en tort, car il paralyserait.  Mais il faut observer comment il raisonne toujours à partir des programmes qui lui sont familiers, bien connus, fort enlisants.  Il induit facilement dans l’étroitesse d’esprit et la froideur du jugement.

Ce n’est qu’avec douceur qu’on pourra convaincre le mental que l’âme porte un projet bien plus adapté que le sien et une vision bien plus large que ses conceptions, pour réaliser l’état de bonheur auquel il aspire.  Mais elle l’amènera vers une direction qu’il ignore, par des voies qu’il ne peut prévoir.  Aussi, gagnerait-il à rester ouvert aux sentiments et aux impressions profondes de l’être qu’il doit servir.

L’intellect doit servir premièrement à poser les bonnes questions à l’âme, pour recevoir intuitivement ses réponses, souvent par le support des ressentis intimes et des symboles de son environnement, qu’il faut analyser pour les comprendre.  Car c’est elle qui détient les réponses à toutes ses questions, les solutions à tous ses problèmes et le secret de sa réalisation, pas les livres ni les autres.  Deuxièmement, une fois bien éclairé par sa conscience intime, il doit exercer son libre arbitre : fixer des buts clairs, nets et précis;  choisir entre des alternatives;  clarifier ses intentions;  stimuler la volonté à l’agir;  mettre en œuvre les moyens de les atteindre.  Alors, par la synchronicité, l’âme répondra, en engendrant les coïncidences de temps et de lieu, qui l’aideront à les atteindre. Toutes les autres occupations du mental, à part l’enregistrement des faits dans la mémoire, expriment la redondance d’occupations stériles.  On s’instruit mieux dans l’expérience qui passe à travers ses tripes que dans les livres et l’observation de la conduite des autres.

L’intellect emprisonne, dans des connaissances limitées et limitantes, un être pourtant épris d’infini : jour après jour, il épaissit les murs de sa prison et la difficulté de ses obstacles et l’amène à se réfugier dans des illusions sécurisantes.  Plus les illusions sont grandes et nombreuses, plus on s’attire la désillusion et les frustrations.  On peut entraîner son mental à cesser de vagabonder et de produire des réalités illusoires.  On peut commencer par observer son jeu et refuser les pensées qui ne contribuent pas à améliorer son destin. Les pensées créent si on s’appuie sur elles.  Alors, le truc consiste à élever son tonus vibratoire pour démagnétiser les pensées parasitaires, ce qui la repousse naturellement.

On ne doit jamais lutter contre une pensée lancinante, car on la renforce.  Soit qu’on la convoque au tribunal de sa conscience et qu’on lui laisse livrer tout son contenu, pour qu’elle s’épuise d’elle-même;  soit qu’on élève son tonus vibratoire, se concentrant sur son Centre intime, pour la repousser par démagnétisation.  Avec un peu d’entraînement, on deviendra un magicien adroit qui écarte toute pensée stérile par la transmutation psychique.  Si la pensée fait sens, on se contentera de centrer son attention sur elle et de lui donner une orientation qui sert son bien, donc une direction évolutive.  C’est la seule façon de progresser dans le calme des sentiments et la paix du mental.  Un intellect indiscipliné fluctue au gré des impressions et des émotions, qui s’amplifient et s’atténuent au fil de la pensée.

On ne peut obtenir des informations en provenance des niveaux les plus élevés de la conscience, si on entretient le bavardage mental, au cours de ses méditations ou de ses pauses d’intériorisation.  En revanche, tenter d’y mettre un terme, c’est l’amplifier.  On ne peut s’élever d’un niveau de conscience à un autre sans créer des ouvertures, en renonçant à la dynamique des plans inférieurs, c’est-à-dire, sans y mettre du calme et de l’ordre.

L’intellect, comme une tête chevelue, possède une multitude d’antennes dirigées vers toutes les directions de l’espace intérieur et extérieur.  Ainsi, il a tendance à laisser son attention se disperser dans toutes les directions, selon la fréquence la plus puissante qui l’atteint dans l’instant, mais qui change sans cesse de provenance, et il se perd dans tout ce qui se passe dans son milieu.  Il est sollicité par les attractions et les impulsions du moment, par les signaux de l’Univers, par les stimulations extérieures immédiates, par les pensées des autres, par le remous de l’inconscient collectif, par les liens télépathiques naturels.

Retenons que les pensées sont des choses qu’on attire, selon sa fréquence du moment, non pas des réalités qu’on engendre et distille de soi-même de toute pièce.  Chacun attire les pensées, comme un aimant, conformément à son tonus vibratoire ou à son niveau de conscience.  Aussi, pour ne pas se perdre dans la tempête des pensées ou dans le raz-de-marée des émotions, il faut apprendre à diriger son attention vers son Centre intime, en demandant à son âme de prendre la gouverne de son mental.  On disperse ses énergies, si on répond automatiquement à ses pensées vagabondes, comme on se dépersonnalise, si on répond mécaniquement aux mouvements subtils des autres.

Le premier pas consiste à savoir observer et à suivre son monologue intérieur vain ou contradictoire, pour en orienter le contenu vers un accomplissement supérieur.  Immobiliser la course de ses pensées errantes ou erratiques ne doit pas mener à la quête de ne plus être, de se perdre dans le Nirvana, de cultiver la béate ataraxie des moines orientaux, qui fuient dans la vacuité et la complaisance spirituelle.  Ce processus doit consister à engendrer en soi un espace de silence qui permet un passage vers une autre dimension, amenant à produire une inversion intime de la conscience.  Voilà comment on s’unit plus étroitement à l’Esprit divin, en soi, pour être naturellement nourri du jaillissement éternel de sa Lumière.

Le seul fait de s’accorder du temps, dans une pause silencieuse, dans la solitude et le calme, assis bien droit (plutôt que couché), amènera progressivement sa conscience à s’élever vers sa Source spirituelle, attirée par un phénomène spontané d’aimantation, si on en fait expressément la demande.  Seule cette technique, pratiquée régulièrement dans l’amour, la pureté d’intention et le détachement, permettra d’établir un lien permanent intense et cristallin avec l’Esprit divin, qui habite son temple de chair.

moi-et-toi

LA DYNAMIQUE DE L’EGO, LE BIBI RÉDUCTREUR ET SÉPARATEUR

Pour lancer les commentaires sur la dynamique de l’ego, il convient de d’abord en donner la définition, se rappelant qu’il offre synonymes couramment employés pour l’identifier, le «moi» ou le «je» et la personnalité.

L’ego, un mot latin, identifie d’abord le sujet conscient et pensant qui constitue l’unité transcendantale du  moi, s’il porte une majuscule.  Autrement, dans son sens commun, il évoque le culte du moi ou la poursuite exclusive du développement personnel, partant à faire abstraction de l’autre.  En français, on parle du «moi», fondement du «je», qui porte à proférer tous ces «me», «mon», «ma» et «mes», indices de l’esprit de possession et de l’accaparement ou d’une affectivité retournée sur soi-même.  Il désigne l’individu dans sa perception de l’identité de sa personne, conformément à son image intime, d’être doué de personnalité ou en relation avec sa propre identité.  Il recouvre tout ce qui constitue l’individualité ou la personnalité d’un sujet, tout ce qui le porte à s’affirmer dans l’impression d’exclure les autres ou dans le sentiment d’être séparé des autres. 

L’ego désigne la personne humaine en tant qu’être conscient de lui-même, à la fois sujet et objet de sa pensée, conscience qui mène à l’attachement exagéré à son véhicule concret d’expression.  Il fonde la personnalité dans sa tendance à ne considérer que soi et à adapter ou à interpréter la réalité à partir de sa seule ego5 ego3perception.  Il est le centre de la prise de conscience qui reçoit les impulsions de l’Esprit par ses cinq sens physiques et son ressenti.  Il donne naissance au concept d’un monde structuré, mais divisé en plusieurs dimensions, morcelant la Réalité divine, pourtant une et indivisible.  Toutes les perceptions individuelles passent par le canal des processus conscients de l’ego par le biais des stimuli, composés d’ondes électromagnétiques.

Le «moi» ou le «je» : Le «moi», c’est le mot français qui traduit le mot latin «ego», qui porte à dire «je», donc un synonyme parfait de ce mot.  Il réfère à l’identité d’un sujet considéré de façon abstraite, mais rattaché à la perception de soi, à ses intérêts et à ses avantages personnels, ce par quoi on se sent différent des autres.  Le moi porte vers l’affirmation du libre arbitre jusqu’à l’excès ou aux extrêmes, réfractaire par nature à l’autorité extérieure et à l’autorité intime de la Conscience supérieure.  Il incline vers la satisfaction des affects, des désirs, des appétits, des émotions et des passions.

Pour faire sa place et occuper ce qu’il dit son territoire, il recourt à ses mécanismes fondamentaux de manipulation et d’agression, tantôt concrets comme la prise de possession, la domination et le culte de la renommée, tantôt subtils comme la projection, la rationalisation, la justification, la sublimation, la compensation, le marchandage, le chantage émotif, la séduction, la flatterie, le parasitage psychique.  C’est par le recours à ces moyens que l’être humain a lentement réussi à modifier son environnement et à s’y adapter, mais souvent au détriment de la Nature, qu’il cherche à dominer, et de ses divers règnes, qu’il cherche à s’asservir, à contrôler sans respect, les considérant comme inférieurs, donc à son service.

Car ses impulsions et ses pulsions fondamentales d’agression deviennent impérieuses et impitoyables quand elles ne sont pas tempérées par un système de valeurs transcendant adéquat : il n’est alors motivé que par l’émergence de la personne, qu’il veut éminente et souveraine.  Aussi développe-t-il peu à peu une autre impulsion plus subtile, en marge de l’agressivité, qu’il déguise en un sentiment d’affinité, pour établir un lien équilibrant avec le moi des autres, quand il ne peut les maîtriser.  Il propose une relation de donnant-donnant, qui ne vise qu’à maintenir ses intérêts dans une mutualité de bons procédés.  Mais nous en reparlerons plus loin.

La personnalité : Synonyme de l’«ego», du «moi» ou du «je», souvent mieux circonscrits dans l’expression «le petit moi», ce mot désigne ce qui fait qu’une personne est elle-même et pas une autre, ce qui se signale par ses comportements, ses aptitudes, ses motivations, ses traits de caractère, ses choix personnels, son rôle fonctionnel et son statut social, sa carrière, son influence dans son milieu et son environnement, bref ce dont l’unité et la permanence constituent l’individualité ou la singularité de chacunC’est la fonction par laquelle un individu se saisit comme un moi, comme un sujet unique et différent, recouvrant la totalité de ses caractéristiques individuelles, ce qui le différencie de toutes les autres créatures.

La personnalité identifie le caractère personnel distinct qui, oublieux des intérêts et des droits des autres, pousse vers l’égotisme, l’égoïsme et l’égocentrisme.  Elle se fonde sur la surestimation de soi, qui confine à la vanité, à la prétention, à l’arrogance, à la condescendance, à l’individualisme, à l’orgueil, à l’excentricité, autant de témoignages de l’insensibilité et de l’indifférence à la réalité et au vécu des autres.

La personnalité conduit à une identification excessive à la matière, conçue comme le monde du paradis artificiel, mue par la pulsion de survie qui porte à assurer l’intégrité de sa forme physique.  Elle entraîne dans les comparaisons, l’émulation, la relève des défis, l’esprit de concurrence, les jeux de pouvoir, qui aboutissent dans les oppositions et les rivalités de toutes sortes.  Elle réprime ainsi l’intuition, qui fournit les injonctions de la conscience profonde, et la Réalisation spirituelle, l’appel évolutif lancé à tout être.    

