IL Y A LA CONNAISSANCE INTELLECTUELLE, COMME IL Y A LA CONNAISSANCE SPIRITUELLE, SOIT LE SAVOIR OU LA SAGESSE…

L’ALLÉGORIE DE LA CAVERNE

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L’ignorance humaine est parfaitement illustrée par l’«allégorie de la caverne».  Cetteallégorie est un très célèbre exposé de Platon dans le Livre VII de la République.  Elle met en scène des hommes enchaînés et immobilisés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à l’entrée et ne voient que leurs ombres et celles projetées d’objets au loin derrière eux.  Elle expose en termes imagés la pénible accession des hommes à la connaissance de la réalité, ainsi que la non moins difficile transmission de cette connaissance.  Dans une demeure
souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ne nous ressemblent-ils pas ?  Jamais ils n’ont vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux.  Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux.  Des sons, ils ne connaissent que les échos.  Que l’un d’entre eux soit libéré de force de ses chaînes et soit accompagné vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter.  Il souffrira de tous les changements.  Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer.  Alors,  ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ?  S’il persiste, il s’accoutumera.  Il pourra voir le monde dans sa réalité.  Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables.  Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ?   La caverne symbolise le monde sensible où tous les hommes vivent et pensent accéder à la vérité par leurs sens.  Mais cette vie ne serait qu’illusion.  Le philosophe vient en témoigner par une interrogation permanente (à laquelle Socrate se livre tout au long de l’œuvre), ce qui lui permet d’accéder à l’acquisition des connaissances associées au monde des idées comme le prisonnier de la caverne accède à la réalité qui nous est habituelle.  Mais lorsqu’il s’évertue à faire partager son expérience à ses contemporains, il se heurte à leur incompréhension conjuguée à l’hostilité des personnes bousculées dans le confort (illusoire) de leurs habitudes.

L’ÊTRE HUMAIN EST UN IGNORANT QUI S’IGNORE…

Pour mieux saisir le sens de la connaissance, il faudrait commencer par comprendre le drame de l’être humain qui, bien qu’il se croie éveillé ou conscient, n’est qu’un endormi, tant qu’il expérimente au niveau de la dualité matérielle.  L’ignorance ne peut se définir que comme un manque de savoir et de sagesse.  C’est le premier ennemi de l’être humain, car l’ignorance engendre le scepticisme et la peur, amenant un être à se méprendre sur tout.  Une réalité a beau être objective, à son plan, comment peut y croire celui qui ne peut y accéder?  L’ignorance garde prisonnier des apparences et rend victime des préjugés inculqués par une éducation mal orientée.

Ce sont les faux concepts qui voilent la Lumière parce qu’ils forment des coquilles opaques autour de l’être.  Le problème, c’est que l’ignorant n’en sait pas assez pour s’en rendre compte.  études-salle-de-classe3Il ne sait même pas qu’il ne sait pas.  Or, on ne peut apprendre qu’à celui qui ne sait pas mais accepte qu’il ne sait pas.

Dans la conscience actuelle de l’être incarné, tous les éléments du monde sensible, coupés de leur archétype divin dans son esprit, se présentent ou dans la confusion ou dans la séparation absolue.  Pas étonnant qu’il s’identifie à des faussetés et en ressente des agitations troubles.  Il est, temporairement, mal orienté.   Aussi, ne peut-il apprécier le bien qu’après avoir expérimenté le mal, apprécier le bien-être qu’après avoir expérimenté le malaise, apprécier les bienfaits de la Lumière qu’après avoir tâtonné dans les ténèbres.  Osciller entre deux polarités, c’est le seul moyen, pour une âme libre, mais obscurcie, de se fixer définitivement dans le bien, de comprendre et d’accepter son ultime destination.

L’être humain est un anarchiste parce qu’il aime rester coupé de son archétype.  Par paresse, il se maintient dans une ignorance mortelle, construisant de ses propres mains son labyrinthe obscur.  Avec La Bruyère, il faut bien constater: «Comme l’ignorance est un état paisible et qui ne coûte aucune peine, l’on s’y range en foule.»  On vit d’hypothèses, de croyances, d’idées préconçues, de superstitions. Et voilà le pire: «L’ignorance est toujours prête à s’admirer.» (Boileau)  Qui en sait peu parle toujours beaucoup, de façon péremptoire.  La vanité et l’amour-propre de l’ignorant sont capables de tout.

Mais il faudra bien apprendre un jour.  Mieux vaut apprendre sur le tard que d’ignorer toujours.  Pour franchir une porte, il faut en détenir la clef.  Pour accéder au Savoir, il faut la connaissance… et la sagesse.  Non la connaissance intellectuelle, mais l’expérience vécue… dans l’espérance et la foi.  L’être humain gagnerait à dissoudre son ignorance pour se permettre de vraiment vivre.  Or, la connaissance est amour.  L’être humain doit chercher ses informations par la pénétration amoureuse de son cosmos intérieur et de son cosmos extérieur.  Pour l’instant, coupé d’en haut, il ne reçoit que les informations lourdes d’en bas.  Pourtant, tendu comme entre les deux pôles d’un aimant, il doit relier le ciel et la terre.  Qu’il lâche l’un ou l’autre, le courant ne passe plus: ou il se désincarne dans un faux spiritualisme ou il se densifie à outrance dans la matière.  C’est la Loi.

Lanza del Vasto explique: «L’ignorance de la Loi n’est une excuse devant aucun tribunal. De même, nul n’a le droit d’ignorer la vérité et nul ne l’ignore impunément. C’est une ignorance sans innocence. Ce n’est pas une excuse, un péché, c’est le péché même.»  La Vérité seule libère. «À l’instant où se déchire le voile de l’ignorance, vous brillerez dans la gloire de la Lumineuse Réalité!» (Sivanandâ)

Krisnamurti a dit : «Nous croyons nous connaître mais ce que nous connaissons de nous-mêmes n’est qu’un amalgame de réactions provoquées par le conditionnement de notre environnement, de notre culture et de tout ce qui nous a été transmis depuis notre naissance. Se connaître c’est donc reconnaître et accepter d’avoir été soumis à des conditionnements. La connaissance de soi commence par cette prise de conscience nous montrant que nous ne sommes pas maîtres de nos actes et que nous effectuons parfois des actions à contrecœur, nous disons des choses que nous ne pensons pas et tout cela provoque des conflits et des souffrances en nous-mêmes.»

Dans ce contexte, on peut décrire l’ignorance crasse comme un manque de connaissance grossier et inexcusable.

L’IGNORANCE HUMAINE RÉSULTE DE L’ILLUSION

Mais l’ignorance humaine résulte d’abord du phénomène de l’illusion.  L’illusion est une erreur de perception qui fait prendre une apparence pour la réalité, un défaut de correspondance entre une sillusionensation et un objet perçu.  Mais il n’y a pas de fumée sans feu: il y a toujours, derrière une illusion, un peu de vérité ou la déformation de la vérité.  Ici, évitons de confondre l’illusion avec l’hallucination.  L’illusion repose sur une expérience sensorielle réelle, tandis que l’hallucination n’exprime généralement qu’un fruit de l’imagination.

On ne peut se fier à ce qu’une perception donne comme preuve.  Tout miroir renvoie un reflet, non la réalité.  On voit le firmament bleu: c’est une illusion; on dit que le soleil est chaud:
c’est une autre illusion; on croit la lune argentée: c’est encore une illusion.  Toute perception des sens nous fournit une approximation des choses, non leur réalité, car elle ne rend compte que de leur surface ou de leur extérieur.  La réalité des choses réside à l’intérieur d’elles, au niveau de leurs vibrations, là où les extrêmes apparents fusionnent.  Or, les vibrations ne se captent qu’à l’intérieur de soi.

Nous devrions en avoir marre de jouer avec des reflets.  À trop jouer avec eux, nous ne connaîtrons jamais rien d’autre que des phénomènes élaborant des phantasmes.  Donc des fantômes, des illusions.  Aussi longtemps que l’être humain se contentera de regarder des images, au lieu de se mettre en harmonie avec la Réalité, à l’intérieur de lui, il ne pourra être autre chose qu’une partie de cette image.  Et il ne pourra élaborer qu’une vaine science intellectuelle.

Au niveau intellectuel, tout est dualité.  Pour saisir la Vie dans son ensemble, il faut accéder à l’Unité qui la recouvre.  C’est le seul moyen de l’appréhender hors de l’oppositionillusion-images immédiate, de la déchirure qu’elle provoque, dans les plans inférieurs.  L’intellect joue avec la multiplicité et la morcelle toujours davantage.

