L’AUTONOMIE, PENDANT DE L’INDÉPENDANCE : ASSUMER LA RESPONSABILITÉ DE SA VIE…

L’autonomie cerne l’aptitude à faire ses propres choix et à poser les actes que l’on veut, comme à déterminer, pour soi, les règles, les normes et les critères auxquels on veut souscrire.  C’est le contraire de la dépendance et la négation de la domination.  Elle permet de se former une identité distincte.

À la vérité, c’est avec les personnes significatives de son enfance que commence la conquête de l’autonomie psychique, particulièrement celles avec lesquelles son lien affectif est le plus fort, celles qui ont servi de parents. Cette démarche se poursuit ensuite avec ceux qui en deviennent les représentants dans sa vie adulte.  C’est par le procédé du transfert psychique que les besoins affectifs irréductibles trouvent de nouvelles cibles. C’est ce qui fournit à un être l’occasion de s’occuper des situations inachevées qui le poursuivent depuis son enfance, ce qui lui
autonomie-1permet d’élargir son territoire.

La conquête de l’autonomie s’accomplit graduellement. Elle peut s’étendre sur quelques années.  En fait, elle ne se termine peut-être jamais tout à fait terminée, car chacun trouve toujours de nouveaux aspects de lui-même à assumer.  Ce transfert est résolu lorsqu’un être est capable de se respecter au point de confronter les  personnes qui sont importantes pour lui, en exprimant ses droits, au risque de les indisposer et de s’attirer des blâmes, même d’être rejeté.  Car, pour gagner son autonomie psychique, il faut manifester à la fois ses besoins de dépendance et d’affirmation.  Cette expression ouverte doit être faite en contact direct avec les personnes qui peuvent imposer une limite à sa marge de manœuvre.

La personne autonome est capable de répondre à ses besoins par elle-même.  Cela suppose qu’elle reconnaît la valeur de son expérience intérieure et elle en tient compte dans ses actions. Au lieu de se laisser dicter par l’extérieur ses besoins et son comportement pour les combler, elle se détermine de l’intérieur.  De là, elle est vraiment capable de prendre le risque de s’affirmer telle qu’elle est avec son expérience propre, ses besoins, ses émotions, ses valeurs.  Elle accorde d’abord de l’importance à son expérience et à ses besoins même lorsque son entourage ne les approuve pas.  Elle exerce sa propre volonté plutôt que de se soumettre à celle d’autrui.  Comme le droit d’être, l’autonomie représente une liberté intérieure.  Elle exprime l’aptitude de faire les choix qu’on juge bons pour soi et d’en assumer les conséquences réelles,  notamment de faire fi des personnes ont pour soi de l’importance.  Les autres ne peuvent pas conférer un tel degré de liberté ne peut nullement absolument pas nous être donnée par les autres, même ceux qui jouent un rôle important dans l’acquisition de cette faculté.

À partir du moment où un être comprend que l’aptitude à être soi, avec ses singularités, constitue un facteur de la liberté fondamentale et qu’il lui faut l’acquérir par ses propres efforts, il s’expose moins à se lancer sur des voies qui risquent d’annuler ses efforts pour accéder à l’autonomie.  Il comprend la nécessité de mener cette démarche de croissance tout en acceptant l’importance des personnes qu’il s’expose à frustrer ou à contrarier.  Mais acquérir son indépendance ne veut pas dire devenir indifférent aux êtres qu’on a aimés ou qui ont joué un rôle notable dans sa vie.  Cette démarche permet d’admettre son degré réel de vulnérabilité aux réactions des personnes significatives dans un refus de le nier.  La quête d’autonomie se démontre difficile parce que celui qui la mène risque d’encourir des pertes importantes.  Plus que toutes les autres étapes d’une démarche de croissance, la conquête d’une identité distincte place face à une solitude existentielle.  C’est pourquoi l’ambivalence entre le désir de s’affirmer tel qu’un être est et celui de se faire accepter en empêche plus d’un d’accéder à l’autonomie à laquelle il a droit.  Beaucoup trouvent la dépendance plus supportable que l’autonomie quand la sécurité affective ou matérielle est menacée.