Note : Dans certains Textes sacrés ou spirituels, dès que ces  quatre mots, «Ego», «Moi», «Je» ou «Personnalité», portent une lettre majuscule, ils réfèrent à l’instance supérieure de a direction de la conscience, soit à la Conscience subjective, diversement appelée «Moi supérieur», «Je divin», «Personnalité transcendantale», «Soi supérieur», «Maître intérieur», «Identité spirituelle», «Individualité pure», «Monade spirituelle», «Esprit de Vie», telle qu’elle s’exprime à l’intérieur de soi comme Source divine de l’énergie et de l’intuition.  Ce n’est que lorsqu’ils portent une minuscule qu’ils identifient le faux-moi, le «je» limité, le petit moi, le moi inférieur, la conscience limitée ou objective, dirigée par l’intellect ou le mental, portée à la fausse identification avec la matière, la vie terrestre et le monde extérieur.  Nous avons trouvé plus de cent expressions différentes pour identifier cette Conscience cosmique ou ce Centre spirituel intime, selon les Traditions spirituelles ou les Ordres mystiques.  Tous ces mots identifient le Sujet transcendant, existant pour soi, par soi, intangible, parfait et permanent, antérieur à tout objet du Monde, le pénétrant dans tout ce qui le compose.  Ce dernier désigne l’Essence primordiale, originelle et éternelle, fondement du sens de l’identité avec Dieu, de l’âme spirituelle et de la Conscience supérieure.  On emploie encore les expressions «Ange gardien», «Génie Gardien», «Moi subconscient», «Superconscient», «Pensée psychique», «Surmoi» pour l’identifier.     

L’ego, création du mental, engendre les ombres qui enfoncent dans la confusion et qui amènent à des interprétations erratiques, parce qu’arbitraires, subjectives, partiales et aléatoires, se fondant sur le principe faux qu’on peut croître et prendre de l’expansion en s’appropriant l’énergie, les objets et les gens ou en puisant à l’extérieur de soi, plutôt qU’en les partageant pour obtenir, si on est détaché, un retour au centuple.  L’ego porte à croire que c’est en accumulant, donc en s’appropriant par addition, qu’on grandit et prospère.  Il apparaît comme le grand tricheur, le grand fourbe ou le grand adversaire, le pire voleur de son temps, le pire pilleur de ses énergies et le pire sapeur de sa paix d’esprit, parce qu’il agit comme le maître de la peur, qui fonde sa croyance sur la crainte de disparaître ou de perdre des biens par l’arbitraire de la Nature, des autres ou d’une Force supérieure incohérente ou partiale.

L’ego amène ainsi à nourrir les apparences et l’esprit négatif, lançant dans la quête inextinguible ou inassouvissable des jouissances multiples, de l’agir intempestif et du faire excessif (créer, produire, s’activer, accomplir des performances) pour se donner l’impression d’être et d’exister; d’être utile à quelque chose; d’établir sa notoriété (célébrité pour se faire un nom, pour laisser une trace de son passage sur la Terre, accomplir une œuvre exceptionnelle dont l’Humanité se souviendra ou engendrer une progéniture qui rappellera la valeur de son lignage); et d’accroître son être par  l’acquisivité (esprit de possession qui mène à accumuler des biens et des réserves, en cas que ((peut-être ou p’t-être bien)), comme on dit, on pourrait manquer de quelque chose ou connaître la pénurie ou simplement pour vivre dans le confort et le bien-être).

On oublie alors qu’il faut être pour avoir, pour conserver ses acquis en permanence ou pour les renouveler instantanément.  On oublie que, lorsqu’on est pleinement, tout vient à soi facilement, comme l’air qu’on respire.  Mais comment convaincre l’ego d’une vérité aussi simple et naturelle ?

S’appuyant sur la peur, l’ego attise le désir, qui devient motivation ou volonté impérieuse de tout contrôler, de tout dominer et de tout maîtriser, qu’on ait le droit ou pas de le faire, au nom de sa survie et de son expansion.  Si on le laisse habiller son être de ses illusions et si on se force à agir en conformité avec elles, on se retrouve happé dans un schème aberrant visant à affirmer son être de façon tyrannique.  L’ego dépasse rarement la dynamique du donnant-donnant, exprimé dans une apparence de mutualité d’intérêts entre deux personnes.  Ce principe primaire de l’échange se fonde sur un schème de comparaison, établi au niveau du mental, non du cœur, pour tenir compte des sentiments et des besoins réciproques de deux êtres.

En effet, deux êtres appliquent ce principe, de part et d’autre, lorsqu’ils sont confrontés à des circonstances similaires, qui laissent comprendre qu’on a intérêt à s’aider l’un l’autre et à s’unir, au lieu de s’opposer ou de s’y prendre seul, quand tous les deux font face à la même menace extérieure. Ce principe allume l’aube de la conscience, puisqu’il se fonde également sur un sentiment d’appartenance, au-delà de la nécessité, qui, transgressé, engendrait un sentiment vague de culpabilité (regrets ou remords de voir disparaître un allié).

Ce sentiment s’appuie sur la compréhension intuitive que certains actes peuvent limiter l’expression du moi, s’ils ne tiennent pas compte des besoins et des désirs de l’autre, considéré comme utile, qui s’exercent avec la même puissance que les siens, ce qui pourrait attirer une répression de sa part, s’il est plus fort, ou une sanction du Grand Esprit de la Vie, s’il en était courroucé.  Du reste, inconsciemment, tout être regretterait ou déplorerait de souffrir lui-même ou de faire souffrir un autre d’une situation adverse, qu’il a engendrée, ce qui amoindrirait son sentiment d’estime personnel et de considération des autres, ce qui relève d’une conscience éthique larvaire.

De ce fait, tout être choisit naturellement d’établir une restriction de ses pulsions agressives, qui se fonde sur la reconnaissance de ses droits personnels qu’il sait, à un niveau de conscience, cesser là où ceux de l’autre, un égal, commencent.  Il comprend spontanément que, s’il ne veut pas être exclu de la société de l’autre, il doit accepter un échange de bons procédés, qui établit un juste équilibre entre ses droits et ceux des autres.  Autrement dit, il se forme une notion vague de devoirs qui limitent, dans certains cas, l’usage de son libre arbitre.

Voilà la dynamique de la loi du Talion, appliquée dans les relations humaines, qui identifie le principe du donnant-donnant, tel qu’exprimé dans l’aphorisme œil pour œil et dent pour dent.  Bien qu’il porte à réprimer les actes mauvais ou nuisibles et à reconnaître qu’il existe des actes bénéfiques, pour soi et pour les autres, selon ce qui sert les intérêts et les avantages mutuels, l’application de ce principe primaire ne constitue pas encore de l’amour.

L’amour incline vers l’acceptation inconditionnelle, impersonnelle, sans jugement, des autres, tels qu’ils sont et veulent être et rester, et il s’exerce dans l’innocuité, à partir de la reconnaissance du Principe de l’Unité cosmique, qui appelle à servir son bien et celui de tous les autres, conçus comme d’autres expressions d’un même soi, pour l’amour de Dieu.  Il incline vers la compréhension et la compassion, en regard des erreurs et des faiblesses des autres, et il amène à réduire ses attentes, dans l’esprit de service et le don de soi, pour assurer la cohésion du groupe et l’expansion de la Conscience universelle.

Or, un principe aussi noble, qui implique le renoncement, reste tout à fait étranger à l’ego, puisqu’il émerge d’une instance supérieure qui ne lui est que très vaguement familière, la Conscience spirituelle, et qui s’exprime dans la perspective de l’union et de l’unité, dans la reconnaissance que tout se tient et que tout ne fait qu’un, au-delà des apparences et des illusions de la matière.  Aussi faut-il amener l’ego à le reconnaître, ce qu’il n’acceptera pas de faire seul ou de lui-même, si près qu’il est de ses pulsions de survie et si soucieux qu’il reste de ses intérêts.

Voilà du reste pourquoi l’Humanité a pris tant de temps à comprendre et à incarner la dynamique de l’Amour, qui n’est pas évidente pour un esprit obscurci et obtus, rivé sur lui-même, par l’inflation de son ego.  Par définition, l’amour est une énergie, donc un processus subtil, qu’on ne peut comprendre qu’en fonction du degré d’ouverture de la conscience à la notion de l’unité de tout en Dieu.  C’est ce manque d’ouverture qui a amené bien des expériences collectives du passé, même très populaires, à échouer, comme celle assez récente du «Peace Love», parce que l’ego n’avait pas distingué l’affectivité de l’amour, mettant tout dans la même poche.  Ces expériences ont plutôt contribué à affranchir le libre arbitre des contraintes séculaires, notamment au chapitre de la libération sexuelle, de la conduite personnelle et des barrières humaines, que rehausse la compréhension de l’amour dans sa dynamique véritable.

L’ego, création factice du mental, désigne le masque personnel qui établit une différence aliénante par rapport à sa réalité spirituelle.  On l’appelle différemment le «manteau de l’être», la «coquille extérieure», l’«écorce physique», l’«entité psychosomatique».  Il englobe tout ce qu’on élabore pour se distinguer ou se démarquer des autres : sa façon de s’adapter à son milieu, d’exercer sa créativité, s’assumer ses besoins et ses désirs, d’exprimer sa volonté, de réagir aux événements, ses sentiments dominants, son apparence physique, ses attitudes et ses comportements, ses talents et ses aptitudes, ses postures et ses gestes, ses qualités et ses défauts, sa forme et son agilité physiques, son éducation, son degré d’acceptation de soi, ses centres d’intérêt, ses croyances et ses connaissances, son degré de maîtrise.

Il recouvre ainsi tous les aspects de la forme, de la sensation, de la perception, du raisonnement et de la conscience, qui deviennent le moteur de ses pulsions spontanées, appelées la deuxième nature.  Mais il réfère d’abord à l’image mentale qu’on se forme de soi-même, à partir de ces données, et qui révèle ses traits distinctifs et ses dispositions générales, dans la façon de se sentir, de penser, de parler et d’agir.  Il ne s’attache qu’à l’aspect formel des choses et aux résultats apparents, redoutant les normes des autres et de la société.

L’ego déteste les remises en question, car il sait qu’elles grugent son pouvoir, pouvoir qu’il commence à perdre dès qu’on opte pour un choix de vie qui diffère de ses propositions. Il cherche à garder ligoté, sous la coupe de son empire.  Alors, au lieu de se soumettre, il préférera souvent mettre du sable dans l’engrenage, d’une façon ou d’une autre.  Il amène à tout faire converger vers l’affirmation de soi, en excès ou en carence, mû par les pulsions, les appétits, les désirs, les sentiments, les émotions et les passions.  A cause du sentiment d’incomplétude qu’il engendre, il devient le principe de la motivation de prendre à l’extérieur de soi, pour se l’assimiler ou l’intégrer à soi.  Ainsi, il amène à croire qu’on ne peut mieux paraître ou prendre davantage d’expansion qu’en puisant chez les autres (choses ou personnes).  Il devient rapidement fort accaparant, possessif, captatif, gluant, dominateur et agressif.

Laissé à lui-même, l’ego ne cherche que son intérêt et ses avantages, étroit, borné, entêté, d’où il n’engendre, la plupart du temps, que faiblesse, aigreur, division, erreur et peine.  Il devrait plutôt servir à fonder une individualité cohérente et intégrée, incliner au partage et à l’échange, inviter à collaborer à l’évolution et au bonheur des autres, après s’être bien servi, et à devenir plus libre et plus lumineux.  Mais, exagérant l’importance personnelle, il fomente plutôt tous les sentiments indésirables, rattachés à la notion de pouvoir, qui entravent l’expression de l’amour.

La majorité des problèmes de la société humaine proviennent indubitablement des jeux désolants et dévastateurs de l’ego, cette entité appelée, dans les Textes sacrés, le Grand Adversaire, le Diable tentateur, le Maître de la Sédition, l’Artisan de la Discorde ou le Semeur de zizanie, qui accomplit ses frasques autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.  Il se fonde sans cesse sur son système du deux poids et deux mesures, l’une pour lui et l’autre pour l’autre, certes désireux d’exercer la vérité et la justice, dans ses bonnes intentions, mais d’abord accordé à ses intérêts, à ses avantages et à ses attentes, qui finissent par brimer et limiter les droits des autres   Comme on dit, les chemins du Ciel et de l’Enfer sont tous deux pavés de bonnes intentions.

