LA CRUCIFIXION

LA CRUCIFIXION, L’EXPÉRIENCE DE L’ÊTRE ÉCARTELÉ, PIÉGÉ DANS UNE DOUBLE DUALITÉ… 

La crucifixion désigne l’action de faire subir le sacrifice de la croix.  Symboliquement, elle évoque la nécessité, pour la personnalité, de mourir aux illusions, à la limitation et à l’incohérence pour laisser toute la place à l’Esprit divin.  Elle donne la démonstration de la manière d’aligner la volonté personnelle sur celle du Créateur, de se défaire de tout attachement à une identité limitée et d’ouvrir la voie au Christ qu’on est déjà au-delà du simulacre de la vie en incarnation.  Elle exprime la soumission totale à l’Esprit de Vie.

Les Chrétiens aiment croire ou faire croire que, à proprement parler, le symbolisme de la croix appartient exclusivement à leur culture.  Pourtant, la recherche la plus superficielle dans le domaine du symbolisme religieux ou spirituel dément cette allégation.   Il faut savoir que les Chrétiens des premiers temps, souvent très zélés, oubliant les sévices qu’ils avaient eux-mêmes subies, ont eu recours à tous les moyens à leur disposition pour faire disparaître tous les vestiges des civilisations antérieures à la leur dans un effort pour cacher l’origine païenne de la majorité de leurs symboles, de leurs doctrines et de leurs rituels.  Par exemple, dès qu’ils dominaient un autre peuple, au sein duquel ils s’étaient installés, ils n’hésitaient jamais à détruire ses documents sacrés ou ils veillaient à empêcher qu’ils ne tombent dans les mains de leurs étudiants qui auraient pu s’en servir pour faire une étude comparative des diverses CRUCIFIXIONphilosophies anciennes.

Dans certains cas, la Tradition chrétienne a plutôt opté pour la suppression pure et simple des extraits qui la gênaient ou pour leur remplacement par une portion de texte qui semblait attester ses prétentions.   Témoignent notamment de cette tendance les nombreux autodafés de livres, la falsification des textes de Flavius Josèphe (historien juif du premier siècle de l’ère chrétienne), la ferme mise à l’écart de certains textes dits apocryphes du début de l’ère chrétienne (dont certains évangiles) et le refus d’écouter la version des Musulmans relativement à la vie de Jésus et de ses proches.  Mais, malgré des tentatives répétées à travers les siècles de purger les autres cultures d’éléments compromettants, ils n’ont pas réussi à faire disparaître toutes les traces des éléments culturels qui ont fini par leur donner tort.

S’il existe un symbole que les Chrétiens considèrent comme original et dont ils revendiquent l’exclusivité symbolique, c’est bien la croix.  Pourtant, depuis la plus haute antiquité, on peut retrouver ce symbole dans toutes les grandes cultures du monde sur tous les continents.  Même que, du moins dans sa forme droite, elle représente le symbole de la Création originelle : un point central d’émission, donc rayonnant, qui évoque l’Essence en voie de manifester progressivement l’Idée originelle par le jeu des divers éléments (air, feu, eau et terre, représentant les étapes successives de sa densification ou, à l’inverse, de sa raréfaction).  Et, dans sa forme latine, elle a d’abord évoqué l’enracinement de l’Homme universel dans le substrat dense qui lui permettrait de mener son expérience de découverte de lui-même afin de se découvrir créé à l’image du ciel et des dieux, donc leur égal.

Pour mieux comprendre le sens de la crucifixion, il existe une légende inspirante, qu’on peut tenter de décoder.  À propos de la croix, c’est l’«Aurea Legenda» de Jacob de Vorgaine qui raconte la légende la plus intéressante.  Cette histoire un peu cabalistique raconte que lorsqu’Adam sentit sa fin approcher, il confia à son fils Seth la missions d’effectuer un pèlerinage au Jardin d’Éden afin de prendre l’«Huile de la Merci» que Dieu avait promise à l’humanité et que l’ange gardien, placé à son entrée, détenait.  Par la suite, il devait en assurer la sûreté quelque part.  Comme Seth ne connaissait pas le chemin pour s’y rendre, son père lui fit savoir qu’il devait prendre la direction de l’Est où il trouverait un sentier facile à suivre.  Il pourrait reconnaître le sentier qui mène au Jardin du Seigneur au le fait que, lorsqu’il l’avait lui-même emprunté avec Ève, son épouse, partout où il avait mis le pied, l’herbe n’a plus jamais repoussé.

