LA CLÉMENCE PONDÈRE LA RIGUEUR…

Sans la clémence, la rigueur peut devenir froide et cruelle;  sans la rigueur, la clémence peut dériver en sensiblerie et en partialité.  La clémence désigne la vertu qui amène à exercer une justice indulgente, qui porte à épargner un coupable ou à atténuer son châtiment.  C’est la justice pondérée par la miséricorde, pour en atténuer le côté rigoureux, ce qui fait qu’elle est une pratique infiniment plus noble que l’application d’un châtiment.

Bien que la clémente soit infiniment plus appropriée que le châtiment, parce qu’elle repose sur une compréhension sage de la réalité, elle s’impose d’elle-même en tout temps de par la nature même de l’eclémencexpérience en incarnation.  Pour celui qui a compris le sens de la vie et l’a accepté intégralement comme elle est, une expérience évolutive, donc une expérience de perfectionnement, dénue de hasard, il n’y a plus rien à juger ni à pardonner.  Dans un cas précis, l’idée que les choses auraient pu se passer autrement n’et que de la fabulation mentale,

donc de l’illusion.  Chacun doit savoir accepter que les choses se soient passées comme elles se sont déroulées parce qu’il fallait qu’il en soit ainsi.  Dans le cadre de la causalité, donc dans telle expérience précise, qui avait amené à se rencontrer un agresseur et un agressé, deux êtres avaient une leçon de vie à prendre pour grandir.  Et la Vie n’en reste pas moins un grand jeu amoureux qu’il faut garder dans l’esprit de ce jeu subtil d’illumination progressive.     

Un être pardonne d’autant plus facilement aux autres qu’il a suffisamment d’estime de lui-même pour se pardonner ses propres erreurs parce qu’il n’est plus l’esclave de son ego.  La clémence est difficile pour celui qui entretient une image étriquée de lui-même ou qui porte un sentiment d’indignité, ce qui le rend méchant, mesquin, méprisant, arrogant, tyrannique à l’endroit d’autrui.  Dans sa sévérité à l’endroit des autres, il se drape de vertu, oubliant ses propres travers.   Car l’ego, diminué par un acte qui a attenté à l’amour-propre, ne peut que régresser, se sentir diminué, d’où il ne cherche plus qu’à reprendre contenance en assouvissant son ressentiment dans  une vengeance présumément proportionnée à l’affront.  Déjà que, en ce bas-monde, hors de toute offense, tout être se sent déjà un peu indigne d’une vie meilleure!  Car, dans la blessure d’amour-propre, qui peut être sûr d’être un juge détaché, objectif, impartial?

Mais surtout, la blessure d’amour-propre, qui ne s’assouvit pas dans la vengeance, reste à vif, même s’envenime, si celle-ci tarde à être appliquée.  Car celui qui se cantonne dans la mentalité de victime, comme c’est le cas en l’occurrence, celui-là s’attribue toujours l
a totalité du bien, de la pureté d’intention, ne laissant à l’ennemi présumé, en exclusivité, que tout le mal.  La propension à réagir, plutôt qu’à agir sagement, qui est l’apanage de la victime, confine dans une situation d’impuissance qui ne peut que renforcer la frustration personnelle, car le désir de vengeance, proportionné à la souffrance éprouvée, ne laisse aucun repos.

Dans l’application de la vengeance, un être rétablit son estime de lui-même.  Sauf que la vengeance, il s’entretient dans l’entêtement à souffrir jusqu’à ce qu’il soit rassasié de l’expérience de la souffrance, ce qui tarde toujours.  Le recours à la vengeance reste toujours tentant du fait qu’il procède de la volonté de puissance qui tente toujours de réduire l’autre à moins que soi, à le désarmer complètement, même à l’amocher au mieux, pour l’asservir.  La vengeance, qui n’a aucun souci de justice, s’exprime en proportion de l’intensité émotionnelle de la blessure d’amour-propre qu’un être a subi et, avec le temps, elle grandit dans la rumination mentale.  C’est ce qui explique le célèbre proverbe que la vengeance est un plat qui se sert froid.

La clémence, ce n’est pas l’indulgence, car celle-ci consiste à admettre qu’une faute n’était pas aussi grave qu’elle ne paraissait à prime abord, donc qu’un être n’est pas aussi mauvais qu’il l’a semblé et qu’il mérite d’être ménagé ou disculpé.  Ce n’est pas non plus de la résignation, car il subsiste dans cette notion le relent d’une faute qu’on n’accepte pas, mais que, par impuissance ou impossibilité, on ne parvient pas à sanctionner.  Du reste, si un être ne pardonnait que ce qu’il pense possible de pardonner, il laisserait opérer son conditionnement qui perpétue l’aigreur, la rancune, le ressentiment, la haine.  Or, bien qu’il ne soit pas aveugle, le pardon, qui se fonde sur la sagesse et la prudence, va jusqu’à l’oubli de la faute.