L’ego est le Maître de la Séparativité, de la division, de la réduction, de l’exclusion, selon les préférences et les privilèges, qu’il détermine de façon arbitraire, d’après sa vision étroite du Monde.  Toujours très habile pour se masquer derrière des parades subtiles, à se déguiser sous des voiles séducteurs, à inventer des feintes adroites, à se mouler dans des contrefaçons confondantes, à se transformer dans des adaptations factices, qui ne contribuent qu’à maintenir, par diversion, le statu quo, il ne cherche qu’à cacher son identité dans des travestissements multiples.

C’est lui qui amène un sujet à penser que s’il reprend un autre, c’est pour le faire grandir, mais que si l’autre le reprend, c’est pour l’humilier;  que s’il donne un cadeau à un autre, c’est pour lui exprimer son amour ou le récompenser, mais que, si on lui en fait un, ce geste est suspicieux, car il doit viser à l’acheter;  que s’il donne beaucoup à l’autre, c’est pour l’aider, d’où il mérite d’être apprécié ou remercié, mais que si l’autre lui donne autant, cela n’est que normal, puisqu’il s’agit d’un dû;  que s’il vit en couple, il peut sortir seul pour se divertir ou changer d’air, mais que si l’autre le fait, c’est pour le tromper, le fuir ou perdre son temps;  que s’il pense d’abord à lui, c’est pour se ressourcer pour avoir davantage à donner, mais que si l’autre se choisit, il est un égoïste.  Car, pour lui, un égoïste, c’est toute personne qui ne pense pas à lui et qui ne le conserve pas en permanence dans la mire de ses préoccupations.

Le principe fondamental sur lequel l’ego s’appuie, c’est l’affirmation de ses besoins et de ses désirs, jusqu’à l’assimilation ou l’absorption de l’autre dans son univers, par le biais d’une domination ostensible ou voilée, ce qui inclut l’appropriation de ses biens, l’occupation de son territoire et l’intégration de son être, sous le couvert du bon vouloir, de la pureté d’intention, de la sincérité des mobiles, de sa science supérieure.  Ainsi, inconsciemment, il développe la croyance qu’il détient presque un droit de vie ou de mort sur une autre personne, si elle s’oppose à ses prétentions, ou, tout au moins, un droit de regard sur son évolution, si elle gravite dans sa sphère d’influence.  Il induit dans le scepticisme et peut mener jusqu’à l’athéisme apparent, dans une tentative de museler la voix de sa Conscience divine.

Tourné presque exclusivement vers l’extérieur, l’ego amène un sujet à n’accepter, de l’intérieur de lui, que ce qui appuie ses désirs et ses pulsions, et il oriente principalement son esprit vers l’esprit de possession et les jeux de pouvoir, tels qu’ils s’expriment dans la confrontation, le chauvinisme, la rivalité, la quête de reconnaissance ou de renommée, l’assouvissement de sa jouissance.  Il peut même faire prendre les masques du moralisme, du sacrifice, du patriotisme, de la générosité et de l’altruisme, pour acheter l’attention des autres ou mieux les asservir.  Car plus un être dépravé refuse d’admettre ses tares, plus il est exigeant pour les autres, pour compenser son manque d’estime de lui-même.

Entre autre, cela nous rappelle une dame mariée, qui suivait nos cours et nous jouait sans cesse le jeu de la séduction, pendant qu’elle sirotait sa bière, cachée dans son sac à main, à la dérobée.  Elle nous reprenait constamment, nous et les autres, sur le moindre petit point de la morale, pour ce qu’elle considérait comme inconvenant, et encore plus après que nous l’eûmes mis au fait que ses invites et ses provocations ne nous intéressaient pas.  Du reste, après cet aveu, elle ne revint à peu près plus à nos conférences, sauf quelques années plus tard, pour revenir éprouver ses manèges subtils, qu’elle n’avait pas changés.

Situé au fondement de la vanité humaine et de l’orgueil spirituel, l’ego peut induire à imaginer tous les scénarios et à revêtir tous les travestissements de la bonne conscience, pour assurer la satisfaction de ses intérêts, de son confort, de son bien-être, dans l’occupation d’un territoire toujours de plus en plus vaste, poussé par la volonté d’assurer son bonheur illusoire.  Il se terre autant derrière le matérialisme excessif, la fuite dans la matière, que derrière la spiritualité outrancière, la fuite dans l’Esprit.

L’ego élabore progressivement les comportements répétitifs, les attitudes stéréotypées, les comportements rigides, les réflexes automatiques et les habitudes sclérosantes qui mènent à réagir comme un robot ou un automate.  Fondamentalement, il révèle cet aspect du mental analytique et synthétique qui amène à penser, à ressentir, à faire des choix et à agir, exprimant la différence d’un être qui le distingue du moi d’un autre, de l’objet de ses propres pensées, de ses ressentis et de toutes ses autres activités.  Il identifie la partie de l’être individuel qui exprime la conscience objective et qui gouverne les diverses expériences individuelles.  En plus court, il désigne l’aspect subjectif d’un être ou son expression psychique.

Par cette dernière définition, on comprend que l’ego, à la remorque des découvertes du mental, dans sa prise de conscience du Monde, représente en lui-même un aspect incomplet ou imparfait, qui a besoin d’être épuré, achevé, perfectionné.  Car la personnalité qu’il développe représente en partie l’âme d’un sujet incarné, le support de son expérience dans la matière.  Cette affirmation doit se comprendre dans le sens que l’âme, qui développe la personnalité, est et reste parfaite, mais que son expérience individuelle, qui représente son degré de conscience évolutive, reste peccable et perfectible.  Conscient de cette nuance, tout être devrait veiller à ce que sa personnalité, expression de lui-même, résultat de son expérience dans la matière, se soumette à son âme.  A travers son aspiration à lui ressembler, la personnalité devrait accepter que l’âme lui inculque peu à peu sa perfection.

Mais comment un être qui réprime sans cesse ses intuitions, tout abandonné à ses cogitations et à ses supputations mentales, peut-il répondre à une telle injonction, dont il ne mesure pas l’importance ni la portée?  Il n’écoute jamais ses intuitions, qu’il prend pour des fumisteries, à cause de leur illogisme apparent, prend des mauvaises décisions, fondées sur ses suggestions mentales approximatives, aboutit à l’échec ou dans une impasse, pour s’exclamer soudainement : J’aurais donc dû suivre ma première idée!  Mais, la fois d’après, il n’agit pas plus sagement.

Il est vrai que l’intelligence, rapide comme la pensée, ne tarde pas à s’interposer entre un sujet et ses intuitions.  Elle s’investit alors dans leur analyse, les recouvre de ses jugements limités ou les colore de ses impressions subjectives, généralement issus de sa peur de voir une expérience pénible se répéter, d’aboutir à l’échec, d’être humilié, d’où elle amène un sujet à douter de l’intégrité et de l’efficacité de ses inspirations.  Alors, ses jugements ou ses impressions se substituent subtilement à sa première idée, se confond avec elle, lui fournissant une nouvelle donnée qu’il prend pour la première, et il choisit de la suivre.  Sur le moment, il ne se rend pas compte qu’il a opté pour la deuxième idée plutôt que pour la première.

On peut appeler cette propension de l’ego à se substituer subtilement à l’intuition, par un intérêt personnel inconscient, une fixation mentale, une prétention éhontée, une spoliation de rôle, une appropriation de pouvoir ou du nombrilisme.  L’égoïsme qu’elle sous-tend décrit cette disposition à rapporter tout à soi, à s’accorder un amour immodéré, à se centrer fortement sur ses intérêts, qui fait de sa personne le centre de tout, au point d’oublier les droits des autres.  Il traduit cette tendance qui porte à se préoccuper presque exclusivement de son propre plaisir et de ses attentes personnelles, dans une culture du moi, un débordement de la personnalité, une inflation de l’ego, qui amène à employer si souvent le mot  je, sans se soucier des besoins et des désirs des autres ou en les reléguant à l’arrière-plan.

L’égotisme, l’égoïsme et l’égocentrisme désignent trois mots qui signalent un excès d’attention accordé à son petit moi, à ses motivations personnelles.  Celles-ci monopolisent la pensée qui ne peut plus écouter ni entendre les autres et qui néglige alors leurs droits, même en leur présence.  Ces trois mots témoignent d’un amour-propre, fondé sur un sentiment d’exclusivité et de supériorité, qui porte à nier ses imperfections, à dominer ou à rabaisser les autres, à projeter sur eux ses torts et, à l’extrême, à se rebeller contre Dieu ou à nier son existence.

Comprenons bien que l’ego, fondement de l’affirmation de soi et de la découverte personnelle, ne doit jamais être réprimé, annulé, annihilé, dissout, mais qu’il doit simplement être remis à sa place, être ramené à l’ordre de son rôle fonctionnel, être mis de côté quand il n’a pas sa place dans une expérienceLe mental, support privilégié de l’ego, doit aider à analyser les faits pour garder objectif, fournir des alternatives à partir des expériences antérieures, former au discernement (son sens des valeurs), engendrer des moules de pensée clairs, nets et précis, conserver les faits dans la mémoire.  La majorité des autres fonctions qu’on lui attribue, qui amènent à museler son intuition, à écarter des véritables priorités de la vie ou à se mêler des affaires des autres, ne serait-ce que pour en juger, devraient être exclues ou réduites au maximum, non par la coercition, mais par l’établissement progressif de bonnes habitudes de mentalisation.

Celui qui tenterait de dissoudre complètement son mental se priverait d’un instrument extraordinaire, puisqu’il constitue le véhicule de l’imagination créatrice.  En le faisant, il perdrait toute motivation d’agir pour connaître et tout goût de vivre pour expérimenter.  Le silence mental requis dans l’abandon à l’Esprit appelle à une maîtrise du mental, non à son élimination.  Il doit simplement l’amener à devenir le serviteur docile de l’âme, au lieu d’agir comme le maître tyrannique qu’il est généralement.  Dans sa propension à se substituer à elle, il coupe un sujet de sa Source divine.

L’œuvre alchimique de la maîtrise spirituelle passe par l’établissement d’un équilibre entre l’expression des diverses pulsions et l’exploration des divers niveaux vibratoires de l’âme.  Au lieu de chercher à éliminer son mental, en luttant contre lui, on devrait recourir à sa faculté de suggestion pour l’imprégner du désir de progresser, de croître dans l’amour impersonnel, de grandir dans l’esprit de service désintéressé et patient, de développer sa compréhension spirituelle, de supporter son aspiration spirituelle, plutôt que de le laisser s’investir aussi intensément dans la quête du paradis artificiel.  On devrait l’habituer à l’introspection qui écarte la propension constante à jouer dans les reflets de l’écran terrestre ou du monde matériel, en le ramenant à l’étude de la Cause première et de la dynamique créatrice de l’Évolution.

LES IMPOSTURES DE L’EGO

L’être individuel ne peut progresser sur la Voie de la découverte de lui-même qu’à travers ses expériences personnelles, par une comparaison avec ses expériences antérieures, qui visent à mesurer la régularité de ses progrès.  Le discernement consiste à reconnaître de façon empirique, pour soi, ce qui convient et ce qui ne convient pas, ce qui sert et ce qui ne sert pas, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, ce qui sert et ce qui ne sert pas, ce qui libère et ce qui attache, ce qui soulage et ce qui encombre, ce qui unit et ce qui divise, ce qui est s’aimer et ce qui ne l’est pas.  Il en est ainsi, jour après jour, depuis que le nouveau-né a exprimé ses pleurs pour attirer sa mère à ses côtés, établissant un lien entre son appel douloureux et la réponse qui le soulageait.

Ce concept rudimentaire l’a amené à comprendre qu’en se faisant entendre, quand il ressent un besoin, il pouvait attirer l’attention d’une autre personne sur lui.  Sauf que, très centré sur ses besoins, il a oublié que l’autre n’est pas à son service, mais au service de l’expansion de sa conscience, comme lui.  Ce concept primaire comporte un élément erratique à corriger, à savoir qu’il a amené à concevoir l’échange dans une perspective égoïste : il a amené un individu à se centrer sur un objet de satisfaction et à en exagérer l’importance et il a contribué à lui faire établir un lien de dépendance entre cet objet et la nécessité apparente que l’autre devait le satisfaire.