Se fiant aux propos de son père, Seth ne tarda pas à découvrir le Paradis originel, où le gardien angélique placé à l’entrée lui permit de pénétrer dans le Paradis.  Au milieu de ce lieu magnifique, il découvrit un arbre énorme, l’Arbre de Vie, qui lançait ses branches jusqu’au ciel.  Il réalisa que cet arbre, qui s’étalait en croix, poussait au bord de l’abîme poussant ses racines jusqu’aux tréfonds de l’enfer.  Emmêlé dans les racines de l’arbre, il aperçut le corps de son frère mort, Caïn, retenu prisonnier par les membres.  L’ange refusa de lui remettre l’huile qu’il était venu chercher, mais, en guise de compensation, il accepta de lui donner trois graines prélevées à l’Arbre géant.  Il lui recommanda de les placer dans la bouche de son père, sous la langue, après sa mort, avant de l’inhumer.  Seth revint vers son père qui, transporté de joie, perdit tout désir de vivre plus longtemps.  Aussi, trois jours plus tard, s’éteignait-il.  Alors, Seth s’empressa d’exécuter rigoureusement le fameux rituel que lui avait prescrit l’ange du Paradis.  Les semences ne tardèrent pas à pousser, donnant un arbre à tronc triple, au point qu’elles absorbèrent en elle tout le sang d’Adam, ce qui amena notre ancêtre commun à y instiller sa propre vie.

On dit que, plus tard, Noé déterra les racines de cet arbre fabuleux et qu’il le prit avec lui dans l’arche.  Après le retrait des eaux du Déluge, ce patriarche enterra le crane d’Adam dans le mont Calvaire et il transplanta l’arbre sur le mont Liban.   Quant à Moïse, ce serait à travers ses branches qu’il aurait aperçu le buisson ardent.  Même qu’il aurait tiré de l’une des ses branches la crosse dont il se servit pour faire jaillir de l’eau d’un rocher, lors de son séjour dans le désert, à la tête du peuple hébreux en route vers la Terre promise.  Malheureusement, parce qu’il avait négligé d’invoquer le nom du Seigneur au moment où il frappait le rocher pour la deuxième fois, il n’obtient pas la permission d’apporter avec lui le bâton sacré dans la Nouvelle Terre, d’où il se résigna à le planter dans la terre de Moab.  Plus tard, après de longues recherches, le roi David découvrit l’Arbre prodigieux.  Quant à son fils, Salomon, il envisagea d’en faire l’un des piliers de son temple.  Mais les charpentiers ne parvinrent pas à donner à la bille la taille désirée, parce qu’ils la trouvaient toujours trop courte ou trop longue.  De guerre lasse, déconfits, ils la mirent de côté et, plus tard, ils s’en servirent pour ériger le pont qui devait réunir Jérusalem aux collines environnantes.  Lorsque la Reine de Saba rendit visite au roi Salomon, on s’attendait à ce qu’elle emprunte cette voie de traverse.   Mais dès qu’elle aperçut la bille, elle refusa d’y mettre pied.  Plutôt, elle s’agenouilla et fit une prière, puis, après avoir enlevé ses sandales, elle traversa le ruisseau à gué.  Ce fait fit une telle impression sur l’hôte royal de la reine qu’il ordonna de couvrir la poutre d’or et de la placer au-dessus de la porte du temple de la ville.   C’est là qu’elle resta jusqu’à ce que son cupide petit-fils, Abijah, en vole l’or et cache la bille pour éviter la découverte de son crime.

Évidemment, nul n’aurait pu enterrer cet arbre prédestiné sans qu’il se produise un prodige.   Et, justement, dès que la bille fut enterrée, il en jaillit une source qu’on connaîtra plus tard sous le nom de Bethesda, ce lieu où tant de malades de Syrie se rendirent pour recevoir la guérison.  L’ange de l’étang devint le gardien de l’arbre que nul n’osa déplacer pendant des années.  Pourtant, la bille en vint à flotter à sa surface, d’où on s’en servit pour former un pont entre Jérusalem et le mont Calvaire.  Ainsi, si on croit la légende, Jésus aurait dû la fouler pour se rendre au lieu de sa crucifixion.  Même que, comme on ne pouvait pas trouver de bois, à cet endroit, on aurait coupé la bille en deux, l’une des portions servant au supplice du Maître.  Puis on l’aurait dressée à l’endroit même où on avait enterré le crane d’Adam.  Plus tard, lorsque l’Impératrice Helena découvrit la croix, on se rendit compte que la bille était composée de quatorze essences de bois différentes, figurant les éléments subtils.  Il paraît que tous les malades qui parvenaient à la toucher s’en trouvaient guéris.

