IL N’Y A NI BIEN NI MAL, IL N’Y A QUE L’EXPÉRIENCE AGRÉABLE OU DÉSAGRÉABLE QUI INSTRUIT, OUVRE LA CONSCIENCE

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   Parler de bien et de mal induit dans la dualité, mais œuvrer à la victoire de la Lumière sur la lumière inversée ramène plutôt dans l’Unité. La nuance ressort du fait que la lumière inversée, le reflet de la Lumière divine, qu’on appelle le Royaume des Ombres ou des Ténèbres, ne représente pas le Mal cosmique, ce qui reviendrait à dire que, dans sa réflexion, la Lumière engendre le mal. Dans un jeu de miroir, la lumière inversée n’est qu’une copie ou un reflet de la Lumière spirituelle qui est le Tout, dont tout provient et à laquelle tout retourne, au terme de son cycle de manifestation. Lorsque certains êtres ont choisi d’expérimenter la voie de l’apparente séparation, pour connaître l’individualisation, c’est grâce au principe de liberté que cette expérience a pu se mener. C’est un état de fait : la lumière inversée n’existe que parce que la Lumière existe. Dès lors, chacun est dans l’obligation absolue de reconnaître consciemment son existence, sous peine de faire apparaître arbitrairement la Lumière cosmique comme une illusion, alors qu’elle est la seule et unique Réalité véritable.

   Ainsi, il faut se dégager de cette confusion mentale courante qui amène à croire que la Lumière et la lumière inversée représentent deux forces complémentaires appelées à s’équilibrer. Car, bien au contraire, l’existence de la lumière inversée dans un monde produit la disharmonie, le chaos et la régression de la conscience, quand la Lumière engendre l’harmonie, l’ordre et l’expansion de la conscience. Autrement dit, l’équilibre résulte d’une énergie unitaire, alors que la lumière inversée, qui représente l’inverse de l’équilibre, enfonce dans la densité et la dualité qui prévient la reconnaissance de l’Unité de tout et du Tout. À proprement parler, mais par analogie, les deux seules énergies complémentaires de l’Univers sont l’Inspiration (Solve) et l’Expiration (Coagula) de la Respiration primordiale de la Lumière qui produit le plein et le vide, le mouvement et l’immobilité, le positif et le négatif, le masculin et le féminin. C’est en cela que réside la parfaite complémentarité qui ne peut être qu’aussi compatible. 

   Dans ce contexte, dire que la lumière inversée est nécessaire à l’équilibre d’un monde, donc de la Création, et que c’est une expérience juste ou nécessaire, n’est pas adéquat. Car, dans ce dernier cas, le fait de croire que la lumière inversée deviendrait une expérience nécessaire revient à dire que, dans le Système divin, infiniment pur et amoureux, la souffrance s’imposerait et qu’elle détiendrait une valeur, celle de forcer à évoluer ou à grandir en conscience, ce qui n’est pas le cas. Il est plus exact d’en déduire que la Lumière est et que, à partir d’elle, la lumière inversée est apparue, la conséquence du fait que toute création libre requiert la possibilité de choix. En conséquence, l’existence de la lumière inversée n’était pas obligatoire, elle devenait plutôt inévitable, à partir du moment où le Créateur a validé le projet de l’Homme universel de se mettre en quête de sa propre divinité pour en savoir autant que lui, un projet qui comportait le risque inhérent à toute création, du fait que la faculté de choix que la créature a obtenue permettait apparemment que cette dernière se détourne de son Créateur parce que, dans son obnubilation progressive, elle a oublié son existence.

   En ce sens, dire que l’Amour permet de tout transmuer en Lumière reste vrai dans la mesure que ce Principe divin représente l’épée à deux tranchants qui sait unir ou couper selon ce qui est lumineux ou pas. Se mettre au service de la Lumière assure d’être adoubé par le Cœur, c’est-à-dire être capable de brandir la Vérité, ce qui représente son épée, et de trancher ce qui doit être tranché, de manière à unir en conscience ce qui doit être uni dans la solidarité et la fraternité, mais qui n’a pourtant jamais été désuni.

Les notions de bien et de mal relèvent de la morale, non d’une compréhension objective de la Vie… 

Le questionnement relatif au bien et au mal procède de la morale.  Mais que vaut la morale, si relative dans ses principes selon les diverses cultures?

Plusieurs religions disent, à leur avantage, que ce qui distingue l’être humain, c’est qu’il est un «être pensant doté de sens moral».  À la vérité, il serait préférable de dire qu’il est un être doté de raison, capable de mémoire réflexe, donc habilité à jeter un regard sur ses actions passées, afin d’affiner son discernement et d’amplifier sa Sagesse.  On sait que le discernement vise moins à déterminer ce qui est bien et mal pour l’espèce, puisque le bien et le mal ne résident pas dans la réalité, mais dans la manière d’en vivre personnellement l’expérience, qu’à établir ce qui est bon ou mauvais pour soi.  En ce sens, l’être humain ne peut être considéré comme un être moral que dans le sens où il détient la faculté de discerner l’Esprit et de choisir la vérité pour s’élaborer un système de valeur.  Encore là, ce qu’il qualifie de vérité ne concerne que sa propre certitude, devenant donc sa vérité personnelle, une découverte qu’il ne peut imposer aux autres.www.allwallpapersfree.org

Le fait que l’être humain soit libre, donc doté de libre arbitre, ne le dégage pas de sa responsabilité de toujours choisir ce qui favorise son évolution, ce qui favorise la vie et ce qui sert, à égalité, son bien particulier et le bien général, au meilleur de ses connaissances et de ses moyens.  S’il le fait, nul ne peut exiger davantage de lui, même pas le Créateur.  Car un être plongé dans les profondeurs des Ténèbres, appelé à retrouver sa pleine Lumière, ne peut évoluer qu’au gré de la perfection du moment, sur la Voie qui le mène à la Perfection des perfections.  Nul ne peut réussir parfaitement toutes ses expériences du premier coup, comme nul ne peut devenir un virtuose du piano à sa première leçon de musique.  Nul ne peut entreprendre ses études à la pré-maternelle ou à la maternelle et compter obtenir en un jour son doctorat universitaire dans la matière qu’il à choisie de maîtriser.

