La paresse comprend autant la répugnance à accomplir sa tâche, à se mettre au travail, à passer à l’œuvre, à se faire actif, à produire un effort, que le manque d’intérêt et de motivation. Pour le paresseux, tant qu’il n’a pas une bonne raison de faire une chose, il en a une bonne de ne pas la faire. N’est-ce pas le lot de l’Humanité, mue par la loi du moindre effort, toujours résignée, rassasiée, complaisante?

Comme l’a dit JParesse-paresseules Renard : «Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue.» La paresse permet de comprendre que le travail est devenu une valeur importante pour les civilisations contemporaines. Les vieilles cultures méprisaient le travail qu’ils considéraient comme la dégradation d’un homme libre. Autres temps, autres mœurs, faut-il croire. N’empêche que la paresse empêche de connaître ce qu’on peut obtenir de soi-même, devenant le plus grand ennemi de ses facultés. Puis, comme on dit, l’oisiveté est la mère de tous les vices.

Pourtant, il est rare qu’un être se qualifie de paresseux : il applique plutôt cette étiquette à un autre qui n’agit pas à sa convenance par déception. Elle permet de classer une situation ou d’élucider une question pour ne pas avoir à faire des vagues, soit pour éviter de se lancer dans une confrontation désagréable. Ce peut encore être un constat facile à faire qui évite de devoir en chercher l’explication.

Un être sombre souvent dans la paresse parce qu’il a émoussé son dynamisme dans une vie monotone ou dans des activités répétitives, contraignantes, ennuyeuses, improductives. L’esprit ne reste actif que s’il est stimulé par l’intérêt, qui provient toujours de la nouveauté, qui éveille et entretient la curiosité. Il a toujours besoin d’élargir sa perspective. Malheureusement, la majorité des gens gaspillent une large part de leur temps en pensées banales et médiocres, sans portée pour l’avenir. Tuer le temps incline l’apathie, vers la paresse mentale et physique. Il faut dire que l’Humanité, en général, est une espèce particulièrement paresseuse. Elle donne facilement son pouvoir à quiconque fera des choses pour elle. Elle ne cesse de céder son pouvoir à gauche et à droite. Ainsi, elle ne doit pas se surprendre de subir des événements qui la forcent à assumer la responsabilité de sa vie pour la ramener à elle-même. Alors, elle est mise à l’épreuve pour sortir de sa léthargie et de sa mentalité de victime.

Sri Aurobindo Ghose a exprimé cet avis: «Il n’y a pas d’erreur plus engourdissante que de prendre une étape pour le but ou de s’attarder trop longtemps à une halte.» La Nature prend moins de temps à produire une courge qu’un chêne. La courge est une entité complète en elle-même, mais elle est bien fragile. Bien des aspirants s’arrêtent au stade de la courge, y trouvant leur plénitude, se complaisant dans leur ciel. Parce qu’ils ont conquis certaines lumières, ils se croient arrivés au bout du chemin et en mesure de sauver leur prochain, alors qu’ils devraient continuer à cheminer plus loin encore, dans le silence et le secret. Aussi dispersent-ils rapidement ce qu’ils ont acquis. Ils oublient qu’ils sont des enfants de l’Infini, d’un Dieu inépuisable.

Sivanandâ a rappelé : La vie d’un aspirant doit âtre dynamique et créatrice. Ce ne devrait pas être une vie passive et inerte. On confond souvent l’inertie avec l’élévation spirituelle et l’état de paix, mais elle en est l’opposé…» Le paresseux répond à l’instinct de régression puisqu’il opte pour le retrait. Il refuse l’effort personnel, ne profitant pas des temps forts de la vie. Il peut paraître vertueux, mais il ne l’est pas. Il ne fait tout simplement rien : ni le bien ni le mal. Mais qui n’avance pas recule puisqu’il n’y a rien de statique dans le Cosmos! De Lingerie eut un jour ce mot admirable: «La paresse est l’oubli de vivre.» Franklin aimait cette comparaison: «L’oisiveté est comme la rouille, elle use plus que le travail.» Car celui qui ne fait rien, comme l’eau qui dort, se corrompt.

Quoi qu’il en soit, à proprement parler, la paresse n’existe pas. Ce qui existe, c’est le manque de motivation qui découle, foncièrement, d’un manque d’intérêt. Elle peut aussi représenter un subterfuge qui tend à cacher une crainte de l’échec. C’est l’appétence, source du désir, plus que la volonté, qui établit un mobile d’agir. Voilà pourquoi il importe de présenter à un être qu’on veut productif ou performant dans un domaine ou dans un autre une manière de susciter son adhésion en éveillant son intérêt. Une personne normale porte une inclination naturelle pour ce qui relève de ses affinités comme pour ce qui éveille sa curiosité.

Quant à la paresse d’esprit, bien pire, elle évoque l’attitude de celui qui ne prend jamais la peine de se renseigner, de vérifier l’authenticité de ses sources, d’appuyer ses croyances sur du solide. Elle traduit une certaine lenteur, une certaine nonchalance mentale, qui empêche de concevoir promptement ou de s’appliquer avec force ou avec persévérance. Il gobe tout sans discernement et se surprend d’aboutir à des impasses. La Rochefoucauld a dit : «L’esprit s’attache par paresse et par constance à ce qui lui est facile ou agréable ; cette habitude met toujours des bornes à nos connaissances, et jamais personne ne s’est donné la peine d’étendre et de conduire son esprit aussi loin qu’il pourrait aller

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