Peu connaissent les origines de l’idéographie de la crucifixion.  Pourtant, l’usage de la croix comme symbole de portée spirituelle remonte à la nuit des temps.  Partout à travers le monde, on retrouve des indices qu’elle a servi non seulement de symbole, mais encore d’objet cultuel, donc d’objet de vénération.   À titre d’exemple, signalons qu’il s’agit d’un symbole commun des premiers peuples de toutes les parties de l ’Amérique.   Ainsi, on précise que, chez les Aztèques, la déesse de la pluie portait une croix à la main.  Encore, les Toltèques ont toujours prétendu que leur divinité, Quetzalcóatl, leur avait enseigné le signe de la croix et qu’il leur avait appris un rituel associé à son usage.  Du reste, son sceptre de pouvoir ne représentait rien d’autre qu’une crosse surmontée d’une croix, tandis que son manteau était recouvert de plusieurs exemplaires du même signe.  En Chine et au Japon, on a toujours révéré ce signe qui sert à illustrer le nombre dix.  C’est la même chose en Grèce, chez les Pythagoriciens, qui considérait le nombre dix comme le nombre sacré par excellence, un nombre qu’on représentait par une croix couchée (X).  Dans ce même pays, les aspirants des Mystères d’Éleusis recevaient une croix qu’ils devaient ajouter à une chaîne ou à un collier et la suspendre à leur cou au moment de leur initiation.

On peut ajouter que la Roue du Dharma des Bouddhistes se compose de deux croix surimposées, un motif qui est passé dans le Christianisme par les Chevalier du Temple.  Quant à l’Inde, elle a présenté la croix dans ses peintures et ses gravures, et jusque dans ses éléments d’architecture, puisque certains de ses temples, comme les églises latines et les grandes cathédrales, ont pris un aspect cruciforme.  On a découvert une croix remarquable, très ancienne, dans les cavernes de l’île d’Elephanta, dans le port de Bombay.  Dans les mandalas tibétaines, on représente le ciel sous forme d’une croix, un roi-démon veillant à chacune de ses portes.  Plus près de nous, on a trouvé plusieurs motifs croisés dans l’art des Chaldéens, des Phéniciens, des Égyptiens et des Assyriens, par exemple le tau et la croix ansée.  Dans les Ordres rosicruciens, la Franc-maçonnerie, les mouvements alchimistes et chez les Illuminati, on a toujours considéré la croix comme le symbole de la Lumière spirituelle du fait que les trois lettres du mot latin LUX, qui signifient lumière, dérivent d’une portion de la croix.

Selon les cultures, on assigne trois formes différentes à la croix : le tau ou tav, l’ankh ou croix ansée et les croix catholiques de rite latin ou grec.  Le tau, qui semble représenter le plus ancientau motif de la croix, ressemble à la lettre moderne T puisqu’il résulte d’un trait horizontal aux deux bras d’égale longueur reposant sur un trait vertical.   Chez les Druides, résultant du tronc d’un chêne coupé à une bonne hauteur du sol, avec sa partie supérieure ébranchée flanquée à l’horizontale sur lui, il donne l’image du dieu «Hu».  On croit que ce symbole dérive de   l’Antiquité égyptienne où il représentait les cornes d’un taureau ou d’un bélier surmontant leur faciès vertical.  Dans certaines cultures, on l’appelait la croix-marteau du fait que, tenu par sa base verticale, il ressemble à un maillet.  Dans une légende maçonnique, Hiram Abiff reçoit un marteau de cette forme de la part de son ancêtre, Tubal-caïn, d’où on le conserve dans la Maçonnerie moderne sous la forme d’une équerre en T.  On traçait un tau sur le front de tout adepte admis dans les Mystères de Mithra.  Chez les Égyptiens, lorsqu’on initiait un pharaon aux Mystères, on appliquait un tau sur ses lèvres.  Dans certaines initiations des peuples d’Amérique, on le tatouait sur le corps des candidats.  Pour les Cabalistes, le tau désigne le ciel tandis que, pour les Pythagoriciens, il évoque la «tetractys».   Et l’on suspecte que le caducée de Mercure résulte d’un tau agrandi.

