LE DÉSIR PEUT MOTIVER À L’IDÉAL, COMME IL PEUT LIER À LA DENSITÉ ET À LA DUALITÉ…

Le désir désigne le mouvement de la sensibilité qui aspire à sa satisfaction pleine et entière, la hâte des sens à saisir leurs objets et à en jouir.  Il résulte de l’affect qui naît du jeu des aspects compatibles et complémentaires de la polarité (électromagnétisme), qui engendre l’appétit ou la pulsion et qui surgit du dynamisme du Taureau, la Source du Mouvement de l’activité de la Substance vive.

Quelqu’un a osé dire : «La lumière est désir.  Mais le désir élève le sage, brise le faible et tue le fou.»  Le désir renvoie au commun principe de l’action.  De ce fait, aucune action n’est complètement désintéressée.  Alors, il importe moins d’éliminer les désirs que d’en élargir la portée dans une perspective plus impersonnelle.  Mais, le désir essentiel, reste l’élan évolutif.  Tout désir ne représente qu’undésire aspiration vers une plus grande lumière, bien qu’il puisse être détourné par l’ego au niveau du psychisme, pour lancer dans la fantaisie, le caprice, les émotions et la passion.  Voilà pourquoi certains le définissent, à son état pur, comme la volonté de Dieu qui pousse à explorer un aspect de la vie et à mieux s’accomplir, si étrange qu’il puisse paraître.  Car le mal ne réside jamais dans la chose, mais dans la façon abusive ou extrémiste de s’en servir, soit hors des normes du juste milieu.  En ce sens, il constitue le fondement de la créativité et le support de l’expérience.  Qu’on se le dise, tôt ou tard, tout désir sera comblé ou réalisé.

Si on ne cherche pas à se leurrer, on devra admettre que le désir, qui s’exprime par le besoin, représente un mouvement de la sensibilité parfaitement naturel.  La conscience ne peut grandir que par la force de l’affect qui devient appétence, sensibilité et désir.  Mais, comme le disait Sri Aurobindo Ghose: «Le désir est tout à la fois le mobile de nos actes, le levier de notre accomplissement et le fléau de notre existence.»  Et il a ajouté: «C’est seulement en renonçant parfaitement au désir ou en le satisfaisant parfaitement que Dieu peut venir nous embrasser absolument, car, dans les deux cas, la condition première est remplie: le désir meurt.»  En vérité, ce ne sont pas les désirs eux-mêmes, mais leur nature, qui entravent l’homme.  Ce sont ses désirs faux, qui renforcent la densification et qui le ralentissent sur le Sentier évolutif.  Rien ne peut s’opposer à la manifestation d’un désir né d’un besoin naturel.  La Vie n’est-elle pas une suite de désirs assouvis ou frustrés? C’est l’Esprit de Vie lui-même qui suscite les désirs à travers chacun pour le mettre à l’œuvre, l’amener à accéder à de plus hauts degrés de réalisation par la conscience qu’il y forme.

On a souvent entendu dire qu’il n’était pas bien de se livrer au désir, surtout de désirer des réalités sensuelles ou des biens matériels.  À d’autres époques, ces conseils pouvaient rendre service à celui qui désirait évoluer sereinement, à cause de la densité du plan terrestre et du niveau inférieur de la conscience collective.  Aujourd’hui, il faut faire comprendre que les désirs d’un être lui enseignent beaucoup de choses sur lui-même et sur la nature de la réalité.  Si ses désirs engendrent en lui de la souffrance, il apprend au moins à ne désirer que les réalités qui lui procurent de la joie.  Même la réalisation des désirs sensuels et matériels aident à évoluer du fait qu’ils aident à affirmer sa maîtrise au niveau de la créativité.  En augmentant sa maîtrise sur ces réalités concrètes, il parvient à comprendre que la possession des objets, les jeux de pouvoir, l’attachement, le prestige ont bien peu de valeur s’ils ne servent pas ses objectifs les plus élevés, car, alors, ils ne rendent jamais pleinement heureux.  Mais comment un sujet peut-il le découvrir sans l’expérimenter à travers lui-même?

En fait, plus un être est frustré dans ses attentes, plus il stimule son aspiration à fusionner avec son Grand Soi pour atteindre un bonheur permanent plutôt que des petits bonheurs partiels et contingents.  Pour certains, cette fusion se produit en réalisant tous leurs désirs, ce qui leur permet de déterminer lesquels sont vraiment utiles et évolutifs de ceux qui ne le sont pas.  Certaines personnes pensent que pour évoluer spirituellement, il faut abandonner tous les désirs et renoncer à ce qu’elles aiment faire.  Au contraire, plus on s’aiattirer_argentme, plus on est réconcilié avec ses désirs, plus on devient paisible et joyeux.  Cet état d’être stable et sécurisant permet de mieux entrer en contact avec cette partie de son être parfaitement sereine, stable et équilibrée.  Ainsi, en faisant ce qu’on aime, en réalisant ses désirs, on accomplit ses objectifs les plus essentiels avec un sentiment de profonde satisfaction intérieure.  Qu’on comprenne que, parvenu à un haut niveau d’évolution, les désirs disparaissent d’eux-mêmes pour permettre d’être tout simplement.  À ce niveau, il est naturel de ne pas désirer, de ne plus vouloir rien, de ne plus se demander ce qu’on veut avoir ou ne pas avoir.  Mais, tant qu’on n’a pas atteint ce niveau, il faut prendre les désirs pour les outils qu’ils sont.  Derrière tout désir, on cherche, par l’expérience, à désirer d’abord et avant tout d’évoluer spirituellement pour mieux fusionner avec son Grand Soi.

Le problème de l’être humain, c’est qu’il ne tarde pas à confondre la nature de ses désirs, en venant à les croire tous du même ordre évolutif, et qu’il s’enlise avec eux entrant dans des habitudes et des routines délétères.  Pour un désir né d’un besoin naturel, il en naît mille, en lui, par contagion, et il les entretient dans la seule intention d’assouvir sa sensualité.  Chacun peut appeler la réalisation d’un désir, s’il le juge licite et digne de soi, même s’il échappe à la norme générale et à la commune mesure: ce que l’un peut se permettre, l’autre doit farouchement l’éviter; ce qui est bon pour l’un peut être fort préjudiciable à l’autre.  Tout être peut satisfaire les désirs qui ne l’écartent pas de son but et respectent la Loi du Juste milieu.  Mais un désir refoulé, même mauvais, devient souvent une cause de conflit, conséquemment un germe de putréfaction intérieure.  Aussi, ne faut-il renoncer à un désir que si on est certain de garder l’équilibre.  Autrement, il vaut mieux l’épuiser.

Le problème du désir, c’est qu’à force d’en susciter d’autres, il entraîne dans la multiplicité, disperse et épuise les meilleures énergies de l’être.  Il fait naître la suprématie de l’exigence des sens, de la convoitise, et rattache à l’existence, à la matérialité.  En soi, le désir n’en reste pas moins une force évolutive, émanant de la nature de la Forme.  Il exprime le souhait de posséder un bien ou de combler un besoin.  C’est un état sensible, affectif, provoqué par l’actualisation d’une tendance sous l’action du besoin ou d’une représentation mentale.  Toutefois, lorsque le mental s’attarde sur les objets des sens, mû par un intérêt croissant, il forme un attachement à ces objets qu’il veut conserver, défendre et protéger, entraînant dans la peur de le perdre et le souhait, parfois violent, de les garder.  De l’attachement naît le désir, et, du désir, la frustration.  L’être conçoit alors la vanité des choses ou commence à désirer une plus grande possession.  L’être entre bientôt dans un état d’agressivité, qui dégénère en colère, menant à l’égarement.  Pour sa part, l’égarement conduit à la dispersion et à l’affaiblissement de la vision claire, d’où l’intelligence est détruite.  Et, en détruisant son intelligence, l’être se détruit lui-même progressivement.