Pour ceux-là, le livre de la tradition hindoue, le «Bhagavad-Gitâ» rappelle: «Mieux vaut suivre sa propre loi, soit-elle médiocre, que la loi d’autrui, conçue comme meilleure.»  Et la Mère, compagne de Sri Aurobindo Ghose, a commenté: «On ne veut rien laisser tomber du passé et on est de plus en plus courbé sous le poids d’une accumulation inutile.  Vous avez un guide sur un morceau de chemin, mais quand vous avez passé ce morceau de chemin, laissez le chemin, et le guide, et allez plus loin.  C’est une chose que les hommes font avec difficulté; quand ils attrapent quelque chose qui les aide, ils s’accrochent, et puis ils ne veulent plus bouger.»  Pour garder sa motivation, se protéger contre l’inertie, il faut toujours dépasser quelque chose, à commencer par soi-même, ce qui n’est possible que si l’on est autonome.  Comment un être peut-il exprimer son unicité foncière, ce qui fait de lui sa rareté, ce qui le rend précieux, original, indispensable, s’il refuse les défis de l’autonomie par peur de perdre quelque chose ?

Le chercheur spirituel ne tient jamais de propos approbateurs ou désapprobateurs, s’il lui est possible de formuler une question à la place.  En aucune circonstance, il ne se prête à une dispute, cherchant toujours à dépasser les apparences pour voir le bien et la beauté en toutes choses.  Jamais il ne fait étalage de ses prouesses et de ses talents.  Jamais il n’accepte d’argent en retour d’une tâche accomplie dans la sphère du sacré.  Jamais il ne cherche à imposer ses idées à autrui, même s’il sait avoir raison et l’autre avoir tort, sachant qu’une loi supérieure veille à harmoniser toute relation de manière à transformer l’erroné en juste.  Quelles que soient les difficultés émotionnelles, psychiques, morales qu’une personne traverse, il n’apporte jamais d’aide sans être prié de le faire.  Il ne s’attaque jamais à la foi de qui que ce soit, ne mine jamais la confiance d’une personne envers sa foi, ne transmet de principe nouveau pour en remplacer un mauvais tant qu’il n’en a pas reçu la demande.

Chaque homme doit mériter son avancement par son propre travail.  Mais il doit respecter les principes les plus élevés.  Il gagne à reconnaître qu’il ne fait rien de son prautonomieopre chef puisqu’il n’est qu’un canal à l’usage du Pouvoir universel de la Source divine.  En vérité, il accomplit tout dans l’état amoureux et le détachement.  Peu importe la relation, aucune opinion personnelle ne peut être imposée à un autre par l’exercice de la volonté, de la pensée ou d’une habile persuasion, surtout si un gain personnel de quelque nature est subtilement visé.  Plus encore, aucun candidat ne peut atteindre le sommet de la connaissance et du savoir sans être devenu son propre enseignant et son propre prêtre.  L’encadrement d’une organisation spirituelle peut tuer un esprit exceptionnel, servant souvent surtout à rassurer un esprit médiocre.

Pour un chercheur en quête d’évolution, la réussite est sans importance : ce qui compte, c’est d’être et d’expérimenter son pouvoir créatif.  Son devoir d’état importe bien davantage que le succès et la réussite.  En cela, aucune organisation ni aucune religion ne sont détentrices de tout le bien et de toute la connaissance, aucune n’étant supérieure à la Vérité.  Toute vérité change, se modifie, jusqu’à ce qu’on accède à la Vérité unique et éternelle.  Sur Terre, la vérité d’hier devient la demi-vérité d’aujourd’hui et l’hérésie de demain.  Aucun homme ne doit se laisser lier par une forte organisation ou par une autorité centrale autre que Dieu.  La Vérité se propage en dehors de toute contrainte, par le cœur, de cœur à cœur, d’âme à âme, d’esprit à esprit.  Aucune règle ne renferme toute la vérité, aucune parole ne contient toute la vérité.

Alors, un jour, il faut renoncer à tout ce qu’on a appris, qui ne servait qu’à sécuriser temporairement.  L’ultime épreuve, c’est de tout aimer, impersonnellement et inconditionnellement, comme on aime son Maître intérieur.

© 1993-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *