PRENDRE UN MOMENT POUR REMERCIER LA PROVIDENCE DIVINE…

   Par la fête de l’Action de grâce(s), s’établit la référence à une journée fériée, surtout célébrée en Amérique, notamment aux États-Unis et au Canada.  À défaut d’archives probantes, il est difficile de savoir si cette fête a pris ses origines au Canada plutôt qu’aux États-Unis, mais, ce qui reste incontestable, c’est qu’elle ne prend pas le même sens dans ces deux pays.   Au Canada, il s’agit résolument d’une fête destinée à rendre hommage au Ciel pour les abondantes moissons et les autres bienfaits accordés au pays tandis que, aux États-Unis elle vise surtout à rappeler, comme on le verra, un moment historique critique de l’histoire de ce pays.

En effet, au Canada, il semble que la première action de grâce ait été menée par l’explorateur anglais Martin Frobisher, qui ait mené la première action de grâce après avoir tenté de trouver le passage nordique vers l’Orient.  En effet, en 1578, il tient une cérémonie formelle, sur le territoire actuel de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, afin de rendre grâce d’avoir survécu à son long et périlleux voyage dans les régions arctiques du pays.  Du coup, il pourrait s’agir de la première action de grâce qui se soit tenue en Amérique du Nord.  À peu près à la même époque, des colons français qui accompagnaient l’explorateur Samuel de Champlain dans sa traversée de l’océan Atlantique, en vue de s’établir au Canada, organisèrent également de grandes fêtes pour rendre grâce à Dieu daction-de-graces’avoir accosté en terre nouvelle.  Ils décidèrent même de fonder l’«Ordre de Bon Temps» qui acceptait volontiers de partager les victuailles qu’il pouvait réunir avec les voisins autochtones.  Avec la fin de la Guerre de Sept Ans, en 1763, lors de la cession de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne, les citoyens d’Halifax tinrent aussi une journée spéciale d’Action de grâce.

   Suite à la Révolution américaine, les Loyalistes, des réfugiés étasuniens qui étaient demeurés loyaux au Royaume-Uni et à la couronne britannique, s’installent au Canada, s’exilant des États-Unis, apportant avec eux les coutumes et traditions de l’Action de grâce américaine. N’empêche que, dans ce pays situé à l’extrême nord de l’Amérique, de tradition plutôt européenne, l’Action de grâce a toujours plutôt correspondu à une fêtes moissons.  C’est ainsi que, à l’origine, le dimanche de l’Action de grâces, on aimait décorer les églises de cornes d’abondance, de citrouilles, de maïs, de blé et d’autres produits de la terre, avant de s’assembler pour chanter des hymnes évoquant les moissons, avant d’écouter le sermon d’un prédicateur qui puisait abondamment dans les histoire bibliques relatives à la fête de la Moisson juive le «Hag HaSouKkot» ou «fête des Tabernacles», l’une des fêtes les plus joyeuses de cette tradition religieuse.  Après la confédération canadienne, la première Action de grâce, de nature civile, se tint au pays le 5 avril 1872 pour célébrer le rétablissement d’une maladie grave du Prince de Galles, le futur roi Édouard VII.  Avant cette date, depuis 1799, il se tenait  sporadiquement au pays des jours d’Action de grâce, mais ceux-ci ne se répétaient pas encore chaque année.

   Ce n’est qu’en 1879 que cette fête trouva annuellement une place au calendrier des fêtes fériées, bien que la date pût encore changer d’année en année.  En outre, son thème pouvait changer d’une année à l’autre pour mieux refléter un événement important qui s’était déroulé au pays.  N’empêche que, dès son origine, on ne manquait jamais de célébrer une année de moisson particulièrement abondante, ajoutant à l’occasion un autre anniversaire particulièrement important.   C’est ainsi que, après la Première Guerre mondiale, le «Jour de l’Armistice» et celui «de l’Action de grâce» se tenaient tous deux le lundi de la semaine du 11 novembre.  Dix ans plus tard, en 1931, on sépara les deux commémorations, leur attribuant un jour distinct, le Jour de l’Armistice prenant le nom de «Jour du souvenir».  Enfin, le 31 janvier 1957, par proclamation, le Parlement du Canada fixa la date de la «fête de l’Action de grâce» au deuxième lundi d’octobre de manière permanente, définissant cette journée comme une occasion de «rendre grâce au Dieu tout-puissant des bienfaits dont jouit le peuple du Canada…»  Au Québec, une province qui aime afficher sa différence, cette fête reste peu célébrée.

   En revanche, aux États-Unis, cette fête est très célébrée, donnant l’impression de surpasser toutes les autres célébrations citoyennes.  Dans ce pays, en 1620, une centaine de pèlerins, des Puritains britannique, débarquent du «Mayflower», un grand navire,  dans la Baie de Plymouth, au Massachusetts.  Ils y fondèrent la Colonie de Plymouth qui deviendra la ville homonyme. Mais les débuts de la colonisation furent difficiles puisque la moitié des arrivants périrent du scorbut, les survivants ne devant leur salut leur salut qu’à l’intervention d’un autochtone du nom de Squanto qui, avec l’aide de sa tribu, les Wampanoag, leur offrit de la nourriture, leur apprenant par la suite à pêcher, à chasser et à cultiver le maïs.  L’année suivante, afin de célébrer la première récolte, le gouverneur William Bradford décréta trois jours d’action de grâce.  À ce moment, les colons invitèrent  le chef Massasoit, avec quatre-vingt-dix de ses hommes, à partager leur repas en guise de remerciement pour l’aide apportée jusque là.  Durant ce festin, on offrit aux convives des dindons sauvages et des pigeons.  En 1623, ces mêmes pèlerins tinrent une célébration encore plus grande d’Action de grâce, dite «Thanksgiving» en anglais après être passés de l’agriculture communale à l’agriculture privatisée et après une plus grande récolte grâce à des pluies inattendues.

   Certains chercheurs de la «Florida University» préfèrent faire remonter la première célébration de cette fête au 8 septembre 1565 alors que des Hispaniques s’étaient réunis en un lieu dudit État qui deviendra Saint Augustine.  C’est le 29 juin 1671, à Charleston, au Massachusetts, que se tint la première célébration de «Thanksgiving» relevant du décret d’une administration publique.  Pendant le XVIIIe siècle, les colonies étasuniennes ont généralement observé tous les ans des jours de «Thanksgiving», mais il ne s’agissait pas encore d’un jour célébré en famille et copieusement accompagné de mets et généreusement arrosé de boissons comme c’est aujourd’hui le cas,  La coutume en faisait plutôt un jour de prières et de jeûne.

   Pendant la guerre de Sécession, le Congrès continental avait l’habitude de décréter tous les ans un ou plusieurs jours de «Thanksgiving», recommandant chaque fois aux dirigeants des divers États de les observer chez eux.  Il lança d’abord cette première proclamation nationale du «Thanksgiving» en 1777.  À titre de président, le 3 octobre 1789, George Washington émit une proclamation et il institua le premier «Thanksgiving Day» véritablement décrété par le gouvernement national des États-Unis d’Amérique.  Il proclama de nouveau cette fête en 1795.  Lui faisant écho,  le Président John Adams proclama des célébrations de «Thanksgiving» en 1798 et 1799.  À l’issue de la guerre de 1812, James Madison renouvela cette tradition en 1814, répondant aux résolutions du Congrès.  En 1816, le Gouverneur du New Hampshire, un dénommé  Palmer, désigna le jeudi 14 novembre comme jour férié dans son État et le Gouverneur Brooks du Massachusetts décida que le 28 novembre, tous devaient observer ce jour de fête «dans tout cet État comme jour de «Thanksgiving».  À partir de 1817, le gouverneur de l’État de New York proclama également la célébration annuelle d’un jour de ce nom.

   Il faut dire que, pour un temps, les proclamations de «Thanksgiving» ont suscité la controverse plus qu’elles n’ont rallié les citoyens du pays.  Par exemple,  les États sudistes s’opposèrent longtemps à l’observance d’un tel jour du fait qu’il s’agissait, à leur avis, d’une relique de bigoterie puritaine.  D’autres appréciaient peu qu’on se serve de ce jour pour prononcer des discours partisans et ils se scandalisaient qu’on y tienne des parades.  En 1858, les Gouverneurs de vingt-cinq États et deux territoires n’en proclamèrent pas moins un jour de célébration pour le «Thanksgiving».  Au milieu de la Guerre civile, le Président Abraham Lincoln — incité par une série d’éditoriaux, puis par une lettre qui lui était personnellement adressée, écrits par Sarah Josepha Hale, l’éditrice d’un magazine puissant–, proclama un jour national de «Thanksgiving» qui devait être célébré le dernier jeudi de novembre 1863.  C’est depuis cette date que les citoyens étasuniens observent annuellement le «Thanksgiving  Day» dans leur pays.

   Aujourd’hui, autant au États-Unis qu’au Canada, cette fête s’est sécularisée, devenant plutôt une fête familiale pendant laquelle on fait bombance, autour du traditionnel dindon, après avoir assisté, aux États-Unis, à une parade de circonstance et à une bonne partie de football.  Car les Canadiens apprécient surtout l’aspect congé et rencontre familiale de cette célébration annuelle.  Et, comme nous l’avons dit, les Québécois profitent de l’occasion pour s’accorder un jour de congé, mais ils célèbrent peu l’événement en lui-même.

   Il faudrait se demander s’il n’y aurait pas lieu que le chercheur spirituel redonne à la «Fête de l’Action de grâce» un sens un peu plus spirituel, en profitant pour rendre hommage à Dieu pour tous ses bienfaits de l’année.  Il pourrait encore en profiter pour s’exprimer personnellement de l’amour, en se félicitant des progrès évolutifs accomplis tout au long de  ces jours, comme il pourrait en profiter pour remercier les personnes et les entités qui se sont démontrées précieuses pour lui dans son existence, à commencer par la Providence divine.

© 2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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