L’ACTION, LE PRINCIPE DE LA DÉCOUVERTE DE SOI ET DE L’APPRENTISSAGE DE L’ÊTRE…

   Créé être responsable, nul être humain n’obtiendra le salut par procuration, soit par le truchement d’un autre.  Chacun est appelé à agir afin de se découvrir et de finir par savoir être.

   Dans le langage courant, l’action peut désigner ce que fait quelqu’un et qui traduit une intention ou une impulsion;  le mouvement corporel involontaire ou intentionnel;  le fait de produire un effet ou d’exercer une influence;  ou le fait de passer à l’acte ou d’entrer en activité.  Dans cet article, l’action est abordée dans des propos disparates pour favoriser la réflexion
à plusieurs égards.

   Toute action, même réflexe, comporte un auteur et repose sur un mobile conscient ou inconscient.  Voilà qui implique immédiatement l’éthique pour comprendre la nécessité de la pureté d’intention dans l’acte.  Car chacun est responsable de ses choix conscients ou inconscients.  Même que, en cela, ne pas choisir, c’est retenir de s’abstenir, d’éviter de passer à l’acte.  Ce qui paraît manquer ACTIONle plus aux gens d’action, c’est la compréhension de la finalité de l’existence en incarnation.  Car un être ne peut déterminer des actes pertinents, des moyens, que dans la mesure où il connaît sa fin.  Sinon, vivre consiste à vivoter ou à survivre, soit à occuper son temps de son mieux jusqu’à l’échéance fatale.

   En morale religieuse, on parle de bonne et de mauvaise action.  Dans ce contexte, la bonne action désigne une action méritoire parce qu’elle implique un geste posé en conformité avec les préceptes religieux, un geste de bonne volonté ou de sacrifice.  «Même si l’homme n’a jamais étudié aucun système de philosophie, même s’il ne croit et n’a jamais cru à aucun Dieu, même s’il n’a pas prié une seule fois dans sa vie, mais si la puissance des bonnes actions l’a conduit à l’état où il est prêt à donner sa vie, à tout donner pour son prochain, il est arrivé au même point auquel l’homme religieux est parvenu par ses prières, et le philosophe par ses connaissances.» (André Cotty)  En vérité, tout provient de l’Amour.  Dans l’ordre universel, l’Action créatrice évoque une action qui se déroule conformément à l’Ordre cosmique, soit conformément au Plan divin de l’Évolution cosmique.  Le jugement qui établit l’apparente bonté ou méchanceté d’un acte maintient dans la densité et la dualité, prolongeant l’enferment de la conscience dans ses cercles vicieux.

   En haute spiritualité, on affirme que Dieu n’a pas besoin que l’être humain s’impose des bonnes actions, notamment des sacrifices, dans l’intention de lui être agréable, d’attirer son attention, de mériter sa grâce, puisqu’il est, en lui-même, infini, illimité, impassible, tout amour et toute perfection.  Être de plénitude qui ne souffre d’aucune carence et qui se satisfait en lui-même, Dieu ne requiert en rien qu’il lui adresse des adorations, des louanges ou d’autres salamalecs qui le rendraient heureux, il lui demande d’être pleinement.  C’est l’être humain qui choisit de s’imposer ces actes pour marquer sa reconnaissance de la transcendance, par superstition ou pour rehausser son sentiment de dignité à ses propres yeux.  Il vaut donc mieux définir une bonne action comme un acte conforme à la Loi cosmique et aux principes naturels.  De ce fait, nul n’a besoin d’être un homme religieux, un philosophe ou un candidat à l’initiation pour poser une bonne action.

L’ACTION CRÉATRICE

   Dans le domaine personnel, il faut parler de l’action créatrice qui désigne une entreprise qui favorise l’accomplissement ou la réalisation d’un être, soit son évolution personnelle.  Une telle action se conforme au plan de vie individuel déterminé à l’intérieur du Plan cosmique (ou de la Volonté de Dieu), soit tel qu’il a été déterminé au Tribunal des Maîtres du Karma avant l’incarnation.  Au plan divin, l’action créatrice renvoie à l’acte créateur originel de la Source suprême.  Dans le domaine de l’être humain, elle désigne toute entreprise qui favorise son accomplissement ou sa réalisation, soit son évolution personnelle.  Une telle action se conforme au plan de vie individuel déterminé à l’intérieur du Plan cosmique (ou de la Volonté de Dieu), soit tel qu’il a été déterminé au Tribunal des Maîtres du Karma avant l’incarnation.  Celui qui veut récolter ou moissonner doit savoir semer.

   Ontologiquement, toute action est créatrice du fait qu’elle porte à conséquence et attire une leçon de vie.  Dans la troisième dimension, un monde de densité et de dualité, par la causalité, la bonne action engendre une expansion de la conscience et un sentiment intime de satisfaction, indiquant ce qu’il convient de faire et de répéter, mais en l’améliorant sans cesse.  Pour sa action-créatricepart, la mauvaise action engendre une régression la conscience et un sentiment intime de contraction, indiquant ce qu’il convient d’éviter ou de ne plus jamais faire.  Sauf que, en réalité, l’erreur absolue ou l’échec complet n’existent pas du fait que toute expérience apporte sa part de lumière.  L’être humain ne gagne rien à ignorer ses tendances négatives, mais il ne gagne pas davantage à tenter de les réprimer ou de les supprimer de force de sa vie, car il ne peut alors que les renforcer.  Pour lui, la solution consiste plutôt à apprendre à se centrer sur leur opposé et à maintenir cette concentration jusqu’à ce qu’il oublie ce qu’il ne veut pas et que le nouveau choix remplisse sa conscience et devienne sa nouvelle réalité.

   Chaque action qu’un être pose, bonne ou mauvaise, c’est-à-dire sombre ou lumineuse, affecte le monde environnant et se répercute à l’infini.  L’action humaine, même là plus insignifiante, se revêt d’une incomparable dignité ou attire la plus terrible répercussion.  Toute action se renvoie sans fin, de miroir en miroir, d’écho en écho, dans l’infini des mondes.  Aussi, au terme de chaque jour, chacun devrait-il chercher à comprendre s’il est capable de se dire, comme l’y invite le Zohar: «Aujourd’hui, je n’ai pas perdu ma journée»

   En vérité, le pouvoir ne s’atteint pas par la force, mais par le savoir.  Il n’implique pas davantage la domination ou la coercition.  Ne mène au pouvoir que ce qui contribue à améliorer sa vie et celle des autres, l’expression de la Nature et l’accomplissement du Plan divin, en somme ce qui appuie la marche ascendante de l’Évolution.  Ainsi, pour rester en harmonie avec la Loi de l’action créatrice, il ne sert à rien de réprimer ou de tenter de supprimer ce que l’on conçoit comme négatif.  Toute intention de ce genre équivaut à une tentative de contrôle.  Or la tentative pour contrôler quelque chose représente un arrêt d’action, mieux dit, un effort de lutte et de tension, donc une attitude négative et destructive qui conduit à la régression.

   Dans ce contexte, agir de façon constructive consiste plutôt à diriger les énergies dans un sens positif ou à les faire dévier d’un courant négatif.  Par «constructive», il faut entendre une pondération entre le négatif et le positif.  Soit que le négatif instruisant autant que le positif, il faut éviter de tenter de fuir l’un pour l’autre, mais comprendre le message de chacun pour indiquer la direction de vie qu’il suggère.  Seule la direction des énergies révèle une intention positive et constructive.

   Alors, la question qui se pose, c’est de savoir comment un être peut diriger les énergies au lieu de tenter de les contrôler?  Cela se passe comme suit: au lieu de chercher à chasser une pensée ou une attitude négatives, il centralise sur leur opposé et il maintient cette centralisation jusqu’à en remplir sa conscience.  Avec le temps, cette nouvelle focalisation en vient à développer un réflexe, à former une habitude, desquels surgira le résultat espéré.

