L’AUDACE, QUI N’EST PAS LA TÉMÉRITÉ…

   Jean Cocteau, cette homme qui a porté bien des chapeaux (poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français, membre de l’Académie française), s’est amusé à dire: «Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin.» Mais l’audace est encore une vertu très prisée des chercheurs spirituels, si elle désigne l’aptitude à choisir de réaliser avec ardeur des actions extraordinaires, notamment à aspirer à accéder aux plans de conscience supérieurs, mais à son rythme et sans témérité.  C’est l’attribut de la jeunesse qui, par débordement de vitalité, se croit trop souvent invincible.  Autrement dit, le sujet jauge sa situation évolutive et, rempli d’une hardiesse calculée et audaced’une confiance créative, il avance sereinement.  De ce fait, il réprouve l’attitude de défi et il évite d’agir au mépris des obstacles et des dangers réels.  En fait, cet état se définit par la hardiesse dans l’entreprise¸ la résolution dans l’accomplissement de ses objectifs, en dépit des difficultés apparentes et des impossibilités proférées par les autres.

   L’audace est la qualité de l’âme qui incite à se lancer dans des actions difficiles et incertaines, à prendre des risques calculés, pour réussir une entreprise que la plupart des gens considèrent comme ridicule ou impossible.  Elle amène un être à se lancer dans une grande entreprise parce qu’il est convaincu qu’elle en vaut la peine, en dépit des efforts qu’elle implique et de ce qu’en dit la majorité.

   Plus un être tient à sa sécurité, à son confort, à son bien-être, à ses possession, à ses préjugés, à ses routines, plus il devient craintif et moins il agit.  Pourtant, ce n’est qu’en osant l’inhabituel qu’il peut progresser, évitant de sombrer dans la routine.  Pablo Neruda, prix Nobel de littérature chilien, l’a fort bien écrit : «Il meurt lentement celui qui devint l’esclave de l’habitude.»  En effet, celui qui ne prend jamais de risques ne peut accomplir ses rêves, il croupit plutôt dans le doute et l’immobilisme.  Or, vivre, c’est précisément mourir à quelque chose, à chaque instant, pour garder son élan vers l’avant et rester dans le mouvement de la vie, afin d’obtenir une vision nouvelle et de s’accomplir davantage.  Il faut réaliser que les erreurs, autant que les réussites, instruisent, enrichissent l’expérience, font vivre au lieu de garder dans l’ordre de la survie qui fait végéter.  Sans audace, c’est l’enlisement à coup sûr.

   Voilà pourquoi quelqu’un a proféré à juste titre que le Royaume des Cieux appartient aux audacieux, car il en faut du courage, de la force et de la détermination pour rompre avec les habitudes délétères, les attachements stériles  et les croyances approximatives des membres du troupeau humain pour se lancer à la conquête de la Montagne sacrée.  Mais la nouveauté résulte de l’innovation, de l’exploration de nouveaux sentiers, et le changement, de l’invention de nouveaux moyens.  Celui qui a peur de tout, soit peur de perdre le contrôle, de se tromper, d’intervenir de façon impulsive, de poser un geste inacceptable, de déplaire, de ne pas se monter à la hauteur, de rencontrer un danger imprévu, d’essuyer un revers, de plonger dans l’incertain et l’inconnu, etc. ne peut aller bien loin.  Il ne tarde pas à vivre dans l’hésitation, à vivre dans la mollesse, à croupir dans la léthargie, ne sachant jamais dire autre chose que ces sempiternels «oui, mais…» qui sapent le moral et justifient l’inertie.

   Spirituellement, cette qualité résulte de la stimulation du feu, au plan du plexus solaire, qui amène à aspirer à la réalisation spirituelle, délivré de toute apathie et de toute crainte.  Cette action confère peu à peu l’ardeur, la confiance, l’assurance, le courage et l’enthousiasme, en plus d’ouvrir à l’intuition.  Pour le constructeur de Pyramide, dont la base est carrée, «oser» représente l’un des fondements de cette expérience initiatique, comme le rappelaient les Écoles de mystères.  Voilà pourquoi ce mot est souvent remplacé, surtout dans les textes orientaux, par l’«absence de crainte» ou l’«apaisement spirituel».  Elle a donné naissance à un adage mystique : «Apaise-toi et sache que Je Suis.»

   Plus précisément, l’audace spirituelle concerne l’étape initiatique qui permet d’ouvrir le Troisième Portail de l’Arbre de Vie.  Le Royaume des Cieux appartient aux audacieux.  En effet, il faut de l’audace pour aller contre l’opinion de la masse des endormis pour s’aventurer jusqu’au bord du vide, dans une volonté d’explorer l’inconnu en soi.  Et il en faut de l’audace et du courage pour rejeter ses attachements stériles, pour renoncer à ses critères, à ses stéréotypes, à ses préjugés, à ses tabous.  Voilà la première audace à développer.  Le nouveau vient par le nouveau, le changement par le changement.  Mais il ne faut pas confondre l’audace avec la témérité et l’activisme.  Comme l’a dit Victor Hugo : «Oser, le progrès est à ce prix

   Mais il a bien été précisé que l’audace, qui n’est pas la témérité, doit miser sur la prudence : chez un être, elle doit se fonder sur l’évaluation de ses moyens réels et, parfois, sur le degré d’appui qu’il estime pouvoir recevoir.  Comme Horace, poète latin du premier siècle a su le dire : «Celui qui, sans réflexion et avec indifférence, s’expose à toutes sortes de dangers n’est pas courageux car, en se comportant de la sorte, il laisse entendre que tout est pour lui plus précieux que sa propre intégrité, sans tenir compte des différences ni prendre le temps de réfléchir, intégrité qu’il met par là même en danger.»  Son contraire est la pusillanimité ou la lâcheté, cette faiblesse qui provient du manque d’expérience qui amène l’imagination à grossir les dangers et les risques, ce qui prévient un être d’entreprendre même ce qui en vaut la peine.