Un être responsable doit plutôt reconnaître qu’il est maître de lui-même, qu’il doit combler ses besoins par lui-même, dans la mesure du possible, et savoir ego1répondre des conséquences des choix personnels que lui permet l’exercice du libre arbitre.  Dans ce contexte, Dieu est l’instance à appeler, en cas de besoin, pas les autres, sauf lorsqu’il s’agit d’appliquer la loi de l’Échange et du Partage.  C’est Dieu, le Grand Pourvoyeur cosmique, qui décidera s’il choisit de répondre directement à son appel ou de répondre par l’intermédiaire de l’une de ses créatures, pas le demandeur.

Celui qui accorde une attention prioritaire à son mental, au détriment de son intuition, forme toujours des concepts objectifs qui nient ou écartent les concepts subjectifs de son âme.  Un concept objectif rapporte toujours un objet concret à un autre, le reliant à l’instrument qui lui fournit un point de référence.  Voilà comment un être très mentalisé développe tant d’attentes à l’endroit d’un autre, ce qui l’amène ensuite à projeter sur lui ses échecs, ce qui est fort injuste.  Inconsciemment, il croit pouvoir lui imposer des obligations ou établir des exigences à son endroit.  Au début de son développement, un enfant conçoit tout par rapport à lui-même et il ne retient chez les autres que ce qui comble les attentes de sa personnalité ou ce qui flatte son ego.  D’où il y a des adultes qui ne sont rien d’autre que des grands enfants qui attendent encore tout des autres et qui croient qu’ils ont le droit d’imposer cette prétention.

Ce concept égocentrique, s’il n’évolue pas, en ramenant au libre arbitre et à la responsabilité personnelle, à l’égard de son destin, sert de frein à l’évolution.  D’une part, il écarte le recours si instructif à l’expérimentation personnelle.  D’autre part, il enlise dans l’interprétation subjective du mental à l’égard du Monde.  C’est justement cette subjectivité qui a amené l’Humanité primitive à croire que la Terre marquait le centre du Monde et que le Soleil et les astres tournaient autour d’elle.  Mais la subjectivité amène aussi à réduire la réalité selon son interprétation, qui n’a jamais d’autre degré d’exactitude que son niveau de connaissance et de conscience.

C’est ainsi qu’on peut croire, par manque de formation ou d’instruction personnelle, que la Terre est plate; que le Soleil se lève et se couche; que la Lune est argentée; qu’on peut attraper la grippe dans un courant d’air; que la Terre est la seule planète habitée; qu’une planète n’est habitée que si on y découvre des êtres concrets; que tous les extraterrestres sont mal intentionnés; que les autres sont d’abord des rivaux ou des ennemis porteur d’une menace;  que le passé était le bon temps; que Dieu est un tyran sadique; que la Nature est inhospitalière.  S’il se limite à ses seules cogitations mentales, l’être humain ne peut concevoir le Monde qu’à travers les filtres qu’elles comportent.  Comme on dit, on voit le Monde de la couleur des verres fumés qu’on porte ou du bout de la lorgnette par lequel on le regarde!

Un enfant ne peut atteindre sa maturité objective, pour devenir impartial et juste, que s’il grandit en corps, en pensée (en âme) et en Esprit, dans l’acceptation de transformer ses visions subjectives de la réalité intérieure et extérieure.  Pour y arriver, il lui est permis de recourir au doute rationnel.  L’adulte, qui n’arrive pas à évoluer selon ce processus, peut grandir en taille et en poids, mais il restera psychologiquement infantile et égoïste.  Au lieu de chercher la maîtrise de lui-même, il devient de plus en plus esclave de son ego, au point de ne plus en prendre conscience.  Débile et limité, il peut se croire grand et sage, et s’affirmer comme tel, mais il attire alors la dérision de celui qui sait à quel point il s’abuse.  Il vaudrait mieux qu’il s’accepte comme il est et qu’il accorde à l’autre la même importance qu’il s’octroie.

Chacun colporte avec lui ses propres concepts d’importance et de grandeur exagérés, sous les formes qui les travestissent le mieux, en évitant que ces subterfuges deviennent trop apparents ou risibles.  On appelle cela un gonflement ou un débordement d’ego.  Il est étrange qu’un être porte autant d’attention à ses artifices quand il n’y a aucune nécessité de le faire, si grand qu’il est de naissance, dans son âme, plus encore dans son Esprit divin.  Car cet ego fait obstacle à la manifestation de cet Esprit sublime, en prenant sa place, et il l’empêche d’exprimer sa perfection.  Tout progrès spirituel est proportionnel à l’aptitude de pondérer les pulsions exagérées de l’ego présomptueux.  Un être est d’autant plus égoïste qu’il est fortement mentalisé, d’autant plus stérile, au niveau intuitif, qu’il est mentalisé.  Dans ces conditions, il préfère s’investir dans la satisfaction des seuls besoins et désirs qu’il connaît, ses besoins et ses désirs inférieurs, denses, grossiers, vils, oubliant sa fin. Il s’applique à multiplier ses moyens et accumuler un avoir impressionnant, faisant de l’accumulation des biens sa finalité.  Et il porte un regard dédaigneux sur celui qui exprime des aspirations qui lui échappent.

L’ego amène à vivre une vie à rabais de plaisir, de confort, de bien-être, de domination.  Il met à l’écoute des pulsions primitives plus que des aspirations spirituelles.  Il affirme tout à partir des interprétations limitées de ses attentes ou de ses frustrations, et il réagit ou s’écrase comme une victime au moindre revers.  Il s’emprisonne dans les illusions des apparences qui le valorisent ou le revalorisent.  Il se centre sur lui-même, retourne les gens les uns contre les autres, divise pour mieux régner, enfonce dans la dépression, la confusion, le surmenage professionnel.

Quand on se place la barre très haute, pour garder le haut du pavé, soutenir ses fausses prétentions, on finit par s’épuiser.  C’est ce qui arrive quand on accorde plus d’importance à sa profession qu’à sa vie personnelle, quand on s’impose des responsabilités trop lourdes, quand on se force à répondre aux attentes de ses patrons ou quand on gère un groupe d’esclaves, qu’on ne croit jamais à la hauteur de ses propres attentes.

L’ego amène à nier la vérité, même l’évidence, si on ne la juge pas conforme à ses croyances ou à ses possibilités.  Il fomente le scepticisme, l’apathie spirituelle et l’athéisme.  Il engendre l’hypnose qu’on appelle le sommeil de l’homme ordinaire ou l’illusion du pseudo illuminé.  Cet assoupissement amène à prendre les illusions et les reflets pour la réalité, les effets pour la Cause, ce qui ne conduit jamais qu’à apporter un traitement symptomatique à ses maux au lieu d’appliquer le vrai remède.

L’ego porte à interpréter le Monde par le truchement du mental, plutôt que par l’intuition provenant de l’Esprit.  Il induit dans la négativité : il suggère alors que le verre est à moitié vide plutôt qu’à moitié plein.  Il lance dans la quête des cataplasmes à appliquer sur la jambe de bois.  Il préfère porter l’attention sur l’obstacle plutôt que sur la force qu’on développe à le franchir.  Il s’oppose au lâcher prise salutaire et à l’abandon spirituel salvateur.  Il propose qu’on s’oppose à l’Univers plutôt que de couler avec lui.  Il lance dans la recherche exclusive de la satisfaction personnelle et l’occupation d’un territoire toujours plus vaste,  même au détriment des autres.  Il proclame : Ma volonté, non la tienne!

L’ego engendre les attentes multiples et les attachements nombreux.  Il devient source d’envie, de jalousie, d’ambition, de concurrence, de rivalité.  Il amène à agir au gré de ses préférences, non du bon sens ou du discernement.  Ne jamais être oublié et toujours être vu, voilà sa devise, quitte à faire mal ou à hausser le ton, jusqu’à l’acte coléreux, pour attirer l’attention.  Il refuse de voir dans l’adversité la leçon de vie salutaire à prendre, car il n’y voit qu’une entrave à sa liberté.

Saï Baba disait : La chaîne des montagnes de l’ego cache Dieu.  L’ego maintient dans la dualité, engendrant tous les problèmes, toutes les difficultés, tous les déséquilibres et tous les maux.  Il porte à s’identifier à une identité fictive, inventée par la peur, face à sa propre vulnérabilité, qui impose la nécessité de se protéger et de se défendre, même quand on n’est pas vraiment menacé.  Car l’ego garde sur la défensive et porte à réagir, plutôt qu’à agir.  Il suggère qu’il existe partout des menaces potentielles.  Aussi déforme-t-il les intentions des autres, grossit les défauts, ne voit que les faiblesses.  Il amène à élaborer des conceptions et des solutions mentales fragiles, fondées sur la peur de disparaître, et il garde ainsi l’être prisonnier du temps linéaire et de l’espace cristallisé.

Au nom du réalisme, l’ego nie tout ce qui peut faire l’émerveillement de l’âme et l’accomplissement de la conscience ou il en retarde l’échéance.  Il range au rang des superstitions, des légendes et des mythes, tout ce qui échappe à son entendement limité, et il s’empêche de pouvoir en faire la vérification.  Car son affirmation péremptoire, formelle, catégorique et définitive, donc sans appel, ne se fonde que sur des a priori.  Aussi, il n’acceptera de vérifier un fait abstrait que si on lui fournit des garanties absolues de réussite dans sa démarche.  Lui, il n’a pas de temps à perdre à mettre des hypothèses de ce genre à l’épreuve, mêmes si elles lui paraissent pertinentes, trop occupé à démontrer qu’il est sûr de lui ou à commander l’admiration et le respect.  Quelle honte il ressentirait s’il ne parvenait à se démontrer une vérité abstraite, qu’il sait vraie, même s’il ne l’avoue pas,  mais qui continuerait de lui échapper à cause d’une erreur de technique ou d’une incurie relevant de sa paresse.

A trop insister sur les excès de l’ego, on pourrait le considérer comme un instrument nuisible et le prendre en aversion.  Pourtant, bien orienté, il peut devenir un ressort puissant de la motivation et de l’aspiration.  Sauf qu’il déclenche des catastrophes lorsque, pris de sa folie, il cherche à tout s’attribuer et à tout contrôler.  Tout être doit se sentir fier de ce qu’il est, de ce qu’il accomplit et réalise, heureux de ce qu’il réussit, s’exalter même que tout aille bien pour lui.  Les sentiments de sa dignité et de son mérite restent convenables lorsqu’ils servent à supporter l’estime de soi-même, le désir de prendre sa place légitime au soleil,  la motivation de se donner ce qui est licite ou revient à soi de droit.

De même, le fait de rester indifférent face aux réalisations suggérées par l’ego ne témoigne pas forcément d’un degré d’illumination spirituelle.  Ce qui importe, c’est d’éviter d’en faire dépendre sa paix d’esprit ou le bonheur de son être.  L’ego est un don de Dieu, égal aux autres dons, capable de favoriser la prochaine étape spirituelle dans laquelle on s’engage, pour autant il aide à mieux percevoir sa finalité évolutive et les moyens pour l’atteindre.  Le fait d’être reconnu à sa juste valeur ne stimule qu’à se connaître davantage pour être encore plus apprécié.  L’humilité ne consiste pas à s’abaisser volontairement ni à se comporter de façon modeste au point d’être méprisé, mais à s’accepter tel qu’on est, avec ses qualités et ses défauts, avec ses grandeurs et ses faiblesses, sans en rajouter ni en soustraire.  

Le problème de l’ego, c’est qu’il empêche souvent de se percevoir comme on est, amenant plutôt à se percevoir comme on croit être ou voudrait être.  Surtout, il établit un lien de causalité direct et frauduleux entre le sentiment de sa valeur personnelle et son degré de réussite, dans l’immédiat, ce qui est une erreur pernicieuse.  Celui qui, en incarnation, évalue ses expériences immédiates, par le biais de son ego, ne s’en sert correctement que s’il aboutit à un verdict objectif de sa situation, verdict qui doit être dénué de surestime autant que de culpabilité ou d’infériorisation.  Mais, s’il amène à vivre dans un complexe de supériorité, déguisé en infériorisation, il devient l’imposteur qui empêche toute réalisation sereine et patiente.

