LE PARCOURS DU LABYRINTHE, UN PÈLERINAGE À L’INTÉRIEUR DE SOI…

Le labyrinthe désigne un enclos ou un édifice fermé d’un réseau compliqué de couloirs ou de chemins tortueux ou de galeries méandreuses dont l’être qui s’y engage peut difficilement se sortir, une fois qu’il s’y est engagé, parce qu’il a du mal à s’orienter et qu’il ne parvient plus que difficilement à en trouver l’issue ou la sortie.  En psychologie, on associe spontanément cette construction aux circonvolutions du cerveau ou au tube de l’intestin.  En rêve, on lui prête le sens d’enchevêtrement de l’esprit ou de complications inextricables dans la vie.

Historiquement, selon Hérodote, on peut attribuer le labyrinthe le plus ancien à Amménémès III, pharaon de la XIIᵉ dynastie.  Il aurait eu pour projet de construire son palais monumental près du lac Maéris (actuel Birket-Krouon) comportant une suite de trois mille salles et couloirs, étalés sur plusieurs niveaux.  C’est ce palais qui aurait inspiré Dédale pour la construction d’une prison qui devait enfermer une bête immonde.  Dans ce dernier cas, on parle du palais crétois de Minos où était enfermé le Minotaure et d’où Thésée ne put sortir qu’à l’aide du fil d’Ariane.

Bien avant cette légende, on pouvait trouver des tracés complexes analogues, à l’état naturel, dans le ventre de certaines grottes préhistoriques.  Datant du paléolithique, on  a retrouvé la plus ancienne représentation d’un labyrinthe dans une tombe de Sibérie (Russie) : il s’agit d’un dédale de sept circonvolutions, entouré de quatre doubles spirales, le tout gravé sur unlagyrinthe morceau d’ivoire de mammouth. On a découvert d’autres labyrinthes qui remontaient au temps du néolithique au bord du Danube, près de la mer Égée, en Savoie, en Irlande, en Sardaigne, au Portugal, en Italie, à Malte ou encore à Belgrade (Serbie), sur des pierres ou des figurines datant de 4 000 à 7 000 ans.  La plupart de ces tracés sont inscrits dans des carrés ou des cercles, accompagnés de dessins d’animaux, probablement en signe de vénération.  Sur l’île de Gavrinis, en Bretagne, on a découvert une galerie avec de multiples embranchements dont les changements de direction sont indiqués par des spirales.  On présume que ces tracés étranges appartenaient à des lieux sacrés.

Depuis le Moyen Âge, on a représenté un labyrinthe dans le pavé de nombreuses cathédrales.  Les labyrinthes gravés sur le sol des églises étaient à la fois la signature de confréries initiatiques ou de constructeurs désignés comme des maîtres.  En général, ils servaient de substitut au pèlerinage en Terre Sainte.  C’est pourquoi on trouve parfois, au centre de ce labyrinthe, soit l’architecte lui-même soit l’illustration du Temple de Jérusalem.  Le croyant qui ne pouvait accomplir le pèlerinage réel en un lieu aussi éloigné pouvait parcourir en imagination le labyrinthe jusqu’à ce qu’il arrive au centre qui représentait le lieu saint.  Ce parcours se faisait fréquemment à genoux.

Dans les cathédrales du Moyen Âge, il s’étalait généralement après l’entrée du temple, à proximité des fonts baptismaux, donc avant l’accès à l’autel, image du Centre spirituel du lieu où afflue l’influence spirituelle de l’Au-delà.  À cette époque, peu de gens pouvaient accomplir le Grand Pèlerinage vers la Terre Promise, d’où il fallait présenter, à ceux qui voulaient simuler le faire, un diagramme symbolique, en modèle réduit, dans certaines églises, résumant la découverte des secrets de la Création pour s’élever jusqu’au plus haut des cieux, réintégrer le Paradis perdu, dans le Royaume de l’Esprit de Vie.  Il s’agissait de suivre le fil d’Ariane qui permettait, ultimement, d’échapper à la mort et de recouvre son immortalité.  À vrai dire, le labyrinthe symbolise l’accomplissement du Grand-Œuvre alchimique qui amène à trancher le nœud gordien, image de l’opposition entre les deux natures de l’être incarné, l’Essence, d’origine céleste, et la Matière, le monde terrestre, ce qui permet d’atteindre le Centre de lui-même, soit de se retrouver dans sa Réalité originelle.  Pour lui, il s’agit de se dégager d’une espace apparemment confiné et limité, en se libérant des conditionnements de la conscience incarnée qui ne permet pas de voir ce qui se passe à l’extérieur de son univers personnel ni à l’intérieur de lui-même.

Ainsi, dans n’importe quel usage, le labyrinthe annonce la présence de quelque chose de précieux, de mystérieux ou de sacré.  Il peut avoir une fonction militaire, par exemple pour la défense d’un tombeau ou d’un trésor.  Mais, plus souvent, il démontre comment un candidat peut parvenir au Centre du monde ou accéder au symbole de ce Centre.   Il ne permet l’accès à un haut lieu qu’aux initiés, soit uniquement à  ceux qui connaissent les plans.