Ainsi, on comprend que l’être humain est doté de la responsabilité spirituelle, à l’égard de son destin, et qu’il porte un potentiel d’éternité.  De ce fait, celui qui appliquerait toute sa volonté à prendre des décisions temporelles ou mondaines, se rapportant uniquement à ses contingences physiques et matérielles ou aux aspects sensibles et physiologiques de son existence, se condamnerait à périr en peu de temps.  Il gagne toujours à s’occuper des trois dimensions de son être puisqu’il est un Esprit divin qui, par une âme, une conscience médiatrice réversible, habite un temple de chair.  C’est par sa volonté, allumée par la motivation et l’aspiration à s’accomplir, qu’il peut prendre des décisions lui permettant progressivement de s’identifier à sa Réalité ontologique ou primordiale, à son Être transcendant, et de redécouvrir toutes ses facultés d’être créé à l’image et à la ressemblance de son Créateur divin.  Au début, il pourra veiller d’abord à assurer sa vie physique, mais, avec le temps, il comprendra qu’il gagne aussi à comprendre le sens de la vie éternelle.  Il y trouvera des implications qui lui feront découvrir qu’il détient, pour l’éternité, un rôle fonctionnel par lequel il est au service du Plan divin et qu’il doit l’accomplir progressivement en s’inscrivant dans une démarche évolutive permanente.

Tout cela pour dire que la morale, comme théorie des fins des actions de l’espèce humaine ou comme science du bien et du mal, qui établit un ensemble de règles de conduite considérées comme valables, de façon absolue, ne détient aucune justification spirituelle.  Puisque le fonctionnement du Cosmos est déjà établi sur un système rigoureux des Lois spirituelles immuables, pourquoi lui superposer un système de valeurs spirituel ou religieux.  C’est aussi ridicule, pour celui qui sait, que de superposer au Gouvernement divin, exprimé par la Providence universelle ou la Justice immanente et sa Synarchie cosmique, une monarchie terrestre ou toute autre forme de gouvernement d’un État qui se dit, en plus, établie de droit divin.  La logique cosmique veut que Dieu soit assez brillant et puissant pour s’occuper, avec ses Auxiliaires subtils, qu’il a choisis de toute éternité, des affaires de l’Omnivers et de chacun des mondes qu’il a émanés.

Si on a bien compris, ce n’est pas parce qu’un être en évolution refuse la morale qu’il peut devenir laxiste et sombrer impunément dans l’hédonisme ou l’épicurisme sans frein au point de régresser au niveau de l’animal ou de la brute.  Il existe tout un système de Lois subtiles qui, par la Causalité, appliquée dans la Rigueur et l’Amour, le ramènera, au moment le plus opportun, à la raison.  Pour le meilleur ou pour le pire, par l’incidence du principe de cause à effet ou d’action et de réaction, tôt ou tard, il comprendra qu’il est en train de s’accomplir ou de se détruire.  Le respect de la Loi divine entraîne naturellement une augmentation de l’énergie vitale, une ouverture de la conscience, qui se signale par un état d’expansion agréable qui aboutit ultimement à l’extase de la Fusion dans la Lumière de Vie.  À l’inverse, toute infraction à la Loi divine produit dans l’être un ressenti négatif qui devient, avec le temps, un malaise persistant ou récurrent qui se transmue en une douleur ou une souffrance, puis en une maladie (somatisation de l’infraction répétée qui a engendré le malaise), ce qui aboutit à la décrépitude et à la mort, soit à la désintégration physique et psychique, la désintégration animique et spirituelle n’étant jamais possible.

Dans cette perspective, la morale, qui devrait susciter un consensus universel unanime, mais qui, en fait, diffère d’une religion à une autre, ne représente qu’un ensemble de critères et d’édits par laquelle la société, impuissante, tente arbitrairement de se protéger.  Elle oublie que, plus elle édicte de principes et plus elle les rend rigoureux, plus d’êtres, qui n’aiment pas les interdits, s’ingénient à les transgresser, à s’y opposer ou à les contourner, ce qui engendre une application de la justice à deux vitesses et ce qui lance l’espèce dans la division et la lutte.  Dans son application, toute morale doit impliquer une contrainte, alors qu’elle est, elle-même, purement et simplement injustifiable.  Dans ses prescriptions, toute morale s’occupe davantage de clarifier les éléments interdits que ceux qui sont permis, d’où elle devient rapidement contraignante et répressive.  En outre, elle tente d’uniformiser les interdits, selon un dénominateur commun applicable à tous, alors que, dans la réalité, une chose peut convenir à l’un qui disconvient à l’autre.  De ce fait, du fait qu’elle standardise les normes, elle limite la liberté et elle brime les personnalités.  Or, rien n’est bien ou mal en soi, ces critères, qui révèlent les extrêmes d’une même réalité, naissant dans le mental de celui qui les conçoit d’après les conséquences qu’il s’attire dans son être ou dans sa vie.

Pour être parfaitement licite et légitime, la morale devrait se calquer sur les Lois cosmiques et elle devrait favoriser l’acquisition des attitudes et des comportements requis dans l’accomplissement du plan de l’espèce humaine et des individus qui la composent.  Il circule une rumeur qui se perd dans l’histoire à l’effet que le bien collectif doit primer sur le bien individuel, mais c’est une aberration, en regard de la Loi divine.  Aux yeux du Créateur, l’individu est aussi précieux que la communauté à laquelle il appartient, puisqu’il est unique et irremplaçable.  Ainsi, tout principe doit harmoniser les relations entre l’individu et la collectivité, non faire primer les droits d’une majorité sur ceux de l’individu.  La licéité et la légitimité ne se justifient jamais par le nombre, mais par le degré de conformité à la Loi divine, qui applique la Volonté de Dieu.  Pour cette raison, la morale ne doit pas inhiber l’évolution personnelle, au profit de l’évolution commune de l’espèce humaine, elle devrait plutôt aider chacun des membres d’une collectivité à s’édifier un système de valeur sain et efficace puisqu’il est appelé à exprimer sa vérité propre, jamais celle des autres.

