DIEU A T-IL «CRÉÉ» OU «ÉMANÉ» LE MONDE, CAR CES DEUX VERBES N’ONT PAS LE MÊME SENS… 

   Au sens propre, créer, c’est engendrer une réalité à partir de rien.  Pourtant, l’acte de créer, au sens de tirer une réalité du néant, n’est pas plus loisible à Dieu qu’à ses autres créatures.  C’est la raison pour laquelle, en métaphysique, on préfère dire que, dans un Rêve éveillé, la Source suprême émane, engendre ou manifeste les diverses réalités du monde.   Ainsi, on peut définir la Création comme l’Énergie de vie en mouvement, donc en constante transformation ou évolution.  Et elle obéit notamment à trois postulats : «Tout est, fut et sera»;  «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme»;  et «La Nature – la Substance première ou la Matière subtile — a horreur du vide».

   À proprement parler, Dieu a émané ou manifesté le Cosmos en actualisant ses virtualités, donc en exprimant le formel à partir de l’informel.  De ce fait, la Création ne peut que signifier l’interruption du Chaos prcréationimordial par l’ordonnance d’une certaine forme en évolution dans le Cosmos.  Ici, il faut entendre par Chaos le Magma originel, cette masse élémentaire et indifférenciée que l’Esprit pénètre en lui donnant forme par une visualisation (le moule d’une image ou la forme d’une pensée).  Dans ce sens, cet Acte originel comporta une visualisation (conception), une intention et une dynamisation.

   En vérité, c’est par cette Manifestation finie que le Créateur s’identifie à lui-même et apprend à reconnaître son caractère divin, d’un cycle à un autre (d’un tableau à un autre), au fil de l’Évolution.  Mais, dans son sens individuel, la création représente le résultat du développement et de la maturation d’une pensée, d’une parole, d’un sentiment ou d’un acte.

   En fait, l’Origine de la Vie a trouvé sa genèse dans le désir de l’Être primordial de se connaître parfaitement autant dans ses concepts que dans son Expérience totale.  C’est la Source unique qui se fait le Sujet le sujet de sa propre observation, devenant du coup son Objet.  De ce fait, en tant qu’Être suprême, elle est, mais elle ignore l’étendue de son Être, la profondeur de son état et ses possibilités (virtualités).  Afin de se reconnaître et de prendre de l’expansion, elle émet la volonté de créer un lieu ou un état qui lui servira de champ d’expérience.  C’est ainsi que le fini prend forme dans sa pensée et s’extériorise à partir de sa Lumière infinie, puis se produit la naissance de tout ce qui se mouvra.

   Depuis le Grand «Aum» originel, dit le Son primordial, la Source unique prend plaisir à imaginer des formes et des corps qui deviendront les réceptacles d’une multitude d’Étincelles de vie.  Voilà le départ de la Grande Aventure de l’Évolution.  Celui que les êtres humains aiment appeler Dieu, l’Image, se contemple ou s’observe lui-même, engendrant dans sa réflexion, sa Ressemblance.  De là, tout peut arriver ou se produire pour  l’instruire parfaitement sur sa Réalité totale.  Après la production de l’Acte créateur initial, deux forces persistent : l’une immanente dans la matière participant de l’Énergie créatrice et tendant spontanément à engendrer des formes toujours différenciées;  l’autre transcendante, l’Énergie créatrice qui poursuit son œuvre et la soutient dans l’existence, assurant la Création continue du monde.

   Le Bhagavad-Gita,  ce chef-d’œuvre de la littérature hindoue, assure : «Ce qui réellement existe ne peut cesser d’exister;  de même ce qui est non-existant ne peut commence d’exister.»  Cela rappelle que Dieu n’a rien créé à partir du néant, si on conçoit ce dernier comme un vide absolu.  Dieu a plutôt simplement émané, dans une mise en ordre, des potentiels latents, qui passent par les stades de pensée, de lumière, de son et de matière (la Densité ou l’Esprit cristallisé).  Ainsi, il n’y a entre la Source divine (l’Esprit pur) et la Matière (l’Esprit cristallisé) qu’un degré de densification par éloignement du Foyer central.

   Dieu a manifesté des énergies et des essences de vie, des prolongements de lui-même, qu’il a dotés librement de divers dons et attributs, afin de pouvoir ainsi mieux s’explorer, se donner satisfaction et s’exprimer.  La Création n’est qu’une succession de tissus cosmiques, rassemblant en une même unité, chaque dimension, des minuscules planètes jusqu’aux immenses ((Purushas)) cosmiques.