   Il faut savoir que, sur le plan individuel, la pensée, la parole et l’acte sont les plus puissants instruments d’action dans la mesure où ils s’appuient sur la confiance en soi et sur la fermeté du commandement (sur le commandement de foi).  Agir, c’est vivre, c’est s’accorder plus de vie.  Mais il faut savoir discerner entre la «capacité d’agir» et l’«activisme».  La capacité d’agir dépend des réserves d’énergie et de la concentration du sujet; l’activisme n’exprime qu’une action fébrile, exercée dans la tension, l’agitation, la précipitation, donc stérile.

   Hélas, certains êtres sont atteints du mal de l’activisme, soit de l’activité fébrile, témoignant d’impatience, d’inquiétude, de nervosité en raison de motivations inconscientes qu’ils préfèrent ignorer et qui les porte à se fuir.  Alors ils s’investissent dans une vie trépidante, s’évadant dans le travail intense,  pour masquer leurs faiblesses qui sont, en général, des sentiments de doute et d’infériorité ou l’esprit de possession, pour lesquels ils compensent en tentant de confirmer leur valeur personnelle, de faire reconnaître une supériorité apparente.  Ils se veulent performants, productifs, perfectionnistes, s’imposant des tâches immenses, des défis énormes, des objectifs démesurés, mais ils s’exposent à la fatigue, à la dépression, à la maladie, à une mort prématurée.  Un être ne se réalise bien que dans l’amour, la pureté d’intention et la sérénité joyeuse.

   Oswald Wirth a écrit : «Pour être en état d’agir au moment opportun, il faut disposer d’énergies accumulées.  Qui se dépense inconsidérément n’a rien à donner quand il faut fournir un effort…» (Oswald Wirth)  Tout bien pensé, chacun doit juger les gens à leurs actions, non à leurs discours. «Que tes actions correspondent à tes paroles« , disait Milton, avec raison.  Et Lavater ajoutait: «Si tu ne peux faire de grandes choses, fais-en de petites avec fidélité».  Ne juge-t-on pas un arbre à ses fruits?

LA LOI DE L’ACTION PERSONNELLE

   La loi de l’Action personnelle découle du droit à la liberté et à l’autonomie de chacun.  Elle explique que chaque âme est une source indépendante d’action douée du libre arbitre et du libre-vouloir.  Dans la vie d’un sujet, tout lui arrive selon ce qu’il accepte ou rejette délibérément, consciemment ou non, mais librement.  Personne ne peut donc s’en remettre passivement à l’action de Dieu, à celle des autres, aux circonstances, pour tisser la trame de son destin.  Chacun doit développer sa consciente et rester alerte pour agir au moment opportun.  Le candidat à l’initiation doit apprendre à identifier ses attentes illégitimes à l’égard des autres et apprendre à s’appuyer et à s’apitoyer de moins en moins sur les autres pour accéder à la liberté de conscience et d’aaction personnellection.  Il doit vivre et laisser vivre, s’occupant de ses affaires et le faisant bien, laissant les autres aussi libres qu’il entend l’être.  On pourrait méditer sur ces deux pensées: «Faites quelque chose et, si ça ne réussit pas, essayez autre chose.» (Roosevelt). Et : «Les conséquences de ce qu’on ne fait pas sont les plus graves.» (M.  Marien)  Ne vaut-il pas souvent mieux d’avoir remords d’avoir fait une erreur que d’avoir du regret de ne pas avoir essayé quelque chose?  Au moins, dans l’erreur, on apprend quelque chose.

   La loi de l’Action personnelle (que d’autres appellent loi de l’Effort, de la Décision ou de la Motivation) fait comprendre que, dans le Royaume de l’Esprit, rien ne peut se produire automatiquement ou mécaniquement, ce qui appelle, au niveau de la vie contingente, chaque être individuel à donner, dans chaque cas d’espèce, son adhésion ou son refus, si  elle compte voir une réalité se manifester.  Celui qui veut récolter et obtenir une bonne récolte doit soigneusement s’occuper de son jardin, sans quoi il n’y trouvera que les plantes qui auront germé des semences que le vent y aura transportées, ce qui ne fera pas assurément son bonheur ou ne servira pas forcément ses fins.  Et avant de semer, il devra défricher son terrain, le labourer, en ameublir et enrichir le terreau, dresser ses planches.

   En fait l’âme, intermédiaire entre le monde physique et l’Esprit divin, est une source indépendante d’action douée du libre arbitre et d’un vouloir autonome.  Ainsi, aucune réalisation de l’Esprit ne peut se produire chez un être incarné sans que celui-ci l’accepte ou le rejette librement.  Bien sûr, l’être individuel ne saurait contrer indéfiniment ce qui participe du Plan divin, irrépressible, du fait que sa liberté consiste davantage dans le choix des moyens pour atteindre un but que dans la modification du but.  Mais, dans l’immédiat, il peut apparemment, pour un temps, s’y soustraire et lui faire entrave.  Pour cette raison, tout accomplissement personnel prend d’autant plus de valeur, gagnant en qualité et en signification, qu’il est délibéré, consciemment choisi, soit accepté et voulu.

   De par sa nature d’être libre, l’humain incarné ne peut s’en remettre passivement à l’action de la Source divine seule pour déterminer la trame de son destin.  Celui-ci représente un canal, mais aussi un foyer de dispensation, de sorte que l’action personnelle est requise : chacun est l’artisan, donc l’agent premier de son évolution, d’où il doit donner une direction à sa vie, sans quoi il devient le jouet des circonstances.  Ainsi, chaque être doit éviter de s’attendre à ce qu’un changement qu’il veut ou souhaite obtenir durablement provienne de l’œuvre d’autrui ou des circonstances de la vie.  Il doit dégager cette conviction que, dans sa vie personnelle, c’est lui qui peut attirer ou écarter ce qu’il désire.  Il doit savoir que tout ce qu’il attire ou écarte, il en est responsable, pour l’avoir provoqué consciemment ou inconsciemment à un moment ou à un autre, par une voie générale ou particulière.

   Tout changement s’amorce et se complète à l’intérieur d’un être.  Pour cette raison, chaque être incarné gagne à comprendre la Loi cosmique ou de la Force universelle et à en découvrir les principes et les propriétés de manière à s’en servir, par sa raison, à bon escient, soit en fonction des résultats qu’il compte obtenir.  En raison de l’obnubilation consécutive à sa descente dans la densité et la dualité, il doit procéder à tâtons, selon le principe de l’Essai et de l’Erreur, jusqu’à ce qu’il la maîtrise complètement.

   Celui qui désire décider justement doit veiller à ce que les facultés rationnelles de sa conscience de veille se maintiennent dans une relation vivante avec la sagesse ou le savoir de son inconscient, c’est-à-dire de son Centre divin.  Car la décision repose sur une pensée juste qui, en motivant, exalte l’action.  Ainsi, celui qui remet une décision s’expose à une perte d’énergie, peut-être même à l’échec, puisqu’il se situe hors de l’ordre de l’expérience menée au bon endroit et au bon moment.  En ce sens, l’hésitation et la tergiversation écartent un être de ses objectifs.  S’il se met à en discuter en son for intérieur ou avec les autres, il se place également hors d’ordre.  Dans son univers ou son champ d’expérience, où il est le seul directeur, même le roi et maître, chacun doit en venir à se connaître suffisamment pour reconnaître, intuitivement, le moment psychologique d’agir avec efficacité.

   Plus un être conçoit clairement son But ultime et s’y conforme, plus il réduit l’effort à produire pour l’atteindre.  Cela se comprend puisque, en pareil  cas, il appliquera spontanément ses moyens au service de sa fin plutôt que de vivre simplement au jour le jour dans l’inconscience.   D’autre part, restant aligné sur le Plan cosmique, il ne peut que recevoir l’appui de tout l’Univers.