Sur les plans inférieurs, l’être humain existe, mais il ne vit pas vraiment.  Il traverse un grand rêve qu’il prend pour la réalité.  Il se disperse dans le royaume de Maya.  Il y vit dans un état d’hypnose, mené par ses sens objectifs, inconscient, parce qu’il ne s’est pas retourné vers l’intérieur, parce qu’il a muselé son intuition.  Aussi, perd-il tout son temps à témoigner de sa
fausse identité, de sa personnalité, assoiffé de jouissance, de puissance et de possession. Il s’active pour se donner bonne conscience: il accomplit des performances, il rivalise, il s’étalbit en concurrence, il se spécialise, il s’anesthésie, il se bourre le crane de croyances.  Son illusion la plus tenace est son goût pour la souffrance et le tragique.  Chaplan pouvait bien s’exclamer: «La dernière illusion est de croire qu’on les a toutes perdues.» 

ALORS, QU’EST-CE QUE LA CONNAISSANCE?

Pour le profane, la connaissance désigne la perception exacte et rigoureuse, l’opération vitale immanente qui a pour effet de rendre un objet présent aux sens ou à l’intelligence, ce qui en fait une opération spécifique de l’intellect.  Elle représente l’expérience de la pensée objective qui discerne les faits et en fait la démonstration.  Elle recouvre la totalité des découvertes et des expériences humaines, comme tout ce qui peut être appréhendé directement par les cinq sens, et qui peut être classé, analysé et défini par l’intelligence, fondant la certitude mentale qui peut se vérifier par l’expérience.  Il s’agit donc de la science de la matière.  Elle découle d’une perception physique ou psychique personnelle d’un fait.  Elle résulte toujours d’une expérience personnelle, ce qui la distingue d’une croyance, ce qui l’exclut de la voie aveugle et de la formulation d’hypothèses.  En fait, la connaissance décrit l’acte d’apprendre qui implique une découverte ou une reconnaissance en mettant de côté les opinions et les préjugés personnels.  Pour connaître, il faut être en mesure de faire de la place à une perception nouvelle dans son mental.  Mais pour un métaphysicien, connaître, c’est reconnaître en soi, d’où elle doit passer par le développement intérieur.  Pour lui, la connaissance ne peut rester théorique, se contenter d’entasser et d’ajouter des notions.  Elle constitue la prise de conscience de la Réalité telle qu’elle est, un Savoir qui permet à un être mentalisé de découvrir qui il est dans le Tout, pourquoi ilconnaissance-savoir y existe, où il s’y trouve et quelle place ou quelle fonction il y occupe.  À titre d’équilibre de la volonté intelligente dans l’âme libre, elle permet de comprendre sa véritable position dans le Cosmos et la nature de Dieu, son Créateur.  Contrairement à la science, toute connaissance doit exprimer un amour intelligent des choses qui permet d’atteindre l’Infini, non à le morceler.

La connaissance exprime un mouvement de la pensée qui tend à serrer de près les phénomènes, à les suivre et à les chevaucher, par la conscience, capable de revenir sur elle-même.  Elle met en contact et en harmonie divers mouvements, l’un qui se déroule à l’intérieur de l’observateur (sujet), qui constitue la conscience, et l’autre qui caractérise le phénomène (objet).  Il s’agit d’une expérience qui doit se produire dans l’amour qui invite à s’unir, à se fondre, à toucher, à goûter ce qui est à connaître.  Car, à prime abord, la réalité semble double.  La connaissance aide un être à naître avec une réalité dans une expérience intime qui l’amène à devenir une partie intégrante de lui-même et elle lui confère le pouvoir de changer le monde en se changeant.  La connaissance repose sur un lien conscient et intérieur avec une réalité et elle contribue toujours à l’amener à devenir un état de conscience.  Or, c’est l’expérimentation qui déclenche le plan de conscience, pas l’étude intellectuelle.  Ainsi, l’expérience déclenche la maturité psychique et la maturité psychique provoque l’état de conscience.  Dans cet état de conscience, la sagesse et l’amour fusionnent en tant que même essence pour devenir la Vérité.    L’injonction fondamentale de toute École initiatique reste, à demeure : «Connais toi toi-même, à l’intérieur de toi-même, afin de connaître le Ciel et les Dieux et de te découvrir leur égal.»

Connaître, c’est naître intérieurement avec une chose au point de fusionner avec elle, c’est développer un lien conscient et intime avec une chose, c’est faire la démonstration extérieure de son Savoir intérieur.  Par la connaissance, chacun cherche à percer les dimensions connues pour explorer les dimensions inconnues.  Ainsi, progressivement, de connaissance en connaissance, l’homme réintègre le Savoir qui couvre la totalité des connaissances.  Connaître, c’est faire la démonstration de ses potentiels latents en modifiant le monde ambiant.  Le monde extérieur change dans la mesure où on transforme son monde intérieur.  En apprenant ce qu’est le Monde, comment il fonctionne, on obtient, peu à peu, des résultats étonnants, ce que d’autres peuvent appeler des prodiges ou des miracles.  Toutes les Lois dont il procède, on les connaît en soi, mais on n’a pas encore conscience de le savoir.  Un sage a dit: Dans ton expérience spirituelle, les foules pourront faire attention à ce que tu feras, mais elles porteront peu d’attention à ce que tu diras.  «Elles voudront que tu les prennes en charge, que tu fasses tout à leur place.  Aussi, si tu fais dépendre ton bonheur des actes d’un autre, tu auras sûrement des problèmes.  Apprends donc à te choisir: agis dans le silence et le secret.»

En fait, ce n’est pas suffisant de savoir quelque chose, ce qui ne fait que meubler le cerveau et fait du chercheur une bibliothèque ambulante.  Le chercheur doit apprendre peu et appliquer beaucoup pour transmettre à ses cellules le savoir qu’il acquiert et développer un nouveau comportement.  De ce fait, il ne peut attendre dans la tension, la distraction, la perturbation.  La connaissance procède de la détente dans le calme et le silence.  Il lui faut se préparer à la connaissance, car elle vient à celui qui, dans la patience et la pureté d’intention, est prêt à recevoir.  Pour celui qui sait, la connaissance représente l’intelligence active en provenance du troisième cercle du centre coronal qui régit le corps éthérique et qui imprègne le corps physique, agissant sur le centre de la gorge et sur les cellules du corps.  Elle exprime l’effet de la Lumière, dont le rôle premier est d’informer, qui permet de trouver son propre chemin vers le Royaume originel.  Ainsi, plus il fait clair dans un être, plus il sait.  La connaissance constitue une information transmise par la Lumière suprême par voie biologique grâce à une émission électromagnétique de conscience.  C’est pour cette raison qu’elle doit être correctement mise au service de la transcendance au lieu d’être consumée, en quelques courtes années de plaisirs sensuels sans but.  La connaissance qui compte, c’est celle qui permet à l’être humain de devenir d’abord le maître de sa propre conscience et ensuite le maître de son monde.  

La vie ici-bas ressemble à une projection cinématographique: c’est une illusion.  Au cinéma, la bobine tourne, mais les images ne bougent même pas, malgré qu’on ait l’impression du contraire.  Un film ce n’est rien d’autre qu’une pellicule immobile.  Le cinéma, c’est une pellicule en mouvement que traverse une lumière qui donne des images changeantes, qui semblent bouger, sur écran plat, posé dans le noir.  On va au cinéma pour apprendre ou pour se distraire.  Il en va de même de la vie.  Nul n’est obligé d’aller assister à la projection des films des autres, comme les autres ne sont pas obligés de venir voir son film à soi.  C’est ce qu’on appelle la liberté.  On ne devient malheureux que si l’on choisit de le devenir.  Bien des gens évoluent lentement parce qu’ils s’occupent autant des films des autres que du leur ou parce qu’ils se complaisent à regarder le film de leur vie avec d’autres personnes qu’ils aiment bien, leurs préférés.  Ils auraient pu tout aussi bien en terminer promptement pour aller travailler sur d’autres plans plus subtils et agréables, avec d’autres moyens.