En principe, c’est l’ego, fondement du sentiment d’être séparé du Tout, qui permet l’expérience en incarnation dans les formes apparemment différentes et multiples de la Matière.  Il engendre l’illusion de l’individualisation, d’une séparation relative d’avec Dieu, qui permet d’accéder temporairement au domaine du relatif et du contingent, pour y vivre ce qu’on doit y vivre, avant de réintégrer le Royaume de l’Absolu.  Il permet de vérifier dans le monde concret, tangible et palpable, les concepts abstraits qu’on portait en soi, alors qu’on vibrait dans le Cœur de l’Essence, dans le Grand Soleil central.

Dans le Royaume de l’Absolu, on sait qui on est vraiment, comme on connaît la portée de son pouvoir, sans se poser de question, mais, à proprement parler, on est simplement, on ne vit pas, on n’expérimente pas vraiment,  parce qu’on est, simplement, fusionné dans le Tout.  On y crée instantanément ses réalités, sans libre arbitre réel, à la vitesse de la pensée, au fil des vibrations de la Conscience divine.  Les phénomènes ne peuvent se produire qu’au niveau du relatif et du contingent, dans un Monde où les dimensions de l’Etre se placent apparemment en degrés multiples, à partir du principe de la Dualité.

C’est dans ce contexte seulement qu’un sujet peut trouver son objet pour faire des observations révélatrices.  Grâce à l’impression que des réalités y manquent, il ressent le besoin de les créer pour les connaître.  Grâce à l’impression que des réalités s’y opposent, il sent le besoin de les fusionner, dans un juste milieu, pour en connaître l’expression complète.  Dans le Royaume de l’Absolu, rien de cela n’est possible, puisqu’on y vibre, sans aucun sentiment de différence, car on est, un point c’est tout.  A ce niveau, il n’existe que la Totalité Une et Grandiose, la Magnificence de l’Unité, la Sublimité de l’Être total.  Il n’y existe aucun repère de comparaison pour mesurer les divers types de relations possibles.

Dans cette conception, l’ego sert à créer l’illusion de ne pas être entièrement un avec le Tout et d’être largement séparé de tout ce qui n’est pas soi.  C’est par lui qu’on se sent un individu différent des autres.  C’est également par lui qu’on perçoit les choses comme étant ce qu’elles ne sont pas, parce qu’elles ne sont plus ce qu’elles semblent être.  C’est par lui, enfin, que l’attention d’un sujet est attirée vers le Monde extérieur, l’écran apparent de la Réalité, qui permet la relativisation des phénomènes.

Ainsi, l’ego joue un rôle appréciable tant qu’il engendre l’illusion de la séparation et de la différence, la notion de l’altérité, qui permet de mieux apprécier et saisir, à travers l’expérience du retour à l’Unité, la découverte progressive de qui on est vraiment et de ce qu’on peut accomplir, du plan le plus subtil au plan le plus dense (la chute, la descente, la déchéance, la perdition), puis du plan le plus dense au plan le plus subtil (la remontée, le Salut, la Rédemption, la Libération, l’Illumination ou l’Ascension).

Mais lorsque l’ego s’enfle et se gonfle au point d’égarer dans le Monde des illusions, de retarder le processus évolutif, d’emprisonner dans le cercle vicieux de la Roue du Destin ou l’Orbite des Renaissances, par la séparativité, il devient rétrograde et il déphase tout.  On aurait tort de confondre l’enflure de l’ego avec l’amour de soi.  Il représente plutôt la négation de soi, en tant qu’entité spirituelle, et de son destin, en tant que périple évolutif.  Il entretient le sentiment de séparation d’avec sa Source et d’avec le Tout.

Celui qui se sert de son ego comme d’un outil de découverte pour connaître l’Unique Réalité, donc pour se ramener à lui-même, afin de se donner un sujet et un objet d’observation, lui accorde sa juste place et lui redonne son noble rôle.  Celui qui s’en sert pour se complaire dans les jouissances sensorielles de la Matière, s’empêche de vivre sa réalité évolutive et s’enferme dans un processus involutif, retardant l’accomplissement du Plan de Dieu.  Car l’ego reste un outil transitoire, éphémère et mortel, qui disparaît quand un être redécouvre, dans l’Illumination ou l’Ascension, qui il est vraiment, au sens divin de l’expérience, bien qu’il ne perde plus jamais son individualité.

L’EGO SE LIVRE À DES JEUX PARADOXAUX

L’ego, qui amène à s’identifier à son corps, à la matière, au monde extérieur (qu’on en vient à croire son domicile permanent), à son mental et aux apparences de la personnalité, récupère tout à son profit, les échecs comme les réussites.  Il devrait plutôt servir à entretenir une image saine de soi pour parvenir à atteindre sans crainte l’Ego divin, le Soi unique.  Pour y arriver, il faut cultiver le lâcher prise ou l’abandon, qui implique un renoncement au passé et un détachement des résultats, attitude qui permet au masque humain, qu’on a temporairement emprunté, de servir d’instrument de réalisation ou d’évolution.  Voilà du reste le sens véritable du sacrifice, qui appelle à renoncer à ce qui nuit, à ce qui retarde, à ce qui est devenu stérile et désuet et à ce qui encombre, non à s’imposer des souffrances arbitraires pour gagner son ciel.

Ce phénomène se produit dans la même mesure qu’on accepte la Volonté de Dieu, qui révèle le Plan créateur, qui inclut donc son plan à soi.  Cette Volonté suprême permet de se révéler ego4
son identité propre dans la Conscience de Dieu et son rôle fonctionnel dans son Système cosmique.  Il  fait ressentir la joie pure de développer son être radieux qui devient, pour l’individu, la nouvelle définition de son être et de sa vision de la  Réalité.ego2

Par les jeux de l’intellect dominateur, l’ego amène la conscience à s’inverser, à se retourner sur elle-même, au lieu de se tourner vers la Lumière spirituelle.  Il porte à se complaire dans les attributs de sa personnalité plutôt que dans Son identité (ou individualité) divine, ce qui revient à se complaire vainement dans ses apparences et à oublier sa réalité, plutôt qu’à vibrer dans la béatitude de son Essence divine.  Il force alors à centrer son attention sur sa petite personne et à combler ses attentes,  plutôt qu’à  motiver à poursuivre sa quête de fusion dans l’Unité, le seul Etat de Bonheur total.

La vie offre à l’ego les expériences à travers lesquelles il peut découvrir l’éphémérité des phénomènes et les obstacles qui développent sa force sur le Sentier de l’Évolution.  Mais elle l’incite sans cesse, par la voix discrète de l’intuition, à se faire bon usage de sa conscience qui le conduira à se consumer dans le Grand Feu central, sans perdre son individualité.  Si l’individu a peur d’engendrer en lui cette fusion progressive, elle l’abandonne à son ignorance et à son ineptie, sans s’apitoyer sur son sort malheureux.

Alors, il accumule les retours négatifs de la Causalité, support de la Responsabilité, se créant un destin pénible, qui peut aller jusqu’à l’anéantissement, si c’est son choix, tellement son libre arbitre est étendu.  Car, pour la vie, un être doué de libre arbitre qui ne choisit pas, choisit tout de même, car le fait de ne pas choisir constitue déjà un choix.  Ne pouvant pas choisir à sa place, elle ne peut que le laisser sombrer dans son destin de misère, impassible.  Il a été dit : Aide-toi et le Ciel t’aidera.

L’ego a horreur du présent vivant, sans cesse en mouvement, surtout s’il apporte des grands changements, parce qu’il enfonce plus normalement dans les habitudes qui sécurisent et amènent à stagner dans le statu quo.  Il aimerait installer son rêve de permanence et de pérennité dans le temps et l’espace ou les arrêter afin de pouvoir tout  conserver, même ce qui devient stérile et désuet, s’il persiste à l’apprécier.  Il ne déteste rien de plus que l’introspection et l’intériorisation, sauf si elles renforcent ses rêves de grandeur et de complaisance en lui-même.  Ces moments lui apparaissent comme un supplice, car il n’y trouve pas d’écho à ses propos verbeux et à ses élans pompeux, qui n’ont que peu d’influence dans le temps et l’espace, qu’il voudrait retenir et faire durer.  Aussi, avance-t-il du passé au présent, du présent au futur, puis du futur au passé, plein d’angoisse.

Dans l’intériorisation, l’ego se sent isolé, abandonné, laissé pour compte, mal à l’aise dans le silence vibrant de la Vie, et il s’en désole, car, dans cet état, il n’est plus en mesure de trouver un interlocuteur connu ou reconnaissable et devient incapable de se projeter où il voudrait.  Il vit alors une frustration qu’il refuse de reconnaître, ressentant une agressivité larvée, qu’il ne veut admettre.  Il peut en venir au suicide, le préférant souvent à la solitude.  Son passe-temps favori, c’est de passer d’un opposé à un autre, sans chercher à établir des liens trop significatifs, mais occupé à dégager des critères stricts et des divisions importantes.  Toutefois, il se garde de les confronter dans un présent dynamique: il les confie plutôt à la mémoire, ressentant qu’il s’annihilerait en s’absorbant dans un présent vivant, car il n’aurait plus rien à penser, il n’aurait qu’à être et à observer.

L’ego, qui s’identifie toujours de façon illusoire à la pensée centrée sur elle-même, mène une existence trépidante, frénétique et tourmentée, dans la spéculation superficielle.  Il s’active sans cesse, car il vit dans la culpabilité inconsciente de se savoir responsable de tout ce qui lui arrive de désagréable, mais de rester tout aussi irresponsable dans ses visées. Il sait ne pouvoir survivre que par les pensées, qu’il forme constamment en pléthore comme son produit et son aliment essentiels, dont il ne pourrait pourtant se passer.

Voilà pourquoi il abhorre l’instant, qui lui apparaît comme un trou dans la continuité, comme une petite mort temporaire.  C’est la même raison qui explique que les grands intellectuels dorment peu.  L’ego préfère retourner dans le passé, pour s’en désoler ou s’y complaire de ses exploits, ou plonger dans le futur, pour inventer des rêves éveillés ou des projections d’avenir.  Car il a éminemment peur de la mort, qu’il sait inéluctable pour lui, tôt ou tard, mais qui lui rappelle surtout sa vanité, ce qui l’humilie.

L’ego se refuse obstinément à reconnaître la seule réalité qui soit, le moment présent, pour s’y concentrer de façon créatrice et évolutive.  Ainsi, il remplit le cerveau de son esclave de projections fumeuses, dont il disserte longuement, faisant bien du vent, et il ne croit vivre que s’il est parmi d’autres personnes ou s’il expérimente dans un contexte de variété.  Il lui suggère de multiples obligations.  C’est le maître des il faut et des je dois.  Il vit la double solitude de se sentir séparé des autres et de son Être intérieur.

C’est cette seconde solitude qu’un sujet cherche à fuir dans le mariage, l’implication sociale, l’investissement à fond de train dans son métier, sa carrière ou sa profession, en s’absorbant dans l’acquisivité, les jeux de pouvoir, la quête de renommée, l’accumulation des connaissances, la griserie des plaisirs des sens.  Il ignore ainsi l’aisance, la spontanéité, le mouvement libre du présent, et il mène une existence larvaire, triste, sérieuse, sévère, compassée, dans une ambiance alourdie par les relents d’un passé révolu et les brumes d’un futur imprévisible.

L’ego préfère entretenir l’aveuglement, par rapport à la Réalité, par l’abandon à l’inertie ou à la moindre résistance.  Il porte un sujet à se retirer de l’Univers, opérant un retrait de la vie, ce qui conduit peu à peu à la mort réelle.  Autrement dit, il refuse d’étudier l’ensemble, à l’intérieur de lui, pour se cantonner dans l’exclusivité de ce qui le fascine et le fait vibrer.  Il induit dans la peur, par ses visions chimériques, et il s’oppose aux pulsions de l’âme, qui cherche l’Unité.