   À l’inverse, plus un être essaie de produire des efforts pour atteindre son but, plus il l’écarte : il éprouve de la difficulté à manifester son objectif en raison de la tension même que présuppose son effort.  Trop, c’est comme pas assez.  Nul ne peut forcer les résultats d’une manifestation, il ne peut que s’accepter comme il est, où il en est rendu.  Aussi est-il préférable pour un néophyte dans l’application de la créativité mentale de se concentrer en toute sérénité sur un point à la fois en dirigeant son énergie sur son But ultime : la Maîtrise totale ou la Redécouverte de son Être.

   Pour évoluer ou s’élever dans l’Échelle cosmique, un être doit se motiver puissamment à l’action par lui-même;  il doit vouloir accéder à d’autres plans, mais sans tension, sans contention.  C’est la loi de la commune destinée qu’il est difficile d’évoluer dans le confort matériel, la distraction de la vie trépidante du quotidien et les objectifs à ras le sol, surtout si on s’y complaît et s’y cramponne.  On pense ici à la quête de plaisir, de richesse, de possessions, de réussite sociale ou professionnelle, de conquête affective, d’honneurs, de popularité, de renommée, etc.

   Quand l’esprit est trop puissamment absorbé dans les réalités contingentes, il ne sent plus le besoin de s’occuper des autres dimensions de sa réalité et d’ouvrir sans cesse sa conscience à ce qui fait l’essentiel de la vie.  Un être matériellement et psychiquement comblé devient vite rassasié… apathique et complaisant.  Alors, bien souvent, il doit attendre un grand dérangement intérieur ou l’imminence de la mort pour retrouver sa stimulation.  Pourtant, il conviendrait que chacun se motive lui-même à découvrir les réalités supérieures, moins illusoires, moins éphémères, moins décevantes au final.

   Dans ses expériences, chaque être doit savoir être à la fois actif et passif.  Cette affirmation paradoxale s’explique comme suit : il convient qu’un être fixe lui-même les objectifs qu’il veut atteindre ou le but qu’il aimerait voir l’Esprit de Vie, cette Entité suprême, subtile intelligente, mais mécanique, remplir.  Il peut y attacher son esprit par un retour fréquent, dans la mesure où il ne varie pas sa formule initiale et n’éprouve aucun doute, mais une grande gratitude, par rapport à leur réalisation.  Mais il doit laisser à l’Esprit épouser son moule de pensée et le remplir, lui inculquant la direction qu’il a indiquée.

   Autrement dit, l’être individuel doit choisir la manifestation qu’il souhaite, la proclamer de manière claire, nette, précise et vivante, mais, tant qu’il n’a pas parfaitement fusionné avec son Centre divin, il ne détient aucun pouvoir sur les moyens et le processus qui en assureront la réalisation, bien qu’il n’y sera jamais laissé à lui-même.  C’est pour cela qu’il a été dit : «Demandez, et vous recevrez;  cherchez, et vous trouverez;  frappez, et il vous sera ouvert…» ou «Demandez, cherchez, frappez… et il vous sera fait comme vous le désirez.»

L’ACTION PERMET DE CONNAÎTRE PAR L’EXPÉRIENCE

    Pour le commun des mortels, l’action représente la faculté de manifester concrètement sa volonté en accomplissant un acte, en réalisant une intention, en exprimant une impulsion, en déployant une énergie en vue d’un but ou d’une fin.  Ainsi, l’action exprime la mise en branle d’une cause pour produire un effet particulier.  Au sens spirituel, synonyme d’expérience personnelle, elle désigne le fait de manifester un choix pour en dégager une connaissance, un fait de certitude.  En ce sens, elle implique le fait d’amener la Force divine à agir à travers soi par son affirmation à la manière qu’on plante une graine dont on veut obtenir la germination et l’expansion, un moyen de mieux connaître ses potentiels innés et de découvrir pourquoi on s’est incarné sur la Terre.  Elle illustre une pensée, une parole ou un ressenti en mouvement.  De ce fait, il n’est pas étonnant que quelqu’un ait osé dire qu’à quelqu’un qui ignore quoi faire et qui pose des questions, il ne peut être fourni qu’une seule réponse : «L’action évoque Dieu en création ou l’expérience du Créateur.  Le Créateur, qui aime, est en agissant, d’où il faut savoir faire comme lui.»  Alors, on peut lire entre les lignes qu’agir, c’est aimer et qu’aimer, c’est agir à sa guise, inspiré par le discernement, soit par la prudence et la sagesse.

   La loi de l’Action permet de comprendre que l’être humain ne peut comprendre que par l’expérience, par la mise en œuvre de ses choix, avec l’aide de l’Énergie neutre du Créateur.  Elle aide à entrer dans la Danse de la Vie et à actualiser ses concepts afin d’en vérifier la validité.  L’action amène à la compréhension, transformant la connaissance en savoir ou en sagesse.  Peu importe qui on est, ce qu’on est, ce qu’on sait, ce qu’on ressent, seule l’action amène à manifester ce que l’on porte en soi.  Nul ne peut accroître son bagage d’expérience en spéculant sur les principes ontologiques.  Seules, les bonnes intentions ne mènent à rien.  Il est facile de parler de rôle fonctionnel ou de mission cosmique, de l’engagement à son idéal, de l’intention d’exprimer l’amour, cGoeland- Annicke n’est qu’en passant à l’action qu’un être incarné peut comprendre le sens de son existence, à l’intérieur du grand mouvement de la Vie, et ce n’est qu’à travers la pratique assidue qu’il peut accéder à la sagesse.  Autrement dit, celui qui se sait un alpiniste spirituel doit entreprendre l’ascension de la Montagne sacré s’il compte finir par jouir des avantages d’en atteindre le sommet.

   Dans le monde matériel, il n’est pas toujours facile de se motiver à passer à l’action.  Dans l’ordre de la densité, les forces de l’inertie, omniprésentes, nourrissent le doute et elles fondent le principe de l’économie de l’énergie et du moindre effort.  Aussi, pour passer d’une idée à l’action, il faut en trouver l’énergie, le courage, le cœur et accepter une part de résignation, car le fait d’agir implique toujours un risque.  Chacun doit surmonter toutes les bonnes raisons qu’il se donne pour différer pour différer sa décision, pour laisser quelqu’un d’autre le faire à sa place, pour rester bien confortablement installé dans le fauteuil du bien-être, de la facilité et des bonnes intentions.  Toutefois, il vaut mieux faire pour le mieux que de ne rien faire et de se donner de bonnes excuses.  Chacun est appelé à agir constamment au meilleur de ses connaissances et de ses moyens.  Nul ne peut lui en demander davantage.  La nécessité d’agir impose de surmonter son apathie, sa léthargie et son impatience pour choisir d’entreprendre une réalisation avec courage, détermination et engagement.

   Tout être vivant doit agir, tôt ou tard.  Mais, le plus souvent, il se contente de réagir, poussé par la peur ou la contrainte.  Au plan évolutif, pour ce qui concerne l’être humain, un être mentalisé doté du libre arbitre, d’autonomie et d’indépendance, celui-ci doit agir par lui-même parce que nul n’est appelé à le faire à sa place.  L’évolution par procuration ou par interposition de personne, cela n’existe pas.  Chacun ne peut développer plus de force et de connaissance qu’en agissant par lui-même.  Chacun doit passer à l’action même s’il se sent faible et démuni et que l’existence dans le plan physique n’est pas facile.  Il ne peut se payer le luxe d’attendre de se sentir protégé ou en complète sécurité, d’attendre que la peur et le doute lui accordent un peu de répit.  Il doit lui-même s’ouvrir à l’inspiration et s’animer de motivation.  Il ne peut pas davantage attendre que quelqu’un lui donne la permission d’agir.  À chaque instant, chacun gagne à agir en fonction de ses motivations profondes et de son idéal le plus élevé, même si les inquiétudes, les doutes et les incertitudes l’assaillent.  Et il gagne à faire preuve de courage en regard de ses peurs puisque toute action comporte une part de risques.