Chaque être humain trouve sa singularité et sa préciosité dans son unicité ou dans sa rareté, dans ce qui lui permet d’apporter une contribution originale, inédite, inventive, ingénieuse, dût-elle être marginale.  Toute la beauté du monde réside davantage dans la différence des êtres que dans leur ressemblance.  La ressemblance engendre l’uniformité, qui engendre la monotonie et qui culmine dans l’ennui.  Elle peut donner l’impression d’être souhaitable, parce qu’elle évite bien des dérangements, mais elle n’apporte rien de nouveau, elle n’encourage pas la diversité et la variété et elle n’incline pas à chercher la nouveauté.  De ce fait, chacun doit trouver un territoire où il peut, en toute paix d’esprit, mener son expérience à sa manière, selon sa compréhension et ses moyens.  Ceux qui ne sont pas d’accord avec sa manière d’être ou de vivre n’ont qu’à s’écarter et à se protéger.

Un principe spirituel invite à vivre et à laisser vivre.  Cette maxime propose que chacun vive sa vie à sa manière et qu’il accorde le même privilège aux autres.  Chacun doit s’occuper de ses propres affaires, le bien faire, d’après ses choix, ses valeurs, ses normes et ses critères, donc selon sa compréhension et ses moyens, sans se mettre le nez dans celles des autres, et laisser autrui faire de même.  Ainsi, la morale ne pourrait se justifier que dans la mesure où elle s’offrirait comme un instrument de maîtrise pour contrer les effets de la loi de l’inertie, qui devient chez l’être humain, la loi du moindre effort, le principe qui sous-tend l’apathie et qui entretient la médiocrité.  En ce sens, l’immoralité serait moins préjudiciable que l’amoralité, car l’inertie que cette dernière révèle, au niveau de l’établissement d’un système de valeur, fait pencher vers le laxisme qui finit par annihiler la conscience elle-même.

La seule morale qui puisse être prise en considération, c’est l’établissement d’un système de valeurs personnel qui favorise le respect du bien individuel et du bien commun, le maintenant dans un juste équilibre au niveau des rapports de force.  Par sa nature évolutive, chaque être humain est appelé à s’ériger un système de valeurs, au gré de son expérience, afin de connaître une vie équilibrée et harmonieuse.  Nul ne peut échapper au devoir de comprendre par lui-même la marge de sa liberté par l’effet de ses choix.  Quand l’espèce humaine ne contrecarre pas le fonctionnement des Lois cosmiques, en leur superposant un système de morale, tout réintègre toujours rapidement l’Ordre universel.  À l’inverse, les normes traditionnelles de la morale ont failli, cultivant davantage le sectarisme et éveillant davantage le fanatisme, qu’elles n’ont conduit à la maîtrise totale ou à la libération transcendantale.

Le bien… 

En général, on définit le bien comme la conformité à la Loi cosmique et aux principes qui la supportent.  Autrement dit, le bien identifie ce qui est bon, beau, vrai et juste.  Il évoque ce qui est conforme à l’amour, à la vérité et à la sagesse, ce qui entretient l’ordre et à l’équilibre, à l’intérieur comme à l’extérieur, ce qui maintient l’harmonie et ce qui favorise l’Évolution.  Le Maître Janakanandâ a dit à son sujet : «Le bien n’est que l’ouverture des yeux au réel.»  De ce fait, le critère du bien devrait aider un être à ouvrir les yeux à la Réalité telle qu’elle est et à s’intégrer et à s’unifier.  QuelBIEN ET MALqu’un a dit que le bien exprimait les œuvres du Verbe divin manifestées par l’âme dans toutes les vies.  Mais le bien ne peut être défini à partir d’un code moral qui standardise les pensées, les mœurs et les expériences.  Est bien ce qui est parfaitement adapté à une situation, ce qui favorise le bien-être et qui aide à progresser, sans nuire à autrui.

La notion du bien se fonde sur la certitude que, si Dieu existe, partout dans le Cosmos, tout contribue à manifester la Perfection ultime, même quand les apparences semblent démontrer le contraire.  Autrement défini, le bien devient trop souvent le prétexte des gens bien pensants ou des bigots pour réduire la vie des autres, faisant leur malheur, mais dans l’intention apparente de contribuer à leur bonheur, des les garder dans le droit chemin, de leur assurer le salut.  Or chacun doit dégager sa notion de bien des résultats qu’il obtient de son expérience personnelle.  Car favorise le bien de l’un ce qui produit du mal chez l’autre.

Puisque, ontologiquement, le Bien suprême présuppose l’existence d’un Être divin, le bien devrait se définir comme la vibration absolue dans la Conscience de Dieu ou comme l’état de fusion complète dans l’Être-Un.  En pareil cas, l’individu vibre au rythme même de Dieu percevant tout à travers sa sublime Réalité, comme s’il ne faisait qu’un avec lui.  Au point de vue philosophique et théologique, le bien exprime ce qui fonde toute valeur.  Mais malheureusement, cette notion dévie facilement, dans une conscience subjective, souvent ignorante ou aveugle, dans le sens d’une quête de ce qui est utile, de ce qui est avantageux ou de ce qui sert les intérêts personnels.  Alors, il ne devient plus que ce qui est conforme à un idéal, à  la morale ou à la justice, ce qui varie, à travers les âges, selon les lieux, les peuples et les cultures.  Fondamentalement, le bien constitue ce qui reste conforme à la vérité ou à la perfection dans la mesure où ces mots réfèrent à l’Être total, à la Conscience cosmique, à Ce-qui-est-comme-cela-est ou au Je-Suis-Je-Suis.  Pour un être humain particulier, il définit ce qui, déterminé par le discernement et la sagesse, contribue à son évolution et améliore sa relation avec l’Univers.

Le bien ne peut se définit pas par le respect d’un code éthique, comme le font les religions, mais par la conformité aux Lois cosmiques.  Le bien réfère à ce qui est parfaitement adapté à une situation et qui fait évoluer.  Il correspond au rayonnement de la Lumière divine.  Il désigne l’acte par lequel un être se rapproche de la perfection de Dieu et par lequel il l’éveille en autrui.  Il consiste d’abord à faire la Volonté du Créateur dans ses plus petites manifestations.  Car il a été dit : «Que ma Volonté se fasse afin que la vôtre se fasse.»  Le bien se fonde sur la certitude que, partout dans le Cosmos, tout contribue à manifester l’Ultime perfection.  Chacun trouve dans cette notion une motivation à se dégager de son égoïsme et à œuvrer à la réalisation du Plan divin.  Il faut rechercher le bien pour lui-même, pour se lier à sa force intrinsèque, parce qu’il accélère l’évolution.  Mais, chez tout être, l’attachement à accomplir le bien, parce qu’il a peur de commettre une mauvaise action et de subir une punition, constitue un obstacle.  Il vaut mieux chercher à fusionner en soi, dans l’harmonie, les aspects négatif (magnétique) et positif (électrique) de la polarité afin de parvenir à les transcender.  Car comprend le bien celui qui ouvre son œil simple à la Réalité totale qui est, en elle-même, agréable et bonne.  Autrement dit, est bien ce qui comble l’aspiration légitime de s’accomplir en étroite union avec la Totalité.

Le bien devient trop souvent le prétexte de ceux qui font, consciemment ou inconsciemment, le malheur des autres, disant vouloir le bien d’autrui.  L.-C. de Saint-Martin a dit joliment: «J’ai désiré faire le bien mais je n’ai pas désiré faire de bruit, parce que j’ai senti que le bruit ne faisait pas de bien et que le bien ne faisait pas de bruit.»  Le bien honnête est celui que l’on recherche de façon légitime.  Le bien utile est celui que l’on cherche comme moyen d’en obtenir un autre.  L’un et l’autre s’exercent dans le silence, l’innocuité et la non-ingérence.  Comme on l’a dit, puisque chacun est libre, chacun doit vivre et laisser vivre.  Il doit s’occuper de ses propres affaires, bien le faire, et s’enlever le nez des affaires des autres.  F. Guicciardini a dit: «Qui imite le mal dépasse toujours le modèle.  Qui imite le bien reste au-dessous de l’exemple.»   À l’entendre, il faut croire que le mal limite, mais que le bien conduit à une expansion infinie.

En raison de la dichotomie du mental, régi par la dualité, nul ne peut aborder le bien sans penser au mal, son contraire.  Pourtant, en principe, le bien comme le mal sont des illusions du mental.  Rien n’est bon, rien n’est mal, tout est.  On dégage la notion de bien ou de mal à partir des résultats que l’on obtient de l’usage que l’on fait des choses.  Est bien ce qui fait évoluer; est mal ce qui fait involuer (régresser).

Le désir de rester vertueux et de faire le bien implique lui-même une limite et il entretient dans l’inquiétude et la tension.  Mais quand, dans son agir, un être abandonne la notion du bien de façon prématurée, il s’expose à une conduite paradoxale et à la stagnation.  De nos jours, sans le clamer clairement, le comportement général propose que le mal soit l’équivalent du bien.  Les gens veulent faire oublier que le mal est une imperfection qui témoigne d’une faiblesse ou d’une incomplétude et que seul le bien est créatif.  Au lieu de rester une référence stable qui puisse guider les êtres humains, le bien prend une position défensive.  Alors, on se demande s’il a encore un droit de cité.  Il ne sert plus de point de référence privilégié pouvant mener en toute sûreté à l’accomplissement véritable.

On le constate fort bien dans la civilisation occidentale et de plus en plus dans d’autres régions du monde.  Bien que, dans son ensemble, l’Humanité ne soit pas encore prête à accepter toutes les nouvelles inventions et découvertes, on la laisse à la portée d’êtres régressifs sans âme, sous prétexte de respecter les normes de la démocratie, de la liberté et de l’égalité des chances.  La science s’accorde tous les droits, la plaisanterie, la grossièreté, la vulgarité, la dérision et le blasphème dépassent toutes les limites, tandis que les arts, qui sombrent dans la décomposition, abrutissent la société.  L’environnement, pollué, dépérit.  Le sens des valeurs est en chute libre.  L’éducation élimine les références religieuses et spirituelles, les remplaçant par une morale laïque ou athée.  Par honteuse défense et par respect humain, on réprime la vérité, même au prix de la disgrâce spirituelle.  On voit monter les rites sataniques.  On écarte les membres du clergé, on musèle les sectes, mais on applaudit aux critiques des agnostiques et des athées.  La conscience se fossilise dans ses hésitations à cause de sa langueur.  En raison de la lâcheté humaine, l’initiative des Forces obscures devient apparente dans le grand comme dans le petit, bien qu’elle préfère ramper et s’insinuer furtivement, histoire de passer inaperçue.

Évidemment, chacun est libre de choisir sa propre destinée, même sa dissolution.  Mais quand on remet le gouvernement de l’opinion exclusivement entre les mains d’êtres sans âme, par leur contagion, elles deviennent nuisibles et on a le droit de penser à s’en protéger et se prémunir contre elles.  Celui qui ne sait pas se faire de bien n’en fera sûrement pas aux autres, et il deviendra facilement insensible à leur destin.  Le monde est régi par des sauvages civilisés, qui ne sont pas ceux qu’on croit, mais qui menacent la culture et l’espèce humaine.  Malheureusement, pour purifier la maison de ces ennemis infatigables, superbes dans leur vulgarité, leur médiocrité et leur bassesse, les êtres conscients ne peuvent qu’appliquer leurs plus précieuses énergies à réprimer leurs efforts dans un véritable gaspillage.  L’énergie qu’ils mettent à protéger l’Humanité ne peut servir à des fins plus utiles et évolutives.   À une époque où la science objective ne peut seule résoudre les maux de la planète, chacun gagne à retourner à la Source spirituelle unique pour sa direction intérieure.   Mais on a beau dire, n’empêche que le bien, comme le mal, ne résident jamais dans la réalité elle-même, mais dans l’usage de cette réalité.  Alors, c’est au niveau de l’usage qu’il faut porter son attention.

Le bien et le mal désignent les aspects extrêmes de la dualité ou de la polarité.  Ils se révèlent mutuellement, d’où ils restent compatibles et complémentaires.  Le Mal absolu ou le Mal cosmique n’existe pas plus que le Bien absolu ou le Bien cosmique.  Il n’existe que des opposés apparents qui, au bout d’un cycle complet, après une longue lutte inutile, doivent se résorber dans le Juste Milieu, à l’Âge de Diamant.  En réalité, tout devrait être situé dans la perspective du degré de savoir ou d’ignorance, plutôt que dans celle du bien et du mal.  Car, dans tout être, toute lutte cesse lorsqu’il parvient à mettre la Lumière dans toutes ses ténèbres.  Il entre dans l’impassibilité de la neutralité absolue.

Le mal…

Dans l’ordre universel, le mal évoque tout ce qui contrarie ou retarde le Plan de l’Évolution cosmique tel qu’il a été conçu par Dieu.  Au niveau personnel, chacun peut définir le mal comme ce qui dessert son évolution ou ce qui ralentit la vie, jusqu’à la supprimer.  Il représente les pièges du Serpent ou du Dragon, qui trahit à chaque instant, mais qu’il faut vaincre en soi pour assurer sa propre métamorphose.  Le mal surgit des œuvres de l’ego ou de la personnalité, la caricature de l’individualité, inventée par le mental, et il engendre les terDarkAngelreurs de la nuit.  Le mal découle de l’ignorance qui mène à l’inconscience.  Il représente une déviation ou un affaiblissement de la Lumière primordiale, occasionnée par la densité de la Matière, qui, en s’écartant de la Source unique, finit par devenir opaque.  En fait, en s’incarnant, l’Esprit s’enveloppe d’obscurité, d’où la Lumière spirituelle réfléchie engendre des  distorsions et des
désordres dans la conscience humaine.

Mais la Lumière tend constamment à se faire jour.  Paradoxalement, ces modifications négatives amènent à faire des choix qui, à force d’engendrer les malaises, qui vont jusqu’à la souffrance, deviennent le moyen même d’amener à reconnaître le véritable sens des valeurs.  Ainsi, le mal sert de point de départ à la transmutation de la conscience.  Progressivement, débarrassée de ses pulsions brutes, elle peut accueillir dans une plus grande transparence et une plus grande limpidité la Lumière primordiale.

Si Dieu représente la Perfection et l’Omniprésence, comment peut-on lui faire l’injure de croire que le mal existe quelque part, qu’il existe un purgatoire ou un enfer conçus autrement que comme des états d’être personnels qu’un individu s’inflige par ignorance ou par inconscience.  Car, au-delà des apparences, la notion du mal n’existe qu’entre les oreilles de celui qui y croit et il ne peut avoir d’influence que sur ceux qui lui donnent force.  Au-delà de la querelle relative à la validité de ce livre, «La Cosmogonie d’Urantia» dit avec pertinence : «Dieu est amour, il doit donc être bon, et sa bonté est si grande et si réelle qu’elle ne peut contenir les choses mesquines et mensongères du mal.  Dieu est si positivement bon qu’il n’y a absolument pas de place en lui pour le mal négatif.  Le mal est la sanction de l’imperfection ou de la mauvaise adaptation à la vie.  Il constitue la preuve des inexactitudes de la pensée et de l’immaturité de la personnalité en évolution.  Le mal équivaut donc à une mesure de la manière imparfaite dont on interprète l’Univers.»

Plus loin, l’auteur poursuit avec autant de pertinence : «La possibilité de commettre des fautes ou des erreurs est inhérente à l’acquisition de la sagesse.  L’acquisition de la sagesse est le plan selon lequel l’homme progresse du partiel, du relatif et du temporel, de l’imparfait vers le parachevé, l’Éternel, le définitif et le perfectionné.  Le mal potentiel est inhérent au caractère nécessairement incomplet de Dieu en tant qu’expression de l’Infini et de l’Éternité, limités par l’espace-temps.  Il exprime une relativité dans les rapports du fini incomplet avec les niveaux du Suprême et du Sublime.  Et il finit par ajouter : En nous dotant du pouvoir de choisir entre la vérité et l’erreur, notre Père céleste a créé le potentiel négatif opposé à la voie positive de lumière et de vie.  Mais ces erreurs du mal n’ont pas d’existence réelle tant qu’aucune créature intelligente ne les appelle volontairement à l’existence par un mauvais choix de son  mode de vie.  Les maux sont ensuite élevés au rang de péché par le choix conscient et délibéré des créatures volontairement rebelles.  C’est pourquoi notre Père céleste permet au bien et au mal de suivre ensemble leur chemin jusqu’à la fin de la vie, de même que la Nature permet au blé et à l’ivraie de pousser côte à côte jusqu’à la moisson

Pour qui sait comprendre, le mal résulte d’un choix immature ou du faux-pas de l’irréfléchi, ce celui qui résiste à l’amour, qui méprise la bonté, qui rejette la beauté et qui trahit la vérité.  Ainsi, le mal résulte de la mauvaise adaptation d’un esprit qui manque de maturité et de l’influence désintégrante et déformante de l’ignorance.  Le mal résulte de l’inévitable obscurité qui accompagne rapidement l’enfoncement dans les Ténèbres ou le rejet de la Lumière.  D’où on peut le définir comme l’expression de ce qui est ténébreux, déformé et faux.  Dans «Le Tibétain», on peut lire : «Le mal, en soi, n’existe pas, pas plus que le bien, dans le sens de paire d’opposés.  Dans le temps et l’espace, seulement, il y a divers états de conscience qui produisent des effets extérieurs différents.»  Par conséquent, le mal ne peut être qu’apparent, relevant d’une fausse perception ou d’une interprétation inexacte de ce qui est perçu, ce qui mène à un choix erratique.  Le mal résulte du mélange inharmonieux des couleurs, des tons, ses sons et des formes de l’être.  Il représente le chemin mal éclairé par lequel un être avance en se heurtant à gauche et à droite par manque de lumière, c’est-à-dire par manque de connaissance ou de conscience.

Si, comme il a été dit plus haut, le bien n’est que l’ouverture de la conscience au réel, le mal n’existe que pour celui qui ferme les yeux à la réalité, telle qu’elle est ontologiquement.  Dans un cas comme dans l’autre, seul le réel existe.  Celui qui entre dans une pièce mal éclairé devra chercher les choses à tâtons, mais, à force de tâtonner, il finira par trouver ce qu’il cherche.  S’il avait eu la pertinence d’apporter avec lui une torche ou une lampe de poche et l’avait allumée, il aurait cherché moins longtemps, sans devoir tâtonner.  Celui qui essaie de brancher une lampe dans le noir peut s’exposer à prendre un choc.  Mais il évitera de s’exposer à prendre un choc dès qu’il aura fait de la lumière.  Car, à ce moment, il peut agir dans la lumière, s’il n’est pas aveugle ou s’il n’a pas les yeux bandés.  Pour lui, à ce moment, le mal n’existe plus.  Par analogie, le mal pourrait correspondre à la période de tâtonnement dans l’obscurité où le sujet se heurte à tout ce qui se trouve sur son passage.  Dès que la lumière apparaît, ce qui apparaissait mal prend le sens du bien.

Ainsi, le mal correspond à l’ignorance qui entraîne et maintient dans l’illusion.  Plus encore, il n’existe aucun mal en tant que mal, il n’existe que le mal perçu comme un bien illusoire.  Alors, on est forcé de conclure que le mal n’existe pas, qu’il n’existe que le bien ou l’être, différemment défini selon les points de vue ou les expériences.  Lanza del Vasto précise cette idée en disant : Le mal n’est pas un mal mais c’est un bien partiel pris pour le bien total, un bien immédiat pris pour le bien éternel.  Sri Aurobindo Ghose partage cet avis quand il affirme : «Toute maladie est un moyen d’arriver à une nouvelle joie de santé, tout mal, toute douleur, une préparation de Nature à un bien et à une béatitude plus intenses, toute mort, une ouverture sur une immortalité plus vaste.»

Jusqu’à un certain point, il est faux de penser que, parce que Dieu est bon et parfait, qu’il a engendré toutes choses, que tout émane de lui, le mal n’existe pas dans le monde.  Cela reviendrait à nier l’existence d’une chose qui existe.  Autrement dit, il se peut que le mal n’existe pas, mais on ne peut nier les ravages de l’inconscience.  Ce qu’il faut comprendre, c’es pourquoi le mal semble exister, pour soi, pourquoi il apparaît si réel ou pourquoi on peut avoir tous les symptômes d’un mal, s’il n’a pas d’existence réelle.  Puisque tout être humain a été créé à l’image et à la ressemblance de son Créateur, un Être parfait, il ne devrait pas souffrir.  Mais voilà, tout n’existe que par l’Énergie cosmique, qui provient de l’Esprit, qui est une vibration vivante.

Comment comprendre tout cela?  Selon le point de vue, le mal existe ou n’existe pas.  Y croire comme le nier peut lui donner autant de force.  Alors, où faut-il le situer?  Où peut-il bien se loger?  Eh bien, pour en rire, disons que le mal est le mal sans être le mal.  Autrement dit, le mal est le portail qui ouvre sur l’Amour infini.  Nul ne peut nier avoir mal quand il souffre.  Mais il peut reconnaître que ce mal correspond à une inadéquation vitale, à un louvoiement sur le Sentier de l’Évolution, à un phénomène qui n’a pas à perdurer.  Chacun naît avec les ombres qu’il lui faut pour parvenir au degré de Lumière qu’il veut atteindre, jusqu’à remporter la Victoire totale, celle qui correspondant à son rôle fonctionnel ou à son devoir d’état.  La Vie place sur la voie de chacun tous les obstacles nécessaires à son perfectionnement ou à sa réalisation totale.  Le mal désigne l’obstacle quand on n’en voit que les aspects négatifs plutôt que ce qu’on gagnera à le surmonter.  Sans obstacles sur sa route, l’être humain, qui n’aime pas se compliquer la vie, ne chercherait jamais à connaître ses potentiels intimes.  L’obstacle lui sert de stimulant, car il invite à un dépassement, s’il ne veut pas se perdre.  En lui-même, il motive à chercher, jusqu’à le découvrir, un état d’être supérieur.  Le mal n’entend produire rien d’autre qu’une détermination à expérimenter un plus grand bien.  Il ne vise nullement à punir, il n’invite qu’à réintégrer l’Ordre parfait qui a été temporairement dérangé, rompu ou perdu.

En présence du mal, le pire qu’un être pourrait faire, ce serait de lui résister ou de s’opposer à lui, car il ne parviendrait qu’à le renforcer.  Le mal est une apparence, un déguisement, un travestissement, une illusion qui couvre le réel.  Alors, il faut chercher le réel qu’il couvre et voile.  Chacun gagne à enlever au mal toute consistance et toute réalité en lui refusant son attention.  Cela s’appelle la neutralité ou l’indifférence qui permet de rester blanc comme neige.  Chacun peut laisser les ombres se dissoudre d’elles-mêmes en s’harmonisant avec la Source, en affirmant l’action omniagente de la Vérité et de la Lumière du Créateur suprême.  Cette pensée juste, droite ou correcte absorbera le mal dont il est en présence.  Nul ne s’avantage à admettre et à accepter le mal dans son univers, il devrait plutôt choisir de le rendre inopérant et inefficace, en le stérilisant ou en le dégonflant, pour ainsi dire.  Surtout, il doit veiller à éviter d’essayer de l’enrayer, s’il le perçoit dans la conscience d’un autre, car, par son ingérence, il l’aspirerait en lui, par un principe subtil de compensation.  Car c’est en s’harmonisant soi-même qu’on ramène un autre dans l’équilibre.

Comme le mal représente ce qui n’est pas encore illuminé, le mal s’évanouit de lui-même, quand on sait mettre de la lumière.  Autrement dit, le mal n’exprime rien d’autre que les terreurs de la nuit quand l’être humain s’y terre, par ignorance.  Comme il a été dit plus haut, le mal représente le voile d’énergie par la qualification négative de la Matière, par l’être humain, en raison de son mauvais usage du Feu sacré.  C’est le résultat d’une conscience qui, à son insu, va à contre-courant de la Volonté de Dieu ou du Plan cosmique, dans l’exercice du libre arbitre.  C’est la conséquence du choix qu’une âme a fait de descendre à un niveau inférieur à la fréquence de la Pensée christique.  Car tout commence à se compliquer à partir du plan mental qui amorce la densification de la Substance primordiale.  Dire que le bien, comme le mal, n’existent pas, ne doit pas amener à ignorer prématurément les actes mauvais, qui existent vraiment.  Le mal n’est pas dans la réalité, mais dans l’usage d’une réalité.  En outre, il convient de se garder de penser plus au mal qu’au bien, ce qui l’amplifie.  Il faut laisser le mal mourir de lui-même en se contentant de l’observer.  Mieux encore, il faut lui enlever toute réalité d’être, en se rappelant qu’il ne peut exister en Dieu.  Alors, on peut le remplacer par des pensées de bien, des bénédictions altruistes et un rayonnement amoureux.  Au lieu de penser au mal, ce qui devient obsédant, on doit s’ouvrir aux belles et bonnes choses de la vie.  Ce qui est fait est fait, il suffit de le réparer et de prendre l’engagement de ne pas répéter une bêtise.  Suite à la production d’un être mauvais, le regret et le remord ne servent qu’à amplifier le drame.

En soi, le mal ne pourrait exprimer que la croyance en un monde sans Dieu.  Pour la plupart des êtres humains, le mal ne représente jamais que ce qu’il n’aime pas, ce qui lui fait du mal ou du tort, ce qui ralentit son expansion.  Il exprime ce qui ne sert pas un être compte tenu de ce qu’il a choisi d’être.  De ce fait, il ne représente qu’une idée à partir d’une valeur contingente, relative et transitoire.  À moins d’être un pécheur impénitent, nul ne fait jamais rien de mal, compte tenu de son modèle imparfait du monde et de ce qu’il croit être et veut devenir.  Personne ne serait assez bête pour faire quelque chose qui lui répugne et qu’il sait parfaitement lui faire du tort.  Si un être réussit à poser un acte, c’est qu’il n’est pas encore convaincu de ce qu’il en pense, des résultats qu’il peut produire.  Et, une fois que le mal a été fait, il ne peut se dire qu’il aurait pu mieux faire.

À n’en pas douter, à chaque instant, chacun agit au meilleur de ses connaissances et de ses moyens, ce qui peut être coloré par l’intensité d’une pulsion.  Mais il arrive que l’être humain s’endorme quand les difficultés sont trop longtemps absentes de son parcours.  C’est alors, surtout, qu’il peut commettre le mal.  Mais le mal n’indique que la direction contraire du bien ou le contraire de la vie.  Il désigne l’acte de celui qui vit à rebours et qui régresse au lieu d’évoluer.  Comme tout se resserre, dans l’involution, il finira bien par réaliser son erreur.

N’empêche que, ontologiquement, la mal n’existe nulle part : il n’y a qu’un manque de connaissance ou de conscience.  Le mal représente la part de Lumière spirituelle qui manque pour produire un acte parfait, le degré d’obscurité qui peut contribuer à désintégrer un être.

La relation entre le bien et le mal…

Dieu, l’Être parfait, ne peut engendrer l’imparfait car il devrait contenir en lui-même l’imparfait, au moins à l’état principiel et ne serait plus le Parfait.  L’imparfait ne peut pas résulter d’une émanation du Parfait. L’imparfait ne pourrait donc résulter que d’une création à partir du néant.  Il faudrait pour cela admettre qu’il puisse exister un néant, bien et mal2c’est-à-dire une chose qui n’ait pas de principe. Or, il ne peut rien y avoir qui n’ait pas de principe.  Mais quel principe?   N’y a-t-il qu’un principe unique de toutes choses? Lorsque l’on envisage le Tout, l’Univers total, il est évident qu’il contient toutes choses, sinon il ne serait pas le Tout.  Ce Tout est nécessairement illimité et infini, car ce qui serait au-delà de ses limites ne serait pas compris dans le Tout.  Cet infini qui contient tout est le principe de toutes choses et il est nécessairement UN.  Deux infinis non identiques s’excluraient l’un l’autre.  Il y a donc un principe unique de toutes choses, et ce Principe est le Parfait, car l’infini ne peut être tel qu’il est que s’il est le Parfait.  Ainsi le Parfait est la Cause Première qui contient toutes choses en puissance et a produit toutes choses.

Peut-on concevoir comment cette Unité, principe unique de toutes choses, a pu produire la Dualité avec toutes les oppositions envisagées dans le monde, l’Être et le Non-être, l’Esprit et la Matière, le Bien et le Mal, et autres?  Il nous faut bien écarter l’hypothèse de deux principes distincts opposés l’un à l’autre. Ils ne pourraient être tous les deux infinis car ils s’excluraient mutuellement ou se confondraient, en étant chacun le principe de l’autre.  Ils ne peuvent pas non plus être finis car ils ne seraient plus des principes véritables, rien de fini ne pouvant exister par soi-même ni provenir de rien.  Par conséquent, procédant d’un principe commun, la Dualité ne peut donc exister par elle-même.  En fait, la Dualité est produite par l’Unité.  Pour comprendre comment cela se produit nécessairement, il faut d’abord envisager l’opposition fondamentale de l’Être et du Non-être.  Cette opposition est seulement une apparence, une simple distinction.  Est-elle pour autant une réalité indépendante en soi, ou bien le seul résultat de notre façon purement humaine de considérer les choses?  Excluant le Non-être en tant que pur néant, (dont rien ne pourrait être dit), on ne peut l’envisager que comme la possibilité d’être.  L’Être est donc la manifestation du Non-être. Il est contenu potentiellement dans celui-ci.  Le rapport du Non-être à l’Être est alors le rapport du non-manifesté au manifesté, et l’on peut dire que le non-manifesté est supérieur au manifesté dont il est le principe, puisqu’il contient en puissance tout le manifesté plus tout ce qui ne l’est pas, n’a jamais été et ne sera jamais manifesté.  Le manifesté étant contenu en principe dans le non-manifesté, il n’y a pas de distinction réelle entre les deux champs.  Cependant, l’Homme ne peut concevoir le non-manifesté qu’à travers la manifestation.  Il en résulte que la distinction existe pour nous, mais elle n’existe que pour nous.  En réalité, l’Imparfait n’existe pas. Il est un fragment du Grand Tout et ne peut exister que comme élément constitutif du Parfait. Ce que nous appelons erreur n’est donc que vérité relative.  Toutes les erreurs sont également des fragments contenus dans la Vérité  Totale ou Verbe.  Il en est de même pour toutes les distinctions que nous effectuons entre les aspects secondaires de la Dualité Il est donc parfaitement illusoire de distinguer l’Esprit de la Matière ou le Bien du Mal, ces distinctions n’existant que pour nous.

Du point de vue absolu, le Mal n’existe pas.  Si l’on appelle Bien le Parfait, son relatif le Mal, n’en est pas réellement distinct, étant contenu, en principe, dans le Parfait.  Le Mal existe seulement si l’on considère toutes choses sous un aspect fragmentaire, en les séparant de leur commun Principe.  C’est ainsi qu’est créé l’Imparfait par cette distinction même.  Ils ne sont réels que si on les oppose l’un à l’autre.  S’il n’y a pas de Mal, on ne peut parler du Bien, mais seulement de la Perfection.  Car, en distinguant le Mal du Bien, on les crée tous les deux.  C’est la fatale illusion du Dualisme qui réalise le Bien et le Mal, et qui, considérant toutes les choses sous un point de vue particularisé, substitue la Multiplicité à l’Unité, et enferme ainsi les êtres sur lesquels elle exerce son pouvoir dans le domaine de la confusion et de la division ; ce domaine, c’est l’Empire du Démiurge.  Cette conception permet de comprendre le symbole de la chute originelle.  La fragmentation du Verbe, de la Vérité Totale, est identique à la fragmentation de l’Adam Kadmon originel dont les parcelles séparées constituent l’Adam Protoplasme, (Premier Formateur).  La fragmentation est causée par l’Égoïsme qui est Désir d’existence individuelle.  Ce désir est d’abord intérieur, à l’état potentiel dans l’Homme. Il ne devient extérieur que quand l’Homme l’extériorise.  L’instinct de division pousse l’Homme à goûter les fruits de l’Arbre de la connaissance, à créer la distinction du Bien et du Mal.  Ses yeux s’ouvrent par suite de la séparation qu’il a effectuée entre les formes des êtres.  C’est en cela qu’il est le Premier Formateur.  Mais, alors, il se trouve lui aussi soumis aux conditions de l’existence individuelle.  Dorénavant, il est également revêtu d’une forme, de la tunique de peau de la Bible.

Comme on le voit, le bien et le mal sont des notions qui surgissent de l’intellect qui veut discriminer parce qu’il s’exprime au niveau de la dualité qui surgit de la bipolarité de l’énergie.  Ils représentent les deux extrêmes d’un même Spectre cosmique.  Tout phénomène n’est qu’un simple jeu de clair-obscur et il apparaît comme un acte dans une pièce de théâtre.  De ce fait, le contraste, qui surgit des opposés apparents, sert à mousser le désir jusqu’à former la volonté de connaître quelque chose de différent.  Au niveau de la Création, qui résulte des images formées par les contrastes de l’Ombre et la Lumière, qui se révèlent mutuellement, le bien et le mal illusoires doivent s’échanger tour à tour la suprématie.  Le bien et le mal n’existent pas dans le phénomène, mais dans l’usage du phénomène.  En cela, le malaise, qui dégénère en douleur et en souffrance, sert de guide personnel, donc d’incitation au souvenir pour éviter un dérapage mental qui pourrait aboutir à l’anéantissement.  En ce bas-monde, tout est de caractère mixte, comme un mélange de sable et de sucre, où il faut laisser à chacun le choix de retenir l’un plutôt que l’autre, ce qui lui permet de découvrir l’épaisseur de son illusion.  Car le bien et le mal sont relatifs à la conception personnelle et ils se révèlent par le bien-être ou le mal-être, soit par le sentiment de ressentir de l’harmonie ou d’en manquer.  Mais ce qui est bien pour l’un peut être mal pour l’autre, et inversement.  Le bien ne peut exister sans le mal, ni le mal sans le bien.  Ils sont les deux termes complémentaires et extrêmes d’une seule et même réalité : l’Être en expression évolutive.  Dans les faits, dans l’ère présente, il ne serait pas plus raisonnable d’essayer de faire abstraction de l’un ou de l’autre que de refuser le rythme de la respiration, le battement du cœur, le flux et le reflux des vagues.  Mais, fondamentalement, le désir de faire le bien reste un désir, donc une limitation, comme le désir d’éviter le mal.  Il faut dépasser ces désirs stériles en acceptant d’être tout simplement.

En fait, il n’existe ni bien ni mal : tout est.  Le bien comme le mal sont des notions relatives établies à partir du raisonnement.  En elle-même, l’énergie ne connaît ni bien ni mal, elle ne connaît que l’expression de son mouvement.  Le bien et le mal sont toujours circonscrits à partir de la conception personnelle de l’harmonie ou de la dysharmonie éprouvée dans une expérience particulière, rien de plus.  Le bien et le mal expriment les extrêmes d’une même réalité.  En soi, au-delà des apparences, le Cosmos n’est ni bon ni mauvais.  À l’intérieur de lui, aucune expérience n’est, à proprement parler, bonne ou mauvaise.  Si le Cosmos était bon, il devrait être séparé de ce qui est appelé le mal.  Cela impliquerait que l’Absolu est divisé contre lui-même puisqu’il est tout ou qu’il est le Tout ou la Totalité.  Ainsi, les termes bien et mal, des concepts, surgissent de l’interprétation mentale d’un être humain particulier, et à partir de ses propres valeurs et de ses propres ressentis.  Ce que l’être humain expérimente comme une tension, dans l’ordre de la Nature, n’est pas quelque chose qui lui est imposé.  Par là, il ressent et saisit le fonctionnement des processus évolutif et régressif de la Nature.

Dans le Monde divin, il n’y a ni obligation ni interdit, d’où chacun peut faire ce qu’il veut.  Chacun peut tout faire pour éprouver les résultats et pour produire une réalité de plus en plus élevée ou raffinée de lui-même, fondée sur l’idée la plus élevée de ses aptitudes créatrices.  Ce qui serait bizarre, ce serait qu’un être qui se dit intelligent s’entête à répéter ce qu’il sait lui nuire, lui faire du mal ou contrer son avancement.

Le jugement, qui tente d’évaluer la position d’un acte, dans le spectre qui va de la Lumière aux Ténèbres, enferme dans la densité et la dualité, retardant la sortie de la Roue de la Vie (ou des réincarnations).

© 1988-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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