L’ALTRUISME, SORTIR DE SOI POUR S’OUVRIR AUX AUTRES, D’AUTRES SOI-MÊME…

Comme chacun le sait, l’altruisme implique l’amour désintéressé d’autrui, c’est-à-dire le souhait que les autres connaissent le bonheur, s’ouvrant à une générosité qui n’attend rien en retour.   Ainsi, l’ouverture aux autres qui amène à s’intéresser à leur sort peut permettre de pondérer l’égoïsme, sauf qu’il doit comprendre des limites, notamment en mesurant les dommages et le risque de perte personnelle qu’une intervention auprès d’un autre peut comporter.  Car celui qui s’aime et dit aimer la vie ne saurait exposer sa propre vie pour assurer celle d’autrui.  Au contraire, il ne peut qualtruisme-11e de battre et se débattre, s’il le faut, pour la maintenir, et c’est son droit.

Il semble que, dans le monde rempli d’obstacles et de défis dans lequel il vit, l’altruisme ne soit pas très naturel chez l’être humain.  Dans son monde souvent hostile, la motivation fondamentale de l’être humain demeure la quête du plaisir et l’évitement de la souffrance.  L’altruisme découle du sentiment d’un être humain qui s’est tiré de l’animalité pour assumer pleinement son état d’être humain, destiné à révéler la loi de l’Amour.  Autrement dit, c’est la vertu par laquelle il se distingue vraiment de l’animal.

Il est un fait que, pour lui, la vie est une négociation permanente entre le désir de rivaliser et celui de coopérer avec ses semblables, la loi de l’inertie opérant ses effets de ralentir les élans. Paul Diel, un psychanalyste a fort bien dit : « Satisfaction sublime de l’égoïsme, l’amour porte en lui, inséparables, les deux aspects : l’amour reçu et l’amour donné. (…) L’aspect sublime de l’amour est le don de soi. Mais ce don exige la réciprocité. Seul l’amour sentimentalement surchauffé accorde le don gratuitement ; mais l’égoïsme sous-jacent ne tardera pas à se manifester ; l’amour exalté se chargera de rancœur (amour-haine)…»

En effet, le désir d’aider les autres ne doit pas dégénérer en un penchant à vivre pour autrui, à ne penser qu’aux autres, à se sacrifier pour eux, en raison d’un sentiment d’infériorité qui cherche une compensation ou une valorisation dans l’admiration et la reconnaissance des autres, ou à cause d’une incompréhension de la Loi de l’Amour qui porte à des élans trop généreux.  Pour être véritablement altruiste, un acte ne doit pas être motivé par le désir d’en retirer des avantages personnels, à court ou à long terme, ni par l’envie d’être loué ou de recevoir des marques de gratitude, donc de se construire une belle image personnelle, ou par la crainte d’être critiqué si l’on s’abstient de venir au secours de l’autre.  De même, une action ne peut être considérée comme  altruiste si la personne agit dans la seule intention de soulager la détresse personnelle qu’elle ressent devant la souffrance de l’autre ou si elle se sent supérieure à celui qu’elle aide.

Chacun est appelé à aider les autres, soit à faire ce qu’il peut pour les assister.  Mais comme il subsiste toujours une pointe d’égocentrisme, dans le service, ne serait-ce que la considération qu’il peut susciter en se démontrant généreux ou en se révélant comme un être qui aime aider autrui, ou même le désir d’accumuler du mérite ou l’espoir d’obtenir une meilleure place au paradis, chacun doit faire ce qu’il peut pour aider les autres, se mêlant en même de transformer sa motivation d’intervenir.  Parlant de l’altruisme, Gérard de Lacaze-Duthiers a très bien précisé : «On a tort de faire de ce vocable l’antonyme d’égoïsme : ce sont deux têtes sous le même bonnet. L’altruisme est le nom que prend l’égoïsme pour ne pas être reconnu, c’est le vêtement qu’il adopte quand il craint d’être découvert. Toutes les variétés d’altruisme ou soi-disant amour du prochain se ramènent à l’égoïsme.»  Et il ajoute que, dans son ardeur apparente à s’occuper d’autrui, l’être humain peut faire preuve d’obéissance, de passivité, de servilité, donc d’un altruisme de soumission.

Dans une société où la religion, en raison d’une incompréhension de la passion de Jésus, a présenté la mort pour autrui, en cas de nécessité, comme le plus grand présent amoureux à offrir aux autres, il est probable qu’au chapitre de l’équité envers soi, bien des écarts ont dû se produire.  Toutefois, maintenant que la religion dominante a perdu du pouvoir et de la crédibilité, les gens ne craignent plus de se mettre à l’écoute d’autres sons de cloche.

Or, la réalité, c’est que, si tous les êtres ont été créés égaux et détiennent les mêmes potentialités, nul ne doit quoi que ce soit à autrui.  Ainsi, en dehors des situations d’urgence sociale, chacun détient le droit de se choisir en premier, de s’accorder la première place, de se servir de la plus large part de ses biens et acquisitions, de bien s’occuper de lui-même.  Du reste, à quoi servirait-il de s’épuiser dans le service à autrui, si cela devait rendre moins rayonnant et efficace?  ALTRUISME-ANIMAL

Cela est d’autant plus vrai que, porté à l’excès, l’altruisme peut entraver la Loi de la Justice immanente qui stipule que chacun doit agir de façon responsable dans sa vie et assumer par lui-même ses désirs et ses besoins.  Tout être doit s’investir de façon libre, donc indépendante et autonome, tout en restant fraternel et solidaire des autres.  Bien que ce soient souvent ceux qui possèdent le moins qui se montrent les plus généreux, celui qui peine pour survivre n’est probablement pas appelé à se montrer d’abord altruiste ou plus altruiste qu’il ne peut l’être.  Tout chercheur spirituel sait fort bien que qui conque sert autrui se sert lui-même, que quiconque rend service, se rend utile à autrui, se rend service à lui-même, devenant d’abord utile à lui-même.  Cependant, chacun gagne à se rappeler que la vérité de l’équilibre se situe toujours dans le juste milieu, même en matière d’altruisme qui implique le don gratuit de soi.

Mais chacun doit se garder que ce désir ne dégénère en un penchant à vivre pour autrui, à ne penser qu’aux autres, à cause d’un sentiment d’infériorité, qui cherche compensation dans l’admiration et la reconnaissance des autres, ou à cause d’une incompréhension de la Loi de l’Amour qui porte à des élans trop généreux. Porté à l’excès, l’altruisme peut entraver la Loi de la Justice immanente.  Tout être doit s’investir de façon indépendante et autonome tout en restant fraternelle et solidaire des autres.

© 1997-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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