   Chacun est appelé à abandonner ses vieilles habitudes pour devenir différent.  Puisque tout se transforme, il doit constamment s’ouvrir au changement et à la nouveauté.  Car celui qui n’agit pas ne stagne pas, il commence à régresser.  Bien sûr, il y un temps pour l’action et un temps pour l’inaction.  Par un curieux paradoxe, même si la compassion semble parfois exiger l’action, dans certains cas, la meilleure solution, au niveau de l’action, réside dans l’inaction et la non intervention, dans la nécessité de rester tranquille et immobile.  Parfois, c’est en restant oisif, malgré les impulsions et les désirs d’agir, qu’on fait la meilleure démonstration de courage, de patience et de sagesse.  En écoutant les ressentis de son cœur, qu’il faut distinguer des appels viscéraux, chacun sait toujours quand passer à l’action et quand préférer l’inaction.  Nul ne peut attendre que le voisin se lève ou que son heure vienne pour agir : il doit constamment agir.

   Puisque le but de l’expérience humaine est de connaître, chacun est plus appelé à agir qu’à penser.  Un être peut avoir une quantité d’idées géniales, mais elles demeurent inutiles tant qu’il ne les convertit pas en action.  Les idées ne se mettent au travail que lorsqu’un être choisit d’agir.  Nul ne peut transformer toute sa vie et parvenir à la perfection en un jour.  La Perfection des perfections passe par la perfection du moment.  Chacun peut prendre son départ sur son long et difficile Sentier évolutif n’importe quand.  Chaque jour apporte une nouvelle occasion de faire ou d’accomplir quelque chose.  En cela, ce n’est pas tant la grandeur de ce qui est à faire que la manière de le faire qui compte.  Chacun est appelé à évaluer la portée de ses actions à partir de l’aptitude qu’il développe, de la bonne occasion qu’il trouve de vaincre les obstacles qui se trouvent sur sa voie.  Arnold Toynbee a dit avec justesse : Une vie qui n’entre pas en action est un échec.  Il faut convenir que si tout être humain faisait quotidiennement une seule chose significative, il est probable qu’une moitié du monde n’aurait pas besoin de prendre soin de l’autre.

   Pour chacun, la meilleure façon de passer à l’action commence par l’examen de ses inclinations et de ses aptitudes naturelles.  Il doit examiner les talents qu’il aime exercer, les activités auxquelles il aime s’adonner, les réalités vers lesquelles il se sent spontanément attirées.  En outre, il gagne à n’agir que lorsque ses sentiments sont ouverts, l’inclinent à l’action et visent un résultat constructif.  Il ne peut réussir que si sa tête et son cœur s’entendent.  En agissant ainsi, il est sûr d’être aligné sur la Volonté suprême.  En outre, s’il vit en harmonie avec le Plan divin, il a moins d’efforts à produire pour réussir, prospérer et prendre de l’expansion.  Un être sait être en harmonie avec le Grand Mouvement de la Vie quand il ressent une impulsion chaleureuse, enthousiaste, bonne, plaisante, rassurante.  De ce fait, il doit éviter de passer à l’action tant qu’il sent une résistance ou ressent une impression négative.  Au niveau de l’agir, c’est par l’énergie vivante et vibrante qu’il ressent qu’il peut reconnaître qu’il se conforme à la Volonté suprême telle qu’elle lui est dictée par son Centre intime.  Celui qui ne s’ajuste pas à la Volonté suprême se fatigue rapidement, il ressent de la tension, il se dévitalise, car il se coupe de l’énergie de la Source divine.

   En fait, le principe de l’action personnelle repose sur la loi de l’Unicité qui fonde la spécificité et l’originalité de chacun et sur la loi de la Liberté qui fonde son indépendance et son autonomie.  Dans toute vie, tout arrive et se produit selon ce qu’il accepte ou rejette librement, consciemment ou inconsciemment.  Chaque être crée sa vie conformément à ses pensées, à ses paroles, à ses ressentis et à ses actions.  Le principe de l’action personnelle aide à comprendre que nul ne peut s’en remettre passivement à l’intervention du Créateur ou évoluer au gré des circonstances.  Pour ce qui concerne son destin personnel, il peut encore moins s’en remettre à l’intervention des autres.  En effet, la liberté de conscience et d’action ne se développent que par l’expérience personnelle.  Par l’essai, tout être doit vérifier la validité des Lois et des principes cosmiques pour en découvrir la vérité telle qu’elle s’applique à lui-expérience-collectivemême.  Ainsi, c’est en découvrant les lois de la vie qu’il peut sortir du règne de l’opinion, se tirer de la rigidité morale, reconnaître ses tabous, transformer ses préjugés et ses stéréotypes, découvrir ses approximations, transmuter ses croyances, éliminer ses mythes et ses légendes, démasquer ses illusions, identifier ses superstitions, bref trouver sa vérité.

   C’est en passant aux actes que l’être humain forme son discernement, apprenant ce qui est bon pour lui-même ou lui convient, dans la manifestation de ses désirs, de ses besoins et de ses sentiments.  Par son expérience personnelle, il peut discerner le bon grain de l’ivraie, découvrir ce qui est évolutif et régressif par rapport à lui-même, sans en faire une loi pour autrui, juger de ses standards et des normes qu’il s’est établis.  En apprenant à agir et à réagir, quand ses entreprises n’aboutissent pas à la première tentative, il sonde son pouvoir créateur.  En réalité, les conséquences de ce qu’il n’entreprend pas, pour des motifs faussement ou vainement arbitraires, sont plus lourdes que celles de ce qu’il essaie.  À ne rien faire, il n’apprend rien.  Pour cette raison, il gagne davantage à connaître certains remords d’avoir fait une erreur, au niveau apparent, qu’à ressentir du regret de ne pas être passé à l’acte.  Dans l’erreur ou l’échec, comme dans la réussite, il apprend toujours quelque chose.  Comme le disait un vieux sage, pour chacun, il vaut mieux faire quinze erreurs par jour que de ne rien faire, car, au moins, il apprend ce qu’il ne faut pas répéter.  Nul ne peut être pénalisé du fait qu’il essaie quelque chose qu’il ne connaît pas, mais qu’il veut connaître, pour savoir s’il peut y trouver quelque chose de constructif et d’évolutif.

Que faut-il entendre par l’action?

    Ce qu’il faut comprendre de ce qui précède, c’est qu’un être libre ne peut compter sur un salut par interposition de personne.  Nul ne peut compter sur un autre pour apprendre ce qu’il doit apprendre et réaliser ce qu’il doit réaliser, car il n’en tirerait aucun savoir, aucune certitude personnelle.  L’autre, s’il le sait lui-même, peut tout au plus lui montrer comment s’y prendre.  Quand Dieu donne, il ne revient pas sur sa parole, il donne pour l’éternité.  Or il a accepté de donner la liberté entière à l’être humain pour qu’il puisse s’adonner à ses expériences de création ou pour qu’il puisse donner libre cours à sa propre créativité.  Le Créateur n’est pas responsable de ce que l’être humain fait des dons qu’il lui a faits.

   C’est pour cela qu’il a été dit : «Demandez et vous recevrez;  cherchez et vous trouverez;  frappez et il vous sera ouvert.»  Au-delà de la symbolique de cette séquence initiatique en trois temps, ces recommandations rappellent une vérité fondamentale : celui qui ne demande pas ne peut recevoir;  celui qui ne cherche pas ne peut pas trouver;  celui qui ne frappe pas ne peut pas être accueilli.  S’immiscer dans l’expérience d’un être libre, c’est purement et simplement de l’ingérence, un manque de respect de son libre arbitre.

   Si une personne fréquente un centre de conditionnement physique, mais que c’est son moniteur ou son entraîneur qui fait tout le travail, qui lève les poids et les haltères et qui pratique à tous les appareils, c’est lui qui améliore sa vitalité et qui développe sa musculature, non le membre inscrit.  La logique veut que ce soit celui qui agit qui fasse les plus grandes découvertes et se fasse le plus de bien.  Celui qui craint d’agir par crainte de l’effort, de la fatigue, de l’échec ou de l’erreur n’apprend rien, d’où il n’améliore pas sa situation.  Mais celui qui passe à l’action, quitte à faire des erreurs ou à manquer son coup, donc à mener une expérience incomplète, apprend de plus en plus.  Dans tout échec ou toute erreur, il trouve une part de lumière qui l’instruit et le fait évoluer.