En entrant dans la vie, l’être humain procède comme au cinéma.  Le prix d’entrée consiste à accepter les illusions du temps et de l’espace comme des réalités.  C’est étonnant comme on sait de choses quand on se pose des questions à soi-même plutôt qu’aux autres.  Le film de chacun, c’est ce qu’il autorise à traverser son imagination.  La vie ressemble à la bobine de film.  Celui qui tient une bobine de film entre ses mains la sait complète et achevée.  Il sait qu’elle comprend un commencement, un milieu et une fin, bien que tout s’y retrouve à la même seconde.  Mais, pour profiter des enseignements du film au maximum, il doit l’insérer dans un projecteur et le faire dérouler derrière l’objectif, minute par minute.  ParEtude_Torah cet exemple, il en vient à comprendre que toute illusion se réfracte à travers un temps et un espace.  Par exemple, la réalité, à l’extérieur de la salle de projection, où il visionne le film, est bien différente.  Même que l’Être-Un ne sait rien des illusions de l’être humain, sa créature.  Dans son unité et son unicité, le Créateur suprême ne connaît que lui-même et les images qu’il forme, des images complètes et parfaites.  La perfection de la Création, c’est que tout y change, tout en restant achevé.  Le Cosmos est un système mental parfait, en mouvement perpétuel, en constante transformation.  L’imperfection n’existe que dans l’esprit de celui qui la perçoit et y croit.

Si on comprenait bien ce principe, toute la vie en serait simplifiée.  En effet, pour faire disparaître une réalité déplaisante de sa vie, il suffit de se détendre, de se libérer de la tension, de l’oublier, de la laisser partir de ses pensées.  Alors, la Loi cosmique s’occupe du reste.  Pour faire changer une chose, il suffit de décider de ce que l’on veut qu’elle devienne pour soi, de visualiser le résultat obtenu de ce que l’on cherche, de faire comme si la chose était devenue ce qu’on voulait qu’elle devienne et de commencer à s’en servir comme si elle était déjà devenue telle.  La bonté n’a rien de miraculeux; la beauté ne résulte pas du rêve.  L’image est un rêve.  La beauté est réelle.  Il faut faire la différence.  Chacun vit dans un univers différent, uni aux autres par l’intérieur, comme autant de cellules d’un même corps.  Ainsi, chacun est libre, dans son univers ou dans son espace psychique, de faire ce qu’il désire.  Pour convaincre un interlocuteur qui ne veut pas écouter ou entendre une pensée qu’on lui exprime, inutile de le secouer, de le forcer à admettre.  On n’a qu’à le fouetter avec une forme de pensée bien claire, bien nette et bien précise de ce que l’on veut lui dire.  Le dialogue forcé amène deux intellects à entrer en confrontation.  On n’y gagne rien.  Mais, dans les plans subtils, la vérité ne peut être refusée.  On n’a rien à démontrer aux autres.  On n’a qu’à être.  On fait ce qu’on a à faire sans se soucier des sentiments et de l’opinion des autres.  Quand on est sincère, on n’a pas à se soucier que les autres souffrent de ses propres choix: cela ressort de leur seule responsabilité, de leur propre choix également.  Chacun est essentiellement libre de faire ce qu’il veut avec ce qui arrive.

Chacun ressemble à un aimant, à du fer au milieu d’une bobine de cuivre.  Quand on veut s’aimanter, on le peut.  Si on branche son courant intérieur sur le fil de cuivre, on attire ce qu’on veut attirer.  Un aimant ne se questionne pas sur la façon qu’il fonctionne et il ne se tracasse pas par rapport aux résultats qu’il veut obtenir.  Il est lui-même : il est dans sa nature d’attirer d’autres métaux et d’en laisser inertes.  Qui se ressemble s’assemble.  C’est la Loi.  Il faut apprendre à être ce que l’on est, rien de plus.  Il faut apprendre à être calme, clair, limpide.  Le résultat sera automatiquement une vie calme, claire et limpide.  On doit être ce que l’on est, non ce qu’on veut paraître.  On doit faire ce qu’on veut vraiment faire, rien d’autre.  En agissant ainsi, on détourne du fait même, par nécessité, ceux dont on n’a rien à apprendre de ce qu’on est, mais on attire aussi sûrement ceux dont on est en mesure d’apprendre quelque chose et qui sont en mesure d’apprendre de soi.  Alors, on sort du rêve, de l’imagination, de l’illusion.

Pour ses autres créations, on fait de même.  On imagine, on visualise ce qu’on veut dans le moindre détail, on s’implique soi-même dans son processus mental, dans le présent.  Pour être ce qu’on aimante, on doit se placer dans le tableau, soi aussi, et ressentir que ce que l’on aimante est une possession certaine, que l’on détient en propre, pour l’usage qu’on veut en faire.  L’homme n’est pas né pour faire impression sur le monde mais pour vivre à sa manière, selon sa rareté et son originalité, de la façon qui le rendra heureux.  Être responsable signifie être capable de répondre, soit d’être capable de répondre à la manière qu’on choisit de vivre.  Or, il n’y a qu’une personne à laquelle on est obligé de répondre, et c’est à soi-même.  Bien mieux, on n’est pas obligé, au sens coercitif du terme, de se répondre à soi-même, si on n’en a pas envie.  Il n’y a aucun mal à ne pas avoir de responsabilité et à ne pas chercher l’utilité.  La Règle d’or dit: «Je permets au monde de vivre comme il l’entend et je me permets de vivre selon mes propres choix.»  Il n’est pas vrai qu’il faille faire aux autres comme on aimerait qu’ils nous fassent.  Il faut plutôt faire aux autres ce qu’on a sincèrement envie de leur faire.  A bien y penser, on ne peut jamais savoir parfaitement ce que l’autre a envie qu’on lui fasse.  Et le faire ne serait pas forcément bon pour lui ni pour soi, ne serait pas forcément conforme à la Loi.

Pour celui qui a pigé, la connaissance constitue souvent la somme de ce qu’il devra désapprendre.  Car, l’être humain doit abandonner ce qu’il croit savoir puisque tout ce qu’il dit savoir appartient au passé et déforme le présent dans sa perception.  Autrement dit, sa connaissance apparente le rend aveugle, dans le présent, à la splendeur de la Création.  S’il refuse de mourir à ses illusions, il ne pourra jamais découvrir ce qui existe vraiment.  Les connaissances que l’être humain a acquises ne peuvent recouvrir la totalité de la réalité ni permettre de faire face à tout l’éventail des situations présentes.  Par sa science, il croit savoir ce qu’est le monde, alors qu’il ne fait que l’interpréter de façon fort subjective.  Ce faisant, il s’érige des structures mentales fausses.  Il doit abandonner ses interprétations, qui appartiennent au passé, pour vivre intensément le présent, y exerçant sa créativité personnelle.  Il doit cesser de s’identifier aux formes pour s’ouvrir au présent afin de prendre part à la Vie éternelle.  Rien de ce qu’il voit n’a de portée éternelle en soi.  Ses connaissances présumées le coupent du courant de la Source divine.  Aucune connaissance ne peut aider à comprendre la réalité du Cosmos, la nature de Dieu, la réalité individuelle.  Au contraire, elle coupe le contact avec la Vie réelle.

À chaque incarnation, l’être humain perd le bénéfice de tout ce qu’il a appris et qu’il n’a pas profondément ressenti comme vrai.  Ce qu’il lit ou entend sans le ressentir ne lui sert absolument à rien dans son évolution.  À chaque incarnation, il trouve une page blanche pour tout vécu antérieur qu’il n’a qu’intellectualisé.  C’est ce qui fait la différence entre l’être ordinaire et l’être génial et ingénieux.  Car tout ce qui a été vécu et ressenti s’engramme directement dans l’âme à titre d’expérience évolutive.  Ce qui aide à comprendre qu’il faut comprendre et ressentir toutes les connaissances qu’on acquiert.  Une autre loi requiert que la connaissance soit donnée et partagée librement afin que tout être qui gravite autour puisse découvrir ce qu’il est possible de faire pour lui-même.  De ce fait, une connaissance qui rend malheureux doit être reconsidérée pour être adaptée au moment présent.  Mais la hindouismeconnaissance qui rend pleinement heureux doit être diffusée, rayonnée, partagée.  Au sens absolu, nulle connaissance ne peut être acquise par celui à qui échappe la connaissance de lui-même.  La connaissance de soi est indispensable à la compréhension des grandes lois de l’Univers, à la maîtrise de soi et à la conquête de son monde intérieur.

Si l’être humain ne parvient pas à cesser de s’attacher, dans le respect illusoire de ses systèmes de valeurs personnelles, à tel ou tel fragment de son expérience, il ne parviendra jamais à connaître au vrai sens du terme.  Rien de cela ne mérite d’être conservé.  Il vaut mieux pour lui d’apprendre à être que d’apprendre à savoir.  Ses connaissances n’auront jamais d’autre réalité que celle qu’il leur donnera.  Au bout de toute quête, seule la Lumière de Dieu peut subsister.  Pour cette raison, l’être humain doit lâcher prise et laisser aller tout ce qu’il croit savoir de manière à rester ouvert à ce que Dieu lui réserve dans le moment présent.  La raison devient trop facilement un faux-dieux que l’on sert avec trop de générosité.  L’amour de la vie doit remplacer cet imposteur.  Car c’est en vivant pleinement dans le présent, rempli de foi à l’égard de Dieu, que la vérité du destin individuel se révèle en toute occasion.  Chez tout être incarné, le Dessein de Dieu, qui sait tout et peut tout, doit conformer sa conduite.  Ignorer ce fait en faveur de ses propres interprétations, c’est ignorer la Quiddité, la Source de son identité.