Pour sa part, la croix ansée ou croix de vie (ankh), qu’on peut confondre avec le sceau de Vénus, dérive du tau surmonté d’un cercle souvent déformé en un ovale droit.  Celle-ci servait de clé dans les Mystères de l’Antiquité.  Il est probable qu’elle ait donné naissance à la notion de clé d’or de saint Pierre, le Portier du Ciel.  En Égypte, on voit plusieurs dieux et déesses porter ce symbole qui suggère leur divine bonté et leur pouvoir de donner la vie.  Dans les Mystères,  le candidat devait subir des épreuves autant imaginaires que réelles et il devait porter une croix ansée au-dessus de sa tête pour mettre en déroute les pouvoirs du mal avec ses suppôts.  On lui enjoignait de se souvenir de la maxime : «In hoc signo vinces»  (Par ce signe, tu croix égyptiennevaincras).  On retrouve ce symbole, parfois appelé le symbole des symboles, autant sur des pièces de monnaie anciennes que sur l’autel de certains temples, puisqu’il désignait la vie à venir.  On le voit surgir de la bouche du Pharaon qui pardonne à un ennemi.  Du reste, on l’incluait toujours dans le rite d’inhumation où on le plaçait dans la tombe du roi défunt pour rappeler l’immortalité de son âme.  Dans cette civilisation africaine, un objet similaire, nommé «nilomètre», servait à mesurer et à régler le débit de l’eau lors de la saison des inondations.  En Amérique, chez les Mayas et les Quiché, où on l’associait à l’eau et à l’eau de vie, on l’a retrouvé tel quel, ou réduit en tau, sur la poitrine de certaines statues de Palenque, de Copán et de certains autres lieux de l’Amérique centrale.  Pour les Mayas, notamment, il exprimait la régénération et la libération des souffrances physiques.   Chez les Babyloniens, il servait d’emblème aux dieux de l’eau.  Chez les Scandinaves, il figurait le ciel et l’immortalité.  On a même retrouvé une croix ansée au dos d’un mégalithe de forme humaine de l’Île de Pâques, dans les sud du Pacifique.

Quant à la croix romaine ou grecque, dont on connaît un nombre incalculable de versions, depuis les origines du Christianisme jusqu’à nos jours, on l’a associée à la crucifixion de Joshua (Jésus), malgré qu’il soit peu probable qu’elle ressemble à l’instrument de supplice qui fut utilité à l’époque pour le faire mourir.   Dans les ordres secrets des différentes générations précédcroix grecqueentes, on retrouve des croix composées comme le triple tau de l’Arche royal de la Franc-maçonnerie et les double et triple croix qui appartiennent autant au symbolisme maçonnique qu’à celui du Catholicisme romain.  Évidemment, pour les Chrétiens, la croix prend deux significations principales.  D’abord, elle exprime la mort de son Rédempteur à travers les affres du martyre qui l’a associé à la Gloire de Dieu.  Ensuite, liée au fardeau de la vie, elle exprime l’humilité et la patience.  N’est-il pas paradoxal qu’elle symbolise autant la vie que la mort?  Dans leur religion propre, plusieurs peuples du passé portaient une attention particulière aux influences astronomiques.  Ainsi, il est probable que, chez les Perses, les Grecs et les Hindo us, la croix exprimait les équinoxes et les solstices, supportant l’idée que, à l’arrivée de certaines saisons, le soleil se sacrifiait symboliquement sur les coins imaginaires du ciel.  On peut croire à cette allégorie païenne de la croix, comme élément astronomique, du fait que plusieurs peuples considéraient leur Sauveur comme la personnification même du globe solaire.  Certains auteurs opinent que, dans certaines civilisations, elle peut dériver de la montée de la constellation appelée la Croix du Sud qui précède l’arrivée des pluies annuelles, un phénomène annuel sur lequel toute la culture de leurs champs reposait.  En outre, ils percevaient la montée de cette constellation comme la promesse annuelle des orages imminents, donc comme un gage de vie.

Ailleurs, puisque, d’après la philosophie, il existe quatre éléments, la croix, formée de quatre bras, les évoquait naturellement, même qu’on n’hésitait pas à lui adjoindre des créatures cabalistiques pour exprimer la puissance particulière de chacun d’eux : pour la terre, le bœuf; pour l’eau, le scorpion, le serpent ou l’aigle; pour le feu, le lion;  et pour l’air, une tête hucroix latinemaine ailée.  De là, on ne doit pas s’étonner que certains croient que l’inscription placée au-dessus de la tête de Joshua, qui se lisait «INRI», référait aux quatre éléments («Iammin», eau ou mer;  «Nour», feu;  «Rouach», air;  et «Iebeschah», terre sèche).  En outre, puisqu’on peut former le motif de la croix en déployant la surface d’un cube, on l’a rapidement associé à la Terre elle-même, bien que, pendant des années, le premier symbole de la Terre est resté une croix tracée à l’intérieur d’un cercle pour illustrer les quatre triangles des éléments.  En Alchimie, on a longtemps figuré par une croix les éléments sel, souffre, mercure et azote, qui servent à l’élaboration de la Pierre philosophale, associant directement le plan salvifique des hommes à ce symbole de signification complexe.  La croix des quatre coins cardinaux couvrait un secret tout aussi important puisque, dans les Ordres maçonniques, les membres devaient, à trois, se rendre aux quatre points cardinaux du compas à la recherche du Monde perdu.

Enfin, le matériau qu’on prêtait à la croix a toujours revêtu une importance primordiale dans les diverses traditions du monde.  Ainsi, selon les théories, la croix d’or exprime l’illumination;  la croix d’argent, la purification;  une croix en métal de base, par exemple le plomb, la déchéance ou l’humiliation;   une croix de bois, l’aspiration.  Mais le fait que, chez nombre de peuples, on écartait spontanément les bras pour prier ou supplier, a pu influencer le symbolisme de la croix.  En tout cas, il a pu l’aider, par la forme qu’on esquissait, à devenir l’emblème même du corps humain.  Déjà que, en thérapie, on divisait la structure humaine en quatre catégories (les os, les muscles, les nerfs et les artères), ce qui a pu provenir du fait que la les nerfs spinaux se croisent à la base de la colonne vertébrale.  On dit que c’est de là que vient la maxime : «Notre Seigneur a été également crucifié en Égypte».  D’autant plus qu’on a toujours considéré que les quatre moyens d’expression par lesquels l’Ego divin pouvait entrer en contact avec l’Univers étaient la nature physique, la nature vitale, la nature émotionnelle et la nature mentale, qui participent du principe de l’un des cinq éléments de l’Éther ou de l’Essence subtile et des quatre créatures qu’on leur assigne pour révéler la nature complexe de l’homme .

Mais la crucifixion pourrait n’avoir qu’une valeur symbolique.  En effet, depuis la Création du monde terrestre, on affirme que de nombreux Sauveurs ont accepté de mourir de la main de l’homme pour racheter ses péchés, allant jusqu’à intercéder dans le ciel pour le salut de leurs exécuteurs.   Dans le passé, plusieurs grandes religions ont énoncé la doctrine du martyre d’un Dieu-Homme et de la rédemp
tion du monde par son sang.  La plupart de ces récits renvoient à un culte solaire puisque cet astre glorieux, dans sa course, s’immole annuellement pour toutes les créatures de l’univers qu’il régit, mais finit toujours par se sortir, victorieux, du tombeau de l’hiver.  À n’en pas douter, les récits de la crucifixion s’appuient sur la tradition secrète de la Sagesse antique et ils rappellent que la nature divine de l’homme ne cesse d’être crucifié dans l’organisme animal.  Même que, lors d’une cérémonie, certains Mystères païens imposaient au candidat à l’initiation d’accepter la crucifixion ou de s’allonger sous un autel cruciforme.  Des auteurs du passé rapportent qu’Apollonius de Tyane (un antéchrist) a reçu l’initiation à l’Arcane d’Égypte dans la Grande Pyramide où il est resté suspendu à une croix jusqu’à ce qu’il s’évanouisse pour être ensuite placé dans un tombeau pendant trois jours.  Cela permettait de faire croire que, pendant sa phase d’inconscience, son âme avait pu passer dans le royaume des immortels et y avait acquis l’immortalité, par la victoire sur la mort, en reconnaissant que la vie est éternelle.  Et, de fait, trois jours plus tard, son âme réintégra son corps et il sortit du tombeau.  De là, il fut tenu pour un frère par les prêtres qui croyaient qu’il était revenu du monde des défunts.  À l’époque, nul n’a dû s’en étonner puisque, en substance, il s’agissait de la réalisation de la promesse des enseignements des Mystères.  Le fait qu’un oiseau aux ailes déployées donne l’image d’une croix peut expliquer que les Égyptiens aient choisi cet animal, notamment la colombe, pour exprimer la nature immortelle de l’être humain.  Souvent, sur le corps momifié des défunts de ce pays, on peut retrouver le symbole d’un oiseau qui porte, dans l’une de ses serres, le signe de la vie et, dans l’autre, le signe du souffle.

L’histoire de l’humanité abonde de mortels qui se seraient sacrifiés pour elle et qui auraient reçu la récompense de la vie éternelle.  Parmi les récits réels ou fictifs, on peut mentionner Prométhée, Adonis, Apollon, Arys, Bacchus, Bouddha, Krishna, Horus, Indra, Ixion, Jupiter, Mithra, Osiris, Prométhée, Pythagore, Quetzalcóatl, Sémiramis.  Et, de façon étrangement mystérieuse, on a voilé la manière dont ils sont mots, d’où il n’est pas impossible que certains d’entre eux aient été crucifiés sur une croix ou attachés à un arbre.  Sur les ordres de Zeus, le premier auxiliaire amical de l’espèce humaine, Prométhée, a été crucifié sur le mont Caucase pour avoir désobéi à un édit du Grand Dieu de ne pas donner le feu ni d’accorder l’immortalité aux êtres humains.  Là, on plaça un vautour sur son foie, chargé de le tourmenter éternellement, en rongeant son organe et en enfonçant ses griffes dans sa chair.  Heureusement, Hercule le sauva de cette torture récurrente.  Quant au Perse, Mithra, après avoir été crucifié, il serait ressuscité un 25 mars.  Dans cette histoire relevant des Mystères perses, on raconte qu’on présentait au public le corps d’un jeune homme, apparemment mort crucifié et qu’on feignait de le ressusciter.   Ainsi, on racontait qu’il était mort pour le salut du peuple, d’où on réclamait qu’il soit reconnu comme son Sauveur.  En fait, lançant de grands cris, ses prêtres surveillaient son tombeau dans le noir jusqu’à minuit, la veille de la date fatidique, puis, alors que la lumière surgissait de toutes parts, l’un d’eux s’écriait : «Réjouis-toi, ô initié sacré, ton Dieu s’est relevé et sa mort, ses douleurs et ses souffrances ont permis ton salut.» 