Le désir détruit parce qu’il amène, de façon contraignante, à prendre sans rien donner.  Il accroît la densité des enveloppes inférieures et il lie l’âme à la suite générative, l’empêchant de s’élever, de s’accomplir.  Ainsi: «La quête de la divinité passe nécessairement par l’épuisement et la domination des forces basses.  Sakyamuni disait à ce propos: Du désir naît le chagrin, du désir naît aussi la crainte.  Pour celui qui est délivré du désir, il n’est plus de chagrin ni de crainte.»  On ne peut désirer ce qu’on détient déjà dans l’invisible, c’est une partie de soi.  Ce sont les choses sensibles et matérielles que l’on convoite.  Il faut rappeler que, en soi, le désir est un appel de l’être vers une réalisation évolutive.  Mais les désirs assouvis trop aisément ne peuvent être d’aucune aide durable.  Comment se ferait-il alors que l’homme sombre dans l’angoisse et la dépression dans la même mesure qu’il accroît son confort et que sa science augmente? Parce qu’il cherche davantage à assouvir ses sens extérieurs qu’à connaître la satisfaction intérieure.  L’homme est toujours avide de posséder et de connaître davantage au lieu d’apprendre à être.  Il ne fait plus la distinction entre ce qui est utile et inutile, entre ce qui est essentiel et accessoire, entre ce qui est légitime et fantaisiste.  Les désirs légitimes ne sont pas ceux qui flattent la vanité ou comblent les caprices.  Ce sont ceux qui aident à s’accomplir, à prendre sans cesse de l’expansion, comme la volonté de progresser, de venir en aide au prochain, de sortir de l’égoïsme, de fusionner avec la Totalité, dans le service amoureux.

Quelqu’un a dit: «Le désir moule dans l’argile ce que la vie sculpte dans le marbre.»  En effet, le désir n’est qu’une modalité, non l’essence, du mental sensible.  C’est le combustible qui doit alimenter le feu, soit la pensée évolutive.  En supprimant le combustible, on éteint le feu.  En soi, l’Esprit divin peut alors prendre son envol vers le Royaume du Créateur.  Le désir désir-femme enceintecommence avec la curiosité.  Et Dieu sait combien l’homme cultive de curiosités vaines! La curiosité devient désir dans le mental.  Donc, l’intérêt et le sentiment, soit l’affect ou l’appétence, précèdent le désir.  L’espoir et l’attente le nourrissent et l’engraissent.  Le désir excite le mental et exacerbe les sens.  Lorsqu’il s’accomplit, dans la jouissance de l’objet qu’il a appelé, il éprouve un contentement temporaire.  Où il y a désir, il y a plaisir ou frustration.  Seul le désir de retourner au Royaume peut apporter la satisfaction permanente, la paix d’esprit.  On peut dissoudre les désirs inutiles ou stériles en répétant régulièrement la syllabe mystique OM (AUM).  Ce son dissout les passions, les désirs violents, ennemis de la paix et de la connaissance vraie.

Le désir, que l’on peut encore appeler appétit, engendre l’état dynamique, la mise en mouvement de la volonté.  Il cherche à se manifester et à se satisfaire, éveillant le pouvoir moteur d’action de la volonté, qui peut cependant accepter de le satisfaire ou de l’inhiber.  Mais le désir force souvent le mouvement de la volonté.  Croissant en intensité, il déclenche la détermination, stimulant la volonté, à raison ou à tort, la faisant entrer en action, capable de l’entraîner dans la revendication et la violence.  Le désir force à suivre le mouvement ou à entreprendre l’action qui produira le plaisir et l’intégration, supprimant la souffrance et la désintégration.  Ainsi, il arrive très souvent que le désir, le choix de ce que l’on veut faire, entre en conflit avec la détermination personnelle.  C’est alors que peut agir le pouvoir de volonté, pour l’inhiber, pour autant on l’a développé.  Ce n’est pas le désir qui doit devenir le maître du mental, mais la volonté, qui, elle, peut s’appuyer sur le plus grand bien de l’être, en cas de conflit.  La volonté a pour fonction d’empêcher, de réprimer ou de supprimer ce qui peut entraver l’évolution de l’être, est dangereux pour la personnalité ou n’a que bien peu d’utilité.

Quelqu’un a dit que le désir est né de la Pauvreté et de l’Expédient.  Il est toujours insatisfait, restant en quête de son objet, plein de ruses pour parvenir à ses fins.  La possibilité éveille de désir qui mène au devenir.  Par son intensité, il amène au dépassement de soi.  Il se passe d’intermédiaire et il ne peut se cacher, souvent irrépressible et irresponsable.  Il est probable que ce qu’il amène à convoiter, si cela ne se manifeste pas, on n’en a pas besoin.  Le désir démesuré pour un objet considéré comme merveilleux, faute d’être capable désirs-dessertsde surmonter les épreuves nécessaires à son acquisition, amène à mourir par dépit de ne pouvoir le satisfaire.  Car on ne peut atteindre l’objet d’un grand désir par le subterfuge dispensant des efforts réels.  On ne peut aboutir qu’à réduire son idéal, à le dégrader, ne visant plus l’objet premier, ce qui ne répond pas à son attente première.  À trop désirer ou à désirer trop de choses, de frustration en frustration, on s’épuise, on se déprécie, on se décourage, on perd l’espoir.

Pour dissoudre les préoccupations terre-à-terre du désir, il faut se former une image concrète toujours tournée vers la notion d’Infini.  Pour sortir de l’illusion, dans laquelle le désir entraîne, il faut appeler puissamment la Réalité à se révéler en soi.  La Loi du Désir veut que, dès que Dieu est devenu une réalité objective dans sa pensée, l’être peut lui présenter le moule de son désir, assuré qu’il sera immédiatement rempli.  Chacun détient même le pouvoir de fixer la date d’exécution de son désir et de prononcer la parole d’autorité.  Mais, pour que Dieu collabore, pour que le désir ne se retourne pas contre le sujet qui l’a exprimé, il faut d’abord exprimer le désir des désirs qui consiste à faire premièrement la Volonté du Père et à chercher d’abord le Royaume des Cieux avant le surcroît.  Chaque être doit sublimer ses désirs.  Les Hermétistes appellent cette alchimie spirituelle les Noces de sang.  Il s’agit, dans leur imagerie symbolique, de l’immolation du Taureau de Mithra.  Le héros (ou l’aspirant) se laisse emporter par la bête furieuse, la laisse s’épuiser, puis la terrasse.  En d’autres termes, le sujet laisse agir l’énergie inférieure, dans l’indifférence, sans s’opposer à elle (car il ne faut pas résister au mal), pour qu’elle se stabilise d’elle-même, puis se fixe.  C’est alors que le Lion, la Force solaire, s’attaque aux enveloppes grossières du sujet, avec la force astringente de la rouille, pour provoquer l’oxydation progressive de l’être (phases du Lion vert et du Lion rouge) et éveiller l’aspiration vers le Vrai Royaume éternel.  Ces derniers mots révèlent la clef de la transmutation qui précède la transfiguration et l’Illumination suprême.

Dans la même veine, mais sous un autre rapport, il faut faire la différence entre ses désirs et ceux des autres.  Un être ne suit pas la voie de ses désirs lorsqu’il sent en lui de la lourdeur ou de la résistance.  En pareil cas, il est probable que les autres attendent quelque chose de lui, se disent déçus de ce qu’il fait, l’accusent de ne pas répondre à leur attente.  La sagesse consiste notamment à discerner entre ce qui vient de soi et ce qui vient d’autrui.  Chacun gagne à vivre selon les principes et les valeurs qui sont siens, à retenir ce qui lui convient et à abandonner le reste.  Seul l’individu peut savoir ce qui lui convient vraiment.  Chacun possède tout ce qu’il faut pour manifester ce qu’il désire et est capable de désirer.  Quand et comment il parviendra à le réaliser dépend du degré de son désir, de sa volonté et des actions qu’il posera.  Mais, à trop désirer, on se lasse de désirer, surtout si on n’affirme pas ses désirs et si on ne choisit pas de les manifester.

© 1995-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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