La Source de la connaissance infinie fournit constamment à chacun les informations appropriées à chaque situation de la vie.  Il faut lui faire confiance et s’ouvrir à l’intuition.  Car les croyances individuelles représentent des agents de séparation et de division.  Par elles, l’être humain se sent obligé de suivre les préceptes étroits de ses interprétations rationnelles, se constituant le prisonnier des structures de ses concepts, d’où il ne tarde pas à se sentir obligé de les opposer à celles des autres.  Ainsi, il empêche l’énergie de couler librement à travers lui et de l’unir aux autres.  Celui qui veut en savoir davantage sur un aspect particulier de sa vie n’a qu’à poser les bonnes questions à sa Sagesse intérieure, omnisciente.  Ensuite, il ne lui reste qu’à se mettre à l’écoute des réponses, qui ne peuvent manquer de venir, peu à peu, s’il reste dépourvu d’attentes et de préjugés.

Le seul désir de connaître projette la conscience du questionneur dans la dimension requise.   Alors, par bribes, qu’il doit s’interdire d’interpréter, les fragments d’information commencent à faire surface.  Ces fragments peuvent surgir comme un sentiment défini ou comme une image floue.  Alors, il doit laisser les impressions suivre leurs cours.  Il importe de ne pas juger ni de critiquer les fragments nouveaux qui se présentent.  Il aura amplement le temps de le faire au terme de son expérience de questionnement intérieur.  Mais pendant son expérience de découverte, il doit rester neutre, complètement ouvert.  Le tri entre la réalité et la fiction se fera de lui-même avec le recul.  La vérification des données doit se faire après l’exercice de questionnement, au moment de prendre une décision importante.  Voilà comment l’être humain peut ouvrir toujours davantage sa conscience et connaître toujours plus.  Pour se mettre en harmonie avec la vérité, il lui suffit d’ouvrir son cœur et d’envelopper par avance et prévenance cette vérité de tout son amour le plus serein et le plus doux.

Tout bien compris, chacun est un imposteur dans la mesure où il prétend être quelque chose qu’il n’est pas ou fait quelque chose qu’il n’a pas envie de faire.  Tous ceux qui croient être des automates qui vont et viennent, des agrégats d’atomes et de molécules ambulants, sont des imposteurs.  Chaque homme est, essentiellement, une idée de l’Être-Un, indestructible, impérissable, irremplaçable.  Aussi, d’être compris dans ce qu’on vit n’a pas la moindre importance.  Ce qui importe, c’est de savoir se choisir et de savoir être ce qu’on est véritablement: une créature à l’image et à la ressemblance de Dieu.  Voilà la clef du Savoir.  Comme on le voit, la connaissance est bien différente de la croyance, du préjugé, de l’interprétation, de l’arrière-pensée.  C’est une certitude qui s’acquiert par l’expérience.  La connaissance ne trouve aucune finalité en elle-même.  Elle doit conduire à l’accomplissement de soi.  Connaître ne consiste pas seulement à suivre le mouvement qui va de ce qui est connu à ce qui est inconnu, mais que l’on veut connaître par l’expérience.  La connaissance doit aider à évoluer et à faire évoluer les autres.  Elle doit être partagée avec sagesse et discernement dans un langage clair, net et précis, dans un désir d’unir tous les êtres et de révéler la vérité.  Il ne faut ni mettre sa lumière sous le boisseau ni l’imposer aux autres.  Mais le but de toute connaissance vraie, c’est de se servir du don de la raison dans l’intérêt de l’humanité.

Les Rosicruciens disent que la connaissance est une réserve à la gloire du Créateur et à l’enrichissement de la vie humaine.  Ils ajoutent qu’elle ne peut être honorée et exaltée que par une plus intense et plus stricte conjonction de la contemplation et de l’action.  La connaissance empirique et spirituelle visent à explorer et à développer le Dieu intérieur, table d’harmonie à partir de laquelle toute expérience est classée et évaluée.  Elle mène à la sagesse, à la santé, à la prospérité, au bonheur, à la réalisation totale.  Apprendre, c’est avant tout découvrir.  Pour qu’une connaissance nouvelle puisse être bien comprise, il faut mettre temporairement de côté les opinions qu’on peut avoir, faire de la place dans son mental.  Pour approfondir les réalités et éviter les trous de mémoire, il faut tantôt procéder par l’approche inductive (des effets à la cause) tantôt par l’approche déductive (de la cause aux effets).  La connaissance doit devenir une partie intégrante de soi-même pour développer son pouvoir mental.  Mais la connaissance ne peut naître que de l’expérience qui stimule la réflexion.

«Voir, c’est connaître», disait un Sage.  Mais notre Maître Janakanandâ rappelait souvent que l’être humain a moins de choses à apprendre qu’à désapprendre.  Au fond, l’homme sait tout, arguait-il, il n’a qu’oublié le fait qu’il sait.  En conséquence, il doit s’appliquer bien davantage à désencombrer sa conscience qu’à remplir sa mémoire par l’intellect.  Tout homme qui s’arrête sur une conception ferme et rigide arrête son développement.  La vérité d’hier fait place à une nouvelle compréhension dans le présent et la vérité du moment se transformera dans l’avenir.  A part la Vérité absolue, il n’existe que des vérités transitoires.  Tout passe et tout change dans la Conscience de Dieu.  Il n’y a pas de vérité, il n’y a que l’être.  La vérité actuelle ne sert que de fondement relativement stable pour accepter un nouvel aspect de la vie le moment d’après.  En acceptant de nouveaux points de vue, l’homme peut se tromper, mais au moins il évolue.  Hadès a dit: «Entasser, ajouter indéfiniment les notions ne permet pas d’atteindre à l’Infini.  Nous avons au contraire une opération visant à l’indéfini, à son effet dans la matière, autrement dit à la confusion.»  La vraie connaissance, c’est le résultat d’une expérience unique en soi.  Transcendantale ou paranormale, libre et libératrice, homélie31elle ne peut être mise en mots ou en images, car ils la limitent.  La connaissance, c’est un amour intelligent des choses, la fusion de l’intellect (imagination) et de la dévotion (intuition), disent les Sages d’Orient.  Connaître, c’est naître avec une chose pour la percer (l’appréhender) de l’intérieur et fusionner avec elle.  Ce n’est jamais l’approcher de l’extérieur.  L’approche extérieure s’appelle la science: elle ne conduit jamais bien loin, surtout pas à l’essence de la chose.

La connaissance n’est rien d’autre qu’un mouvement de la Pensée qui tend à serrer de près les phénomènes, à les suivre et à les chevaucher.  Mais pour qu’elle se réalise, il faut une conscience, soit un mouvement capable de revenir sur lui-même.  «Connaître, c’est en réalité mettre en contact et en harmonie divers mouvements, l’un, qui se déroule à l’intérieur de l’observateur et constitue la conscience, l’autre qui caractérise le phénomène.» (André Cotty).  La connaissance véritable, ce n’est pas ce que révèle l’intellect, c’est la fusion avec l’amour qui permet de tout connaître de l’intérieur et de l’extérieur par l’intuition. «La vraie connaissance n’est pas uniquement théorique, intellectuelle.  Elle consiste à s’unir, à se fondre, à toucher, à goûter ce que l’on veut connaître.» (Aïvanhov)  Ainsi, la connaissance est la première force qui meut l’Univers.  Satprem affirmait un jour sur un ton pour le moins humoristique: «Nous sommes bourrés d’âneries savantes qui nous bouchent le naturel du monde — le grand naturel sans coupure.»  Son Maître, Sri Aurobindo Ghose, lui avait appris: «La vérité et la connaissance sont un vain rayon, si la Connaissance n’apporte le pouvoir de changer le monde…Ce que l’âme voit, l’expérience qu’elle fait, cela elle le connaît; tout le reste est apparence, préjugé et opinion…Quand vient la Sagesse, sa première leçon est de dire: La connaissance n’existe pas; il y a seulement des aperçus de la Divinité infinie.

Que faut-il chercher à connaître? Le Maître Aïvanhov répond: «Il faut, une bonne fois pour toutes se décider à comprendre les lois de la Nature, à apprendre comment l’homme est construit et quels doivent être ses rapports avec ces lois de la Nature…  Parce que c’est cela, la connaissance, c’est vibrer à l’unisson avec tout ce qui existe.  Quand tout votre corps vibre à l’unisson avec une vérité, avec une sensation, avec un objet, vous le connaissez.» Connaître, ce n’est donc pas « apprendre » et loger quelque part, dans le cerveau, des notions qui disparaîtront à la mort des cellules cérébrales.»  Et Isha Schwaller de Lubicz précise : «Connaître — c’est-à-dire naître avec –, c’est ouvrir les yeux sur la nature d’une chose comme si l’on naissait en elle, de telle manière que cette perception réveille la conscience de ce qu’il y a d’analogue en nous-même.»

C’est l’Être-Un, caché derrière les pensées, qui est réel.  De même, c’est l’être caché derrière les objets qui leur confère leur réalité, non les apparences extérieures.  La pensée ne connaît les objets que lorsque, les ayant recouverts, elle s’identifie à eux.  Mais si la pensée parvient à découvrir l’Être suprême qui lui confère son existence, alors elle peut, du même coup, reconnaître dans l’objet de son examen l’Essence qui soutient son existence.  Alors, c’est en faisant simultanément le trajet qui va de l’Essence à la pensée et de l’Essence à l’objet qu’elle connaît.  Pour avoir la perception directe de l’Être unique, il est nécessaire de franchir le niveau où l’Essence se divise à travers le mental, donnant naissance à la dualité (énergie magnétique et énergie électrique).  C’est pourquoi l’expérience essentielle est le dépassement du mental, qui permet à la conscience de plonger en elle-même, de se regarder elle-même et de découvrir sa réalité qui est le «Je Suis».  Pour y parvenir, la conscience ne peut plus emprunter la voie de l’intellect, mais celle de l’union intérieure qui entraîne au cœur de la vie et intègre en elle-même.  On ne connaît pas en jugeant par l’extérieur, par la science, par le savoir intellectuel, mais en fusionnant avec la vie.

Parce qu’il méconnaît la Réalité, l’être humain se forge des rêves et des illusions qui s’alimentent de sa propre substance et qui s’animent d’une vie propre, lui imposant leur domination, leur apparence trompeuse.  Comme un enfant qui poursuit sa chimère, parce qu’il ignore la réalité, l’homme rêve et tient mordicus à son rêve de peur de s’éveiller.  Ce rêve, différent pour chacun, définit la personnalité, que seule la vision juste, la vision vigile, peut dissoudre.  Voilà pourquoi l’ego résiste et s’obstine dans ses illusions malgré les déceptions qui en résultent.  C’est le déchirement dans l’obscurité.  En revanche, quand l’être humain accepte de se voir dans sa nudité, à la juste place qu’il occupe dans l’Univers, il commence à sentir palpiter, au cœur de lui-même, le Souffle créateur qui lui ouvre toutes grandes les Portes de la Vie.  La souffrance de l’homme résulte de l’entêtement d’un Dieu déguisé, temporairement frustré de son pouvoir créateur.  Réduit à l’impuissance, le temps de retrouver la sagesse, pour avoir défié l’autorité de Dieu, il doit redécouvrir son état divin.

Dans le langage courant, il faut établir une distinction nette entre le savoir et la science.  Le savoir résulte de la maîtrise des lois et des principes qui gouvernent l’Univers, en haut comme en bas (dans l’invisible comme dans le visible).  La science, elle, s’occupe du domaine objectif, du monde extérieur.  Par sa méthode rationnelle, elle est obligée de rejeter le domaine subjectif (l’invisible ou l’abstrait) parce qu’il est impondérable, impalpable, souvent irrationnel.  L’intellect procède par des déductions ou des inductions logiques; l’intuition exprime directement la réalité par des images, des symboles, des ressentis.  Instinctivement, tout être place sa vie et ses sentiments au premier plan de ses préoccupations, mais, intellectuellement, il passe sa vie à les nier, consacrpriere-egliseant toutes ses énergies à des valeurs sensibles et matérielles, dites concrètes, tangibles et palpables.  Ce qui donne de la valeur aux choses et les explique, c’est pourtant, paradoxalement, le monde subjectif.  La science est devenue un domaine spécialisé de la connaissance.  Elle recherche le comment du fonctionnement des lois de l’Univers sans s’occuper du pourquoi.

Comme le disait P. Teilhard de Chardin: «Comme le biologiste matérialiste qui croit supprimer l’âme en démontrant les mécanismes physico-chimiques de la cellule vivante, des zoologistes se sont imaginés avoir rendu la Cause première inutile parce qu’ils découvraient un peu mieux la structure générale de son œuvre.» Quel orgueil et quelle prétention! Kerneiz pouvait bien clamer: «La science n’est qu’un amoncellement cohérent d’illusions.»  Par la science, on ne peut que découvrir les divers aspects de la Forme de Dieu et les éléments dont cette Forme est constituée, on ne peut pas atteindre l’Essence de Dieu.  Le savant observe l’effet; le métaphysicien opère au niveau des causes.  Or, toute chose trouve sa cause dans l’invisible.  Les échecs de la science proviennent de ce qu’elle ne fournit aucune philosophie unifiante qui puisse lui révéler les liens de l’Univers, les liens entre sa pensée et les phénomènes matériels qu’elle analyse.  Quand on a réussi à capter la Réalité de l’intérieur, tous les instruments scientifiques, tous les développements technologiques, apparaissent comme des jouets d’enfant.  L’homme est un grand enfant qui s’ignore: en grandissant, il se contente de grossir et de compliquer ses jouets.  Freppel pouvait en rire en rappelant: «Ceux qui savent peu ne doutent de rien et se croient aptes à tout.  La vraie science, au contraire, a pour compagne l’humilité, parce qu’elle mesure son étendue non à ce qu’elle sait, mais à ce qu’elle ignore.»

Grâce aux multiples moyens de diffusion et de vulgarisation de la science, nous avons tous l’impression d’avoir des lumières dans tous les domaines.  Qui ne s’improvise pas thérapeute, psychologue, pédagogue, naturaliste, plombier, électricien, vétérinaire ou ne s’attribue pas d’autres compétences auprès de ses connaissances? Mais nos conseils, truffés de pseudoscience, feront un grand tort aux autres, tôt ou tard, nous ramenant à plus de simplicité et de prudence.  D’autant plus que les moyens de communication véhiculent des opinions souvent contradictoires, au gré des découvertes.  Nous n’en employons pas moins des concepts et n’en transmettons pas moins des notions avec audace et certitude alors que les spécialistes en discutent encore pour en approfondir le bien-fondé.  Quelle sottise!  «Ce n’est pas une petite affaire de savoir les sciences, ni une science, ni la moitié de la moitié d’une.  S’il les fallait apprendre toutes pour comprendre quelque chose au monde, on passerait sa vie à étudier et à ne rien comprendre.  Mais il parait maintenant que c’est vain et cela nous soulage beaucoup! Il paraît que, pour avoir la vérité derrière, suffit de se connaître…» (Lanza del Vasto)  Mais oui, l’Art suprême, la divine science, c’est de se saisir et de se posséder soi-même.

La connaissance se divise en trois étapes fondamentales: l’observation des faits, leur accumulation et leur classement; le questionnement sur le pourquoi ces faits se produisent et sur la loi générale de la Nature qui les amène à se manifester; le questionnement sur la raison pour laquelle ces lois ont été créées.  Devant l’étendue des processus de l’Univers, il faut savoir se limiter à quelques-unes de leurs étapes, donc se spécialiser pour s’occuper de la manière dont ils se produisent, en commençant par connaître les faits.  Le métaphysicien doit savoir que la méthode scientifique, avec toute sa rigueur, doit s’appliquer à ses recherches spirituelles.  Il faut employer la même méthode pour aborder les phénomènes objectifs (visibles) et les phénomènes subjectifs (invisibles).  Le postulat fondamental de la connaissance précise les faits suivants.  L’Univers est un système mental en éternel mouvement, en constante transformation.  Ce mouvement, appelé vibration, est à l’origine de toutes choses.  Non seulement il est la cause de la manifestation de la matière, encore explique-t-il la différence entre les divers objets matériels, par sa variété et son degré d’intensité.  Tout changement de condition dans la matière se produit par l’action de l’énergie sur e
lle.

Pour connaître le Monde, l’Univers, le Cosmos, il faut commencer par se connaître soi-même.  L’adage fondamental de la métaphysique dit clairement : «Connais-toi toi-même à l’intérieur de toi-même et tu connaîtras le Ciel et les Dieux, te découvrant l’égal du Ciel et des Dieux.»  Aïvanhov assurait: «Se connaître, c’est se fondre dans l’immensité de Dieu.»  Dans la même veine, Lanza del Vasto a lancé: «Donc: toute connaissance d’autre chose commence par la connaissance de soi et ne va jamais plus profond que cette connaissance.»  Dire qu’on connaît quand on ne se connaît pas, c’est de la vaine prétention, une projection de sa vanité.  André Cotty précisait: «Par la connaissance de soi, l’être a conscience de n’exister que par Dieu, donc de ne pas être par lui-même.  D’où se connaître, c’est se reconnaître.»  Et c’est la seule chose qu’il est demandé à l’être humain de faire au cours de sa vie.  «Si tu ne sais rien de toi-même, tu ne sais rien de rien ni
de personne, car c’est par toi, c’est par toi seul que tu connais autre chose.
» (Lanza del Vasto)  Alors : «Entre en toi-même et cherche les vérités au sein de ton propre Moi; tu es le plus grand livre qui fut et sera jamais, le coffre au trésor de tout ce qui est.  Tout enseignement extérieur est vain tant que le Maître intérieur n’est pas éveillé.  Pour être précieux, le livre du cœur doit pouvoir s’ouvrir.» (Vivekananda)  Mais la connaissance de soi est une discipline spirituelle qui se forme dans une technique métaphysique.  Se connaître n’a rien à voir avec l’introspection ou l’analyse psychiques.

Pour se connaître, il faut emprunter l’échelle de Jacob pour comprendre graduellement son corps, son intelligence et son esprit.  Car, se connaître, c’est se réveiller à ce que l’on est, en sortant du monde des morts-vivants, pour vivre pleinement.  Le physique, le mental et le spirituel sont indissociables.  Ils ne peuvent se comprendre l’un sans l’autre dans la recherche de Dieu.  Raymond Bernard explique dans l’un de ses livres: «Dans l’involution et l’évolution, dans l’expir et l’inspir de Dieu, tout est lié, en bas comme en haut, et chaque élément de la création visible et invisible se reflète dans le suivant.  C’est pourquoi, l’homme, en se reconnaissant lui-même, connaît l’Univers et les Dieux.  De même, en connaissant le visible, il peut connaître l’invisible.  En considérant le monde, il peut comprendre ce qui est « au-dessus » et dont le monde est la réflexion.  L’homme est, d’ailleurs, visible dans sa manifestation et invisible dans sa réalité.  Il lui est donc possible d’être conscient, soit dans son corps, soit dans son état réel, et s’il apprend, comme le fait lé mystique, à devenirmeditation conscient dans sa réalité, il connaît, alors, le monde invisible dont il n’a généralement conscience qu’après sa mort.  La rupture existant pour lui, entre le visible et l’invisible, est artificielle.  Elle est due à son habitude de maintenir sa conscience au niveau de ce qui est perçu par les sens.  Cela ne l’empêche pas, dans son intégralité, d’être aussi bien ici qu’au-delà.  Le monde invisible est, par conséquent, formé de tout ce qui a émané de Dieu et, à quelque stade que ce soit, a gardé la conscience divine, les anges, par exemple, ou a pris conscience d’une manière ou de l’autre, ou est en cours de prendre conscience, comme les personnalités animiques incarnées ou désincarnées.»

Et il ajoutait d’un même souffle inspiré: «De plus, dans cet univers infini du respir de Dieu, tout vibre et vit.  Si nous pouvons aller à l’invisible, l’invisible, de son côté, peut venir à nous, mais le percevoir implique un état fait de compréhension, de passivité et de silence.  Les « hautes sphères » ne se trouvent pas en un lieu proche ou éloigné, haut ou bas.  Elles sont partout, dans l’univers entier, près de la terre, comme loin d’elle, car elles sont un ETAT et il est de même des sphères moins élevées.  Seul, notre degré de conscience ou d’évolution nous permet de prendre conscience des unes ou des autres, de communier avec les unes ou les autres et, par conséquent, d’être en harmonie consciente ou non avec les êtres qui les peuplent.  Si la communion réalisée est intense, la perception qui en découlera et qui sera, ensuite, interprétée de façon plus ou moins exacte selon le niveau de compréhension atteint par l’éducation et la formation spirituelle reçue, sera très vive et enrichissante par la connaissance recueillie.»

Ainsi, la connaissance, quand elle est synonyme de Sagesse, donne la conscience et la conscience permet de fusionnes en Dieu, l’Être-Un.  Mais quand elle ne consiste que dans l’accumulation de notions mentales, toujours approximatives, elle ne peut sûrement pas mener à l’Ascension ou à l’Illumination.

OÙ SE SITUE L’INTELLIGENCE DANS LA CONNAISSANCE? 

L’intelligence représente la faculté mentale qui permet de saisir et de comprendre rapidement ce qu’elle perçoit par les sens et de l’organiser ensuite pour l’appliquer à un but ou à une nécessité personnelle.  C’est la fonction qui ajuste l’action aux représentations mentales.  Janakanandâ a dit: «L’intelligence est la faculté qui procède au choix des pensées.  Elle fait un tri dans les pensées et lie des liens entre elles.  INTER LEGO.  Chaque cellule du cerveau est magnétique et attire les vibrations dans le processus de la concentration et libère la pensée dans la déconcentration.  Si les cellules du cerveau sont surchauffées par la tension que crée une pensée, celui-ci dégagera temporairement cette pensée par le biais de l’amnésie partielle jusqu’à ce qu’il se détente et se refroidisse.  C’est la soupape de sécurité de la mémoire.»

Chez l’être ordinaire, il faut entendre, par intelligence, une habilité mentale, du fait qu’il n’est pas spiritualisé.  Son intelligence glisse facilement et subtilement vers la malice.  Mais, intelligence-imagescomme le dit Shri Kunjikagrantham: «L’intelligence montrée dénonce son auteur, et ainsi n’est jamais démontrée.»  Il faut se méfier de l’orgueil intellectuel qui ne supporte pas les blessures d’amour-propre.  L’intelligence est une faculté innée.  La métaphysique ou la spiritualité ne peuvent donner l’intelligence: elles ne peuvent que permettre de mieux s’en servir par une disposition favorable de l’organisme.  Swami Prabhupadâ disait: «L’intelligence correspond au pouvoir d’analyser les choses dans leur juste perspective.»  Mais le degré d’intelligence se mesure par la valeur des choix que fait un être, non par ses prouesses intellectuelles.  La quête spirituelle n’augmente pas le degré d’intelligence, mais elle l’éclaircit.

Avant toute autre chose, l’intelligence devrait servir à mieux connaître Dieu à travers ses œuvres, non à meubler l’esprit.  Elle doit motiver le conscient à vouloir, librement, trouver Dieu en observant ses lois et en exécutant sa mission personnelle (son plan de vie ou son destin).  Le corps et la pensée de l’homme doivent devenir les serviteurs obéissants et enthousiastes de l’Esprit.  De toute manière, il leur commande avec autorité.  Et progressivement, l’intelligence humaine subit une mutation, se transmuant en intelligence divine.  Ce processus se réaliserait plus vite dans la soumission.

Au fond, l’intelligence résulte de l’interaction des cellules nerveuses et de la solution que donnent ces contacts entre les neurones.  Alexis Carrel, un scientifique éminent, mais sage, s’exprimait ainsi: «L’intelligence est comme un scalpel qui dissèque le corps vivant en parties mortes.  Elle divise la réalité en ses aspects et la détruit en voulant l’analyser…L’intuition, l’amour appréhendent la réalité vivante sans analyse-intellectuelle.»

Il n’est demandé à personne d’être plus intelligent qu’il n’est, mais de se servir au mieux de l’intelligence qu’il a.  Il est moins demandé d’être intelligent que d’être conscient, cohérent et conséquent.  André Cotty raillait: «Tant qu’il pense qu’il est intelligent et qu’il n’y a rien à apprendre, l’homme restera toujours un sot.» Le cerveau fonctionne bien s’il est entraîné adéquatement.  Dans le cas contraire, il s’ankylose.

Voici quelques moyens de se servir au mieux de son intelligence: rester ouvert aux opinions nouvelles au lieu de s’en tenir à une seule; refuser de tenir mordicus à une vérité qu’on pense immuable; suivre le mouvement de la vie, en perpétuel devenir; agir de façon responsable au lieu de s’enfermer dans l’isolement; distinguer entre ce que l’on sait et ce que l’on croit savoir; poser sur le monde un regard toujours neuf et enthousiaste; analyser et interpréter ce qui arrive au lieu de tout subir; vouloir sincèrement comprendre; ne jamais croire qu’une chose est impossible; confronter ses idées entre elles et avec celles des autres, mais sans discussion, stérile; rechercher l’information contenue dans les faits au lieu de croire à l’incidence du hasard; voir Dieu agir en toutes choses et se mettre au service du Plan divin.

Quant à l’intellect ou au mental, il représente la faculté de forger, de concevoir, de connaître, de saisir des concepts.  Synonyme d’entendement, il s’applique plus spécifiquement à la connaissance et il se distingue du pouvoir de sentir et de vouloir.  Source de la compréhension, il permet de raisonner, de juger, de discriminer, d’analyser, etc.  Dans la langue ordinaire, l’intellect se confond avec le mental, l’entendement, l’esprit, l’intelligence.  C’est la faculté qui conçoit des idées et structure des pensées pour connaître et comprendre le monde dans tous ses aspects.  Cette faculté, qui permet de penser par concepts, abstrait l’universel du particulier, en dépouillant les images perçues par les sens de leurs conditions sensibles, mais elle est conditionnée par la réception de la similitude abstraite.  Elle produit l’idée, le concept, le verbe mental, pour achever la connaissance mentale.  Sa fonction première est de donner de l’expansion au mental en le conduisant vers des niveaux de conscience supérieurs, ce qu’elle fait en lui proposant des hypothèses de manière plus ou moins mécanique.  L’intellect peut procéder à un raisonnement logique, à un jugement, à une induction, à une déduction, à une comparaison, à une association, etc.

La connaissance intellectuelle est extrêmement utile et enrichissante dans la mesure où elle ne se limite pas à la science et ne tente pas de se supplanter à l’intuition.  Le mental ne peut appréhender le savoir spirituel parce qu’il le dépasse.  Mais il tente souvent de le réduire à sa mesure ou d’en douter.  On ne peut pourtant pas s’attendre à ce qu’un verre à eau contienne l’océan.  L’intellect permet notamment d’analyser les données sensorielles et d’assurer l’intégrité du corps physique.  Mais, dans l’ordre cosmique, il reste un moyen bien limité.  Il doit plus servir comme instrument d’expérimentation que de spéculation.  Il est incapable de conférer l’initiation, bien qu’il puisse y préparer.  Il y parvient s’il sait guider la foi en puisant dans la sagesse.  Il faut cultiver l’intellect dans la mesure que l’on nourrit sa foi (tête et cœur).  Mais, en lui-même, l’intellect est lié à l’espace et au temps, d’où il lie à la matière.

On ne saurait associer correctement l’intellect à la conscience.  En effet, de nombreuses fonctions relèvent de l’intelligence tout en échappant au cerveau.  Ces fonctions ne peuvent être développées du fait que l’expérience et l’exercice ne peuvent les affecter.  Elles opèrent tout au long de la vie en faveur du bien-être de l’homme, guidées par leur propre objectif divin.  L’intellect, pour sa part, ne peut que produire des idées et des concepts pour donner la connaissance intellectuelle.  On l’appelle souvent le mental physique ou inférieur.  Son objectif est de donner un objet à l’action.  Mais pourquoi tant chercher les causes, questionner les faits pour savoir ce qu’il en est, pourquoi tant chercher une explication mentale à ce qu’il suffit d’expérimenter en soi, de ressentir, de trouver une solution dans son sentiment ou dans son agir? Dans sa quête spirituelle, l’homme devrait faire table rase de son instruction et de son éducation matérialistes pour s’abstraire de ses croyances, de ses superstitions, de ses approximations, de ses clichés, de ses stéréotypes, de ses arrières pensées et de l’opinion d’autrui.  L’être humain a moins de choses à apprendre qu’à désapprendre.  Il devrait apprendre à se désencombrer, à écarter l’inutile, à renoncer au désuet, aspirer à la certitude intérieure qui confère la maîtrise.  L’être humain n’a rien à apprendre: en lui, il sait tout; il n’a rien à devenir, il est déjà ce qu’il a oublié être.

Sri Aurobindo Ghose disait diversement: «L’intellect raisonneur se fonde sur l’expérience normale de l’homme, sur le fonctionnement d’une perception externe superficielle et sur une conception des choses qui ne joue aisément que lorsqu’elle travaille sur une base mentale formée par l’expérience terrestre et les données qu’elle a accumulées.  Le mystique passe au-delà, dans une région où cette base mentale tombe, où ces données sont dépassées, où sont en vigueur d’autres lois, d’autres canons de perception et de connaissance…Un mystique qui aborderait le domaine de l’Esprit ou de l’occulte avec l’intellect comme seule ou suprême lumière ou guide risquerait de ne rien voir du tout ou bien d’arriver uniquement à une réalisation mentale déjà formulée pour lui par les spéculations du penseur intellectuel…La logique est le pire ennemi de la Vérité, de même que le pharisaïsme est le pire ennemi de la Vertu; car l’un est incapable de voir ses propres erreurs et l’autre, ses propres imperfections.»

À vrai dire, le savoir de l’intuition ne se révèle pas de façon logique mais de façon symbolique, par éclairs soudains.  La logique peut faire un retour sur les données intuitives, les analyser, mais elle ne peut les provoquer, les déclencher ni les comprendre toutes.  Ce qui faisait dire au Maître Janakanandâ: «Ce qui apparaît farfelu à l’esprit contient souvent plus de vérité que la réalité qu’il prend pour la vérité.  Satprem a plutôt dit: Le mental, c’est notre instrument de vérité provisoire ou de falsification entêtée, selon que l’on regarde d’un coté ou de l’autre.  C’est le formidable formateur qui a tout déformé.  On ne peut pas battre un cil sans qu’il soit là immédiatement pour donner son explication du battement de cil.  Il a tout expliqué, c’est cela la difficulté, ou il veut tout expliquer et il couvre l’univers comme une trame épaisse au point que nous ne vivons pas vraiment l’univers mais une explication de l’univers.»  Aïvanhov pouvait dire, comme en insistant : «Il faut que vous sachiez que la force unique qui permet d’accomplir les miracles dans la vie ne se trouve pas dans les connaissances philosophiques et théoriques, mais dans la simplicité de l’existence et dans la manifestation de l’amour, de la foi et de l’espérance…Bien sûr, l’intellect a de grandes possibilités, de grands pouvoirs pour explorer, pour s’exprimer, pour inventer, pour comprendre.  Mais la véritable compréhension ne se trouve pas là.  L’intellect a seulement le pouvoir de connaître objectivement les choses.»

L’homme détient deux facultés de connaissance: l’intuition, qui délivre le Savoir; l’intellect, qui délivre la science.  Or, l’être humain doit transmuer le Savoir en connaissance, non en science.  Par l’intériorisation, l’homme doit donner la priorité à l’intuition, s’il veut vraiment connaître, et se servir ensuite de son intellect pour structurer sa pensée créatrice.  Abd-Ru-Shin disait pertinemment: «Or, puisque Dieu, tout comme le spirituel, reste totalement en dehors du savoir intellectuel terrestre, c’est précisément l’intellect qui constitue le seul et véritable obstacle! Par conséquent, il est, par sa nature même, l’adversaire de tout ce qui est divin et spirituel! Et le sont donc logiquement avec lui tous les hommes qui croient à la prééminence absolue de leur intellect et ne se fondent que sur lui.»  Presque à cent pour cent de son temps, l’être humain accepte la tyrannie de son intellect qui s’est établi en roi et maître dans son cerveau.  Il n’écoute que rarement l’intuition, quand elle parle, et il se mord ensuite les doigts de ne pas avoir suivi sa première idée.  Sitôt que l’intuition s’exprime, l’intellect s’empresse de le recouvrir ou de questionner sa pertinence.  Non, il ne faut pas brimer l’intellect, l’abolir, il est souvent utile, mais il faut le mettre à sa place, lui enlever toute emprise sur soi.  Son rôle, c’est de fournir des hypothèses de travail et d’analyser ensuite l’efficacité des moyens employés.

On tient à ses idées personnelles, à sa logique, même si on doit piétiner longtemps ‘sur place.  Il faut toujours tout questionner pour tout expliquer.  Pourtant, il y a des choses qu’il faut accepter de mettre en pratique sans trop de discrimination car leur compréhension ne suit que l’expérience.  A-t-on besoin de savoir ce qu’est l’électricité pour s’en servir? A-t-on besoin de savoir d’où elle vient? On n’a qu’à s’en servir correctement.  La seule chose utile, c’est de savoir s’en servir, ce que peut nous indiquer l’intellect, après nombre d’expériences.  Quand on s’adonne à ses spéculations et à ses opinions, plutôt qu’à la certitude qui naît de l’expérience, l’intellect prend toute la place, reléguant à l’arrière plan la voix de la sagesse intérieure.  Les choses apprises par les études restent théoriques, superficielles, tandis que ce que l’on sonde par le sentiment atteint le fond de l’être.  La connaissance par le cœur reste donc la plus importante.  Par l’intellect, on effleure à peine la surface des choses.  Ces connaissances empruntées, qui ne sont pas devenues part de soi-même, par l’expérience intime, on ne peut pas les apporter avec soi sur les plans supérieurs de conscience.