On comprendra que, dans le cas de Bouddha, il faut prendre l’histoire de sa crucifixion au sens allégorique, plutôt que littéral, puisqu’un de ses disciples a raconté la manière dont il est réellement mort et qui diffère du mythe.   N’empêche que, dans son cas, le seul fait d’avoir établi une référence symbolique avec la mort sur un arbre démontre que des témoignages de la crucifixion étaient universellement répandus.  En Inde, l’immortel Krishna, qui figure le révélateur du Christ mental et l’avatar annonciateur de Joshua, le révélateur du Christ personnel, aimait jouer de la flûte pour charmer de sa musique les oiseaux et les bêtes des alentours.  Il n’aurait pas moins subi la crucifixion aux mains des ses ennemis, dont il dénonçait les turpitudes, qui ont pris bien soin de détruire toutes les preuves de sa mission terrestre.  Malgré quelques divergences, ce récit ressemble étrangement, dans ses diverses péripéties, à celle des dernières heures de Jésus, comme si toutes les religions pures convergeaient.  De là, dans la tradition grecque, on pourrait se demander quel était cet homme qui aurait également été crucifié et dont la rumeur du meurtre a longtemps circulé dans nombre de pays limitrophes.  Aurait-il pu s’agir de Pythagore dont les Chrétiens auraient brouillé l’histoire pour éviter qu’elle n’entre en conflit avec leurs croyances?  Et est-il vrai que les légionnaires romains aimaient transporter sur le champ de bataille des étendards portant l’Homme solaire crucifié?

Quoi qu’il en soit, l’un des Sauveurs du Monde crucifié reste le dieu du soleil et des vents de l’Amérique centrale, Quetzalcóatl, dont les prêtres gardaient secrètes les activités.  Cet étrange immortel, revêtu d’un manteau portant des nuages et des croix rouges stylisées, dont le nom évoque le «Serpent à plumes», semble avoir émergé directement de la mer apportant avec lui une croix mystérieuse.  On a souvent représenté ce dieu au visage noir cloué à une croix, parfois entouré de deux larrons.  Pour cette raison, on ne doit pas s’étonner que Cortez, débarquant au Mexique tenant une croix à la main, ait été pris pour leur ancien dieu de retour parmi eux.

Il n’est pas moins étrange que les clous de la passion aient trouvé un écho dans le symbolisme de nombre de races de foi différente.  Chez les Juifs, on raconte que, à l’origine, la crucifixion demandait quatre clous mais que, pour ce qui concerne le Maître Joshua, un Cabaliste magicien dématérialisa l’un d’eux alors que le bourreau s’apprêtait à l’enfoncer dans son pied, d’où celui-ci dut lui croiser les pieds pour le fixer au gibet.   Une autre légende raconte qu’on aurait martelé l’un des clous, porté à l’incandescence, pour en tirer une couronne et qu’on pourrait encore le retrouver comme diadème d’une maison noble européenne.  Ailleurs, on raconte que l’un des clous servit à former le mors de la bride du cheval de Constantin.  On peut douter de ces histoires puisque, à l’époque de Jésus, on n’avait pas l’habitude de servir de clous de métal, mais bien de clous découpés dans le bois.  Un Rosicrucien a déjà attiré l’attention sur le fait que la marque utilisée en Angleterre pour identifier une propriété royale, que l’on appelle la flèche grossière, ne représente rien d’autre que les clous groupés de la crucifixion de Jésus.  Qui les placerait pointe à pointe formerait l’antique symbole du tau égyptien.  À ce propos, il semblerait que l’ornement central  d’un tablier maçonnique qu’on a trouvé reproduit sur une immense pierre, à Quirigua, au Guatemala, représenterait les clous de la passion dans un arrangement identique à la marque de propriété des souverains d’Angleterre.  Ces clous auraient diversement être associés à la crucifixion de Jésus (Christianisme), aux trois meurtriers d’Hiram Abiff (Franc-maçonnerie) et aux trois blessures du Prince Coh, l’Amérindien du Mexique qui évoque Osiris (Paganisme ancien).

Quelque part, un auteur décrit ainsi une gemme gnostique : le Plérôme, la réunion de tous les Éons, est représenté par le soulignement d’un homme qui porte un rouleau.  Sa main gauche ressemble à trois pointes ou clous, le même symbole que, sur des cylindres babyloniens,  Bélus tient souvent dans son bras allongé.  C’est le même symbole que les Cabalistes avertis peuvent retrouver dans les pointes de la lettre hébraïque Shin ou que les mystiques du Moyen Âge reconnaissent dans les trois clous de la croix.   L’interprétation symbolique de ces clous revêt une importance d’autant plus grande que, selon les ésotéristes et les métaphysiciens, le milieu de la paume de la main et du talon représentent un centre de force particulièrement puissant.   Quant à l’enfoncement des clous et au filet de sang et d’eau qui a jailli des plaies du crucifié, ils expriment certains secrets des pratiques philosophiques des initiés du Temple.  Le confirme le fait que nombre de divinités orientales portent des symboles étranges aux mains et aux pieds.  Par exemple, on embellit généralement ce qu’on appelle présumément les empreintes des pieds de Bouddha d’un éclat solaire magnifique là ou les clous ont percé les pieds des suppliciés divins.

Ainsi, sommairement, on pourrait résumer comme suit le symbolisme mystique de la crucifixion.  La croix représente le jeu du mental qui écartèle l’être incarné, alors que l’être, plongé dans le monde de la matière et de la dualité, a oublié ses origines divines, tant qu’il ne réintègre pas son centre de pouvoir.  La couronne d’épines évoque plutôt les souffrances de l’âme emprisonnée dans un corps élémentaire, plutôt frustre, mais également la victoire de l’esprit sur les éléments de la densité ou des ténèbres.  Le corps nu du crucifié démontre la simplicité et la pureté d’intention de celui qui n’a plus rien à cacher, qui ne juge plus et qui ne voit plus de mal nulle part, en plus de rappeler que le candidat qui se destine à l’immortalité doit se délivrer de tous les désirs terrestres.   Le corps attaché à la croix traduit le renoncement à la volonté personnelle, la mort aux illusions et la vanité de tenter d’accomplir quoi que ce soit par son propre pouvoir, du fait que, chacun ne détient aucun pouvoir en lui-même et qu’il ne doit servir que d’instrument à l’exécution de la Volonté divine.

Quant à l’inscription INRI, qui trône au-dessus de la tête du supplicié, elle peut prendre plusieurs sens, notamment celui-ci, top littéral pour être vrai, «Jesus Noster Rex Judeorum» (qui signifie «Notre Jésus, Roi des Juifs») ou cet autre, à peine plus crédible, «In Nobis Regnat Jesus» («Jésus règne à l’intérieur de nous»).  On dit encore qu’elle serait diversemINRIent tirées d’aphorismes alchimiques comme «Igna natura renovatur integra»;  «Ignem natura regenerando integrat»;  «Igne nitrum invenitur» (associées à la puissance du Feu spirituel ou à la Force vitale qui régénère, transmute, transfigure et illumine).  Certains opinent plutôt qu’elles proviennent des mots hébreux, tirés de la «Cabale», qui désignent les quatre éléments subtils («Iam», «Nur», «Rouach», «Iabasschach»), la Matière première de toute Création et de toute Transformation, ou du mot sanscrit «I-Na-Ra-Ya» qui pourrait se traduire par «Lui, l’Humanité»;  «Lui, l’Homme universel» ou «l’Androgyne primordial»;  «Lui, l’Âme de l’Univers»;  ou même «Lui, l’Homme-Dieu».  En réalité, elle ne peut être saisie et comprise que par celui qui a pénétré assez avant dans sa démarche de mourir aux désirs du monde et de s’élever au-delà de la tentation de s’accorder une existence personnelle, donc que par celui qui a trouvé la vie dans le Christ et qui a établi dans son cœur le Royaume du Père éternel.

On peut croire avec raison que l’une des interprétations les plus porteuses de l’allégorie de la crucifixion de Jésus réside dans le fait que, en tant qu’homme, il s’est identifié à la conscience personnelle de l’individu, de chaque individu incarné.  Dans cet état de conscience, qui participe de la séparativité, l’être évoluant doit commencer par aspirer au fait que son âme puisse être réunie à l’énergie du Père divin, qui reste toujours présente et subsiste en tout, en acceptant que sa personnalité soit sacrifiée afin que la Conscience universelle, qui l’habite, puisse se libérer.  Alors, la question se pose Jésus a-t-il vraiment été crucifié?  Si c’est le cas, est-il vraiment mort sur la croix?  Ou est-ce que toute cette histoire pieuse n’aurait pas servi qu’à illustrer une expérience spirituelle essentielle pour celui qui veut s’extraire de la Roue des incarnations successives et retrouver sa complète liberté d’âme en évolution dans des aspects plus subtils du Royaume de l’Esprit cosmique?     