En fait, un être est appelé à accorder son pardon afin de produire une rupture dans la chaîne causale de la violence en cessant d’abord de jeter de l’huile sur le feu intime de l’animosité, alors qu’on pourrait répliquer ou riposter par une punition, mais qu’on s’abstient de le faire.  Mieux, il cesse de poser le moindre jugement de valeur sur ce qui s’est passé, ne retenant que la leçon d’expérience.  Par son attitude, il vise à interrompre l’escalade du mal chez les deux protagonistes, qui restent tout de même des compagnons d’évolution, des frères en incarnation.  Autrement dit, il situe le débat à un autre niveau : inspiré par le Maître intime, il recourt à l’arme supérieure de l’amour, évitant de retourner le mal pour le mal.  Plutôt, il donne le tout à la Lumière pour qu’elle harmonise la situation, qu’elle trouve l’issue la plus favorable aux deux antagonistes.

La clémence, c’est l’inclination de l’être de bon vouloir à reconnaître sa part de responsabilité dans tout ce qui lui arrive, qu’il s’est attiré consciemment ou inconsciemment.  En pareil cas, l’important est-il de spéculer sur la nature d’une rétorsion ou sur la compréhension de son rôle dans ce qui est arrivé pour empêcher que cela se reproduise?  D’autre part, c’est la disposition de celui qui, pouvant agir dans une conscience plus vaste,  sait se mettre à la place de l’autre pour le saisir dans son rythme évolutif.  Se mettre dans la peau de l’autre, c’est se reconnaître temporairement peccable, comme lui, de manière à lui accorder le même traitement qu’on s’accorderait en pareille situation.  C’est reconnaître d’emblée que chacun agit en fonction du niveau de conscience qui est le sien.  C’est prendre avec soi, dans son cœur, la raison de l’autre, dans sa lumière, comme sa déraison, dans son aveuglement, ce qui est le propre de l’expérience dans le monde lourd et paradoxal de la densité et la dualité.

En cela, celui qui a développé un haut degré de conscience sait fort bien que, dans n’importe quelle offense, il n’y a jamais que l’ego qui se sent diminué, par le Centre divin, le Noyau spirituel de son être.  Car dans le cœur de l’être pur, il n’y a ni croyances ni blessures, il n’y a que de l’amour.  Alors, s’il déplore la faute, il ne retient rien au fauteur, à qui il pardonne son inconscience momentanée, temporaire.  Au contraire, il lui laisse la possibilité de s’exprimer jusqu’à ce qu’il apprenne par lui-même à se repentir et à s’amender.  pardonIl fait le pari que l’autre, comme lui, peut se transformer, se convertir au bien après avoir fait le mal.  Comme il n’est pas sans péché, il n’ose plus jeter de pierre : il laisse l’autre trouver grâce à ses yeux, aux yeux de l’univers et de l’Absolu.

La clémence se confond avec la miséricorde, cette compréhension de la misère d’autrui ou cette sensibilité à cette misère qui amène à pardonner au coupable, sans omettre de lui rappeler sa responsabilité.  C’est la faculté de pardonner, de témoigner d’une compréhension bienveillante à l’égard du fautif qui mène à lui accorder l’absolution.  Mais un être ne doit jamais penser à pardonner par pitié, ce qui attesterait d’un sentiment empreint d’arrogance indigne d’un être humain.  Le pardon doit être accordé par la grâce de l’amour et impliquer l’oubli complet de la faute.  Ainsi, il libère l’âme de l’aveuglement terrestre et il ouvre l’esprit à la bonté la plus pure.  Même mieux, l’être lésé se fait comme Dieu qui ne juge et ne punit jamais, laissant agir sa Providence, la Loi unique.  Il ne cherche jamais à donner de leçon, il laisse l’autre prendre sa leçon au moment le plus opportun pour comprendre par lui-même son faux pas.

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Dans une dimension supérieure, avec une majuscule, la Miséricorde évoque la main secourable de Dieu qui, d’une caresse subtile, réconforte, libérant de la misère, touchant le cœur avec la partie la plus divine de son amour, rappelant qu’il n’a rien à absoudre.

En spiritualité, on parle souvent de la clémence de Dieu.  Cette expression évoque le fait que le Créateur ne pense jamais à punir puisqu’il ne retient jamais rien contre qui ou quoi que ce soit, accueillant chaque être comme il est.  De ce fait, le mot Justice de Dieu réfère à une invention purement humaine.  Car la Justice immanente ne peut figurer que la loi originelle de la Causalité (cause à effet ou action et réaction) que le Maître suprême a établie pour toujours, aux niveaux de la dualité, qui amène chacun a recevoir rigoureusement et mécaniquement selon son mérite et son démérite afin de l’aider à comprendre le fonctionnement de l’Énergie cosmique.  De ce fait, la clémence ne peut représenter que l’aspect ondoyant ou ondulant de l’énergie magnétique qui pondère l’émissivité de l’énergie électrique pour maintenir l’équilibre parfait ou ramener dans cet état d’harmonie.

Dans la «Cabale», la Clémence, qui souligne une justice exercée dans la douceur et la sérénité, donc une justice pacifique, renvoie à la Sphère de «Chesed», donc à Jupiter.

© 2000-2016, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime

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