La modestie désignerait la retenue dans l’appréciation de soi-même et de ses qualités pour exprimer sa réalité actuelle comme elle est, sans lui ajouter ni lui soustraire. Elle impliquerait en outre la modération dans la conduite et la tenue vestimentaire. Chose certaine, elle n’est pas liée au rapport à soi-même, mais à la manière dont on se présente aux autres. Le mot «modestie» vient du latin «modestia» qui signifiait «attitude modérée». Ainsi, elle exprime la conduite du juste milieu en tout qui réside dans la fuite des extrêmes. Elle évoque donc l’état de celui qui garde la mesure de crainte de s’égarer, de se dévoyer, de passer à côté de son but ultime. Elle implique la conscience de grandeurs et de ses limites temporaires. Mieux, elle révèle un être qui se voit comme il est, sans chercher à se mentir sur lui-même ni à fourvoyer ou éblouir les autres. C’est un être de simplicité dépourvu de recherche, d’éclat, d’ostentation, de luxe. Ainsi, il n’y a rien d’immodeste à posséder beaucoup, à jouir modérément, à dire ou à écouter du bien de soi, s’il est vrai.    Peut-être cette définition est-elle exacte, sauf que la modestie ne doit pas résulter d’un effort pour être perçu d’une façon plutôt que telle autre parce que, dès lors, un être pèche par manque d’authenticité. La modestie exprime un comportement sans prétention par lequel un être se présente comme il est, avec ses forces et ses faiblesses. Il ne se prête ni ne s’enlève aucune qualité particulière. Mieux dit, il connaît ses qualités et ses défauts, mais il n’en fait pas l’étalage. Même qu’il n’en juge pas.   Il est modeste de nature, d’où il ne pense même pas qu’il est tel. Ainsi, celui qui tente de se changer, en se grandissant ou en se rapetissant, n’est absolument pas modeste. La décision de vivre de façon modeste démontre que, inconsciemment, il a la vanité à vif. Quelqu’un réussit toujours très mal à se montrer modeste quand il fait des efforts pour se montrer tel. Il vaudrait mieux laisser ses actions témoigner de sa réalité. Car la modestie ne résulte pas d’un comportement adapté, surtout s’il est forcé et artificiel, mais d’un comportement frais, spontané, naturel, qui coule de source,

modestieToutefois, on peut, comme points de référence, donner des exemples de ce qui peut être considéré comme modeste ou immodeste. Un être modeste vit selon ses moyens sans porter de masques. Il respecte les autres. Il préfère être lui-même à se conformer par obligation. Cependant, il se comporte et se vêt d’une manière appropriée aux circonstances, par respect pour la sensibilité des autres, afin de ne pas détonner et de vexer inutilement.   Il s’abstient de la manipulation et il refuse la servilité. Il évite de prendre des engagements irréalisables ou de faire des promesses en l’air. Il trace des plans à sa mesure. Il s’exprime avec retenue dans sa manière de penser et de parler pour s’adapter à son auditoire ou pour rester à la portée des gens. Il admet qu’il y a des choses à faire et d’autres à éviter. Il accepte la vérité quelle que soit sa provenance, qu’elle provienne d’un enfant, d’un handicapé ou d’un ignare. Pour lui, il n’y a pas de gens ordinaires ni d’êtres petits ou minables. En outre, il accepte les reproches justifiés. Il ne fait sentir aucune supériorité à l’endroit de qui que ce soit. Il se garde de la mauvaise foi.

L’être modeste évite de se vanter ou de se retrancher derrière des mensonges pour cacher délibérément la vérité. Il est discret. Il évite d’en faire trop peu par apathie ou paresse et d’en faire trop pour accomplir des performances ou épater. Il s’abstient de surestimer sa valeur et de se prendre pour ce qu’il n’est pas. Il reconnaît et accepte les passes difficiles. Il ne se laisse pas décourager dans les revers et il ne s’enorgueillit pas dans la réussite. Il ne redoute rien de sa faiblesse et de sa vulnérabilité. Il démontre son degré réel de dextérité, d’adresse, de compétence. Il ne se force pas à réussir tout de suite, du premier coup. Il chemine à son rythme, conformément à ses connaissances et à ses moyens. Il accepte de partir tout doucement de manière que sa confiance croisse progressivement. Il fait preuve de retenu dans l’opinion qu’il a de lui-même ou qu’il présente de lui-même. Il se conduit avec bonté et indulgence aussi bien avec le riche qu’avec le pauvre, avec le grand qu’avec le petit, avec le bien portant qu’avec le malade. Il se respecte, il respecte la Terre avec toutes ses créatures. Tout un palmarès, n’est-ce pas? C’est une grande âme qui s’ignore et qui se laisse devenir au gré de ses expériences.

