«TU AIMERAS AUTRUI COMME UN AUTRE TOI-MÊME…»

Si on tient à sa tranquillité, à son petit confort douillet, à son petit bien-être casanier, à son petit bonheur égoïste qu’on ne veut pas voir dérangés, mieux vaut ne jamais se lancer dans l’expérience d’ouvrir son cœuamour-coeur-planeter au prochain, expérience qui implique l’inconditionnalité, l’impersonnalité, l’innocuité, le détachement, l’absence de jugement de valeur… et une grande abnégation.  Car, pour engendrer des relations harmonieuses et durables, il convient d’écarter l’attrait, la séduction, l’intérêt, le calcul, les attentes et les exigences, dans son processus d’échange et de partage avec les autres, autant de motivations relevant de l’ego diviseur, qui a toujours besoin d’une forme physique valorisante ou d’une récompense substantielle pour être mû à l’agir.

Écoutons Michel Quoist en parler, feignant de s’en plaindre : «Seigneur, pourquoi m’avez-vous dit d’aimer tous mes frères les hommes?  J’ai essayé, mais vers Vous je reviens effrayé…  Seigneur, j’étais si tranquille chez moi, je m’étais organisé, je m’étais installé…  Comme une rafale de pluie en pleine face, le cri des hommes m’a réveillé ;  comme un vent de bourrasque, une amitié m’a ébranlé…  Maintenant, ils sont venus de partout, par vagues successives, l’un poussant l’autre, bousculant l’autre.  Ils sont venus de partout, de la ville entière, de la nation, du monde ; innombrables, inépuisables…  Seigneur, ils me font mal!  Ils sont encombrants, ils sont envahissants…  Ah! Seigneur! ma porte est toute grande ouverte!…  Ah! Seigneur! j’ai tout perdu, je ne suis plus à moi ;  il n’y a plus de place pour moi chez moi…»

Quant à Sarasvatî, il disait : «Aimer, c’est comprendre ce que ressent l’ami en crise.  Aimer, c’est pardonner les réactions de l’être qui erre dans les ténèbres de la nuit.  Aimer, c’est protéger ceux qui le méritent…  Aimer, c’est être prêt à aider l’ami en difficulté.  Aimer, c’est faire un rempart de son cœur, de son corps, de son esprit contre ce qui menace l’être qu’on estime…  Aimer, c’est écarter de son cœur toute médiocrité limitante.  Aimer, c’est être incapable de faire du mal à ceux qui vous aiment sincèrement.  Aimer, c’est aimer encore lorsqu’on a le cœur meurtri par l’incompréhension, la trahison.»

L’amour d’autrui requiert qu’on traite les autres comme on se traite et voudrait être traité, en les traitant conformément à sa conception, conformément à sa vérité et à sa sagesse intimes, non comme ils réclament d’être traité, reconnaissant en chacun un autre soi-même, ce dont on peut déduire que donner à l’autre, c’est se donner à soi ou investir en soi.   L’amour du prochain, reflet de l’amour de Dieu, constitue un prolongement de l’amour de soi, dans la conscience que tous les êtres sont dignes d’amour et méritent son amour, rien ne méritant la haine ni sa haine.  Car le bien qu’on sait voir à travers l’autre réussit toujours à se manifester avec le temps.

Même celui qu’on croit méchant porte, dans son âme, les affinités divines de l’amour.  Elles n’attendent qu’une étincelle pour jaillir ou un flambeau pour s’y allumer.  Du reste, ses imperfections apparentes ne concernent que son enveloppe, la gaine du diamant, car son essence n’est jamais atteinte par ses erreurs et ses faiblesses.  Seul l’amour permet de pénétrer cette écorce de la personnalité pour la dissoudre et en dévoiler les richesses cachées.  On ne recevra son amour que si on sait reconnaître la perfection latente qui l’habite et si on sait l’éveiller.  Ainsi, AMOUR-PROCHAINpeu importe qui est l’autre et comment il est, ce qui compte, c’est l’amour qu’on lui porte et l’aptitude à garder sa sérénité, si on n’y trouve pas d’écho immédiat.  Voilà la seule manière de rendre un hommage sincère à Dieu, à travers un autre, que de l’aimer gratuitement, à sa manière, sans chercher à lui plaire, à le séduire, à le contraindre ni à le changer.  Tout amour possessif et captatif se désavoue de lui-même au regard de Dieu, mais il ne s’en vexe pas, il s’en amuse.

Augustin, le philosophe, a dit : «Mon poids, c’est mon amour.»  Et Alexis Carrel précisait : «Le seul ciment qui puisse unir les hommes est l’amour.»  Quand à Victor Hugo, il avait compris que : «Aimer, c’est la moitié de croire.»  On pourrait citer un grand nombre d’écrivains et de penseurs qui ont compris l’aspect primordial de l’amour dans les relations humaines.  Mais pour arriver à englober «autrui» dans son amour, au sens large d’Humanité, il convient de commencer par aimer un seul être, de l’entourer de ses plus belles initiatives, de son empressement amoureux et de ses plus lumineuses pensées, sans s’oublier ni se perdre.  Ensuite, on pourra étendre progressivement cet amour aux autres, sans cesser d’aimer le premier, jusqu’à ce qu’on parvienne à inclure dans son amour tous les humains et tous les êtres.  Car le but premier de sa mission terrestre, c’est de devenir un avec l’Humanité avant de devenir Un avec le Christ et avec Dieu.

De par sa nature, aucune manifestation d’amour ne peut indéfiniment rester exclusive, puisqu’elle vise à embrasser tous les êtres dans l’Unité transcendantale.  L’amour exclusif mène à dévêtir la collectivité pour habiller son sujet de prédilection.  Car tous les êtres sont dignes d’un même degré d’amour, d’où l’amour doit devenir de plus en plus impersonnel.  Chaque être représente une parcelle de l’Âme universelle et une Étincelle de la Grande Monade cosmique dont on fait soi-même partie à part entière, dans un contexte d’égalité. amour-prochain-1

Chacun reçoit toujours l’amour dans la mesure qu’il peut l’accepter et en prendre, selon le degré qu’il le manifeste et de la manière qu’il le partage.  En cela, la manière d’aimer les autres de chacun le regarde et nul ne peut imposer à l’autre de satisfaire ses besoins ou ses attentes.  L’autre n’est jamais l’objet ou le sujet dont on serait le propriétaire ou le maître, il est une personne à part entière, parfaitement libre de ses choix, de ses biens et de sa personne.  Celui qui aime ne voit nulle part de faute et il respecte le rythme évolutif et les difficultés d’apprentissage de tout autre.  Il refuse toujours de nourrir les pensées négatives à son sujet.  Le mal qu’on fait à l’autre, on se le fait, comme c’est le cas pour le bien qu’on lui fait.

Ce qui importe dans l’amour d’autrui, c’est de ne pas centrer sa pensée sur sa personnalité, mais sur son Essence divine.  Il faut constamment maintenir la dynamique du Triangle qui amène à servir Dieu à travers l’autre, non l’autre à travers Dieu ou l’autre sans penser à Dieu.  Quand le reflet ou l’effet prend plus d’importance que l’Image ou la Cause, on ne doit pas s’étonner de vivre une relation bien terne et médiocre, si exaltante qu’on la croie, relation qui ne peut durer, du reste, parce qu’elle confond le moyen avec la finalité (met la charrue devant les bœufs) au lieu de mettre le moyen au service de la finalité.

On tisse un lien éternel avec toute personne qu’on aime d’un véritable amour.  Alors pourquoi priver un seul être de son amour, chacun devenant un levier spirituel pour l’avenir.  Est-on bien conscient de la force de propulsion ou d’ascension que suppose subtilement l’amour d’autrui ?

© 1980-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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