   Il est rare qu’une personne puisse réussir une nouvelle expérience du premier coup.  Mais, de reprises en reprises, par erreurs et réussites, elle améliore sa dextérité et son habileté et elle développe sa compétence.  Dans chaque expérience, elle gagne à centrer son attention sur la part de connaissance qu’elle acquiert plutôt que sur la difficulté de la tâche ou sur la nécessité d’accomplir des performances ou de réussir.  Voilà pourquoi il vaut mieux faire quinze erreurs apparentes par jour que de ne rien faire.  La seule faute réelle serait de répéter une expérience qu’on sait nuisible pour soi ou pour autrui.

   Dans la vie, la connaissance, qui affine la conscience, surgit de l’expérience personnelle, car celle-ci permet de faire passer la réalité à travers soi.  Cette réalité confère le savoir de certitude, bien différent et supérieur à la croyance.  En cela, l’expérience des autres apporte peu de lumière car on ne peut jamais avoir à quel point elle est valide et crédible.  De ce fait, l’expérience personnelle passe par l’agir personnel.

   À ce propos, on pourra se demander ce que signifie l’agir dans le contexte de la métaphysique, une science destinée à ouvrit la conscience jusqu’à la Maîtrise totale, à l’Illumination ou à la Libération transcendantale.

  1. a) L’agir commence par la pratique de la détente. Nul ne peut intervenir efficacement à moins de le faire dans la détente, la sérénité, le sang-froid. Un être tendu bloque les énergies, il réduit

sa circulation à travers son être, réduisant d’autant ses possibilités, d’où il n’obtient que des résultats médiocres ou mitigés.  Nul ne peut maîtriser la technique de la créativité mentale, qui permet d’engendrer un monde à son image et à sa ressemblance, conformément à la manière ou à la méthode même du Créateur unique, sans commencer par la détente.  C’est par la créativité personnelle qu’un être actualise ses potentialités, donc qu’il active ses pouvoirs latents et qu’il développe sa conscience.

  1. b) Mais, pour devenir un bon créateur, la détente ne suffit pas.  Il faut encore savoir se centrer.  La centration consiste à fixer son attention sur un point unique, en écartant toutes les autres sollicitations et distractions.  Ce point unique peut être une idée, une pensée, une parole, une image, un sentiment ou un ressenti, soit ce qui peut amener à combler un besoin, à réaliser un désir ou à valider un concept.  Celui qui peut se centrer sur un élément psychique pendant trente quatre secondes, dans l’exclusion de tout autre, donc sans aucune dispersion ni variation, peut amener toute réalité subtile à se manifester concrètement dans son univers.

   Dans le yoga ou la méditation, se centrer signifie s’arrêter dans le calme pour fixer sa conscience sur un point imaginaire situé entre les sourcils.  Par extension, cela signifie fixer son attention sur une image, un but ou une idée, dans la détente, donc sans effort ni tension, afin de ressentir une connexion plus intime avec cette réalité ou avec son Être intérieur et de découvrir une infinité de nouvelles façons de voir ce qui se passe dans sa vie.  Elle permet à tous les aspects de son être d’entrer en état d’équilibre et d’harmonie afin de se laisser guider par la Conscience divine en soi.  Cet exercice produit une synchronisation des deux hémisphères du cerveau afin de favoriser une connaissance globale ou pour mieux agir sur la matière.  Se centrer consiste à faire la mise au point de sa pensée pour tout réunir tout dans un même centre.  Se centrer représente donc l’exercice de tout ramener en soi à une direction unique, de fixer sa pensée sur un objet unique, y concentrant toutes ses énergies comme un laser.

   Le procédé de la centration contribue à unir en soi les deux aspects de la polarité de la manifestation.  Mais comment mener une vie centrée dans la vie courante? Des exemples peuvent aider à comprendre comment y arriver.  Aux heures de travail, il s’agit de travailler et de cesser de rêver aux congés ou aux vacances.  Et aux heures de repos et de détente, on se  délasse et on refait ses énergies, refusant de penser au travail qu’on a laissé ou qu’il reste à faire, de se morfondre sur le passé, de se soucier du lendemain.  Aux heures de vacances, on vit intensément ses nos vacances et uniquement ses vacances  On oublie le travail pour se ressourcer et se régénérer.  Aux heures de sommeil, on dort  Aux heures de réflexion, on analyse calmement son travail, ses activités et ses projets, on les ordonne et on laisse la Vie se charger de la réalisation de ses plans.  Ainsi, aux heures de joie, on se réjouit pleinement.  Aux heures d’embarras ou de revers, on se contente de réfléchir froidement, sans se perdre dans les vaines et pénibles cogitations.  En tout temps, on veille à éviter de se précipiter, de se hâter indûment, de tergiverser, de louvoyer, de retourner dans le passé ou de remettre au lendemain.

  1. c) Pour devenir un bon créateur, l’être humain doit encore savoir se concentrer. La concentration ne ressemble en rien à ce qu’on a appris à la petite école qui n’était rien d’autre que de la crispation psychique plutôt qu’une focalisation adéquate. Agir consiste donc encore à apprendre à se concentrer.  La concentration désigne l’état psychique qui résulte de la direction de l’attention sur un seul point dans la plus grande détente.  Elle implique le maintien de l’esprit sur une seule pensée.  Elle consiste à empêcher la déviation de la pensée pour parvenir au vide mental.  C’est par elle que l’esprit réussit à corriger les faiblesses de sa conscience objective et à établir sa maîtrise.

   Tous croient savoir de quoi la concentration retourne, mais la plupart s’en tirent plus souvent avec un mal de tête qu’avec un sentiment d’accomplissement et de plénitude.  On confond trop souvent la concentration avec la crispation nerveuse et la tension mentale, ce qu’elle n’est jamais.  Se concentrer, c’est fixer sa pensée sur une idée, penser à une seule chose, avec ferveur, pendant un moment déterminé, centrer toute son attention sur un seul sujet ou une seule tâche.  Mais cet exercice doit se produire dans la détente et le détachement, ce qui fait toute la différence.  La concentration, c’est l’application de la faculté créatrice de la conscience, ou la transmutation des choses en éléments de pensées, dirigées par un moyen de focalisation, en toute neutralité, vers le point ou le lieu désiré ou vers la manifestation à obtenir.  Voilà une définition ésotériquement exacte, mais plus difficile à comprendre, qui risque de faire régresser dans la compréhension.  Alors, pour reprendre autrement, se concentrer consiste à choisir une idée unique, à en absorber tout son esprit, à un moment donné, à la maintenir dans sa pensée, à l’exclusion de toute autre, et à laisser coopérer toutes ses énergies, pendant ce moment, dans son choix pour en obtenir la réalisation.

   Pour bien se concentrer, il faut commencer par se centrer, par faire une mise au point intérieure.  En fait, il ne faut pas essayer de se concentrer, il faut choisir de se concentrer, de fixer son attention sur une pensée unique, et laisser la chose se faire d’elle-même.  Le choix devient la volonté douce de se concentrer sur telle idée.  Ensuite, on laisse son Guide intime répondre à cette demande de ne retenir qu’une seule pensée précise et de la nourrir d’énergie.  C’est seulement dans cette attitude que le Moi intérieur peut posséder la pensée ou l’idée retenue, la vivre, la sentir dans toute sa vitalité, dans toute sa force vivante.  Cette pensée ou cette idée doit donc se libérer du mental objectif une fois circonscrite.  Il paraît qu’un bon moyen de parvenir à se concentrer, c’est de développer en soi la puissance du OM qui dissout toutes les pensées parasites qui s’opposent à l’évolution.  Ce son conduit peu à peu à la fusion en Dieu.  Un autre excellent moyen, c’est de suivre son mouvement respiratoire (inspiration-expiration) avec le son SO-HUM, So à l’inspiration et Hum à l’expiration.  Et, au moment même de se concentrer, un bon moyen de se détacher des pensées indésirables, c’est, au lieu de lutter avec elles, de leur donner, en imagination, des ailes et de les voir s’envoler, une à une, vers d’autres centres magnétiques qui leur ressemblent.  Sinon, on les convoque au tribunal de son jugement pour les vider de leur énergie, leur accordant toute l’attention qu’elles requièrent.