Il cultive une identité fictive, la personnalité, mue par la peur de constater sa vulnérabilité et l’impossibilité de survivre éternellement.  Alors, il s’investit dans les apparences, friand des artifices comme les idoles, la mode, les petits soins, les divertissements.  Il cherche sans cesse à se protéger et à se défendre contre des ennemis fictifs, qu’il attaque avant même d’être menacé ou touché, toujours sur la défensive.  Il ne s’investit de bon gré que dans ce qui lui apporte un bénéfice ou une récompense.

Il conçoit même l’Illumination ou le Ciel comme une récompense, au lieu de les comprendre comme un état d’être qui résulte d’une démarche intérieure ordonnée et intégrée.  Quand tout se retourne contre lui, il pourra penser à prier, mais alors sa prière devient ordre, supplication, quémandage, chantage ou marchandage, car il ignore qu’il détient le libre arbitre pour commander, dans la fermeté et la douceur, la réalisation de ses vœux.

Le fait de tout ramener à soi, pour mieux comprendre le déroulement de la vie, aussi parce que seule son expérience personnelle est probante, n’est pas une attitude égoïste.  C’est même l’attitude responsable qui ouvre la voie à l’altruisme.  En effet, c’est en se comprenant bien qu’on peut mieux comprendre les autres par la suite.  Du reste, plus on est comblé, moins on force les autres à combler ses besoins et moins on compte sur eux pour les combler.  Il n’y  a aucun mal à se donner ce qui comble ses besoins et ses désirs, tout ce qu’on n’a pas, mais qu’on veut obtenir et connaître, loin de là.  Il n’y a pas de mal non plus à refuser de faire ce qu’on n’a pas envie de faire ou ce pour quoi on n’a pas la compétence.  Cela s’appelle plutôt le respect de soi.

En principe, puisque tous ont été créés égaux, donc entiers, complets, totaux et parfaits en eux-mêmes, personne ne doit rien aux autres.  Les formes d’égoïsme à réprimer tiennent plutôt dans les attitudes qui résultent de la fermeture du cœur ou qui servent de ferment de séparativité.  On évoque ici les transgressions à la loi de l’Échange et du Partage, loi qui favorise la libre circulation des énergies et établit la cohésion dans les groupes sociaux, favorisant la réunion dans l’Unité.  On perd toujours ce qu’on cherche à retenir, mais qui doit circuler, de gré ou de force.  Il faut donc reconnaître ce qui doit circuler et empêcher l’ego d’y faire obstacle.

En fait, nul ne peut parvenir à sentir clairement l’énergie immédiatement disponible, pour exprimer sa puissance créatrice, s’il ne s’est d’abord engagé envers lui-même.  Et, dans la période d’acquisition de sa maîtrise, sur un point, il peut licitement se placer en état de dépendance par rapport à ceux qui sont compétents dans la matière, dans la mesure où il ne devient pas leur esclave, où il ne retarde pas indûment l’échéance d’assumer son autonomie et son indépendance et où il expérimente par lui-même ce qui relève de lui..

Les convictions inébranlables surgissent de l’expérience personnelle, qui transforme les croyances et dissout les illusions, non de la démonstration des autres.  Nul ne peut prouver quoi que ce soit à un autre, pour ce qui relève de la dynamique évolutive, car il s’en trouvera toujours un pour nier l’évidence ou pour suspecter la véracité des faits spirituels.  Du reste, chacun doit suivre son propre sentier vers la Lumière.

Celui qui s’engage envers lui-même n’empêche personne d’en faire autant.  Celui qui occupe convenablement son territoire, pour y prospérer et y prendre de l’expansion, n’enlève rien à l’autre et n’empêche pas l’autre d’occuper le sien.  Il détient même le droit de déloger celui qui se serait immiscé sur son terrain et le revendiquerait comme le sien.

Quand on n’accorde pas la priorité à sa vie, à ses pensées, à ses sentiments, à ses ressentis, à ses perceptions, à ses buts, on passe à côté de soi,  on se perd dans les attentes des autres, on nourrit leurs projets, plutôt que les siens, d’où on se dépersonnalise et se dévitalise.  Alors, rien ne peut prendre de la consistance ni de solidité en soi pour démontrer la véracité de sa quête.  En pareil cas, on peut paraître calme et serein, mais il y a fort à parier que tout remue profondément, en soi, et perturbe puissamment son être.  On vit forcément dans un mouvement de sourde révolte et un grand sentiment d’aliénation.  Et attention quand la marmite éclatera!

Celui qui a appris qui il est, parce qu’il est resté à l’écoute de lui-même et s’est donné ce qu’il voulait, peut avancer vers son but, calme, fier, digne, solide comme un roc.  Et c’est ce qui dérange celui qui n’a pas suivi la même démarche et qui l’accuse d’égoïsme.  Nul n’a le droit de porter un tel jugement qui trahit des intentions mesquines.  Celui qui traite l’autre d’égoïste témoigne de son envie ou de sa jalousie.  Il n’accepte pas la réussite de l’autre ou le bien-être qu’il a réussi à se donner.  Il croit que l’autre a pris une part qui  devait lui revenir sans qu’il ait le moindre effort à produire, mais qu’il ne mérite pas du fait qu’il n’a pas agi.  Ainsi, pour échapper à la reconnaissance de son impuissance, il dit trouver abominable que l’autre fasse pour lui-même ce qu’il aurait tellement aimé qu’il fasse plutôt pour lui.

Il importe que chacun se centre sur lui-même, clarifie ses buts, se choisisse en priorité, car c’est ainsi qu’on apprend à se connaître à travers ses œuvres, qu’on progresse et prospère et qu’on peut mieux partager par la suite.  La frontière entre l’égoïsme et l’altruisme s’établit par la reconnaissance des moments où il faut accorder de l’attention à ses propres besoins évolutifs en regard de ceux où il faut partager ses acquis avec les autres, dans le détachement, parce qu’on détient les surplus, la permission et la compétence pour le faire.  Elle se trace encore par la reconnaissance des moments où il faut se donner à soi-même, pour détenir quelque chose à partager, de ceux où il faut accepter de partager, parce qu’on possède vraiment ce qui est requis, à tous égards, pour le faire, sans que cela affecte son essentiel et son nécessaire.  Enfin, elle se trace enfin par la nécessité impérieuse de distinguer les choix et les décisions qui unissent aux autres, qui les unissent entre eux et qui les rapprochent de Dieu, de ceux qui écartent des autres, les divisent et qui les coupent de Dieu.   

Il importe de prendre conscience de l’influence bénéfique ou maléfique qu’on exerce sur les autres, en protégeant, en priorité, les plus faibles et les plus démunis contre les effets pernicieux de ses choix et de ses décisions.  Conformément à la loi de l’Innocuité, nul ne peut porter scandale, mettre un autre dans un état de panique, le troubler intérieurement, prendre des décisions à sa place, le déranger dans son cheminement contre son gré, le blesser physiquement ou psychiquement ou attenter à sa vie.  Autrui, c’est l’autre soi-même qu’il faut aider à prospérer, à guérir et à s’illuminer.

Celui qui veut faire preuve de cohérence et d’intégrité devra reconnaître qu’il favorisera justement le cheminement des autres en suivant la meilleure voie pour lui-même, voie qu’il doit lui-même choisir et se tracer.  Le détachement n’implique pas la notion d’un sacrifice imposé, mais celle d’une libération volontaire, dans l’acceptation d’assigner une limite aux débordements de son ego dans les aspects qui sont préjudiciables aux autres, mais aussi à soi-même, parce qu’ils ralentissent l’évolution personnelle.  Évoluer, c’est fondre progressivement dans le Tout, en laissant mourir sa personnalité, pour mieux intégrer son identité divine.  Quand la personnalité n’a plus raison d’être, il faut la laisser se dissoudre, car on ne perdra jamais son individualité spirituelle, qui est un acquis éternel.  Le lâcher prise ou le détachement ne concernent que les éléments qui encombrent la conscience ou qui fomentent la séparativité.

Naturellement, la Vie contribue à l’unification des êtres par la voie de l’échange et du partage.  On fait l’apprentissage du détachement ou du désintéressement en acceptant de laisser aller, jour après jour, les petites choses qui ne privent en rien et qui n’altèrent pas sa joie de vire lorsqu’elles disparaissent, mais qui surchargent sa vie ou sa conscience.  Qui veut atteindre le terme de la Voie, au sommet de la Montagne cosmique, doit choisir ce qui, tout en servant pour lui-même, sert l’Humanité et l’Univers.  Comme on dit, qui veut que sa montgolfière s’élève très haut doit couper ses amarres et la délester.

Chacun est appelé à s’investir dans la réalisation de ses buts, mais aussi dans celle des buts communs, s’occupant d’exercer ses droits et ses devoirs dans un juste équilibre.  Beaucoup de ceux qui ont emprunté la voie évolutive ne notent pas de changement en eux, ou pire, régressent, parce qu’ils omettent de respecter cet aspect de la loi qui commande la collaboration concrète aux buts communs, qu’on ne se limite donc pas à l’émission de pensées d’amour et de paix vers les autres.  Toute transmutation spirituelle passe par le psychique (l’âme) et le physique (le corps).

Un récent message de la Hiérarchie spirituelle, en date du 3 novembre 2001 stipulait clairement : Vous ne pouvez plus vous isoler dans votre petit monde et affirmer que tout se passe pour le mieux dans votre sphère de réalité et que ce qui se passe dans le reste de votre pays ou au-delà des océans importe peu pour vous.

Le détachement doit répondre à un élan spontané, non être imposé de force, parce qu’on se sent pressé, gêné, coupable, obligé, car il se retournerait contre soi.  De même, pour le service.  On doit offrir ses services là où on éprouve de la joie à le faire et dans des activités qui servent sa propre voie.  Le sacrifice ne se définit pas comme une obligation qu’on s’impose pour acquérir du mérite, mais comme le rejet de ce qui obstrue sa voie, quand on peut le faire avec aisance. 

Quant au désintéressement, on n’y parviendra vraiment que lorsqu’on aura développé cette aptitude à reconnaître ce qui sert son But ultime et qu’on aura appris à se mettre à la place des autres, non pour les considérer à partir de ses propres préjugés et croyances, mais conformément à la vision juste de leur état.  On se servira pour vous de la mesure dont vous vous serez servis, dit la Règle d’or.  On doit traiter les autres comme on aimerait être traité, mais en procédant conformément à sa compréhension personnelle, non en répondant à leurs attentes, souvent illusoires, ou à leurs exigences erratiques.  Mais, même en cela, on ne doit pas se sentir responsable du bonheur des autres, mais simplement répondre à la loi de l’Échange et du Partage.  Chacun doit choisir pour lui, non pour les autres.

À trop se croire une mission de sauveur ou de sauveteur, on entretient sa culpabilité.  On porte trop de responsabilités inutiles sur ses épaules.  Nul n’est tenu de porter le fardeau des autres en croyant qu’ils seront plus heureux ainsi.  On le fait trop souvent pour être aimé d’eux davantage.  Il faut trouver son propre bonheur avant de croire pouvoir faire celui des autres.  On parviendra à mieux se connaître et à mieux  comprendre les autres si on sait, à l’occasion, mais au bon moment, sortir de soi-même pour entrer dans leur peau et écouter leur point de vue.

Voilà un autre aspect du détachement que de moins prendre ses malheurs au sérieux et de mieux compatir aux souffrances des autres.  À trop contempler son nombril, on limite sa conscience à sa seule expérience, alors que celle de l’autre peut aussi instruire.  À trop se concentrer sur son expérience, on s’apitoie sur son sort ou on devient complaisant avec soi-même, perdant un point de référence utile, parce qu’on ne parvient plus à percer la réalité des autres.  On devient insensible et indifférent à tout ce qui n’est pas soi.  À l’inverse, on ne gagne rien de bon à trop se préoccuper de ce que les autres pensent de soi, de ce qui leur arrive, de ce qu’on peut faire pour eux.  Toute aide doit respecter les trois règles de l’assistance à l’autre, de l’harmonisation des relations et de l’évolution collective.

Celui qui sait s’occuper de lui-même accroît son énergie et gagne du temps, se permettant de mieux s’occuper de lui-même et de mieux aider les autres.  On doit donc éviter de se culpabiliser de se choisir en priorité et tout le temps qu’il est nécessaire pour se placer au-dessus de ses affaires, comme on dit.  Mais on le reconnaît, la frontière reste bien ténue entre l’égoïsme et l’altruisme, tellement le danger est grand de basculer dans un excès ou dans l’autre, malgré qu’on bascule plus certainement dans l’excès de l’égoïsme que dans celui de l’altruisme.  L’amour fait toute la différence, quand on ne sait plus quoi en penser.

Le Maître Morya a dit : Le Monde a voilé la Lumière de la vraie connaissance et l’égoïsme ne permettra par sa résurrection, car il ne peut pas reconnaître la complète solidarité de tous ceux qui sont nés sous la même loi naturelle immuable.  La noblesse fondamentale de son âme trouve son expression dans des actions simples, ordinaires, normales.  On cultive l’ego si on en fait trop ou si on n’en fait pas assez.  On le cultive encore si on s’installe dans la performance, le perfectionnisme, l’activisme, mais également si on s’installe dans l’apathie, le laxisme, le laisser aller, l’inertie, l’indifférence, l’insensibilité.

On cultive l’ego si on affiche ses exploits, si on cherche à tout contrôler, mais également si on néglige son devoir d’état pour prêter un œil trop attentif aux réactions des autres ou une oreille trop vigilante à leurs propos, si on exagère ou pervertit ses intentions, si on croit accomplir une œuvre grandiose ou exceptionnelle, si on agit dans l’effort et la tension.  Or, le devoir d’état désigne la tâche que l’immédiat propose de faire, conformément à l’élan naturel et spontané du cœur ou à la synchronicité de l’instant présent, plutôt que ce que suggère le mental par ses agendas, ses plans et ses programmes imposés.

À l’inverse, on cultive l’ego si on cherche toujours à savoir ce que les autres pensent de soi, si on se mesure à leurs attentes ou à leur appréciation, si on manque de considération pour soi.  On cultive l’ego si on ne prend pas le temps de mesurer les changements qui se produisent dans sa vie, si on ne prend pas le temps de se féliciter pour ses accomplissements, si on ne sait pas faire une pause entre deux étapes évolutives pour intégrer ses acquisitions, si on ne prend pas conscience de ses réussites.

Comme on le voit, l’ego réfère à la somme de ses pensées, de ses actes, de ses ressentis et de ses paroles, avec leur jeu unique d’attirances et d’aversions.  L’ego lance dans l’accomplissement d’exploits susceptibles à prouver à tous et à chacun qui on est, plutôt qu’à vivre simplement son quotidien dans le détachement.  Depuis sa naissance, chaque être a enregistré des milliards d’informations, et a développé nombre de comportements et d’attitudes réflexes qui masquent son être véritable.  D’où on ne peut se dire un être accompli ou réalisé tant qu’on n’a pas redécouvert sa vibration propre et originale, cachée derrière les masques que l’on porte, selon les circonstances.

Au fond, l’essentiel de ce qu’on fait, sous l’empire de son ego, on l’a emprunté aux autres, auxquels on s’est identifié ou opposé.  Pour redevenir pleinement soi, il faut retrouver ce qui appartient vraiment à soi et provient vraiment de soi, derrière ce fatras de données contradictoires et paradoxales.  Les Maîtres parlent souvent de la mort ou de l’extinction de l’ego.  Il faut entendre cette expression comme un appel à se transformer radicalement, à se convertir, à retourner sa conscience de l’extérieur vers l’intérieur, où se dresse le Portail de la Voie de l’Eveil spirituel.

La mort de l’ego implique un changement progressif, mais radical de la focalisation ou de la direction de son attention pour transformer ses énergies denses en énergies spirituelles.  À proprement parler, les énergies de l’ego, de nature terrestre, ne peuvent mourir, mais elles peuvent se soumettre, peu à peu, dans la modestie, le respect et la patience, aux injonctions de l’Esprit, transmises par l’âme.  Ainsi, il s’agit de mourir à tout ce qu’il y a de faux, dans son état actuel, pour accéder à la liberté de l’âme, qui ne cherche pas à nourrir des illusions de puissance, car elle la détient par sa nature essentielle.

Mettre l’ego à mort invite simplement à lui redonner son rôle fonctionnel premier, à passer de son état de fausseté actuelle à un état qui incline vers la fusion, en procédant de l’extérieur vers l’intérieur, où tout est simplement, pour apprendre à reconnaître qu’il en est vraiment ainsi.  L’être humain n’a rien à devenir, il a tout à redécouvrir de ce qui est déjà là, en lui, profondément caché dans son être de Fils de Dieu, créé à son Image et à sa ressemblance.  Connais-toi toi-même, à l’intérieur de toi-même, et tu connaîtras le Ciel et les Dieux, te découvrant leur égal.

LES PIÈGES DE L’EGO DRESSÉS CONTRE L’AMOUR

Il n’existe que deux possibilités, dans la vie, soit qu’on regarde le Monde avec les yeux de l’ego soit qu’on le considère avec le regard de l’amour. Mais on ne développera des relations constructives, fraternelles et solidaires que si on choisit la deuxième option : il faut tout ramener dans la vision de l’amour pour chercher en tout ce qui unit plutôt que ce qui divise.  Sa conscience personnelle de la présence permanente et omniprésente de l’amour n’est occultée que parce qu’on s’est fermé à l’intuition, en investissant de façon trop soutenue dans l’expression des suggestions fallacieuses de l’ego.

Dans ce contexte, l’ego se présente comme la partie de son être qui amène à croire qu’on est un accident du hasard évolutif et que son identité se limite à un corps matériel mortel et à une personnalité qui sont voués à la disparition éternelle, d’où il convient de profiter de tous les plaisirs de la vie, sans discernement, pensees-vagabondespendant qu’on est de passage sur la Terre.  L’ego nie qu’il existe une identité spirituelle qui ne soit pas limitée par la forme physique.  Bavard et critique, il parle constamment à travers son monologue intime pour convaincre qu’il faut juger de tout et de tous afin de prévenir les pièges arbitraires qui se dressent tout au long de son existence, pièges inventés pour limiter son expérience ou entraver l’expression de sa vie.

Pour parvenir à ses fins, l’ego fait toujours surgir dans ses pensées les aspects négatifs de la vie.  Son principal message, fondé sur la peur, veut faire croire que la vie est fondamentalement hostile et inhospitalière et qu’elle s’ingénie à dresser des obstacles arbitraires qui peuvent même devenir mortels.  Ainsi, à son avis, il faudrait sans cesse redouter d’être isolé, esseulé, abandonné dans un monde de pénurie, de contraintes de toutes sortes, monde qui impose de chercher ce qu’on peut concevoir de grandiose, mais qu’on ne trouvera probablement jamais.

Ne croyant pas à la plénitude ni à l’unité, il considère l’amour comme suspect et la paix comme redoutable, car ils peuvent émousser la prudence indispensable pour identifier les illusions qui pourraient, à son insu, entraîner sa perte.  Aussi vaut-il mieux, à son avis, de s’abandonner aux pulsions gluantes de l’affectivité, dans des jeux de pouvoir, que de se présenter de façon authentique, loyale, sincère, transparence, car on pourrait se faire attraper.  Puisque la vie n’exprime qu’un bref intermède dans une période indéterminée et indéterminable, autant prendre d’abord en considération ses propres besoins égoïstes, quitte à s’investir, au besoin, dans des relations de mutualité qui servent les intérêts réciproques et fondent les bons procédés, un moyen d’éviter les confrontations fatales dans la quête de la survie.

Car, pour l’ego, il faut toujours suspecter la sincérité des autres qui représentent, essentiellement, une menace latente.  Pour se divertir des coups possibles du sort et s’assurer qu’on garde l’amour à l’écart, il convient de trouver des substituts comme les idoles, représentés diversement par la jouissance physique, les artifices corporels, le sexe, la drogue, le jeu, l’argent, la célébrité, le confort, le bien-être, tous les attraits du monde extérieur, pourquoi pas la projection de ses torts sur les autres, l’inquiétude, l’angoisse, la culpabilité, l’esprit de performance, l’activisme, le perfectionnisme, qui donnent l’impression de vivre intensément.

Quant à Dieu, qu’on ne peut pas connaître, et dont on ne peut pas deviner les intentions, autant s’en méfier, le craindre ou le balayer de sa pensée.  De toute façon, s’il existe, il ne peut être, comme soi, que partial, subjectif, occupé à gérer le Monde, d’un lieu lointain et dans une attitude distante, à établir ses préférences, à surveiller les actes, à récompenser la bonne conduite, à imposer d’immenses sacrifices pour assurer son salut, à exercer sa cruauté arbitraire et à fixer la mort de chaque créature à un moment toujours prématuré, accueillant alors dans son Ciel, dans le Purgatoire ou dans l’Enfer selon le mérite de chacun, mais peut-être simplement au gré de sa fantaisie.

Pour le reste, il suggère d’être exigeant pour les autres, de les écraser, s’il le faut, pour obtenir ce dont on a besoin et ce qu’on veut, d’en faire des esclaves auxquels on ne doit accorder qu’une apparente liberté, pour éviter qu’ils se révoltent, les achetant par des présents et des services qui les gardent en laisse, si on ne peut faire autrement.  Il préconise le recours à la colère et à l’intimidation pour s’assurer que soit accompli ce qu’on désire.  L’attaque et la défense ne constituent-ils pas les meilleurs moyens de mettre au pas, par avance et prévenance, des êtres erratiques, inconséquents, irresponsables, qui  menacent en permanence ses intérêts, son être et sa famille?

L’ego veut établir partout son contrôle.  Pour lui, le but des relations vise à satisfaire ses besoins personnels dans un échange de bons procédés plus pragmatiques et hypocrites que sincères.

L’ego proclame secrètement que les relations interpersonnelles ne peuvent servir qu’à maintenir un simulacre d’accord visant à maintenir l’ordre et l’harmonie dans la société.  Il décrète que ses propres intérêts passent avant ceux des autres, même si cela produit des sentiments de division et de séparation, mais qu’il faut voiler ces intentions mesquines.  Il réclame le plaisir immédiat dans toutes les situations et dans toutes les circonstances.  Il place la satisfaction matérielle et sensuelle au premier plan de sa quête.

L’ego refuse d’être interrogé, critiqué et contredit, de rendre des comptes, bien qu’il en demande à tous.  Il impose le fait qu’il peut sans cesse faire à sa guise.  Il veut constamment plaire, être aimé, accepté, respecté, supporté, adulé, même quand la conduite qu’il propose devient hostile, désagréable et agressive, car il ne peut agir ainsi que pour le bien de tous.  Pour lui, le but des relations interpersonnelles vise à faire comprendre à tout le monde qui est le maître et détient le droit de commander, bien sûr lui.  Il atteste que tout ce qu’il dit est juste et vrai.  Ainsi, si un manque d’harmonie se produit, il ne peut qu’avoir raison, d’où l’autre doit admettre son tort.  Chacun doit se rendre compte que si un problème surgit, quelqu’un d’autre doit en assumer la responsabilité, s’en reconnaître la cause et en accepter le blâme, car lui, il reste toujours blanc comme neige.

L’ego stipule qu’il existe une loi pour lui, le sage, et une autre pour l’autre, l’ignorant.  La première lui permet d’agir de façon accaparante, possessive, jalouse, envieuse, impérieuse, subjective, suspicieuse, même d’être malhonnête, déloyal, fourbe, hypocrite, manipulateur, cachottier, parasitaire, intimidant, belliqueux.  L’autre interdit à qui que ce soit d’en faire autant parce que son niveau de conscience ne le légitime pas.  Lui, il peut se permettre toutes les liaisons et les incartades, mais pas l’autre.  Ainsi, l’ego établit les lois absolues de toutes les relations interpersonnelles, l’une des premières décrétant que tout autre serait impardonnable de faire quoi que ce soit qui contrerait sa volonté et qu’il mériterait alors une sanction adéquate, forcément rigoureuse et vindicative.

Voilà comment s’exprime l’ego diviseur et séparateur qui impose qu’on accorde plus d’importance aux différences, en soi menaçantes, sources potentielles d’insécurité et d’angoisse, qu’aux similitudes et aux ressemblances.  Il recommande de garder le souvenir des douleurs et des souffrances du passé pour se rappeler sans cesse à quel point les relations interpersonnelles peuvent être dangereuses.  Il rappelle que la peur, début de la sagesse, reste le meilleur moyen de prévenir les dangers, pour s’en protéger, afin d’assurer sa sécurité et sa paix d’esprit.  Il attise constamment les braises des mécanismes de défense et d’agression, amenant à perdre le sourire et la joie de vivre.  Le sourire ne doit monter aux lèvres que pour exprimer la politesse, la déférence, la flatterie, l’obséquiosité, la moquerie, le dépit, un mercantilisme voilé.  Il peut encore masquer sa tristesse profonde et la grande blessure de son âme.

La maxime fondamentale de l’ego, c’est : Je te donne, si tu me donnes!  Car il n’affectionne que s’il est comblé dans ses attentes.  Il se délecte dans sa suffisance, croyant tout savoir, jugeant de tout de façon catégorique, ne pensant qu’à lui.  Il exprime ce que les anglais appellent le me-myself-and-I, le moi-moi-rien-que-moi des francophones.  Pour le démasquer, il faut souvent l’attraper au col et lui demander bien en face quels intérêts il sert, qui il est et ce qu’il veut.  Car il n’a d’autre fonction que de servir d’instrument de l’âme, dans sa quête d’identité, pour favoriser ses découvertes et son évolution.

C’est l’ego qui a engendré le grand aveuglement qui force maintenant à l’Éveil de la conscience.  On peut produire cet éveil personnel par l’humour, en apprenant à rire de soi, plutôt que des autres, et par la compassion, qui ouvre aux autres.  Il faut cesser de se prendre autant au sérieux et de porter partout son incommensurable vanité.  Inutile d’attaquer l’ego de front, ce poltron n’en deviendrait que plus rebelle et récalcitrant.  Au fond, il masque un sentiment d’impuissance et d’infériorité et une peur congénitale de disparaître de façon arbitraire.  Alors, il faut savoir l’aimer dans ses peurs, sa vulnérabilité et son impuissance.

Il faut apprendre à littéralement respirer par le nez, profondément, pour insuffler la force vitale et exhaler toutes les causes de ses tensions.  Il faut pondérer l’agitation d’un mental couard, angoissé et crispé.  Il faut reconnaître que chaque difficulté, source de frustration, que la vie place sur sa voie, pour mettre à l’épreuve sa motivation naissante d’éviter de se laisser piéger, par les réactions automatiques de défense et d’attaque de l’ego.  On préférera plutôt chercher à comprendre en quoi chaque événement, chaque situation et chaque circonstance peuvent révéler un aspect de force ou de faiblesse de soi-même.

Dès qu’on se sent perturbé, il faut se demander quelle est cette dimension de son être qui manque de confiance et de sérénité.  Il faut l’identifier en allant jusqu’au bout de sa démarche en se demandant le pourquoi du pourquoi de ses malaises, sans faire de concessions, sans faire preuve de fausse indulgence.  Il faut se promener, en observateur, dans les méandres de ses raisons, de ses justifications, de ses aversions, de ses projections, de ses prétextes fallacieux, comme si on entrait pour la première fois dans le jardin de son inconscient, pour se familiariser avec eux.

En prenant du recul par rapport à cet aspect timoré ou blessé de soi-même, on s’ouvrira à un autre niveau de conscience plein de paix, vibrant au-delà des automatismes, des émotions et des passions, qui permet de réévaluer la perception qu’on a de soi-même, de ses  valeurs, de ses principes, de tout ce qui motive ses pensées, ses ressentis, ses paroles et ses actes.  La clef de la réussite de ce long processus de réforme réside dans la volonté de l’opérer.  Sans une motivation profonde d’y arriver, on n’acceptera pas de s’abandonner à la Lumière en provenance du Phare divin, qu’on peut aviver dans l’introspection et la méditation.  Sans cette Lumière intérieure, qui sert de dissolvant universel, on n’arrivera à rien.

Plus on entre en soi, plus se développe sa confiance inébranlable dans la vie, une confiance empreinte de joie sereine, car telle est la nature de l’âme avec laquelle on communique alors.  Au fil des plongées conscientes vers la Source de Tout, en soi, on ouvre toujours davantage le canal à ces vibrations transformatrices.  Par cet abandon progressif au Vouloir de l’Essence éternelle et immortelle, on découvre en soi un autre registre de conscience dont le principal attribut sert à ancrer dans l’instant présent.  Cet attribut rend indifférent aux aspects douloureux du passé, sans en abolir le souvenir, et aux projections du futur, amenant à tout percevoir comme une expérience qui a propulsé et continue de propulser vers l’avant.

Quand on sait rester aux aguets du moment présent, comme un observateur dégagé, relié à sa Source, qui comprend tout et situe tout dans la juste perspective, on s’élève au-delà des peurs qui font de soi un jouet, ce qui attise la démission ou les fureurs de l’ego, selon l’énergie de chacun,  harmonisant les émotions et les passions dévorantes qu’il déclenche.  Alors, on progresse dans la béatitude de la Maîtrise de soi.

L’EGO, C’EST-CE QUE JE PENSE ÊTRE

(Un texte de Shanti Mayi, 2001)

«Je suis ceci ou cela, ou ceci et cela, cela est appelé l’identification, l’ego (ou le sens de l’ego).  Je suis exclusivement et séparément ce que je suis.  Ceci est bien évidemment vrai pour toutes choses, l’une par rapport à l’autre.  Je suis, c’est le sens singulier de l’expérience totale de l’existence.  Tout porte un sens de sa propre signification : un pin, un chêne, un brin d’herbe, une étoile, un tigre, le blé dans le champ… toute chose, sans exception, porte une signification et se trouve en contraste par rapport aux autres choses.  Ce sens d’une signification est l’être même, tel qu’il est.

Cela ne veut pas dire que l’ego est une chose ; il s’agit davantage d’une indication de ce que l’on pense être. Il peut être compris comme la saisie, ou l’identité attachée.  Descartes disait : Je pense donc je suis. Mais en fait, il avait compris ceci à l’envers.  Je suis donc je pense.  Un enfant n’est pas né en pensant.  Un enfant est dénué de pensée.  Il est.   L’enfant est en fait dépourvu d’ego.

Le sens de l’ego, ou notre identification avec le royaume de l’expérience, est pareil à un faux vernis.  Nous nous définissons par identification, par des impressions, des désirs, des sentiments et des conditions sans fin : «Je suis triste», «je suis heureux», «je suis occupé», «je suis désolé», «je suis important», «je suis malheureux», «je suis aimé», «pas aimé», «sage», «idiot», «j’ai beaucoup de succès» ou «Je suis en échec», «je suis obligé», «je ne suis pas obligé», «je suis protecteur», «je suis déchiré».  Tout cela ne représente que quelques-unes des identités auxquelles les êtres humains s’identifient.  Ces noms infinis que les humains s’octroient constamment tels que mari, femme, président, jeune, etc. de même que ceux dont ils se débarrassent constamment, d’un instant à l’autre.

Le sens de l’ego est pareil à un masque ; il est comme une référence personnelle de ce que l’on est ou devrait être, ou même, ne devrait pas être.  Et pourtant, personne n’est en fait quoi que ce soit de ce auquel il s’identifie ou de ce qu’il pense être.  Après tout, ce à quoi l’on s’identifie, n’est rien de plus qu’une expérience qui passe.
Il y a beaucoup de souffrance non résolue dans le sens de l’ego, parce que quelque part au-dedans de nous, nous savons que nous ne sommes pas ce que nous pensons (être).  Nous savons que nous ne sommes pas isolés, ni séparés par l’expérience, mais que cette expérience représente un autre champ dans la totalité et que tout ce qui y est contenu est contenu en elle.  En d’autres termes, tout ce qui est unique et différent est unifié, par le fait même d’être unique et différent.

À la différence de toute autre expression de vie, les humains, mènent un combat du sens de l’ego pour satisfaire la folie de représenter quelque chose pour quelqu’un.  Juste pour proclamer «je suis» (ceci ou cela, ou ceci et cela) à une réflexion dans le miroir. Ceci et cela semble rajouter une touche de maquillage, bien appliquée sur la façade de la personnalité.  Et pourtant nous savons que la beauté intrinsèque est en réalité indépendante de tout ce qui peut être enlevé ou rajouté.

Le sens de l’ego, l’identité, est une expression intégrale de la condition humaine.  Il s’agit de l’être, enchevêtré dans l’expérience de la vie.  Et c’est en devenant mûr, en épuisant une fois pour toutes le sens de l’ego, que l’on est envoyé dans la profonde quête de l’être.  La quête de la vue intérieure en soi-même a tant d’expressions, que ce soit au niveau scientifique, créatif, spirituel, pour n’en citer que quelques-unes.  Ce sont les limites étroites du sens de l’ego qui nous plongent dans la possibilité de l’illimité.  Qu’il s’agisse d’une investigation infinie à l’intérieur de sa propre nature, l’existence, ou d’aller au-delà des dernières limites de l’intelligence.

L’épuisement du sens de l’ego sert à faire avancer la Noble Sagesse au-dedans de nous et de notre vie.  Ou alors, le fait de se soumettre aux oscillations du je suis ceci ou cela peut comporter un si grand danger, que toute notre vie peut être broyée, sur une ligne tirée entre moi et toi, ma voie et la tienne.

À ceux qui mûrissent spirituellement – ce qui signifie qu’ils commencent à voir les choses telles qu’elles sont, non colorées par la projection ou ligotées par le conditionnement – il est rappelé sans cesse que le sens de l’ego est l’ennemi d’une compréhension véritable.  Ce sens de l’ego doit être abandonné, et il doit l’être complètement, sans quoi aucune clarté n’est possible, tout simplement.  Même lorsqu’un sens profond et extrêmement simple de la totalité est compris, même s’il n’est pas une chose, le sens de l’ego est considéré comme une oscillation entre splendeur et ignorance. Le sens de l’ego peut être extrêmement subtil.

Ce n’est pas une question de bien ou de mal, c’est une question de compréhension, ou d’illusion.  L’illusion représente également une grande partie de l’expérience de la vie : elle est l’une des possibilités les plus présentes de façon conséquente, offertes par la vie à chacun et à tout instant.  En fait, l’illusion a sans cesse ordonné les choses dans ce monde de façon juste.  C’est à travers les limites que nous en venons à connaître ce qui se trouve au-delà d’elles.  C’est à travers nos erreurs que la sagesse perce, tel un rayon lumineux.

Le sens de l’ego est important, il est le lieu où notre expérience est stockée, il est ce que nous en venons à penser de nous-mêmes.  Il ne peut pas, et ne doit pas, être éliminé prématurément, car d’une certaine façon, il est la fondation sur laquelle nous nous tenons.  Cependant, cette fondation est, en fin de compte, faite de sable et se modifie par une constante succession d’identités qui traversent notre vie.  Plus l’on mûrit, plus l’on va au-delà de ses identités ; et plus l’on se débarrasse de la cape de l’individualité, plus l’on se libère des limites du moi et toi.

En fait, ce sens de l’ego n’a aucune réalité, il n’est rien d’autre qu’une expression.  Peut-être l’ego peut-il être considéré comme l’attachement -et l’identification- aux conditions de l’expérience humaine.  L’état dépourvu d’ego pourrait, lui, être vu comme la condition inconditionnée de l’expérience humaine.  Conditionnée parce qu’elle existe, et inconditionnée parce qu’elle n’est pas contrainte par le conditionnement.  Quoi que l’ego soit ou ne soit pas, ceci est naturel.  Certains le surmontent, de nombreux autres en sont lourdement encombrés, et pourtant, il s’agit là d’une expérience intégrale de la condition humaine.»

© 1996-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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