Pour en revenir à la crucifixion de Jésus, celle-ci démontre une incapacité d’accepter l’amour, ce qu’on ne comprend qu’en termes de souffrance et de sacrifice.  Alors, il consume ce qu’il aime ou le tue, trop habitué à souffrir jour après jour de ses propres passions.  Symboliquement, l’Humanité a crucifié Jésus parce qu’il était venu lui apprendre tout ce dont elle était capable, mais que, trop attachée aux valeurs de ce monde, elle n’a pas voulu accepter cette démonstration.  Jésus a révélé que le pouvoir et la gloire avaient été mis à la portée de tous, sur la voie des gens ordinaires, mais cette vision l’a effrayé.  Ainsi, l’Humanité n’a pas crucifié ce Maître par ingratitude ni par ignorance, mais par peur d’accepter ses propres facultés afin de dépasser ses limites et de réaliser ses rêves impossibles.

Jésus a tenté de faire comprendre ce que tout le monde pourrait découvrir et savoir s’il prêtait attention à vie, à savoir que le salut et le bonheur surgissent d’une quête personnelle, que chacun doit inventer, sans modèle, du fait de son unicité.  Il a tenté de rappeler ce qu’il devait faire de ses facultés latentes pour se découvrir aussi Fils de Dieu ou Dieu-homme.  En soi, la crucifixion illustre l’acceptation de vivre horizontalement (objectifs de survie) et verticalement (objectifs de vie) en même temps.  Elle invite à faire une pause pour établir un bilan et trouver une nouvelle façon de vivre en cessant de s’écarter à la périphérie du monde pour entrer au cœur de la Réalité qui unit toutes les directions et toutes les motivations.  Elle suggère de trouver le point d’équilibre entre son aspect incarné et son aspect spirituel pour réintégrer l’harmonie dans l’équilibre de ses deus forces.  Ce qui écartèle, ce sont les croyances erronées, les conceptions défectueuses, les mauvaises habitudes, les erreurs de conduite, tout ce  qui empêche l’âme d’épouser l’Esprit et d’exprimer la Vie totale.

Dans ce contexte, la crucifixion n’évoque rien d’autre que la souffrance qui résulte du renoncement nécessaire à ce qui entrave l’être dans son évolution.  Le dogme spéculatif du salut par un sacrifice par procuration ne peut tenir la route.  Bien qu’il désigne la vision des Églises chrétiennes du rachat de l’Humanité par Jésus, ce fait reste faux, si chaque être humain détient le libre arbitre absolu.  Jésus est venu montrer comment tout être humain, même le plus ordinaire ou le plus démuni, reste un Fils de Dieu au-delà de ses erreurs apparentes d’apprentissage.  Chacun peut, à partir de ce qu’il est et d’où il en est, accéder à la pleine maîtrise de sa vie, en revendiquant son héritage plénier et en en faisant un bon usage dans l’amour et la pureté d’intention.

Jésus a choisi de subir le supplice le plus ignominieux de son époque pour démontrer que même la mort n’a pas d’emprise sur celui qui se reconnaît comme un Fils de Dieu.  Il aurait volontairement donné sa vie, s’il est vraiment mort, afin de prouver l’immortalité de l’âme et le pouvoir que recèle la Flamme de la résurrection de restaurer l’action du corps, de l’âme et de la conscience dans la Matière.  Ainsi, le jour important, dans la vie de Jésus, ce n’e serait pas le vendredi de sa mort, mais le dimanche de sa résurrection.

À ce propos, des exégètes affirme qu’il est probable que, par un édit romain secret, bien caché au premier concile de Nicée de 325, lors du fondement exotérique de la Chrétienté, Jésus ait pu être détaché de la croix avant son expiration et ait pu être réanimé et soigné par Joseph d’Arimathie, un thérapeute spirituel ou un frère en blanc  de la Fraternité essénienne.  En effet, des bribes des Traditions hindoue et arabe révèlent qu’il se réfugia au Cachemire, en l’an 48, se présentant officiellement au roi du pays, qui l’agréa.  Avec Thomas et Marie, il se serait également rendu à l’embouchure de l’Indus, dans le sud du Pakistan, à cause de l’invasion des Koushans, pour trouver un endroit plus sûr, en un lieu désigné sous le nom de Murree.  Marie aurait transité en chemin pour y être ensevelie.

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