Mais l’être modeste ne sombre pas dans le misérabilisme. Il parle clairement d’un ton assuré : il ne se livre jamais à des bredouillements de circonstance. Il ne s’abaisse pas à faire des courbettes ni des salamalecs. Il n’est pas flatteur ni flagorneur. Il ne se dit jamais trop nul pour quelque chose. Il ne s’affiche pas comme une pauvre créature impuissante. Il ne se dit pas victime du sort. Il n’affirme pas manquer de confiance en lui si tel n’est pas le cas. Il ne relève pas de défis. Il ne se compare pas et il n’émule pas. Il ne prétexte pas ne pas savoir faire, si on lui présente une expérience nouvelle, il l’accepte ou la refuse par goût ou par choix. Il évite de se laisser déranger quand quelque chose le dérange et il se dit dérangé quand il l’est. Il ne minimise pas la part de ses efforts : il ne dit pas avoir réalisé facilement ce qui lui a pris bien du temps, lui a coûté cher, a exigé bien des efforts de sa part, de crainte d’être déprécié ou exploité par la suite. Il ne dit pas qu’il n’est rien quand il est vexé, choqué, bousculé ou qu’il s’est fait marcher sur les pieds. Il remplit ses devoirs et il réclame ses droits. Il ne s’humilie, ne se prosterne ni ne s’abaisse jamais. Il ne se juge même pas, comme il ne juge pas les autres. Il accepte les compliments et les récompenses mérités.

La modestie consiste à faire ce qui est nécessaire en accord avec la Loi de la Vie au lieu de se lancer dans les caprices, les fantaisies, l’arbitraire ou la subjectivité. Mais, souvent mal comprise, la modestie ne devient, généralement, que le mensonge aux autres sur soi-même, en se rabaissant, en niant ses capacités, sa juste valeur. La vraie modestie implique l’indifférence à la louange et à l’injure. Elle exclut l’évaluation de soi à partir du regard d’autrui. Par extension, elle incline à la pudeur et la décence. En fait, la modestie convie à être soi-même, à suivre une conduite naturelle, simple, réservée, discrète et à vivre au rythme des cycles, répondant à tous ses besoins légitimes. Elle prévient de faire l’étalage de ses biens, de sa fortune, de son savoir, de sa vertu, de son statut social, invitant à tout faire d’abord pour s’accomplir, pour rendre gloire à Dieu et pour étendre son Règne. Quelqu’un a dit que la modestie n’est rien d’autre que l’expression d’une fierté de bon aloi.

Dans une tradition moralisatrice, on a longtemps inclus dans la modestie la réserve, la décence ou la pudeur féminine sous le fallacieux prétexte qu’elle gardait les mœurs de la dépravation. En matière de sexualité, c’était remettre l’odieux de la dynamique de la tentation entièrement sur les épaules de la gent féminine, dans une société patriarcale, alors que l’homme avait encore peur de la puissance de la femme séductrice, ce qui laisse entendre que, malgré sa force présumée, il ne faisait pas confiance à son courage de résister à ses bas instincts. En fait, la pudeur n’implique rien d’autre que de savoir se vêtir conformément aux circonstances pour éviter d’être la source de malaises, voire de s’exposer à une mise à l’écart. Comme il n’existe rien de mal dans le corps physique, uniquement dans les intentions, elle n’implique que le respect des codes, quand il vaut mieux qu’il en soit ainsi, histoire d’éviter un plus grand mal.

Tout bien compris, chez un être, la modestie consiste à se reconnaître à l’égal des autres, mais différent, en reconnaissant qu’il ne détient rien en propre. Quel que soit son degré de réussite ou de succès, il gagne à se rappeler que tout provient de la Terre et de Dieu et que tout va leur retourner. Tout n’est que prêté temporairement. Nul n’apportera dans l’Autre Monde que le savoir qu’il a acquis de ses expériences, le degré d’ouverture de conscience qui en a résulté, rien d’autre. Ce ne sont pas la richesse, la gloire, la renommée, la célébrité, la jouissance, les possessions, le nombre d’enfants ou d’amis, bref, les apparences qui comptent, puisqu’elles ne sont que des phénomènes et des moyens à mettre au service d’une fin. Aussi importe-t-il de ne pas confondre les moyens avec la fin.

Dans la vie, ce qui compte c’est l’Être. Mais il faut longtemps accepter que, pour y arriver, on a des choses à apprendre ou à comprendre.  C’est de l’oisiveté, de la haine et de la vanité que procèdent tous les maux. En effet, celui qui se croit parvenu au sommet des possibilités ne pense pas à continuer à cheminer, alors que, à l’infini, dès qu’il a atteint un ciel, il doit se mettre à la quête d’un autre. Dans ce contexte, la modestie permet d’accepter de passer lentement par la perfection du moment pour atteindre la Perfection des Perfections. Elle permet de continuer à croire qu’on peut toujours s’améliorer. Elle remplit d’ardeur, de courage, de patience, de persévérance dans la motivation de toujours se dépasser. Chez un être humain particulier, rien ne le justifie de se sentir supérieur à un autre, tous étant égaux en essence et en dignité. Ils ne se distinguent que par le rôle fonctionnel qui correspond à la part du Plan cosmique qu’ils ont choisi d’accomplir et de valider.

La modestie a pour revers la fausse modestie qui consiste en ce comportement retiré par lequel un être feint d’accorder peu d’importance aux choses, particulièrement à lui-même, dans une volonté apparente de se dérober ou de ne pas éblouir, de détourner l’attention. En fait, il cherche, par le contraire, à attirer l’admiration et l’estime. Il tente de masquer de l’orgueil déguisé, des sentiments d’infériorité ou d’impuissance. Parfois même, il cherche à être pris en sympathie ou en pitié et à être pris en charge sans que rien n’y paraisse. C’est probablement ce qui a fait dire à l’humoriste français Philippe Bouvard : «La modestie est l’art de faire dire par d’autres tout le bien qu’on pense de soi.»

© 2012 Bertrand Duhaime (Douraganandâ). Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.             

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *