AIMER TOUS, MÊME SES ENNEMIS…

On définit l’ennemi comme toute personne qui hait qui on est ou qui déteste ce qu’on représente et qui, conséquemment, cherche à nuire à ses intérêts, met de l’opposition à ses visées, exprime de l’éloignement à son endroit, suscite l’aversion des autres à son sujet, entreprend des initiatives contraires à son bien, mène une guerre contre soi, se rangeant, bien sûr, dans le camp adverse.  On le définit ainsi parce que cela fait son affaire, à savoir qu’on veut oublier, sous le coup de la frustration, de la déception ou de l’hostilité, qu’il représente bien autre chose.  L’ennemi n’est-il pas essentiellement ce messager divin déguisé, avec lequel on a fait un pacte, avant de naître, pour qu’il se présente à point nommé pour venir renseigner sur ses faiblesses et ses vulnérabilités, afin qu’on en prenne conscience clairement et qu’on choisisse de les transformer en forces évolutives ?  Et le traître n’est-il pas cet ange béni, mais voilé, qui vient ramener à l’ordre de sa mission, quand on risque de s’en écarter ou de passer à côté de son destin ?  Mais il y a des jours où on ne veut pas ou ne veut plus entendre la vérité, parce qu’on souffre trop, alors on préfère se lamour-ennemisivrer à la projection de ses maux sur les autres et à l’accusation des autres par rapport à ses propres torts, pour échapper à la culpabilité ou se donner bonne conscience ! C’est la vie…

L’ennemi ne cherche jamais rien d’autre qu’à amener un être à identifier une attitude agressive ou hostile qu’il porte lui-même inconsciemment, ferment de pensées inférieures, d’attitudes régressives ou de comportements rétrogrades, donc involutifs pour soi et nuisibles pour les autres, qu’il faut dissoudre immédiatement, puisque la synchronicité en témoigne.  L’ennemi est toujours relié à l’ensemble de ses vices, de ses faiblesses, de ses inepties, de ses impuissances personnelles, émanant de son propre moi diviseur et séparateur, non aux vertus, aux qualités et aux forces de son âme, comme on aimerait tellement le croire, pour jouer au bon apôtre.  Il vient identifier une part de ses ténèbres intérieures, ignorées, méprisées et redoutées à la fois, d’où on les réprime ou en retarde la montée à la surface, le dernier lieu de la purification de la conscience, où on peut reconnaître les vues fausses (les illusions) qu’il faut dissoudre, si on compte entrer dans la perfection ou la plénitude.  Il est celui dont la vision du bien et du mal diffère de la sienne pour amener à mieux comprendre les opposés apparents, toujours réconciliables, et à mieux accepter les différences, qui ouvrent l’esprit, permettant de croître en compréhension et en compassion.

L’ennemi se présente toujours sur la route d’un autre au moment le plus opportun pour pointer du doigt la part de fausseté ou de ténèbres qu’il se cache, ce par quoi il se ment.  Aussi se présente-t-il avec autant de hargne qu’on résiste à se dire la vérité sur ses points d’ombre.  Car il attaque, symboliquement ou concrètement, pour vaincre ou pour être vaincu, ce qui devient une question de vie ou de mort, non d’abord par rapport à sa survie, mais par rapport à son évolution.  Il ne se lance dans la lutte avec un autre que parce qu’il sait qu’il peut l’atteindre, et exactement au point faible où, par son incompréhension ou son orgueil, il se croyait impeccable ou invincible.  Dans une confrontation, on cherche naturellement à se protéger du côté le plus faible, oubliant parfois le degré de faiblesse qui reste de son côté le plus fort.  Alors, l’ennemi s’ingénie à frapper du côté qu’on a négligé de protéger, dans lequel on a plus de confiance, pour qu’on puisse vérifier si on lui accorde une confiance présumée plutôt que sage.  Voilà pourquoi il surprend tellement dans ses attaques, laissant souvent pantois, médusé, désemparé, estomaqué, ahuri.

Dans l’attaque, généralement sournoise, mais parfois bien directe, de l’ennemi, on ne sera vaincu que si on méconnaît son rôle de révélateur de ses propres tares et si on lui laisse le choix des armes et de la manière de mener le combat.  Car dans cette guerre symbolique, il ne vient qu’aider à progresser, à se renforcer et à s’accomplir.  La preuve en est que, dès qu’on lui exprime de l’indifférence ou qu’on a compris son message, il disparaît ou devient son meilleur ami et allié.  Il représente une parcelle d’amour à l’envers ou à rebours qui vient tester sa main, sa volonté, son arme, l’usage qu’on fait de ses dons (de ses talents, attributs ou facultés).  Le Destin l’a toujours placé sur sa route pour l’accomplissement d’un dessein amoureux, non haineux, comme il en porte le masque.  Fuir la lutte, en feignant que l’ennemi s’investit en vain ou en niant son message, constituerait la pire des erreurs, car on lui concéderait automatiquement la victoire.

Non pas qu’on soit forcément appelé à combattre l’ennemi, mais plutôt à l’observer, pour comprendre ce qui se passe en soi, pour identifier ce qui y vibre dans le désordre ou la dysharmonie.  Dans la fuite, on n’apprendrait rien, s’exposant à s’attirer plus tard un ennemi plus terrible ; mais dans la défaite, si on devait temporairement perdre, on apprendra quelque chose sur soi.  Quant à la victoire, elle ne peut être assurée que si on s’applique, dans le présent, à s’accorder plus d’amour et à en rayonner davantage vers l’autre.  L’amour est la seule arme utile, en face d’un ennemi, car il est à la fois l’arme supérieure et le bouclier invincible dont parlent les Maîtres à leurs disciples.

L’ennemi représente rarement le mal pour le mal.  En général, il vient simplement imposer l’épreuve qui permet de tester la validité de ses prétentions à l’excellence et l’efficacité de ses moyens ou de ses instruments spirituels, les empêchant de rouiller ou de s’ankyloser, faute d’être utilisés.  On ne le vaincra donc qu’en recourant à la force amoureuse et en l’appliquant dans ce qu’on est en train de vivre dans l’immédiat, dans l’estime de soi et l’accueil des autres.  Parce que, son plus grand ennemi, c’est soi-même, quand on ne sait pas s’apprécier à sa juste valeur et accomplir sa mission évolutive, pris dans les pièges de son ego.  Or, toute difficulté devient un fétu de paille quand on sait l’aborder dans l’amour, s’il implique le pardon de ses erreurs et le pardon des offenses, qui vont jusqu’à l’oubli des fautes et à l’acceptation des différences nécessaires et qui permettent à tous les aspects de Dieu de s’exprimer.

Dieu ne demandera jamais à personne d’aimer quelqu’un de force ou de dire qu’on ne souffre pas quand il est blessé.  Mais il requerra qu’on vérifie d’où cela provient, en le situant dans la juste perspective, au-delà des apparences, de la Causalité, qui ne vise jamais à punir, mais à faire comprendre.  Il exigera en outre qu’on saisisse la dynamique de l’amour, qui appelle à éviter toute résistance au mal, car il gagne alors en force dévastatrice.  Dans ce sens, l’ennemi ne passe jamais dans sa vie que pour permettre l’identification, en soi, non chez les autres, d’éléments régressifs qui manquent d’harmonie et d’intégration, mais qu’on ne perçoit pas, en raison de son ignorance ou de sa subjectivité.  On se fournira donc une occasion de grandir spirituellement, si on sait les faire remonter à la conscience et les harmoniser, en appliquant sa force amoureuse.  On ne rétablira jamais la Lumière en soi en déplorant les ténèbres ou en s’appuyant sur elles.  Le pardon permet à chacun de réintégrer la Voie du Salut.  Tout relent d’animosité ou d’agressivité rallume les flammes de la Géhenne, en les attisant subtilement.

L’ennemi reste toujours un frère d’évolution qui a besoin de bien autre chose que son mépris ou sa pitié.  Il est une âme blessée, qui manque d’amour, et en cherche de façon maladroite, en incarnant l’amour à rebours.  Pour s’immuniser contre lui et l’amener à abandonner la lutte, il faut lui offrir ce qui lui manque et dont il a tellement besoin : un amour inconditionnel, détaché, rempli de compassion, sans jugement de valeur, exercé dans l’innocuité.  Lui présenter l’autre joue n’invite pas à sombrer dans le masochisme ou à encourager le sadisme, mais à développer, en soi, une perspective supérieure, de ce qui arrive et se passe, et à lui trouver une résolution plus harmonieuse, à partir de ce point de vue agrandi.

Dans ce conteste, une joue représente le mental vindicatif, l’autre joue, l’intuition amoureuse.   La première joue, celle qui reçoit le soufflet ou la gifle, qui ressent la vexation humiliante qui déclenche la colère, doit se détourner, céder le pas à l’autre joue, pour laisser le temps au point de vue intuitif, de fournir une réaction adéquate, qui permettra de mettre un terme au litige, au lieu de l’entraîner dans les retours de coups, tel que cela se passe dans la confrontation, moyen que l’homme ordinaire privilégie habituellement, dans un tel cas.

L’ennemi est un frère évoluant qui a laissé, comme soi, les voiles de l’illusion obscurcir sa conscience, à divers degrés d’enténèbrement, voiles qui masquent sa vraie Nature spirituelle, et qui n’a pas besoin et ne mérite pas qu’on les épaississe, en lui retournant le mal pour le mal.  Il a davantage besoin d’amour et d’un pardon complet et inconditionnel, qui lui permettra d’alléger sa conscience et d’éveiller sa nature spirituelle, toujours tournée vers le bien, ce qui favorisera son évolution, celle de celui qui pardonne et de toute l’Humanité, ce que les sentiments et les retours agressifs ne peuvent produire.

Le pardon permet de laisser la faute s’épuiser ou de s’annuler d’elle-même, évitant qu’elle atteigne celui qui l’accorde ou qu’elle s’attache à lui ou à l’autre, dans le choc en retour de la Causalité, ramenant tout immédiatement à la Perfection.  Le pardon permet à l’autre de comprendre plus rapidement son erreur ou son tort, pour s’en amender.  Il exprime une soumission à l’autorité de la Justice immanente, naturellement chargée d’accomplir son œuvre de sagesse et de vérité, au moment le plus opportun, ce qui n’est pas le cas dans la perturbation qu’engendre l’ordre de la vindicte et de la rétorsion personnelles.

Voilà l’un des sens de la maxime mystique : Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé.  En effet, dans le Royaume de la Famille spirituelle, le Serviteur de l’Amour sera exalté, tandis que le serviteur de la haine, s’il parvient à s’y élever, deviendra le serviteur des serviteurs.  Un autre sens de cet adage recommande, à celui qui veut s’élever très haut dans la Lumière de l’Essence, d’accepter de descendre très bas dans le Labyrinthe obscur de la Nature, puisqu’il obtiendra toujours une meilleure compréhension du Juste milieu à partir des grands extrêmes.  Et qui dit que ce n’est pas ce que l’ennemi apparent tente de faire, tandis qu’on se complait dans sa fausse sécurité et sa médiocrité béate ?  Un dernier sens de ce principe rappelle que celui qui cherche à se faire justice lui-même, –une justice forcément arbitraire et subjective, fondée sur le deux poids et deux mesures, dans un refus de comprendre la Causalité — ne pourra pas jouir de l’immunité et de l’impunité que confèrent la loi de l’Innocuité (non ingérence ou non interférence dans la vie d’un autre), lors du jugement particulier ou du Jugement dernier.  Au contraire, on exigera de lui des comptes aussi sévères que ceux qu’il a exigés des autres.

Quant à celui qui aura su pardonner, il verra s’accomplir le message du Très Haut : Que mille tombent à ton côté, et dix mille à ta droite, tu ne seras pas atteint.  De tes yeux seulement tu regarderas, et tu verras la rétribution des méchants.  Quel soulagement d’apprendre qu’il existe une Justice immanente, pour ceux qui appliquent la loi du Talion, mais une grande Providence amoureuse, pour ceux qui appliquent la loi du Pardon absolu et impersonnel, et qu’on n’a jamais besoin de se défendre!

© 1980-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

 

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