  1. d) Pour devenir un bon créateur, il faut encore apprendre à méditer à heure fixe au moins une vingtaine de minutes deux fois par jour. Rappelons sommairement que la méditation régulière permet de s’élever dans un état médian (intermédiaire) pour entrer en contact avec son Étincelle divine, par le biais de son âme.  Grosso mode, il a été dit : «Nul ne peut aller au Père sans passer par le Christ, mais qui a vu le Christ a vu le Père.»  Voilà qui est bien naturel puisque le Créateur a engendré le Christ, son Fils unique, à son image et à sa ressemblance.  Or le Christ ou le Fils, c’est l’Âme universelle, le Grand Médiateur réversible situé entre l’Essence et la Matière qui amène les prises de conscience.  Ainsi, pour établir un pont entre le Ciel et la Terre, l’être humain doit s’élever sur le plan de l’âme, le seul état où il peut vraiment connaître (co-naître) et dire savoir, au-delà des apparences illusoires.  La méditation lui permet d’affermir son lien avec sa Source spirituelle et de développer un canal clair qui prépare la fusion avec elle.
  2. d) Agir consiste également à appliquer les Lois de la Vie dans son quotidien de manière à toujours vivre dans l’équilibre (le juste milieu ou l’équilibre des polarités), l’harmonie et l’ordre, ce qui est une condition de l’accomplissement dans le Bonheur suprême. L’agir consiste notamment à vivre amoureusement dans l’immédiateté (l’instant présent ou l’ici et le maintenant) en faisant ce qu’on aime ou en apprenant à apprécier ce qu’on fait pour se maintenir dans la spontanéité et toujours rester disponible au changement.  Puisque le passé n’est plus et que le futur n’est pas encore, c’est le seul point de la continuité évolutive où un être peut vivre pleinement, à son adresse, pour recevoir les bénédictions et les trésors de la Providence.  Ainsi, il doit veiller à toujours se trouver au bon endroit, au moment opportun, pour vivre la meilleure expérience, nanti de tous les moyens et de toutes les connaissances dont il a besoin pour bien la mener.
  3. e) Enfin, l’agir implique l’ascension de l’Échelle évolutive logée dans la colonne vertébrale par une technique adéquate, donc par des moyens idoines et avérés. Car l’être humain doit «se connaître lui-même à l’intérieur de lui-même afin de connaître le Ciel et les dieux et de se redécouvrir leur égal».   Chaque chakra de l’Arbre de Vie correspond à un plan de conscience cosmique et il permet de développer des facultés particulières qui permettent de comprendre que l’être humain, à titre de Dieu-Homme, détient tous les attributs de son Créateur.  Un être réussit à monter son Échelle évolutive en vivant amoureusement son quotidien, en y appliquant les Lois de la Vie, en ouvrant successivement ses chakras, en pratiquant diverses techniques spirituelles et en recourant à des clés secrètes et à des mots de pouvoir.  Autrement dit, il doit demander à être initié par la Hiérarchie cosmique licite et légitime.

   Comme vous pouvez le constater, la loi de l’action attire l’attention sur la nécessité, pour l’être humain, de mettre en pratique ce qu’il apprend jusqu’à ce qu’il le maîtrise parfaitement.  Voilà ce qui correspond aux biens imputrescibles des Textes sacrés, car ce qui est acquis au niveau du savoir l’est pour l’éternité, tandis que les possessions matérielles passent, ne pouvant suivre dans les plans supérieurs de la Conscience cosmique, où, du reste, elles n’ont aucune utilité.

   La Maîtrise spirituelle résulte de la pratique répétée des lois spirituelles et des principes métaphysiques.  En cela, il faut savoir pratiquer, pratiquer et encore pratiquer jusqu’à savoir pouvoir comme le Créateur lui-même.  Tous le savent, une chaîne détient toujours la force de sa maille la plus faible, car c’est la première qui peut céder et amener un plan à échouer.  Alors, il faut donner une égale force à chaque maille en ne lui conférant rien de moins que la perfection.

   La pratique quotidienne doit suivre la méthodologie et l’ordre prescrits par la pertinence de la réalité, non de la fantaisie personnelle.  Pour redécouvrir sa ressemblance avec le Créateur, une réalité déjà accomplie, mais simplement oubliée, il faut savoir agir comme lui, de manière scientifique.  Ne le qualifie-t-on pas de Grand Architecte de l’Univers?  Le Créateur porte ce titre parce qu’il a engendré le Monde de manière scientifique, en géométrisant, dans le respect des nombres spirituels et des lettres sacrées, amenant ainsi son Verbe à se faire chair.  En tout et partout, telle est la cause, tel est l’effet;  telle est l’action, telle est la réaction;  telle est l’intention, telle est la conséquence;  telle est l’idée, telle est la manifestation.

Quelle est l’importance de l’expérience personnelle?

    L’âme humaine représente une parcelle de l’Essence divine qui pénètre l’Univers en tant que force motivante ou force vitale.  Cette âme demeure dans l’être humain où elle forme son entité et fonde son individualité.  Ainsi, l’être humain a accès à l’Intelligence cosmique, mais il ne pet pas interpréter la connaissance de l’âme tant qu’il ne la vérifie pas à travers l’expérience.  La Sagesse éternelle est illimitée, mais elle reste incompréhensible et méconnaissable pour lui tant qu’il ne la fait pas passer par son psychisme doté des facultés qui lui permettent de l’appréhender.

   Cette Sagesse divine, qu’il porte en son âme, ne se révèle qu’à travers l’étude du phénomène où il découvre le jeu de cause à effet.  Alors, progressivement, il tire sa connaissance de son expérience jusqu’au point de Maîtrise où il coordonne son degré de réalisation avec la sagesse la plus élevée de son âme.  Cette Sagesse supérieure est disponible à la conscience qui peut la capter sous forme d’éclairs d’intuition lors d’un moment de détente, de concentration ou de méditation.

   Mais ce ne sont pas tous les êtres humains qui ont ainsi accès à ce réservoir de sagesse du fait qu’ils sont plus enclins à ignorer leur âme et qu’ils négligent d’entrer en contact avec elle.  La majorité des êtres incarnés restreignent leur connaissance aux informations limitées des perceptions de leur cinq sens physiques.  Longtemps, ils dépendent presque uniquement de l’information provenant du monde extérieur, dont la majeure partie est fausse ou, tout au moins, inexacte.  Ils acceptent les croyances de leur temps qui leur fournissent une foule de faits hypothétiques sur lesquels ils ne peuvent que fonder des jugements souvent erronés.  Peu d’être humains connaissent la manière dont leur esprit fonctionne.  Alors, ils ne réalisent pas qu’il peut communiquer avec leur âme pour obtenir un savoir plus vaste.  Ainsi, l’homme ordinaire avance isolé du centre de son être et coupé de la Source de la Puissance divine.

  Du fait qu’il est libre, dès qu’un être humain s’incarne, il s’appartient et il doit vivre sa vie en se prenant lui-même en charge, soit en s’assumant.  Il détient la liberté qui lui permet d’y parvenir.  Il doit l’exercer à maîtriser son environnement et à se réaliser spirituellement.  Ce qu’il devient dépend de sa façon d’agir dans la vie courante et de réagir aux événements, de sa naissance à sa transition.  Sa manière d’agir et de réagir face aux situations représente une occasion de grandir pour son âme.  Peu à peu, il apprend à se former une meilleure compréhension de lui-même à travers ses expériences.  Il est à chaque instant le résultat de ce qu’il a choisi consciemment ou inconsciemment dans son passé.

   Ainsi, selon son degré de conscience, il fait des choix qui le rendent heureux ou malheureux.  À travers ces hauts et ces bas, il forge son sens commun et il forme son discernement et sa sagesse.  Il vit toujours bien des expériences qu’il pourrait éviter, s’il connaissait mieux les lois de la Nature et les principes cosmiques.  Il s’éviterait bien des misères s’il savait puiser à la sagesse de son âme en s’ouvrant à l’intuition.  Mais, par ignorance ou par apathie, il préfère s’en remettre aux seules ressources de son mental et de ses bras, éclairé par les perceptions incomplètes de ses sens concrets.  Alors, il se guide par une connaissance limitée, toujours ponctuelle.

   Au fil des jours, il n’en parvient pas moins à améliorer sa vie en puisant dans ses souvenirs, enregistrés dans sa mémoire, pour mieux éclairer ses choix.  Il y garde, plus ou moins claires, toutes ses expériences passées, dont il tire parti.  Mais du fait qu’il puise dans un réservoir limité de sagesse, il ne fait pas toujours des choix judicieux et constructifs et il en paie le prix affinant son discernement.  Au fur et à mesure qu’il affirme sa compréhension des événements, il finit par prendre conscience qu’il existe des lois et des principes et il réalise qu’il crée lui-même le monde dans lequel il vit.  Voilà ce qui stimule sa curiosité et qu’il décide d’en apprendre de plus en plus à leur sujet.  C’est souvent à ce moment qu’il commence à penser que la vie peut avoir un sens, même une portée qui dépasse son entendement ordinaire, d’où il se met à chercher un enseignement spirituel ou métaphysique pour accélérer sa compréhension.  Il vit dans la hâte de mener des expériences plus significatives et agréables.  Il perçoit vaguement que le monde ne peut changer sanas qu’il change lui-même.

   Et il en est bel et bien ainsi : l’expérience de chacun reflète toujours fidèlement ce qu’il pense, dit, fait et ressent consciemment ou inconsciemment.  Elle vise à clarifier les intentions personnelles et à reconnaître son pouvoir personnel.  Alors, il gagne à rester clair, à demeurer centré et à se ramener dans l’instant présent pour cesser de se perdre et de tourner en rond.  Chaque expérience apporte une connaissance dont l’individu pourra se servir plus tard pour parvenir à une toute nouvelle prise de conscience.  Il doit considérer toute expérience, même dramatique, comme un dossier.  Alors, il faut toujours la mener à terme, la résoudre du mieux qu’il le peut, faire la paix en lui à son sujet, plutôt que de la balayer sous le tapis ou de la traiter à la hâte.  Dans chaque expérience, il doit accepter le rôle qu’il a joué.  Il doit laisser toute expérience tourner dans sa conscience, pour en tirer un quelconque enseignement, acceptant de la considérer comme un trésor vibrant.

   On a parfois l’impression de tirer des leçons sans importance de certaines expériences.  Mais, avec le temps, comme les pièces d’un puzzle, chaque élément s’accorde avec les autres d’une façon souvent imprévisible.  De ce fait, il faut toujours considérer chaque expérience dans une perspective plus vaste, comme sait le faire le Soi divin.  Toutes les expériences de sa vie se rejoignent peu à peu pour lui donner plus de valeur, d’une manière ou d’une autre, même si on ne sait pas toujours comment cela est possible au moment de les mener.

   Bonnes ou mauvaises, selon les apparences, pour chacun, toutes les expériences de la vie présentent autant d’occasions d’apprendre et de s’enrichir.  Alors, en s’efforçant de les considérer sous cet angle, l’individu peut s’engager avec courage et stimuler sa détermination à braver les difficultés de la vie.  Dans la vie, l’attitude constructive devient un atout, surtout dans les moments sombres, car elle permet d’attendre d’apercevoir la lumière au bout du tunnel.  À l’intérieur de tout être humain, il existe des possibilités infinies de découverte et d’enrichissement.  Seules les limites qu’il s’impose peuvent y mettre un frein.  De ce fait, on comprend que, au lieu de se retenir, il faut foncer pour acquérir une nouvelle confiance dans ses propres ressources.  Quand on sait se lancer le défi de tout redécouvrir sur soi, de nouvelles expériences, toutes plus stimulantes les unes que les autres, viennent s’insérer dans son quotidien pour l’enrichir.

   Chaque être humain s’est incarné pour mener des expériences à partir desquelles il se construit.  C’est par l’expérience qu’il découvre ce qu’il est par rapport à ce qu’il n’est pas ou ne veut pas être.  Pour vivre sa propre expérience, il gagne à savoir donner tort aux valeurs qu’il a acceptées dans le passé (qu’elles proviennent de ses parents, de ses amis, de sa religion, de la politique, de la philosophie, de l’histoire, de la sociologie, des traditions).  Sinon, il nie sa propre expérience, au profit de ce que le milieu impose de penser, et il se dépersonnalise, se condamnant à s’étioler et à régresser.

   Ici-bas, le sabotage personnel commence toujours par l’abdication du libre arbitre personnel, soit par le refus d’exercer sa volonté propre.  Cette démission s’accompagne d’une habitude tout aussi pernicieuse : celle de chercher des réponses à l’extérieur de soi.  En agissant ainsi, un être nie sa volonté propre, d’une part, mais surtout, il s’est formé à penser qu’un autre peut savoir ce qui est le mieux pour lui, ce qui est impossible.  Surtout que, très souvent, cet autre ne se connaît pas lui-même et qu’il ne sait même pas ce qui est bon pour lui.

   Ce n’est qu’en exerçant sa propre volonté, en faisant à sa tête, pour ainsi dire, qu’un être peut rester en accord avec lui-même et qu’il peut agir de manière sensible, sensée, appropriée.  Nul n’est tenu de se conformer à des procédés stéréotypés, à des comportements standards, à des programmes préconçus, à des règles et à des règlements préétablis, si raffinés qu’ils soient, si valables qu’on les dise, si indispensables qu’on les décrive, s’ils réduisent le libre arbitre personnel.

   La peur, le doute, le sentiment d’impuissance, le manque d’estime de soi, le sentiment d’infériorité, la confusion, tous ces états naissent d’une abdication du libre arbitre personnel.  Ils révèlent un fossé qui s’élargit peu à peu entre la volonté de la conscience intime et le moi personnel.  Ce hiatus ne peut être comblé qu’en recourant à l’expérience personne qui permet de savoir pour soi.  Tout effort personnel mène tôt ou tard au succès, ce qui accroît la confiance en soi et l’estime de soi.  Pour vraiment savoir, il faut essayer par soi-même en restant à l’écoute de ses sentiments et de ses ressentis et en incarnant sa propre réalité.  L’observation seule ne mène jamais bien loin.

   C’est en apprenant de ses expériences personnelles qu’un être comprend le mieux.  Tout ce dont il fait l’expérience par lui-même lui fournit une validation personnelle, par confirmation ou infirmation, de ce qu’il se passe à un moment précis.  Voilà précisément comment il peut évoluer : en considérant personnellement une expérience en fonction de ce qu’elle peut lui apprendre.  L’expérience personnelle permet au libre arbitre d’apporter sa contribution unique et particulière qui, bien souvent, est différente de celle des autres.  En agissant ainsi, un être exprime qu’il reconnaît son droit d’évoluer à sa manière.  La manière personnelle d’explorer la Création n’impose pas de rejeter les conseils et les avis extérieurs, qui peuvent apporter de la lumière.  Elle ne fait que restituer à chacun son droit d’exercer sa propre volonté.

   Dans la vie de chacun, tout repose sur le choix personnel.  Nul ne doit subir la moindre entrave à sa liberté et nul ne doit accepter d’autre ascendant que celui de Dieu.  En soi, toute expérience porte son agrément puisque, par le négatif ou le positif, elle développe la conscience.  Le déplaisir exprime simplement la frustration du mental –qui colore une expérience à son profit afin de maintenir son refus d’apprendre une leçon opportune– ou la difficulté personnelle de s’accepter inconditionnellement tel qu’on est.

   Le Maître, Janakanandâ, disait: «Une expérience vécue n’est qu’un pont entre deux expériences à vivre, et non la fin de la route.»  En effet, l’être humain peut apprendre et ouvrir sa conscience que par l’expérience personnelle.  Car il ne connaît bien, pour sûr, que ce qui est passé à travers lui.  Mais toute expérience en attire une autre, car toute vérité acquise n’est qu’une partie de la Grande Vérité, de la Vérité unique.

   Aucun être humain ne serait capable de mener toutes les expériences possibles.  Chacun a donc avantage à choisir de maîtriser les expériences utiles, révélées dans l’ici et le maintenant, qu’à désirer mener de multiples expériences.  Et, puisque tout s’enchaîne de façon logique, chacun aurait avantage à approfondir les petites choses, qui, seules, peuvent conduire aux grandes réalisations.  Il faut cesser de comparer, de s’éparpiller.  Il faut compter que si on sait appliquer sa maîtrise dans les petites occasions, la Vie saura se charger des grandes occasions.  Comme le rappelait la Mère Rose, compagne de Sri Aurobindo Ghose, l’expérimentation ne tend que vers une seule chose: à découvrir que seule la conscience existe.

   Un commentaire du Tibétain confirme: «Le progrès sur le Sentier dépend de la capacité de s’assimiler l’enseignement.  Ce n’est que lorsque les leçons, apprises sur le plan intérieur, sont appliquées, qu’elles font partie de notre expérience et cessent d’être théoriques.  L’expansion de la conscience doit toujours être une expérience vécue.  Les théories n’ont pas de valeur tant que nous ne les avons pas transformées en faits.»  Les théories conduisent à se former des croyances, non des convictions.

   Pour sa part, l’expérience, qui stimule la réflexion, engendre la connaissance.  Pour être utile, toute expérience doit devenir sienne, sans quoi elle ne contient aucune évidence, aucune certitude.  Accepter une conclusion qu’on n’a pas soi-même tirée de l’expérience, c’est vivre par personne interposée, apprendre par la bonne foi en quelqu’un d’autre.  Il faut donc espérer que l’autre est intègre et intelligent!  On peut définir l’expérience comme la prise de conscience personnelle d’une réalité par l’appréhension interne (intuition) ou externe (intellect et sens).  Elle est faite d’erreurs et de reprises, mais elle donne au moins la confiance en soi.

   Dumarsais rappelait: «On ne sait bien que ce que l’on apprend soi-même.»  Mais Bernais ajoutait, un peu amer: «L’expérience n’est, pour la plupart des hommes, au soir d’une longue vie, que le terme d’un long voyage autour de leur propre néant.»

   Toute évolution harmonieuse commence par l’ouverture à l’expérience.  L’être humain ne connaît bien que ce qui passe à travers lui.  C’est l’expérience qui élargit la conscience en développant les connaissances, les aptitudes, la compétence, la dextérité.  L’expérience se définit par le fait d’éprouver soi-même une réalité (intuition, fait, perception, sentiment, etc.).

   En s’ouvrant à l’expérience, on se met dans l’état psychique favorable qui permet à un stimulus de parcourir la conscience tout entière sans être déformée, qu’il s’agisse d’un stimulus interne ou externe.  L’ouverture de conscience suppose la mise en disponibilité de son être, d’une mise en situation adéquate, de l’acceptation d’une considération réaliste inconditionnelle d’un effet, d’un phénomène pour le connaître.

   L’expérience permet de remonter à la cause par soi-même au lieu de se fier à l’analyse des autres.  Mais une expérience n’est valable que si on la comprend véritablement au lieu de l’interpréter à sa manière.  Il y a une différence entre la réalité et l’actualité.  L’être humain doit partir de la réalité (ce qui affecte ses sens) pour remonter à l’actualité (à la chose comme elle est en soi).  L’ouverture à l’expérience présuppose ainsi une attitude d’accueil de ce qui apparaît dans le champ perceptuel et une évaluation valorisante de ce phénomène.  L’ouverture à l’expérience implique aussi la satisfaction de ses désirs licites et de ses besoins légitimes.

   On n’expérimente bien que dans le contentement, la sérénité, muni de tous les instruments dont on a besoin.  L’ouverture à l’expérience requiert enfin l’acceptation du changement, l’accueil du nouveau, pour atteindre à une conscience toujours élargie.  Tout bouge, change, avance, va vers l’avant.

 ***

   On ne peut avoir abordé ce sujet sans présenter un paradoxe qu’il appartiendra à chacun de solutionner personnellement.  À vrai dire, d’une part, l’expérience humaine dissimule, la plupart du temps, une recherche de pouvoir subtilement déguisée, un moyen de dominer la Nature ou les êtres.  Dans tout ce qu’il fait, l’être humain porte toujours un intérêt qui l’avantage.  Voilà pourquoi la compréhension divine, comme la fusion spirituelle, requiert l’abandon dirigé, soit l’abandon conscient des pulsions de l’ego.  Les facultés d’abstraction conservent leurs limites.  Alors, si un être ne parvient pas à aimer Dieu comme il aime, il s‘englue dans des schémas mentaux qu’il a lui-même établis dans le passé.  Le Créateur parle dans le calme total sans enivrement des sens.

   D’autre part, tel qu’il est perçu par le mental, le mot «expérience» exprime un désir limitant et un faux besoin.  Dans l’expérience, l’être humain cherche d’abord à savoir, non à réaliser dans un jaillissement spontané d’amour.  La recherche de la connaissance approfondit la dualité, du fait qu’elle soupèse constamment le plus ou le moins, dissociant l’ombre de la Lumière.  Ce fait écarte toute possibilité de s’unifier intimement.  Nous croyons que cette notion devrait être changée.  Dans la vie, il faut chercher à savoir, soit à connaître l’amour (à co-naître avec l’amour), pour devenir parfaitement pur et subtil ou pour se redécouvrir fait à l’image et à la ressemblance du Créateur.   En cela, il n’est nul besoin d’artifice comme l’expérience, il n’est besoin que d’être tout simplement.  Chaque être est déjà ce qu’il cherche à connaître de lui-même, il l’a simplement oublié.  Alors, il n’a rien d’autre qu’à être pleinement son Je Suis.  Se connaître passe d’abord par le rappel d’un souvenir indélébile ou par le réveil de ce qui est déjà.  C’est la seule expérience qui vaille la peine d’être menée.

© 1983-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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2 Responses

  1. Armand

    Salut.
    j’ai aimé cet enseignement. J’aimerais apprendre davantage surtout sur comment développer son éveil spirituel. un truc pratique.

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    • Bertrand Duhaime
      Bertrand Duhaime

      Vivez d’Amour, abandonné sans condition à la Lumière divine, centré sur le moment présent, en acceptant les expériences agréables et désagréables comme des messages prioritaires vous révélant vos grandeurs et vos faiblesses, puis, en être responsable, procédez aux changements qui s’imposent. Autrement dit, soyez, abandonné à la Danse de la Vie. Mais, le problème, c’est que les gens cherchent des moyens magiques d’ouvrir leur conscience, bien souvent pour des motifs plus matériels que spirituels. Ils demandent des moyens donnant des résultats rapides pour améliorer leur situation contingente ou satisfaire leurs passions, alors que le but de la spiritualité est de vivre la Vie totale, la Vie divine. Or, pour changer une situation ou améliorer son sort, il faut trouver en soi la cause qui attire et entretient un état d’être négatif, la changer, la dissoudre, sans quoi ce qu’on n’aime pas ne peut que perdurer, même s’amplifier. En cela, il n’existe pas de moyen magique de transformer sa vie sans supprimer ou harmoniser ce qui n’y va pas, ce qu’on n’apprécie pas. La Vie est une École d’apprentissage où il faut apprendre et maîtriser les leçons de la Vie au gré des jours. Qu’on se le dise, il n’existe pas de raccourci initiatique.

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