CE QU’IMPLIQUE LA VÉRITABLE ALCHIMIE

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Nul ne peut se frôler le moindrement à la spiritualité sans entendre parler d’un phénomène apparemment aussi mystérieux que prodigieux que l’Alchimie.  C’est un terme que le chercheur ne pense pas trop à définir, d’où il garde son sens abstrait, empreint de valeurs  magiques et redoutables, à moins qu’il n’en vienne plus qu’à représenter une notion purement ésotérique et spéculative, celle d’une suite complexe de réactions et de transformations hermétiques dans un domaine quelconque.  Pourtant, toute formation spirituelle véritable, donc ordonnée, implique une alchimie de l’être incarné, un passage de la densité et de la dualité à la subtilité et à l’Unité, par un accès à l’immortalité dans l’Éternité.  Car, fondamentalement, l’Alchimie ne représente rien d’alchimieautre que l’explication de la démarche évolutive guidée de la Spiritualité traditionnelle à travers des allégories reliées à la chimie, en grande vogue du XIIᵉ au XVIIᵉ siècles, sans vraiment s’éteindre plus tard, mais en recrudescence certaine depuis le milieu du XXᵉ, avec l’avènement du «New Age».

Pour le profane, il s’agit d’une science occulte, née de la fusion de techniques chimiques gardées secrètes et de spéculations mystiques, tendant à la réalisation du Grand Œuvre.  Elle surgit d’abord en Égypte ancienne, qui fleurit ensuite au Moyen Âge chez les Arabes et les Byzantins, pour essaimer en Occident, où elle connut un grand développement du XIIe siècle au XVIIIe.  Cet art vise à la production d’une poudre fermentative qui permet de fabriquer l’élixir de vie, de transmuter les métaux imparfaits en or et d’obtenir la panacée à toutes les maladies et à tous les maux de tous les êtres de la Terre.  Son but ultime consiste en l’obtention de la pierre philosophale, un élément mystérieux, qui détient la propriété de transformer en or toutes les matières qui entre en contact avec elle.  Cette allégorie de la transmutation du plomb ou des métaux vils en or pur exprime la transmutation de l’être matériel en pure Lumière spirituelle ou la fusion de la personnalité dans l’Individualité divine pour manifester la Jeunesse éternelle.

L’Œuvre alchimique exprime la connaissance et la transmutation de la matière, en particulier des métaux, dans l’intention de libérer l’esprit et d’atteindre au Savoir suprême, symbolisé par l’or.  Mais le secret de l’Opération est bien gardé, occulté, verrouillé pour le profane et l’imposteur, car elle ne se pratique pas impunément.  C’est ce qui explique la nécessité de l’Initiation menée par un Maître avéré.  Il s’agit pour ce dernier d’aider un aspirant à tourner la clef du Portail initiatique, à franchir la barrière, à soulever le voile d’Illusion pour atteindre la Lumière cachée au cœur de la Terre, ce qui peut blesser, même tuer, l’imposteur ou  le téméraire, en raison du manque de maîtrise des énergies qu’il active.  Tous les civilisateurs qui ont apprivoisé le secret du feu et de la fusion s’en sont sortis éclopés.  Car l’initiation est brutale, laissant une infirmité qui démontre aux yeux du monde la puissance du secret découvert dans l’aventure spirituelle.  La nature de ce secret est double : spirituel, il opère la transmutation de la matière et il en libère l’énergie;  sexuel, il suit les rites de fécondation et les transcrit dans des danses érotiques à l’imitation des parades nuptiales des cailles.

En Alchimie, le Grand Œuvre évoque la transmutation des métaux en or, le but de la quête de la pierre philosophale.  Il s‘agit de l’illumination spirituelle. Il n’est rien d’autre que l’Œuvre alchimique et il consiste dans la fusion du Soufre, l’élément mâle, associé au Ciel et au feu et du Mercure, l’élément féminin, associée à la Terre et à l’eau.  Il permet de réaliser la pierre philosophale par le processus initiatique de la transformation de soi.

À ce propos, Éliphas Lévi dit : «Le Grand Œuvre c’est, avant toute chose, la création de l’homme par lui-même, c’est-à-dire, la conquête pleine et entière qu’il fait de ses facultés et de son avenir.  C’est surtout l’émancipation parfaite de sa volonté, qui lui assure l’empire universel de l’Azoth et le domaine de la Magnésie, c’est-à-dire un plein pouvoir sur l’Agent magique universel.»  Il consiste dans la transmutation du plomb de la personnalité en l’or pur de l’Individualité par la connaissance de soi.  Il s’agit d’un travail spirituel essentiellement pratique, dans le laboratoire individuel, au moyen des énergies cosmiques (force vitale).  Il implique la transmutation et la transfiguration des éléments, une figure de la spiritualisation de tout l’être, par sept distillations de l’Eau animique (énergie vitale dans l’Arbre de vie).