   INTELLECT ET SENTIMENTS: L’intellect étudie le monde extérieur et ses réactions qui se traduisent en images qu’il associe.  Les sentiments, eux, se rapportent aux modifications de l’Esprit, provoquées non seulement par les perceptions externes, mais aussi par les stimuli simples et complexes qui viennent de l’intérieur.  L’intellect est soumis à un développement permanent et, grâce aux apports constants du monde extérieur, il ouvre toujours de nouvelles branches scientifiques.  Les sentiments sont, pour leur part, toujours en expansion.  Ils comprennent les mouvements de l’âme les plus élémentaires pour inclure ceux de tous les êtres dispersés sur toute la surface du globe.  L’intellect trouve son plaisir dans la connaissance de l’univers physique.  Les sentiments expriment les effets de l’expérience de l’Esprit dans ses rapports avec ses semblables.  Alors que l’intellect est le fruit de la sensation, les sentiments viennent de l’appétence et des désirs, expressions des besoins profonds de l’être.

   INTELLECT ET IMPULSIONS: Les idées de l’intellect ont tendance à se traduire en pensées et en paroles.  L’intellectuel est toujours très volubile.  Les impulsions colorent les actions, constituant en fait le pouvoir qui se trouve à leur fondement.  L’intellect peut aussi ériger des systèmes qui exigent l’action, mais, en tel cas, l’être ne passe à l’action que s’il est stimulé par ses sentiments.  Le désir meut la volonté.  On passe toujours plus spontanément et plus efficacement à l’action si l’intérêt s’en mêle.  L’efficacité de l’action est précisément déterminée par la force de l’intérêt bien dirigée.  Si l’intellect prévoit un plan, suite à un long et ardent entraînement, il limite, peut même inhiber, le pouvoir naturel du sentiment et du désir s’ils ne sont pas d’accord avec sa décision.  Ainsi, l’intellect et le sentiment agissent et réagissent vraiment l’un sur l’autre.  Les sentiments, mus par le désir, tendent à former une synthèse et à s’allier à l’intellect, dans une parfaite unité et un tout harmonieux, dans ses efforts pour amener l’individu à l’extase, dans un contact intense avec Dieu.  C’est l’intellect qui peut tromper les sentiments du fait qu’il se développe, fondamentalement, par l’intermédiaire du monde objectif, soit au moyen des impulsions prédominantes venant du monde extérieur, qui peuvent l’abuser.  L’intellect se développe en effet par les sensations, qui deviennent des idées, puis sont combinées par le raisonnement en pensées, grâce à l’exercice de la volonté.  Mais l’intellect couvre tout de son froid, tandis que les sentiments mettent le feu au désir et à la volonté pour stimuler le courage, l’audace, le zèle, l’ardeur, l’enthousiasme, la patience, la persévérance.  Pour son bonheur ou son malheur, l’intellectuel investit toute sa foi dans la suprématie de l’intelligence rationnelle.  Pour lui, tout devrait réussir par la précision et la prévoyance, ce sur quoi il fonde sa supériorité.  Sceptique, il dénie tout intérêt pour les forces sensibles et les méprises.  Comme il méprise les autres intellectuels, qui ne peuvent être que moindres que lui.  Il craint constamment d’avoir à admettre des limites au pouvoir de sa logique, de sa raison, de se tromper dans ses jugements.  Il se méfie de tout ce qui est impondérable, spirituel, invisible.  L’intuitif ne se trompe jamais, il puise son savoir directement à la Source, faisant l’envie de l’intellectuel.

LA RAISON ET SON ACTE, LE RAISONNEMENT…

Quant à la raison, elle désigne la faculté propre de l’être humain par laquelle il peut penser et elle recouvre l’ensemble des facultés ou des fonctions intellectuelles.  Le raisonnement réfère à la faculté pensante qui s’applique à connaître un être dans un processus logique.  Le raisonnement associe et compare les données pour déterminer les similitudes et les différences entre les êtres.  Le raisonnement analyse par thèse et antithèse pour parvenir à une synthèse.  Son rôle est moins d’accumuler les connaissances dans le mental, que de cerner l’Être, pour apprendre à mieux être.  Ce qu’il réalise tantôt par induction tantôt par déduction.

Le raisonnement inductif (ou structurel) constitue la fonction du mental qui prend connaissance.  Il progresse dans ses conclusions en s’attachant aux résultats, à partir de la cause, étape par étape, jusqu’à l’effet.  Le raisonnement inductif (ou génétique, fonctionnel, d’auto-existence) développe la faculté de connaître.  Il constitue la partie que la connaissthe concept of the functioning of the human body and the brainance exprime et met en jeu dans la vie personnelle d’un sujet.  Il procède de l’idée première jusqu’à sa conclusion finale.  L’homme doit se servir des deux formes de raisonnement pour manifester son pouvoir de volonté et accéder à la pleine connaissance.

En général, le raisonnement constitue une réflexion analytique de la part d’un sujet.  Son raisonnement conscient se passe dans sa conscience objective.  Mais une bonne part de son raisonnement, la plus importante’ du reste, se passe au niveau du subconscient.  Les deux instances sont nettement délimitées, ce que l’on observe dans la différence entre une analyse logique et une intuition.  Mais le raisonnement puise toujours dans la mémoire.

En toute chose, l’homme doit s’appuyer sur une expérience réelle et personnelle, quelles que soient l’universalité de son raisonnement et la manière dont son imagination peut se projeter dans le passé ou spéculer sur l’avenir.  Le raisonnement n’est possible qu’à partir des idées acquises par l’expérience.  Il y a une différence entre une réalité et une hypothèse ou entre une connaissance et une croyance.  La réalité et la connaissance se fondent sur des certitudes acquises par l’expérience.  L’hypothèse et la croyance sont bien hasardeuses.  Tout raisonnement résulte de l’association d’idées acquises par l’interprétation des sensations au cours des diverses expériences.  Autrement, toute connaissance serait sans fondement.

Le raisonnement, qui n’est rien d’autre qu’une réflexion, résulte de l’effet des vibrations qui sont mises en action dans la conscience objective.  A l’arrivée d’une impulsion ou impression vibratoire dans le cerveau, il s’établit entre la nouvelle impression et les impressions antérieures, en réserve dans la mémoire, identiques ou dissemblables, une attraction (une relation harmonieuse) ou une répulsion (attraction inharmonieuse) qui en provoque une troisième dans la conscience, soit parce qu’elle reconnaît une similitude ou une différence.  Cette reconnaissance engendre le processus d’analyse, de comparaison et d’examen, qui constitue, à proprement parler, le raisonnement.

Le langage courant nous éclaire sur divers types de raisonnements frauduleux, car le raisonnement doit être logique et impartial, pour conduire à une vérité.  Le raisonnement affectif est celui qui est plus inspiré par les sentiments que par la logique et accorde des préférences.  Le raisonnement captieux comporte un argument erroné, mais il cherche à capter l’assentiment en s’ajoutant des artifices.  La volubilité, le tonde la conviction, l’indignation vertueuse, les émotions, la peur, etc.  Les prédicateurs américains et les motivateurs recourent souvent à cette technique de manipulation, comme le faisaient les curés d’autrefois en nous menaçant constamment de l’enfer.

Le raisonnement captieux est souvent spécieux.  C’est à dire qu’il n’a que les apparences de la vérité.  On s’en sert soi-même régulièrement pour rationaliser ses conduites loufoques.  Conclure par exemple, comme le font certains films, que Jésus devait approuver la conduite des pécheurs publics parce qu’il les fréquentait ne repose pas sur des bases historiques bien solides.  Le raisonnement casuistique consiste en une manière subtile, mais erronée, de justifier un parti pris.  C’est notamment l’erreur de ceux qui croient dans le mérite de la douleur et de la souffrance pour se sauver parce qu’ils croient que Jésus est venu sauver le monde par ses souffrances.

Quant au raisonnement fallacieux, il est délibérément faux, fourbe, perfide, hypocrite, trompeur.  Il est présenté exprès pour tromper ou égarer.

 

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