   Dans une conception d’une création idéale, il dut y avoir un mélange harmonieux, une association uniforme et un ensemble mathématiquement correct de nombreux idéaux.  Chacun de ces idéaux fut fondé sur des éléments que le Créateur aimait quand il les réalisait.  Et quand la création fut achevée, il engloba, dans un tout, tous les idéaux, du plus grand au plus petit.  La Création fut donc essentiellement conçue par l’amour, car c’est dans l’amour que Dieu créa le monde et c’est avec amour, soit avec la réalisation de l’idéal, qu’il contemple toute la création, depuis chaque cellule polarisée dans les océans jusqu’à l’homme, fait à son image et à sa ressemblance.  Ainsi, l’homme et toute la création furent conçus dans l’amour et par l’amour et, dans toutes choses que Dieu créa, il exprima son amour.

   Naturellement, l’amour précède la Création du fait qu’une création est une incarnation des idéaux.  Et ceci se produit parce que l’amour d’un idéal conduit soit à le chercher et  à le réaliser soit à l’inventer. Parmi tout cela, il a conçu le système solaire comme un secteur de libre arbitre, où tout serait permis, donnant le pouvoir aux êtres humains qui y habitent de créer et de ramener toutes choses lui.

   Autrement dit, Dieu a fait don de lui-même aux êtres humains pour qu’ils fassent don d’eux-mêmes en toute liberté afin que tout ce qu’ils créent dans leur univers puisse comprendre que leur essence et celle de Dieu sont identiques  Ailleurs, il a conçu bien d’autres univers selon des conceptions différentes.  La Création est un acte d’amour que Dieu accomplit en lui-même, ce qui se répercute sur tous les plans, du plus subtil au plus dense.  Ainsi, toute création humaine, co-création devrait-on dire, et une recherche du soi et une quête du Soi.  Dans l’acte le plus simple, elle unit analogiquement les mêmes éléments que la Lumière pure emploie.  Elle répond à l’unique nécessité de s’exprimer et de se développer selon un Principe suprême invariable dans tout le Cosmos, à tous ses niveaux.

   Il existe un principe simple, mais combien difficile à admettre dans le total développement de ses applications, qui dit que celui qui a dépassé le niveau de création physique doit créer avec l’âme et que celui qui a fondu son âme en Esprit doit créer en Esprit.  De la même manière, les formes-pensées du mental qui a suffisamment exploré le monde physique par la science ou la connaissance doivent se laisser imprégner par l’onde d’amour intérieur pour vibrer dans la matrice de l’Éther, des mondes subtils, pour favoriser l’Évolution à d’autres niveaux.  Après la concentration de l’étude, il faut s’ouvrir à la proclamation, à la prière, à la méditation et à la contemplation, autant de moyens créateurs à des niveaux supérieurs.

   Chaque minéral, chaque végétal, chaque animal, tout ce qui vit est organisé subtilement en parallèle, mais en conformité, à sa planète ou à la constellation qui le gouverne.  Il y a là une arithmétique et une géométrie, une architecture sacrée, à découvrir, un ordre à respecter pour ceux qui veulent connaître l’équilibre, l’harmonie et la paix.  Qui ne sait pas se percevoir comme un cristal équilibré composant un corps céleste, celui-là brise une chaîne et il entame une course tel un bolide parcourant sans cesse l’horizon.

   Le mobile de la Création est la révélation du Principe divin au cœur de l’homme qui amène l’Essence à se reconnaître elle-même. Voilà pourquoi, créer, au niveau de l’homme, c’est redécouvrir ou reconnaître ce que la Nature suggère depuis toute éternité.  Et cela, nul ne peut le reprendre à son compte pour servir son ego.

   À la manière du Créateur, l’homme peut donner forme et vie à une pensée ou à une image mentale.  Cette créativité, résultat de l’imagination, de la parole et du ressenti, comporte trois stades : un stade d’inspiration, où la vie pénètre dans la forme;  un stade de rétention, où la vie s’identifie à la forme;  et un stade d’expiration, où la force de la forme est purifiée, puis restituée à la Source originelle.  Il n’existe aucune séparation entre ce que l’homme est et ce qu’il désire.

   Voilà pourquoi la création de l’être humain ne doit pas viser à acquérir, au sens de s’approprier des choses pour le simple plaisir de les posséder et d’en posséder plus qu’autrui, mais à apprendre à être ce qu’il désire, plutôt à ravoir et à reconnaître qu’il l’est.  Car, au niveau humain, créer veut dire façonner ou modeler sa vie à son goût, prendre les décisions qui mènent à ce but.  En cela, chaque individu doit créer en réalisant des choses qui viennent de lui, car nul n’est la copie d’un autre et chacun suit son sentier propre.  En cela encore, chacun apprend et évolue à partir de ce qu’il crée.

   Pour tout dire, le secret de la co-création réside dans le fait que tout ce que l’être humain pense dans l’Amour et la Lumière, à la manière de son Créateur, devient réalité.  De là, la création humaine consiste à collaborer à rendre le Verbe vivant efficace dans la manifestation de l’Amour, de la Vérité et de la Sagesse.

© 1989-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

                     

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