En effet, le centre que protège le labyrinthe est réservé à l’initié, à celui qui, à travers les épreuves de l’initiation (les détours du labyrinthe), s’est montré digne d’accéder à la révélation mystérieuse. Une fois parvenu au centre, il devient comme consacré.  Progressivement, l’adepte est introduit dans les arcanes mystiques se retrouvant lié par le secret. Dans la Tradition cabalistique, reprise par les Alchimistes, le labyrinthe remplissait une fonction magique et il révélait l’un des secrets attribués à Salomon. À leurs yeux, le labyrinthe évoque l’image des diverses opérations de l’Œuvre spirituelle avec ses difficultés majeures.  C’est pourquoi on appelle souvent le labyrinthe des cathédrales le labyrinthe de Salomon.

En lui-même, le labyrinthe permet l’accès à une finalité grâce à un voyage initiatique et il l’interdit à ceux qui n’en ont pas les qualités requises (les inconscients, les imposteurs, les fourbes).  En ce sens, on peut rapprocher le labyrinthe de la mandala hindoue qui comporte, à l’occasion, un aspect de labyrinthe. Il représente une série d’épreuves initiatiques qui préparent au cheminement vers une finalité recherchée : la Maîtrise totale ou l’Illumination.

Il illustre la voie qu’il convient de suivre pour atteindre le centre intime de son être où se livre le combat des deux natures ou le chemin que l’artisan doit suivlabyrinthe-1re pour en sortir.  Cette interprétation rejoint celle d’une certaine doctrine ascético-mystique qui enseigne qu’il faut se concentrer sur soi-même, à travers les mille chemins des sensations, des émotions et des idées, en supprimant tout obstacle à l’intuition pure afin de revenir à la Lumière divine sans se laisser prendre aux détours des chemins et sans se laisser décourager par les obstacles.  Globalement, l’aller et le retour dans le labyrinthe exprime le processus de la mort initiatique et de la résurrection spirituelle.

En fait, le labyrinthe conduit d’abord dans son Centre intime, à l’intérieur de soi-même.  C’est dans cette crypte profonde que se retrouve l’Unité perdue de l’être qui s’était dispersé dans la multitude des désirs.  L’arrivée au centre du labyrinthe, liée à une initiation, introduit dans une loge invisible.  Les initiés et les artistes ont toujours gardé ce lieu intime empreint de mystère.  Ils ont toujours suggéré que chacun pouvait le remplir selon sa propre intuition ou d’après ses affinités personnelles.

Dans le labyrinthe, le cercle symbolise l’unité, la perfection : il renvoie à la finitude de la vie.  Dans de nombreuses cultures, l’Univers est représenté par une série de cercles concentriques.  L’ovale représente en général le féminin, les lignes brisées rappellent les rivières, et les lignes droites, la pluie (l’eau étant le symbole de la vie).  Pour sa part, le carré représente l’Univers ou la Terre, la Création, et la croix centrale, le Cosmos, avec une ligne verticale (symbole de l’esprit masculin) et une ligne horizontale (symbole de la matière féminine), dont le point de rencontre est l’humanité.  La spirale peut aussi représenter le devenir : elle implique une vision cyclique de l’histoire.  Elle laisse entendre : «Tout revient éternellement, mais avec une dimension nouvelle, parfaite contradiction de la ligne, de la conception unilinéaire du temps.»  Ainsi, le labyrinthe devient une représentation de la vie même.

Le labyrinthe sert aussi comme archétype de la Connaissance.  Son itinéraire se situe entre les Cornes du Monstre que l’initié doit affronter.  Son parcours révèle un chemin d’épreuves correspondant à l’imagerie symbolique d’un pont à traverser.  Ce pont archétypal est dénommé, dans la tradition mazdéenne, le Pont de Cinvat.  Il sépare deux univers et le passage d’un univers à l’autre s’effectue au prix de cette traversée qui s’accomplit selon des stratégies précises, où rien n’est laissé au hasard, à l’instar de la sortie d’Égypte.  Les directives qui peuvent mener à la sortie du labyrinthe sont consignées dans les rites et traditions.

Suivre lentement un labyrinthe, en centrant sa pensée sur son lieu d’origine, représente toujours une expérience prodigieuse.  Alors, uni à votre Centre intime, faites-en votre propre expérience.  En voici quelques exemples historiques…

Respectivement, le labyrinthe d’Amiens, le labyrinthe de Chartres, le labyrinthe de Saint-Quentin, le labyrinthe de Reims, un labyrinthe de concentration et le labyrinthe de Choisy-le-Roy:

Labyrinthe d'AmiensLarytinthe de Chartreslabyrinthe de Reims

Labyrinthe de St-Quentin

Labyrinthe-de-concentration

Labyrinthe de Choisi-le-Roy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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