LA NÉCESSITÉ DE L’AUDACE DANS LA RÉALISATION SPIRITUELLE

   Il a été dit : «Le Royaume des cieux appartient aux audacieux».  Sauf qu’il faut savoir définir ce qu’est l’audace ou la hardiesse, qui comprend un risque bien calculé, donc un choix fondé sur le bon sens, le discernement et la sagesse qui exclut toute témérité, tout activisme, toute inconscience, tout mépris du danger.  Puisque l’audace se définit comme la tendance à oser se lancer dans les voies inconnues, les actions potentiellement difficiles et les projets innovateurs, en sortant des sentiers battus et en bravant les goûts dominants, on comprendra qu’elle détient son utilité en cela qu’elle aide à ouvrir sans cesse à développer la sagesse et à ouvrir la conscience par la maîtrise personnelle.audace-1

   En spiritualité, on considère l’audace, qu’on peut appeler l’absence de crainte ou la confiance créative, comme un attribut essentiel à la réalisation personnelle.  On considère cette vertu comme l’activation du feu, dans le plexus solaire, qui éveille l’ardeur, qui accroît l’assurance, qui affermit le courage, qui induit dans l’enthousiasme, se fondant sur la confiance joyeuse et sereine en ses moyens.

   Ce qui réside au fondement de l’audace, c’est la compréhension que, pour se dépasser, il faut se dégager de l’inertie, un facteur inhérent à l’attraction, dans le monde de la matière.  L’inertie amène à suivre la ligne du moindre effort, ce qui induit dans l’apathie et l’indolence et amène à stagner, avant de faire régresser.  Toutefois, pour que ce dégagement en vaille la peine, il faut se considérer comme victorieux dans son entreprise, dès le départ.

   L’audace amène à savoir prendre ses décisions au moment le plus opportun et à accepter les conséquences de ses choix.  Savoir prendre une leçon de vie, il n’y a rien de plus salutaire, dans la réussite comme dans l’échec.  Elle s’explique par le fait qu’un être a compris qu’il est souverain dans son univers.

   Ainsi, l’être audacieux sait détenir le droit de faire ce qu’il entend, malgré les interdits des autres;  de faire ses choix personnels;  de suivre sa route seul, à sa manière, au besoin;  d’agir pour son bon plaisir et son accomplissement, plutôt que pour obéir ou pour plaire.  Il a pris conscience que personne ne peut agir à sa place et que personne ne peut l’empêcher d’agir.

   Celui qui ne tente rien n’apprend rien.  Celui qui se maintient à l’intérieur des cadres établis et des balises communes, se limite.  De même celui qui remet les choses au lendemain, car le seul moment propice d’agir, c’est le moment présent.  Un être mène rarement à terme ce qu’il est porté au lendemain parce que, alors, l’énergie elle-même ne le supporte plus.

  Le chercheur spirituel gagne à se rappeler ce qu’il est prêt à se donner pour découvrir ce qu’il cherche ou pour obtenir ce à quoi il aspire.  Il gagne encore à accepter sa spécificité, son unicité, sa rareté, y trouvant l’inspiration de s’accomplir d’une manière originale, de sa manière à lui.  Il évite de vivre de promesses, qui entretiennent dans l’hésitation et d’atermoiement, préférant passer aux actes.

   Si on y pense bien, dans un monde qui standardise tout et qui préconise les comportements usuels, stéréotypés, parce qu’ils dérangent moins, il en faut de l’audace pour rejeter les normes établies, les attachements stériles, les critères étroits, les tabous.  Qui ne craint pas d’être rejeté pour ses choix marginaux?  Qui ne craint pas d’être ridiculisés pour ses recherches hors du commun?   Sauf que c’est par le nouveau qu’on attire la nouveauté, le changement qu’on induit les transformations.

   Victor Hugo a écrit avec raison : «Oser, le progrès est à ce prix.»  En effet, dans l’érection de la Pyramide spirituelle, l’audace représente l’un des quatre piliers de la réalisation spirituelle.  Dans l’énigme du sphinx, qui en garde l’entrée,  elle figure comme le troisième pilier (ou étape initiatique) de la Réalisation transcendantale ou de la Maîtrise totale, avec les mots «Vouloir» (premier stade de réalisation), «Savoir» (deuxième stade) et «Se Taire» (quatrième stade), afin d’«Être» pleinement ou parfaitement (pointe de la Pyramide ou aboutissement de la quête évolutive).

   Voilà comment l’être humain, qui naît entièrement dépendant de ses géniteurs et de son milieu commence à ramper, pour se dresser et terminer sa vie en s’appuyant sur sa canne, ce qui n’exprime pas la vieillesse, comme symptôme de la décrépitude, mais le recours judicieux au Savoir acquis de vie en vie par l’exploration des attributs de sa colonne vertébrale (des trésors de ses chakras ou centres d’énergie).  Et ses cheveux blancs illustrent son majestueux rayonnement amoureux, sa Fusion dans la Lumière.

© 1988-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.  

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