Oswald Wirth a affirmé : «Le Grand Œuvre est accompli quand l’Eau animique a subi la série complète des distillations épuratoires, quand l’âme, sortie victorieuse du cycle de ses épreuves, manifeste ses vertus transcendantes.»  On comprend qu’il s’agit du travail qui consiste à faire monter l’énergie vitale dans la colonne vertébrale, à travers les sepalchimie1t chakras, pour qu’elle atteigne le sommet de la tête et permette la Réintégration dans la Source divine.  Il représente un exercice de la volonté sur tous les plans, un abrégé alchimique, réduit aux proportions et aux possibilités humaines, de l’Ouvrage divin.  On symbolise cette Œuvre alchimique achevée par la croix sur un triangle inversé, par une croix dans un triangle inversé ou, mieux, par une croix grecque remplissant un carré inscrit dans un cercle.  Quant aux éléments du Grand Œuvre, ils sont compris dans le soufre (énergie solaire et électrique), le mercure (énergie lunaire et magnétique) et le sel (scel ou sceau).

En Alchimie, la phase de l’Œuvre au blanc, la purification, évoque l’ultime sublimation et elle exprime la montée qui ne connaît plus de descente.  Elle implique l’ascension vers l’immoralité, mais seulement par rapport à la vie conditionnée, à l’épanouissement de la forme.  Alors, l’adepte entre en possession d’une vérité symbolique précieuse, figurée par l’argent, qui n’est encore rien à côté de l’idéal suprême, l’or philosophal.  En fait, l’Œuvre au blanc concerne des processus lumineux, des processus de conscience, qui viennent s’impacter à titre individuel et à titre global sur l’ensemble de la sphère de vie planétaire. Celle-ci s’accompagne de phénomènes (qu’on qualifie d’énergétiques) extrêmement puissants visant à déverrouiller à l’intérieur des structures subtiles individuelles la totalité de la structure de l’âme et de la structure de l’Esprit.  Elle représente l’éclairage de l’Ombre ou la sortie des Ténèbres ;  c’est l’éclairage de la Lumière.  Ce qui est de l’Ombre doit retourner à l’Ombre. Ce qui est de la Lumière, doit retourner à la Lumière.  Il en est de même en l’intériorité et en l’extériorité de chacun. Cette étape de l’éclairage et du démasquage de l’Ombre, doit conduire, non pas à la séparation de l’Ombre et de la Lumière (en ce qu’on a exprimé que l’Ombre doit retourner à l’Ombre et la Lumière à la Lumière), mais que dans les dimensions qui sont, pour certains, atteignables, dans les nouveaux mondes de vie, l’Ombre et la Lumière ne participent plus de la même alternance.  À partir d’une certaine phase de l’Évolution, la séparation de l’Ombre et de la Lumière devient indispensable. En chacun, la séparation de l’Ombre et de la Lumière fait appel à des énergies extrêmes concernant tous les secteurs de son être et de tous ses plans subtils. Ainsi, on a à surmonter et dépasser les zones les plus sombres de soi-même, qu’on voit apparaître comme en plein jour, par la culture de la paix et de l’amour.

Pour sa part, l’Œuvre au noir (élément terre) réfère à la phase de la putréfaction, à la dissolution de la matière, généralement représentée par le corbeau.  Il s’agit de la chute dans l’Abîme de perdition, du retour au Chaos indifférencié, qui amène à mourir à ce qui négatif et ténébreux.  La matière brute requiert d’être purifiée par le feu et elle doit passer par la mort préalable à la restauration de la Lumière, qui annonce la nouvelle naissance.  Cette longue phase de purification, de crucifixion et de calcination de la pierre brute implique des lavages successifs par l’Eau et le Feu.  Elle engendre une confrontation de la conscience avec l’Arbre de la Connaissance par laquelle l’être se délivre par les dons de la Lumière.

L’Œuvre au pourpre r
ésulte de l’usage de l’Éther (la quintessence ou l’énergie qui provient des dons, des efforts et des actes de courage dans la quête spirituelle).  Cette énergie est remise par les Intelligences spirituelles, les Grands Alchimistes, pour permettre à l’être humain de retrouver sa félicité divine.  Il éveille à la réalité d’être un Enfant du Père-Mère qui permet d’être couronné et d’accéder au statut de Roi, soit au Plan du Pouvoir absolu qui figure l’union du noir et du blanc.

L’Œuvre au rouge (élément air) désigne le moment où la flamme se  concentre et se développe pour chasser l’eau et prendre toute sa place, dont où l’être se retrouve dans l’essence absolue de son intégrité.  L’œuvre parvient à son terme lorsque la matière a su s’unir parfaitement à son venin mortel, lorsqu’elle s’est ignée.  Alors, l’être acquiert la maîtrise absolue sur tous les plans ou il accède à la libération spirituelle.  Mais il faut se rappeler que, dans l’Alchimie, tout se passe dans l’Athanor, le fourneau d’alchimiste, qui désigne le corps à transmuter.

L’Alchimie consiste dans un processus d’accélération de l’évolution, au moyen de techniques particulières, par lequel les schémas d’imperfection ou de dualité restrictive sont quantifiés, étendus et raffinés pour permettre d’aller à la rencontre de sa Réalité divine.  C’est ce qui explique la nécessité de se montrer sage et prudent dans ses expériences spirituelles.  On peut la considérer commalchimie2e la Science de la Création ou la Chimie de la Lumière atomique, cette aptitude du corps physique à changer par le moyen des impulsions électriques et par le contact avec les molécules de la force vitale de la Conscience supérieure.  En résumant, on peut la définir comme l’art de transmuter les éléments denses des corps inférieurs d’un être pour lui permettre d’évoluer d’un état ou prédomine la matière et la dualité à un état spirituel, ce qui l’amène à accéder à l’immortalité suite à une préparation spirituelle adéquate et rigoureuse.  Car l’Alchimie véritable consiste à élever sa conscience jusqu’au niveau christique ou atmique, avant de l’élever au niveau cosmique ou divin.  L’être humain se transforme en Pur Esprit, en Orgone vivant et vibrant ou en Lumière de Vie.

Dans les Traités traditionnels, le Grand Œuvre alchimique se produit à travers quatre opérations de transmutation : la purification du candidat;  sa dissolution jusqu’à ce qu’il ne reste de lui que l’Être essentiel;  une nouvelle solidification;  et, enfin, une combinaison nouvelle, sous l’emprise de l’Absolu, l’Être le plus pur, au plan de cet être nouveau.   Certains auteurs préfèrent nommer six étapes, révélées ailleurs par l’échelle des centres d’énergie (ou chakras) : la calcination, la putréfaction, la solution, la distillation, la conjonction et la sublimation finale.  Dans un cas comme dans l’autre, les alchimistes se servent des symboles de leur langage propre comme des clés pour découvrir le sens caché des contes, des légendes, des mythes, dans lesquels elle discerne l’histoire aventureuse des perpétuelles transformations de l’âme, sous l’injonction subtile de l’Esprit de Vie, et le destin de toute la Création.  Jusqu’à un certain point, elle peut se définir comme la connaissance de la manière de rétablir ou de conserver l’équilibre entre les éléments de l’Esprit et de la Nature (Essence et Matière).

Toute la pensée et l’œuvre de l’Alchimie consistent à obtenir une transmutation de l’imparfait, qui réside à la périphérie de l’être, en une perfection unique, qui se trouve au centre.  Il s’agit donc, pour le candidat, de réduire le multiple à l’Un et l’imparfait au Parfait.  Le Grand Œuvre constitue ainsi une mystique qui tend à ramener un être, divisé en ses multiples tendances, à s’unir consciemment avec son Principe divin.  De ce fait, il ne doit pas viser à engendrer l’abondance et la prospérité matérielle, tel qu’alchimie3un bon nombre de chercheurs le pensent, mais à transformer le vil métal en or pur, donc à illuminer la totalité de l’être.  À propos de sa légitimité et de son efficacité, Geber dit : «Les empêchements propres à ce travail sont généralement de deux sortes : impuissance naturelle et défaut de la dépense nécessaire, ou occupations et travaux.»  L’impuissance provient évidemment des qualités physiques et spirituelles déficientes du profane ou du novice.  Quant à la dépense nécessaire, elle réfère au degré de volonté, de patience, de constance, d’efforts soutenus et d’aspiration spirituelle du candidat, ce qui est le lot de très peu de chercheurs contemporains, qui n’abordent tout qu’en surface, se considérant ensuite comme des spécialistes qui peuvent en remontrer aux autres.

Au fil des lectures des livres de mystique ou de spiritualité, on rencontre souvent l’expression «Alchimie spirituelle», comme si, par essence, il ne s’agissait pas d’une démarche toute spirituelle qui ne vise qu’un seul but, celui d’établir sa Maîtrise totale sur son être et son univers.  Il s’agit donc d’un pléonasme pour traduire cette quête essentielle de réaliser en soi la beauté du Grand Œuvre en remontant l’Arbre de Vie.  Car l’Alchimie désigne la Voie de la Transformation intérieure qui amène à vibrer dans la Conscience pure au-delà de la dualité et qui se poursuit à travers la régénération, la transmutation, la transfiguration et, ultimement, l’illumination.  On peut conclure que l’Alchimie vise à transformer l’être humain et, par lui, la Nature, par Dieu, en Dieu.  Elle amène un être à se reconnaître dans son Essence éternelle.  Elle amène un être à se connaître lui-même, à l’intérieur de lui-même, par l’exploration de tout son Être total, afin de se découvrir consciemment engendré à l’image et à la ressemblance de l’Absolu, son Créateur.

Question de clarifier le vocabulaire, observons que l’œuvre du Parangon désigne le travail sur la substance et la matière réalisée par une spiritualité positive puissante, à travers toutes les facultés de l’âme définitivement purifiée.  Il s’agit de la régénération, de la transmutation et de la transfiguration.  L’Œuvre du Phénix réfère au Suprême Grand Œuvre qui couronne l’Œuvre mystique et qui mène l’être humain à réintégrer sa dignité primordiale.  L’Œuvre mystique constitue un synonyme du Suprême Grand Œuvre, aussi appelé l’Œuvre du Phénix.  L’Œuvre solaire désigne le Grand Œuvre, l’Oeuvre de la Réalisation spirituelle.

© 2014 Bertrand Duhaime (Douraganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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